‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 86 sur 126 · A I. [. BERT CU V P · texte numérisé non relu

A I. [. BERT CU V P

VUE DE DOItDRECHT.

matière paraissant médiocre, et d'autres dune matière délicieusemenl raffinée. Serait-ce une affaire de bonheur presque autant |que de savoir? Il > en aurai! long à dire là-dessus. En tous cas, il y a des peintres qui son! heureux toul le temps, d'autres qui ne le sont jamais.

Ces remarques trouveraient d'ailleurs une application encore plus directe dans les chapitres suivants. .Mais pour en revenir à nos paysagistes, la beauté de uni i ère que nous signalions en terminant nuire esquisse de Paul Potter, e1 qui esl l'honnête el loyale matière de l'école île Delft, bien foncièrement hollandaise, esl fort différente de celle d'Aelbert Cuyp qui, toul en élan' for! belle, conserve, par suite de l'éducation du peintre une saveur moins du terroir, el. pour dire

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

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le mot, plus italienne. Il n'est pas nécessaire pour cela queCuyp ait été en Italie : son pèreetson maître Jacob Gerritsz Cuyp 1594-1652 correct et un peu froid peintre de portraits, parfois de scènes de genre, et sur lequel il n'y a pas lieu

de donner de longs détails, avait été élève d'Abraham Bloemaerl que nous avons vu un des chefs des italianisants, et qui fut le maître même de Jan Both. Or la matière chez Aelbert Cuyp, n'est pas infiniment supérieure à celle des

italianisants. C'esl sa couleur quiesl magnifique et harmonieuse. Cette beauté de couleur superbe qui n'es! en somme que la réussite dans la voie où lesBoth, les Berchem, etc., ont pour nous échoué, demeurant à moitié.chemin, cette couleur trompe sur la qualité de tout le reste : du dessin qui n'est ]>as toujours des l>| us agiles, ni des plus sûrs, du sentiment de nature qui n'est certainement pas d'aussi pur aloi que chez les Ruysdael, Hobbema ou Pottèr, enfin de l'orientation même de l'œuvre en général, qui est incertaine, offrant souvent, très souvent, presque toujours, un grand charme, mais presque jamais une très forte émotion.

S'il n'avait pas celte couleur vraiment raie on serait tenté devant plus d'un morceau de Cuyp de le placer décidément parmi les artistes secondaires, et ce serait une méprise d'ailleurs que l'on regretterait amèrement toutes les luis qu'on le rencontre dans ses bons moments et dans les bons endroits.

Ile toute façon, l'on ne saurait imaginer plus complet contraste qu'entre Cuyp et les deux peintres que nous venons de voir, Ruysdael surtout. En effet Cuyp esl riche, ou tout au moins fort à l'aise, ce qui nres1 point le cas de Ruysdael : il esl de robuste santé, et vil longtemps (IGO.'i-l OUI cequi n'esl pas le cas de Polter. De plus, il esl assez versatile el capricieux, peignanl tantôl des portraits, tantôt des paysages, tantôt des seigneurs, tantôt des paysans, mais ceux-ci sans grande conviction. Seulement, quand il a le soleil avec lui, il n'\ a plus rien à dire.

Tel qu'il est, avec ses défauts d'éducation et de style, ses qualités de race au contraire vraimenl nobles et vermeilles, son espril un peu lourd, mais sa lumière infiniment légère, la bonne humeur el la rondeur qu'il conserve dans ses tentatives spéciales d'art aristocratique, enfin par-dessus tout sa couleur qui gagne Ions les procès, il pourra former comme un intermède de joie dans ce chapitre qui a commencé. — et qui finira — assez tristement.

Aellierl Cuyp est né à Dordrecht ; nous savons son éducation et déjà ses goûts. Après avoir probablement voyagé en Hollande, il revint se fixer dans ses lerres, à Dorwyk près de Dordrecht, et il comptait parmi les plus notables per sonnages de la ville, OÙ il occupa même certaines fonctions officielles. Sa vie, dans ses détails, n'est pas très connue, mais on sait dans son ensemble que c'est celle d'un homme heureux. Cela se seul bien dans sa peinture qui esl confiante el insouciante, et qui se plaît aux beaux temps beaucoup plus qu'aux orages, encore qu'au musée du Louvre nous possédions une Tempête dune fougue, d'une intensité dramatique, et d'une sûreté vraimenl magistrales.

