SAINT BONAVENTURE ET SAINT ANTOINE. SAINT BERNARDIN ET SAINT
leTintoret ou le Véronèse, el sont, soit de sincères victimes de leurs admirations, soit d'avisés imitateurs.
In des plus célèbres dans le voisinage immédiat de Titien est Palma le Vieu\ I isii-t 528 . né près de Bergame el venu de bonne heure à \ enise. Peut être fut-il élève de Giovanni Bellini, mais bientôt il suivil le mouvement que Giorgione et Titien venaient de créer. Il devinl un habile, savanl el abondant peintre, séduisant par une couleur brillante el chaude, une composition claire el facile el un certain charme d'expression donl l'agrément confine aisémenl à la banalité', lui somme le meilleur de son succès, il le doil à Titien: c'est son
esprit dont il s'est imprégné, consciemment ou non, ce sont ses paysages dont il fait les fonds de ses tableaux. Mais si l'on veut voir d'un coup d'œil la différence entre un grand artiste et un simplement bon producteur, on n'a qu'à regarder un l'aima à côté d'un Titien ; c'est l'expérience la plus facile à faire, puisque cette rencontre est fréquente dans la plupart des grands musées. Au Louvre tout d'abord, où l'excellente Adoration des Bergers de l'aima, une de ses plus fermes œuvres, semble tout de suite une page secondaire auprès de la plus petite toile de Titien, de la Vierge aa lupin par exemple. Parfois Palma il Vecchio arrive à ressembler à Titien superficiellement, comme dans le célèbre portrait de femme de la collection Sciarra dit la Bella di Tiziano, et qui passa longtemps pour un Titien. .Mais comparez seulement un portrait de Titien si ferme ef si fort, un de ces étonnants portraits du musée de Madrid, avec la Bella ou avec les célèbres Trois Su >urs, du musée de Dresde, plantureuses blondes, voluptueuses et fades ; la comparaison vous amènera aux mêmes conclusions que si vous mettiez en parallèle les paysages de l'un et de l'autre peintre. Dans l'un tout est plus beau que la nature, dans l'autre tout est inférieur à la nature.
Jacopo Palma, maigre'' la x ivacité de ce jugement, a produit cependantde belles et larges pages décoratives, de nobles tableaux d'autel, comme la célèbre Sainte Barbe de l'église Santa Maria Formosa, à Venise, et ce n'est que par comparaison avec le grand maître qu'il apparaît si inférieur. Il eut une tille, Violante, qui fut, dit le roman de l'histoire, passionnément aimée de Titien. Son neveu, Palma le Jeune (1544-1628 n'atteignit point aussi haut que lui. Ce fut un bon et facile producteur, mais avec moins d'accent que Jacopo. Palma il Giovine fut un élève de Titien déjà très avancé en âge. et on lui doit tout au moins un remerciement attendri pour le respecl qu'il porta à son maître: c'est à ce sentiment de piété que nous devons d'avoir reçu intacte à travers les tempsla sublime Deposizione, et telle que Titien dut la laisser, lorsque la mort arrêta sa main (1).
Une autre importante dynastie vénitienne, ou plutôt véronaise, est celle des Bonifazi. On ignore les dates exactes de leur naissance, et il n'es! même point très aisé de distinguer entre les œuvres des deux premiers. Bonifazio I r ('(ail né à Vérone et fut, suppose-t-on, élève de Palma. Il mourut vers 1540. Il possède plus d'originalité et de fermeté que son maître, on n'ose dire de rudesse : mais il a, à défaut des profondes inspirations de Titien, un sens assez vigoureux de la composition, et il remplace le sublime par le pittoresque. La Parabole ,la mauvais riche', à l'Académie de Venise, est un beau tableau ; de même le Moïsesauvè des eaux, du musée Brêra, Bonifazio II était, comme le premier, natif de Vérone, el il mourut en 1553. Quanl à Bonifazio III.il était hé à Venise, et la dernière de ses œuvres datées est 1563. Tous trois, en somme, sont parmi les
(1) Voir la note page 363.
