CHAPITRE XIV
La décadence générale. — L'école bolonaise el l'école romaine. — Les Carracci. — Guido Reni. — Le Domenecchino. — Le Caravage. — Lanfranco. — Le Guercino. — L'école de Naples. — La lin de Venise. — Tiepolo, Canalelti, Guardi. — Salvator Rosa. — Conclusion générale.
Do la violence et dé l'outrance, mais jamais dé la force; de l'afféterie et de la fadeur, mais jamais de la douceur, de la pureté vraies ; de la dépense de mouvement et de grimace, pour aboutir à la froideur, à l'insignifiance de l'expression. Voilà le spectacle «pie de Bologne à Rome, et de Home à Naples, présente tout le xvne siècle. La décadence est complète, avec toutes les allures encore de la magnificence, toutes les garanties du raisonnement ; c'est une décadence par trop de savoir. On sait encore, et admirablement, son métier, mais de plus on possède toutes les recettes nécessaires, infaillibles, pour ne l'aire que des chefs-d'œuvre, el c'est la mort. On a Interrogé les maîtres, on a dégagé de leurs œuvres toutes les raisons par lesquelles elles sont belles, et on pourrait leur dire en quels endroits ils se sont trompés. Quelle conquête ! et comme c'est simple : il suffira d'emprunter à chaque maître tout ce par quoi il esl grand, el alors on sera grandissime, tout en évitant ce qui l'ait sa faiblesse, et alors on sera impeccable. C'esl ce rêve de professeurs en délire qui fut la base des écoles de Bologne, de Home et de Naples au xvu" siècle, si semblables par la tendance el par cette erreur à nos écoles d'aujourd'hui, et c'est lui qui donne à ces écoles tout ce que pour nous maintenant elles dégagent de profond ennui, tout ce qu'elles nous causent de répugnance quand on les
étudie au Sortir de tout Ce que les xiv" el xv" siècles oll'renl de jeunesse, de
verve, de grâce, et même de tout ce que le \vi" montre d'autorité, de majesté
OU de splendeur.
Comment, des lors, prendre quelque plaisir que ce soit à parler de ces peintres dans un tableau d'ensemble tel que celui-ci ? Comment dissimuler leur
faiblesse par rapport aux maîtres auxquels ils succèdent? faiblesse morale non
moins que faiblesse intellectuelle; on ne peutmême pas dire que malgré leur savoir
ÉCOLE ITALIENNE
étonnant ils soient vraiment forts, carilesl un moment où la virtuosité devienl une façon de déliquescence. Toutefois on pourrait prendre un intérêt, el même dans une certaine mesure un réel plaisir d'art à étudier ces artistes séparément, en eux-mêmes, pour leur vie qui fut romanesque, agitée el fausse comme leur