Cuyp n'est pas le seul peintre hollandais qui ne soit pas aussi bien représenté en Hollande qu'on pourrait s'v attendre. Toutefois il y a déjà de quoi faire avec lui assez bonne connaissance. Au musée de Rotterdam, il y a d'abord cinq tableaux de mérites divers, et d'intérêt inégal, mais tous significatifs. UneÉcurie

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qui peut être complètemenl inventoriée ainsi: deux chevaux pommelés derrière lesquels se tient, \ u Je dos, un homme en casaque rouge : une chèA re ; un chien rouge; un balai; une pelle; et le tout forme un merveilleux petil tableau. Un

il»

c y et une poule, placés l'un près de l'autre, voluptueusemenl en boule, une étude, si cela peul s'appeler ainsi, peinte avec un soin extrême, el qui conserve pourtant beaucoup d'espril : la tête el la crête du coq, les plumes de son cou, son petit œil clair, son air et celui de la poule, tout cela vu avec une justesse

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parfaite, peint avec une miraculeuse naïveté. Le Mangeur de moules, un grand tableau de genre, dont la matière est belle, l'exécution soignée jusque dans les moindres accessoires, peut-être une œuvre de jeunesse, mais dont les figures ont vraiment tout ce que Cuyp peut donner de lourdeur. L'esquisse d'une Tête de vache. Enfin Une vue de rivière le matin, qui vous met déjà l'eau à la bouche pour voir d'autres tableaux de Cuyp, car avec la grande roche qui du haut en lias occupe à droite tout le premier plan du tableau, toute la partie de gauche lointaine, aérienne, forme le contraste le plus accentué, et toute cette partie est baignée de Ia£lumière blonde que l'on connaît désormais et dont on ne se lassera pas. Au musée de la Haye, une seule toile, Le sieur de Roevere dirigeant la

PB. DE KONINCK.

i.ll \ l'Ml ERE.

pêche au saumon. Dans le style de nos deux toiles du Louvre, le Départ pour la Promenade, et la Promenade, niais d'une tenue peut-être moins franche.

Au musée d'Amsterdam, un Paysage montueux : à droite un escarpement couronné d'une ruine, en bas un troupeau de moulons, des cavaliers qui cheminent, et au fond, de l'eau avec un ciel d'or, le tout passée! repassé à l'or! Diverses autres toiles parmi lesquelles une Vue de Dordrecht, des Bergers arec leurs troupeaux, un tableau de Bétail, un Portrait de jeune homme. Enfin à Amsterdam encore, dans la collection Six, deux beaux et dignemenl célèbres tableaux : PArrivée de Maurice de Nassau à Schéveningue, et une Manne par un effet de nuit. Ce sont là sans doute des œuvres fort variées. Permettent-elles de connaître Cuyp 1res à fond ? Pas encore.

Avant de l'aller voir en Angleterre, le seul pays où il dise vraiment son dernier mot, examinons-le un peu au Louvre. Nousavons caractérisé sa Marine. Ruysdael aurait été plus âpre, il n'aurait pas eu la main plus sûre, el ici la force de Cuyp l'a singulièrement servi pour jeter l'éclair en travers du ciel avec cet aplomb et

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donner cette grandeur aux voiles qui résistent à lu tourmente. Les deux tableaux de Promenade sont tout à fait magnifiques. Supérieurs comme composition au Sien?' de Roevere, de la Haye, ils sont, quoi qu'on en ait dit, très expressifs du talent et de l'esprit de Cuyp. D'abord leurs qualités de dessin, de mouvement, d'arrangement, de sentimentmême, sont supérieuresà tout ce qu'on pourrait citer d'autre dans son œuvre. Voyez seulement la justesse de mouvement de l'écuyerqui, dans le Départ pour la Promenade se baisse pour examiner