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plus brillants Tizianistes, niais ils sont surtout cela. Certes la salle qu'ils
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occupent en grande partie à l'Académie des Beaux-Arts présente un ensemble riche et imposant. Mais dans toute cette magnificence facile, on cherche en
vain non un trait de génie, ce qui serait beaucoup exiger, mais un trait vraiment saisissant. Comment faire un choix dans ces belles figures de saints et de saintes, dans ces Saintes Familles et ces Adorations des Mages ou des Bergers? Toutes vous laissent un souvenir de couleur riche et de bonne tenue de peinture; aucune ne vous laisse dans l'esprit une image précise ou un seul mouvement éloquent.
Un autre maître encore, — nous allions dire un autre tableau, -- qui a conservé à travers le temps une célébrité méritée, c'est Paris Bordone, — et le
MOnONI. — VIERGE.
tableau, c'est Le pêcheur présentant l'anneau de saint Marc au doge Bartolommeo Gradenigo. 11 faut déclarer qu'un pareil tableau suffi! en effet à assurer la gloire à un artiste. Celle peinture, à l'Académie des Beaux-Arts, ne pâlit pas trop entre les Carpaccio et les Titien. Qu'en pourrait-on dire de plus? Elle est riche de couleur, curieuse et pittoresque, entraînante au point de vue narratif. Peut-être Carpaccio en eût-il fait le sujet d'une brillante série, el il esl à regretter, presque, que Paris Bordone n'y ait point songé ou ne l'ait pas pu, car la légende est captivante et aurai) prêté à ces épisodes. Pendant une nuit de lévrier 1340, une tempête épouvantable sévissait sur l'Adriatique, agitait la lagune elle-même connue l'Océan, et menaçait de détruire Venise. Un pêcheur est occupé à attacher sa barque près delà Piazzetta. Un inconnu lui enjoint de le conduire à l'île
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de San Giorgio Maggiore; le pêcheur hésite, mais snliil l'ascendanl de l'inconnu. La barque arrivée à San Giorgio : un autre inconnu, un guerrier, ordonne de ramer jusqu'à l'île du Lido; et de là un troisième personnage, la tempête toujours
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soufflant, l'ail pousser l'esquif jusqu'en pleine mer. Là un navire rempli de démons, qui se préparait à venir jusqu'à Venise apporter le ravage el la mort, est rencontré et mis en fuite sur un signe du premier inconnu. Cel inconnu était
saint Marc, les deux autres, messires San Nicole- et San Giorgio. Saint Marc remit alors un anneau au pêcheur et lui ordonna de le porter au doge en témoignage de ce qu'il avait vu. La légende n'est-elle pas remarquablement coupée, et ne rêvez-vous pas des premiers tableaux? Paris Bordone n a exécuté que le dernier et c'est son chef-d'œuvre; c'est une grande et éclatante) toile, où la solidité du dessin, le naturel de l'expression (les deux mouvements du pécheur et du doge sont parfait- , le disputent à la richesse de la couleur, et le fond d'architecture éclairé par le plein soleil est une merveille. Il y a de telles heures d'inspiration dans la vie des artistes qui pour le reste ne fontj que briller au second plan.
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Paris Bordone (1500:1571) lit bien d'autres peintures, et même d'excellentes à côté d'autres liés faillies, niais nulle aussi belle. 11 avait été appelé à la cour de France par François 11, en 1558, et il était apprécié comme portraitiste autant que comme peintre d'histoire. Nous axons de lui au Louvre un portrail d'homme, une peinture d'une lionne tenue, mais de peu de caractère.
Ce n'est guère non plus que par un seul morceau que non- esl connu, toutes proportions gardées, Francesco Torbido, un peintre de Vérone, et ce morceau est le curieux, et réaliste au possible, portrait de vieille femme de l'Académie. Il esl vrai que d'autres peintures de Torbido (1486-1546 figurent à la cathédrale de Vérone, mais elles sont moins tranchées que celle-là, et comme Torbido fut de la catégorie des peintres - assimilateurs », peut-être court-il, sous d'autres et plus célèbres noms, un certain nombre de ses œuvres.
