A. VAN 0 STADE. — LE SIEN AGE RI
à l'imiter avec plus ou moins de bonheur. La Halle aux poissons du musée d'Amsterdam esl un de ses meilleurs tableaux; il est très remarquable de composition et de couleur.
Enfin, parmi les petits peintres de genre nés dans les premières années du XVIIe siècle ou vers la fin du \vi . cl qui ne se rattachent pas précisément à un enseignement déterminé, il \ a lieu de citer Droochsloot, d'I trecht 1586-1666), de qui les Kermesses «lu musée de l;i Haye se démènent dans de bons paysages; Jacob Duck (vers 1600-1660) un peintre de scènes militaires et de corps de garde; Avercamp (1585-1663) ; enfin divers autres peintres des scènes \illageoises qui avaient eu jadis pour prototypes les fonds de tableaux des primitifs, les fortes peintures de Pieter Aertsen, les naïves et plaisantes kermesses de David Vinckeboons, — mais qui allaient trouver chez Brouwer, Adriaan Van Ostade et Jan Steen leur plus vigoureux, leur définitif épanouissement.
Un des plus beaux documents d'humanité et de Hollande qui puissent se rencontrer dans aucun musée du monde, est le tableau que nous possédons du Louvre et qui est dénommé la Famille d' Adriaan Van Ostade peinte par lui. En ces dernières années, tout dans ce litre a été contesté. Rien ne prouverait, a-l-on dit, que ce tableau représentât la famille de Van Ostade, ni (pie ce tableau lui de sa main. La première partie de la proposition peut avoir son intérêt historique tant qu'on n'a pas de preuves décisives pour ou contre une telle constatation d'identité. Mais nous oserons dire que la seconde serait presque révoltante, si elle n'était presque puérile. Quelle que soit la gloire que les critiques puissent conquérir à désattribuer les tableaux, au inoins faut-il ne pas le faire trop à l'étourdie.
Admettons, pour ne point surcharger ces pages d'une discussion qui sérail bien proche d'une digression si elle devenait trop minutieuse, que dans les données anciennement admises, les personnages ne soient pas tous baptisés 1res exactement, c'est-à-dire surtout que le grand jeune homme roux placé' au second plan du tableau ne soil pas Isack Van Ostade, ni la jeune femme ou jeune fille placée près de lui, sa femme. Lien n'est plus raisonnable que de faire celle remarque : Isack était seulement de dix ans plus jeune que son frère Adriaan, et, entre le jeune homme debout, et le brave bourgeois assis, le plus grand écarl d'âge esl tellement évident, tellement prononcé, que le premier pourrait sans aucune invraisemblance avoir l'autre pour père alors que la jeune fille sciait la fille aînée. Le paisible, sain et robuste couple, alors environné de cette lignée de six lilles et deux garçons peutfort bien demeurer baptisé : monsieur et madame Adriaan Van Ostade et leurs enfants. Cette idée n'a rien qui ne nous soil fort agréable, et qui ne soil très conforme à la façon dont nous pouvons nous représenter un brave homme de peintre hollandais, qui \it très largement de son ait. un excellent art, comme le prouvent ses meilleurs tableaux, mais qui
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n'est pas dépourvu d'un léger accent commercial, comme le font sentir ceux du courant quand on les rencontre un peu nombreux dans telle ou telle galerie. Mais, grand dieu, n'allez pas croire que ce snil sur un tel tableau que celui-ci
que puisse planer cette appréciation un peu insidieuse ! C'est là une œuvre d'art si parfaite, si grave, d'une santé pour ainsi dire si religieux', enfin une chose faite avec tant de câline satisfaction, de tranquille amour, d'affection bien nourrie, que jamais rien de plus parfait <•! de plus désintéressé n'a été fait et ne
pourrait être cité dans l'art hollandais, j'entends l'art matériel que nous étudions en ce moment, el non pas, cela va de soi, l'art d'au delà qu'a cherché Rembrandt. Mais en vérité, ce tableau-là, est aussi complet, aussi prenant comme expression de vie que tel tableau de Rembrandt que vous pourrez citer comme expression de rêve.
C'est, d'autre part, une œuvre que le peintre a travaillée et poussée avec une telle connaissance des êtres représentés, avec un si intense intérêt porté à leurs yeux, à leurs mains, à leurs bouches, à leurs altitudes, à leurs beaux costumes des jours de repos, à leurs jeux, à leur joie, aux paroles qu'ils disent, à tout enfin, que jamais peintre n'a existe et n'existera, assez désintéressé pour soigner aussi héroïquement la simple représentation d'un portrait d'étrangers. Les Primitifs eux-mêmes les plus attentifs et les plus soumis à leur modèle, ne pourraient accomplir un pareil tour de force. Je vais aussi loin qu'est possible d'aller dans la restriction qu'on peut apporter à ses plus profondes admirations en art; et je dis que même dans l'extraordinaire portrait de Van Eyck, Arnolfini cl sa femme à la .National Gallery, il n'y a pas un rayonnement d'intimité aussi envahissant, aussi complet, et se communiquant jusqu'au moindre détail des poses familières, abandonnées, enjouées ou gentiment sérieuses, se communiquant, vous dis-je, jusqu'aux simples objets du mobilier, à la couleur du plancher et des murailles.
On ne peint de celle façon, on ne connaît avec celle force, on n'admire avec cette confiance, que la maison dans laquelle on a vécu, la femme qui a M'en à vos côtés, et les enfants qu'elle vous a donnés. Un étranger, si exacte que soit sa vision, précise sa main, son esprit respectueux du concitoyen, du camarade, de l'ami même qui s'adressent à lui pour être peints, accentuerait fatalement, si peu que ce soit, et avec une imperceptible, une involontaire el inconsciente ironie, les particularités physionomiques de cette petite famille. qui n'est point ce qu'on peut dire belle, mais qui est ici profondément aimée el admirée, et prise au sérieux dans sa bonne et modérée gaîlé. Le peintre qui possède un métier aussi parfait, un œil aussi exercé, qui peu! en un mol. faire vivre un lit, des faïences, une cheminée avec cette solidité et cette justesse n'est
l'as lu mu a s'apercevoir que ces fillettes, ces grands garçons, se trouveraient
de parla nature assez drôlement caractérisés pour pouvoir faire un bien plus grand effet en peinture, en les chargeant, en les accentuant a peine. Mais cet (i à peine i) n'existe pas ici ei les personnages ne sonl ni chargés ni flattés. Le tableau ne pouvait donc ni séduire un client, ni provoquer un acheteur, el il n'esl pas de peintre hollandais si peu en vogue ou si sincère qu'il soit, qui n'ait juste le petil grain de malice qu'il faut pour l'une ou l'autre de ces opérations. Donc, encore celle considéra I ion nous prouve que nous ne sommes pas ici en présence il un tableau vendu ou de vente. Il n'intéresse que juste celui qui l'a
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fait pour ceux qu'il a représentés, tandis que dans tout poitrail commandé, il