‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 103 sur 119 · ALESSANDRO VABOTAKI. — LA VIERGE · texte numérisé non relu

ALESSANDRO VABOTAKI. — LA VIERGE

portrait de gentilhomme, accoudé dans une pose abandonnée el rêveuse; là

encore nous sommes sur la lisière de Titien, mais sur la lisière seulement.

Il en est de même pour les portraits de son élève Giambattista Moroni, un

ÉCOLE ITALIENNE

peintre bergamasque 'vers 1520-1578 . certainement un des plus habiles el des plus complets portraitistes de la région. Titien envoyait « se luire peindre par Moroni » ceux dont il ne voulait pas faire le portrait. Il est vrai que, malgré leurs très grands mérites de dessin et de couleur, nue couleur très sobre et un peu plus froide que la couleur vénitienne propremenl dite, peut-être ont-ils surtoul de l'intérêt pour nous à cause de leur sincérité. Moroni se préoccupait moins de se raconter lui-mê à l'occasion de ses modèles, coin l'uni involontairement les grands artistes, que de raconter ses modèles seuls, et très exactemenl

ALESSANDRO VAROTARI. — LES NOCK3 ni- CA.NA.

Peut-être s'il eût voulu faire autrement ne l'cùt-il pas pu. Mais ne sont-ce pas, justement à cause de cela, deux documents d'histoire et d'ethnographie poui ainsi dire, des pins curieux et des plus précieux, que ce Portrait d'un tailleur, et celui d'un gentilhomme, qui sont à la National Gallerj .' Le tailleur, coupant son drap avec ses grands ciseaux, a beau être vêtu d'un pourpoint blanc et di chausses rouges, c'est un tailleur italien qui pourrait tout aussi bien vivre aujourd'hui, ou plutôt c'est le laideur italien : les caractères de race sont fortement gravés par ce peintre si honnêtement dépourvu d'idéal. De même le gentilhomme delà famille Venaroli, grand et mélancolique, avec son riche costume, mais aussi ses grandes jambes grêles dans ses chausses noires, est une de ces ligures que l'on n'oublie pus. car on la rencontra hier, et l'on ne sait

plus si elle venait du musée ou de la rue. De même enfin les nombreux portraits qui, sont au musée de Bergame, excellents d'exécution et « ressemblants » au possible. Il est évident qu'avec de tels dons d'écrire en prose, Moroni ne pouvait guère faire de belles compositions d'élan et d'imagination; aussi ses tableaux religieux sont-ils de ceux que l'on peut omettre sans regrets.

Quand nous aurons cité le Flamand Calcar (mort 1546 qui fut un des plus littéraux imitateurs de Titien, et qui lit des Titien auxquels il ne manque

ALESSANDRO T U R C II i . — MORT UE MARC-ANTOINE.

que la touche du maître, c'est-à-dire la seule chose qui importe; puis un autre titianisant Andréa Schiavone, peintre d'histoire el graveur 1522-1582 , il ne restera plus, comme peintre vraiment remarquable, que Savoldo, puis toul de suite après des artistes qui travaillenl de leur mieux à la décadence.

Savoldo, qui peignait d'environ 1508 à 1548, el visiblement -nus l'influence de Giorgione el de Titien, es) cependant un peintre d'un caractère très moderne ; c'esl une sorte de romantique en avance, et pour dire vrai, ce style ne vaut point celui de Giorgione ni de Titien. Les chefs-d'œui re de Savoldo sont le Saint Jérôme de la collection de Sir Henry bavard el un retable au musée

ECOLE ITALIENNE. 119

Brera ; au musée du Louvre est un curieux portrait d'homme, qui à lui seul justifierait cette qualification de romantique.

Le romantisme n'était-il pas d'ailleurs en puissance à Venise, tout au moins chez les peintres secondaires, qui eux n'avaient pas la belle el grande tenue de Titien et du Tintoret ? Le Tintoret sans le génie et sans l'incomparable puissance, c'est le romantisme même. Aussi, les hommes de moindre tempérament et de moins haute pensée, furent-ils bientôt entraînés vers le pur et facile pittoresque, vers les contrastes accentués pour un médiocre but. Ce fut le cas des Bassano. Jacopo da roule, dit « il Bassano » l :> lit-i 592 et deux de ses fils, Francesco (1549-1592) et Leandro 1 1558-1623), sont des peintres amusants au possible. \\< dépensent delà grandeur el de la force pour raconter en somme les plus insignifiantes histoires. Ce sont des paysagistes, déjà, et presque rien que des paysagistes, qui mettent beaucoup de ligures. Leurs œuvres accusent une prodigieuse dépense de clair-obscur, de pittoresque, d'animaux, de ruines, de collines, de gens affairés, musclés, vêtus de curieuse façon, montrant des choses, là-bas, le doigt étendu ; enfin toute une agitation, tout un esprit, tout un savoir dépensés par ces peintres, et par leurs modèles, on ne sait pas trop pourquoi, malgré le plaisir qu'on y prend. Leurs paysages même, que l'on serait tenté d'abord de prendre comme étant de la même contrée que ceux de Titien, et qui ont avec eux un certain air de famille, ne doivent pas être regardés à deux fois : on a vite fait de xoir que c'est une grimace plus qu'une ressemblance, car un arbre de Titien est un grand seigneur, imposant, admirable, et un arbre des Bassano n'est qu'un acteur; une ferme du Titien est un coin d'humanité el de nature, chez les Bassano c'est une cabane truquée pour changements à vue. Cela n'empêche pas ces peintres d'être divertissants el savants, ce qui semble aller mal ensemble: et il faut noter qu'ils oui exercé une grande action, mais non la meilleure, sur l'art français du \vn" siècle.

Nous sommes arrivés à l'incontestable décadence de l'ail vénitien, du vivant même de ceux qui furent sa plus éblouissante gloire. Des peintres comme Alessandro Varotari, de Padoue, il Padovanino 1590-1650 . imitateur énervé et efféminé du nu de Titien, Alessandro Turchi, de Vérone 1582-1648), un peintre encore assez simple de facture, mais [rès maniéré île stvle, enfin Sebastiano Ricci 1659-1734 qui déjà annonce la mascarade du xvm siècle el y participe de toute son afféterie, ne peuvenl plus être considérés comme des maîtres, ni nous arrêter. Nous verrons en lerminanf ce qui se passa au siècle suivant. Mais déjà il l'an I faire notre deuil. Venise n'esl plus une sainte et une reine, mais une grande coquette, el ce qui avaif été une des plus authentiques splendeurs de l'univers finit dans les oripeaux d'une assr/ agréable

COinédie.

Page 1