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Lorenzo Lotto (vers 1480-1555 esl aussi une victime, et plus illustre encore, de ses admirations successives, et il est certainement dépossédé d'un hou nombre de ses œuvres. C'est certainement, par celles que l'on reconnaît
authentiques, un peintre d'une haute videur el un véritable artiste : lepetil Saint Jérôme du Louvre n'est-il pas. en son genre, nue peinture extrêmement originale de disposition et decouleur? La Fenim adultère, il est vrai, quoiqu'un fort curieux tableau, esl de moindre intérêt. Mais c'est à Bergame qu'il faul voir
le peintre pour le connaître, et seulement là ; il \ est superbement représenté , par des peintures d'une grande allure, et d'un modelé remarquable, digne du Corrège. 11 ne connaissait pourtant point le Cortège à l'époque où il peignait la plus importante de ces œuvres, le grand retable de l'église San Bartolommeo : la Vierge entourée de dix saints. Parmi les nombreuses œuvres de lui qui sont à Bergame, il faut citer aussi le délicieux tableau d'autel de l'église San Bernardino, une Vierge avec des saints. l'eu de peintures de l'école bergamasque sont aussi jeunes, aussi attrayantes que celte charmante Vierge, vêtue de rouge, assise sous un dais vert, et ayant à ses pieds un angelot en robe jaune, d'un mouvement original et vrai. C'esl une note inattendue et des plus séduisantes; ce n'est ni lombard, ni vénitien; c'est vivant, Irais, sans arrière-pensée, plein de charme. Lorenzo Lotto avait été le camarade de l'aima, de qui il subit l'influence, après avoir auparavant éprouvé celle de Giovanni Bellini, puis de Giorgione. Une curieuse inquiétude et la vie la plus aventureuse, on dirait aujourd'hui la plus bohème quoique toujours dominée par de nobles préoccupations d'art, le fît fréquemment changer de résidence. De 1513 à 1516 il est fixé à Bergame ; on le voit successivement à Trévise, à Home, à Venise, enfin vers I 550 à Loretto où il finit pieusement ses jours. C'était un homme infiniment doux et modeste, et il fut de la part de Titien l'objet d'une affection toute particulière.
La modestie, au contraire, ne fut pas le propre de Giovanni Antonio dit le l'ordenone, du nom de sa ville natale (1483-1539). Celui-ci se crut l'égal de Titien, ou plutôt considéra Titien comme son rival. Cela ne l'empêche pas d'avoir, en Ire au Ires peintures qui pour nous ne sont pas appréciées avec la même indulgence et ne nous semblent point égales à celles de Titien, un beau tableau, un peu théâtral, un peu creux, d'un modelé un peu mou malgré ses airs de fermeté, mais d'un grand effet superficiel : Sun Lorenzo Giustiniani entouré de suints, un des tableaux les plus remarquables parmi les œuvres de second ordre à l'Académie des Beaux-Arts. La ligure de Lorenzo Giustiniani est la plus saisissante et la plus simple. Certaines autres sont un peu bien affectées : mais il ne faut pas oublier (pie Gentile Bellini avait peiul le même personnage d'une manière encore autrement sévère et imposante, et que sa peinture quoiqu'en ruine-, es! pour tout délicat bien plus précieuse que celle du l'ordenone en excellent état.
Ici nous classerons deux écoles qui dans une certaine mesure se rapprochenl de celle de Venise el en ont subi l'influence à des degrés divers : ce sont celles de Ferrare el de Brescia.
Ferrare, que l'on célèbre peu, que l'on ne visite pas assez, offre, au x\T siècle un certain nombre de 1res beaux peintres, plus vigoureux que souples, plus éclatants «pie riches, plus sincères el attentifs que vraiment savants, mais produisant de puissantes œuvres, toutes d'un bel effet.
Nous avons déjà parlé de Cosimo Tura et de Lorenzo Costa. L'ère suivante a il Mazzolino, ]>lus près de Raphaël que des vénitiens, auteur d'une remarquable
Adoration de l'enfant Jésus au musée de Ferrare, el deux maîtres au contraire plus [près des Vénitiens, le Garofalo el Dosso Dossi.
Benvenuto Tisi da Garofalo 1481-1559), après avoir passé ses jeunes
années à Ferrare et à Crémone, en I i-99, était allé à I! i. 11 revinl ensuite à
Ferrare, après un séjour à Bologne, et de nouveau alla à Rome en 1509 : mais il
n'y fit qu'un séjour trop bref pour être complètement influencé par Raphaël. En 1512 il était de retour à Ferrure, où il acheva sa vie. C'est un excellent peintre, un coloriste remarquable ; certains de ses plus beaux tableaux sont à la National Gallery : la Vision de saint Augustin et une Madone entre des saints ; le