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rétrier, et du cavalier qui. du bout de la cravacbe, lui indique ce qu il \ a a l'aire. En vérité, Ter Borch ne se tirerait pas mieux de cette lâche ni avec plu- de précision, ni avec plus dà-propos. Il est superflu de dire que dans ces deux tableaux les fonds de paysage sont limpides, dorés, comme dans le- 1res bons tableaux du peintre, mais que de plu- tout l'ensemble est aussi riche qu harmonieux. Quant aux personnages eux-mêmes, el on nous permettra de c

prendre le- chevaux -mis ce nom, ce -mil d'excellents, de parfaits portraits. Les che\aux n'ont pas étédessinés avec plu- de force par Potier, el \\ ouwerman danses meilleurs moments ne leur donne pas ce style. Pour le- hommes, ce -mil

de riches et authentiques seigneurs hollandais qui ne se refusent ni de heaux costumes éclatants, voire un peu empanachés, ni de belles montures, ni un bon peintre. Après tout, retenons-les dans notre mémoire ces cavaliers en beaux costumes rouges, noirs ou bleus. Nous les rencontrerons plus d'une fois dans les tableaux de Cuyp, mais équipés en voyage, et remplaçant leur toque de velours par un large feutre. De toute façon, si vous passez maintenant au grand Paysage du musée, vous verrez sans peine qu'ils sont observés d'infiniment plus près, et peints plus serrés que les enfants et le berger Auteur qui peuplent cette grande page, et vous ne serez pas longtemps à conclure que Cuyp s'intéresse plus aux

CORNELISZ DECKER.

l'USACE.

gens du monde qu'aux pâtres, et aux chevaux qu'aux vaches. Est-ce à dire qu il n'aime pas les bœufs el les vaches? Si, mais sûrement pas à la façon de Paulus Potter qui les aime en eux-mêmes, depuis le sabol jusqu'au museau, tandis que Cuyp ne les aime que pour la belle el vigoureuse tache rouge, ou blanche el noire, OU toute noire, qu'ils niellent au beau milieu d'un tableau, pour l'aire fuir loul le reste dans un horizon poudroyant. Aussi, ce résultai obtenu, se garde-t-il bien de graver la bête poil à poil, ou même parfois de la bâtir très solidement.

Ces belles taches, ou ces belles vaebes, comme vous voudrez, il ne lient pas plus que nous à la première lettre, vous allez les retrouve!' bien étalées au premier plan de certains admirables tableaux de la National Gallery, car. encore une lois, c'est en Angleterre qu'il faut venir, non pour apprendre tout ce «pie Cuyp peut dire, nous le savons maintenant, mais pour le lui voir dire avec le plus d'éclat el de perfection.

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAIS!

Avant que de quitter le Paysage, du Louvre, vous aurez pu remarquer qu'il y a là des escarpements de terrain qui ne sont pas d'une Hollande très ortl doxe, que le berger lui-même est de nationalité assez, douteuse, et que

tout pourrait bien avoir été un peu frotté de l'Italie de Bolh, d'une Italie d 1 trecht. Pourtant, comme on n'a pas toujours ce qu'il faul sous la main pour fairede l'Italie, les belles touffes d'herbes el de feuilles rondes des premiers plan-,

en faveur desquelles Cuyp a une tendresse — ou un remords, — le taureau de Potter les a foulées de son sabot dans la vraie campagne hollandaise. C'est à de tels détails qu'on reconnaît les tiraillements qui existent squvenl chez Cuyp entre sa race et ses goûts, mais en lin de compte le soleil mettant tout d'accord, et la race, après (mil. l'emportant.

Les neuf magnifiques tableaux, y compris un portrait, de la National Gallery, ne sont point à décrire, ou bien nous y paresserions trop. Mais comment ne pas parler un peu de ce petit musée de Dulwich Collège, qu'on ne cite jamais, cl qui pointant possède l'incomparable richesse de seize tableaux de Cuyp, indispensables à connaître pour qui veut ne plus rien ignorer de lui. causer avec lui, bien à l'aise, savourer en paix d'excellents tableaux, dans toutes les notes. Le beau petit musée, à quelques milles de Londres, dans un coin de campagne verte, parmi des cottages, et qui a l'air d'un collage lui-même! Quels lions et calmes repos ont pu y goûter ceux qui l'ont visité, cl quelle reconnaissance ils lui en gardent !

