Histoire populaire de la peinture
Complexité el immensité de l'art en Italie. — Quelques mots sur lu peinture antique, la mosaïque, la peinture avant Cimabue. — Sienne el Pise, berceaux Je la peinture par la rénovation orientale.
L'Italie, en art, a montré les plus grandes perfections et les plus grands travers. Elle a produit, dans la peinture. les plus belles, les plus profondes simplicités et les pires des affecta lions. Elle a donné les plus hauts, les plus durables exemples, et exercé les plus dangereuses influences. La jeunesse et la maturité de cet art ont été admirables entre toutes, et l'on discutera toujours sur la question de savoir laquelle des deux est la plus éblouissante. Encore ne se décidera-t-on jamais. que par des raisons de préférence, suivant son tempérament et les préoccupations du temps dans lequel on vivra. Quant à la décadence de ce même art elle a été aussi complète que sa perfection. Et cette perfection même, ou tout au moins la perfection de la maturité, contenait tous les germes de la décadence : Raphaël, sans qu'on doive l'en rendre responsable, a été revendiqué pour chef par les artistes les plus froids, les plus insignifiants, les plus académiques; Michel- Ange est de même le père involontaire de toutes les boursouflures et de toutes les fausses énergies. En un mol l'art de cette contrée privilégiée, prodigieuse, ressembleà la race même qui a donné naissance à la fois aux plus grands saints et aux plus grands fourbes.
Dans ces conditions et étant données l'extraordinaire poussée d'hommes et d'œu\ res, la dh ersité infinie des tendances et des manifestations, on comprendra combien il est difficile de préparer le lecteur à se faire une idée générale de ces écoles. Le tableau est pour ainsi dire impossible i> tracer.
On ne ferait pas comprendre à ceux qui ne l'ont jamais \ ne ce que c'csl ([n'uni' forêt, en disant qui' c'est un ensemble d'arbres, de végétation, de sources, de nids et de terriers. El même quand on aurait décrit tout cela séparément et avec méthode, cela serait encore bien insuffisant pour l'aire ressentir les impressions que la forêt procure.
.Nous ne débuterons donc cette fois par aucune considération générale, sauf les quelques lignes qui précèdent. Nous n'avons que la place nécessaire pour passer en revue et d'une façon bien concise, les maîtres et les chefsd'œuvre. Aucune vue nouvelle, aucun l'ait inédit ne seront apportés dans cet examen, pour la raison que tout a été ressenti et exprimé en présence de ces œuvres, par tout ce qu'il y a d'hommes sensibles et raffinés dans le monde. On n'a même plus à revendiquer avec éclat pour les primitifs, — et sous ce nom l'on comprenait naguère tout ce qui précédait le xvf siècle, — la place immense à laquelle ils ont droit, puisque de notre temps on a su retrouver leur beaulé, et établir pour toujours leur glorification.
L'ensemble de la peinture italienne est certainement le plus vaste et le plus imposant, en même temps le plus vénérable qu'ait offert l'art de l'Europe tout entière. On sera toujours confondu lorsqu'on récapitulera ce merveilleux acheminement, des peintures étrusques et romaines aux peintures chrétiennes, de celles-ci aux mosaïques de Ravenne, de ces mosaïques aux premières peintures encore profondément byzantines des anciens maîtres de Pise, de celles-ci à celles de Sienne déjà plus affranchies, de Pise à Florence, de Florence, infiniment digne et infiniment éclatante, arrière-pelite-fille des antiques centres artistiques de l'Étrurie, à Home et à Milan, de ces villes enfin à Padoue, à Ferrare, à Parme et à Venise, et de là à Cologne même, à Home et à Naples, où tout s'efibndre.
Cet ensemble ne constitue pas pour les autres écoles d'Europe une rivalité, mais une maternité. Mère impérieuse, tyrannique, compromettante parfois, l'Italie a exercé sur les autres pays une influence dont ils se ressentent encore. L'Allemagne, les Flandres, la France lui ont payé un large tribut; l'Espagne est artistiquement une possession italienne. Quant à nous, il n'est qu'à de rares mais admirables époques que nous avons été affranchis de ces hantises : une partie du moyen âge, une partie ou plutôt un aspect du xvnr siècle.
Attribuer une égale importance à toutes les étapes que nous venons d'en uinérer sommairement serait équitable, mais n'est pas possible dans un résumé tel que celui-ci. 11 est certain, par exemple, que pour tout esprit artiste les peintures de Pompéi vaudraient d'être étudiées au moins aussi en détail que l'école bolonaise, et que les mosaïques de Ravenne et de Venise devraient nous retenir autant que les œuvres de Botticelli, ou que celles de Raphaël ou de Titien? Pourquoi non? Parce quele renom deceux-ci est plus grand* plus consacré, qu'ils sont plusconnus? Ce ne serait pas une raison. Les grandioses 'usions des 1110saïstes ne sont pas inoins saisissantes que les chambres du Vatican ou quele Jugement dernier de Michel-Angeà la Chapelle Sixtine. Il n'\ a pas là moins de hauteur d'inspiration, île beauté de matière, de déploiement de volonté. C'est pourquoi il est vraisemblable que dans les histoires à venir, on tiendra autant de compte des uns que des autres. Pour le moment nous sommes un peu forcés à
ÉCOLE ITALIENNE
un compromis entre les réhabilitations futures et les ignorances ou les mépris passés. Nous nous contenterons d'affirmer le plus énergiquement que nous pourrons les droits de ces choses» barbares » aux plus grandes admirations, et nous