Aidons au moins quelques-uns de ces bijoux peu connus et sans prix. N° 63, Vaches et moulons: deux vaches cl trois moutons, devant un petit groupe de maisons ; à l'horizon, une silhouette de ville; un ciel (/ris cl nuageux, cela vauf bien d'être souligné, un délicieux tableau de jeunesse, où le peintre se montre déjà un maître dans laid de modeler un tableau et de lui donner la transparence. — N° 65, L'n cheval blanc <luns un manège : un morceau admirable ce cheval blanc, et un autre cheval dans l'ombre, et des personnages exécutés avec un soin parfait. — N° 00, Bonis de rivière, le sou- .• au centre un massif de beaux arbres sombrement dorés : à droite un berger en casaque rouge, avec une bergère; à gauche deux cavaliers, l'un d'eux brun et noir sur un cheval blanc : un clair ciel d'été : en un mol un tableau de premier ordre, cl qui offre celle disposition de deux noies vives aux deux extrémités du tableau, au lieu d'être placées au centre, connue souvent, et notamment dans la toile suivante. — N° lis, Bétail etfigures le long d'une rivière avec des montagnes: au centre, la belle noie rouge d'un berger, opposée à la note non moins sonore d'une vache blanche et noire placée un peu en arrière; tout le reste, autour, est délicatesse extrême. — N° 124. Une roule près d'une rivière : encore une merveille, pleine de détails exquis, d'épisodes amusants, de choses enlevées de verve avec l'accompagnement de ce ciel du soir, si calme, si reposant, si limpide. — .\" 181, une rareté, Pécheurs sur lu glace: un tableau gris, admirablement composé, avec son groupe de pêcheurs se tenant sur la glace avec leurs filets; près du bord, un 1res beau petit moulin aux ailes grises ; c'est la réplique, en moindre format, d'un tableau île la galerie du duc de Bedford. — N° 192, Bétail près d 'une rivière : un tableau qui se distingue par un merveilleux fond, en opposition à de sombres premiers plans. Mais on pourrait en dire si long sur chacun de ces tableaux !

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Comme on voit ce sonl presque toujours les mêmes thèmes, souvenl k'S mêmes effets,, Comment se l'ait-il que chaque nouveau tableau apporte un nouveau plaisir? C'est une bonne chose que «le s'entretenir

avec un homme heureux de vivre, et heureux de peindre.

Cuyp nous a vraiment, parmi tnu> les beaux peintres hollandais fail éprouver des sensations à pari, apporté une note bien nouvelle, bien a lui,

quelles <[u en soien

l les origines ou les analogies. Allons-nous maintenait!

trouver encore beaucoup de ces originalités vives parmi les peintres de la terre qu'il nous reste à voir?

Voici de bons et consciencieux paysagistes : Cornelisz Decker (.1643-1678), Jan Van Kessel (1641-I680J, J. Van der Hagen (1669), mais ce sontdes sectateurs de Ruysdael. Voici un autre paysagiste qui voit de haut, et vaste, et peint richement de grands vols d'oiseau, dans une belle harmonie sombre et avec une facture large et forte, c'est Philips de Koninck (1619-1688, musée de Rotterdam, etc.), mais ces paysages sont engendrés par ceux-mêmes de Rembrandt, de (|iii Koninck est l'élève.

Le musée d'Amsterdam possède un excellent tableau de Jan Hackaert

VAN II K R HEYDK.N. — CXE PLACE.

1629-1699), V Allée des frênes, une peinture à la foisblon de et forte, très agréable à voir avec ses arbres roux, son étang, son mur gris, ses cavaliers et sa meule ; mais d'autre pari Hackaert a été pins qu'en coquetterie avec les italianisants.

Certains sont peu connus, comme J. Looten, Griffier son élève; Roelandl Roghman qui fui ami de Rembrandt; Van Vriesqui se rattache en même temps à Ruysdael et à Hobbema ; Frans de llnlsl ; mais d'autres ont encore moins de chance devant la postérité. Bons, médiocres, ou mauvais, prospères de leurs temps ou précaires, on rencontre parfois quelque bon morceau d'eux dans un musée, mais ce ne sonl point des jalons.

Du moins il y aurait plus à dire de ceux qui s'adonnèrent au paysage des \illes, aux excellents et soigneux architectes, géomètres et perspectivistes, qui ont pan'' de beaucoup d'agrément ces besognes en apparence un peu arides, grâce à ce bon goul de peinture et de fine matière, grâce à ce laquage que les llollan-

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dais semblent devoir au maniement des objets du .lapon rapportés par leurs navigateurs. 11 faut avoir une grande reconnaissance aux peintres tels que JanBeerestraaten,JobetGerritBerck-Heyde, Jan Van der Heyden, Pieter Saenredam, Emmanuel de Witte, Gérard Houckgeest, Hendrick, Van Vliet, Isack Van Nickelle, qui nous ont laissé dos \ nos si nettes, >i explicites, si finemenl pointes.

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