ANTONIO CANALETTO. — PAYSAGE
bruit de violons, d'étoffes froissées et de clapotement de rames, parmi les moires nuancées des canaux et des lagunes, ou dans les cérémonies mi-partie de mascarade et de luxueuse bonhomie, ou dans les élans délicieusement feints d'une piété galante, quand devant ïiepolo, sur son échafaudage, posent comme modèles pour la Vierge, des étoiles de l'Opéra. Lorsque la grosse et brutale \ui\ de la guerre se fit entendre, cette frénésie avait à peine pris fin.
11 nous faut donc citer les quelques charmants peintres qui enguirlandent les regrets du passé, et font se terminer en accords de sérénades nos profondes et nos pures émotions. Giambattista Tiepolo (1G93-1 770) est le petit-fils, très gâté et très dégénéré, du Véronèse. Sou luxe est pauvre, comparé à celui du richissime Cagliari. Il se joue au milieu des figures volantes, des personnages en trompel'œil, et lorsque l'idée lui fait défaut, il la remplace par un amoncellement de nuages. Les églises les plus décadentes, les palais les plus à la mode sont rempli- de ses pimpantes et claires décorations. 11 suffit de citer surtout le
ÉCOLE ITALIENNE
plafond de Santa .Maria délia Pietà, de beaucoup le plus délicat el le plus frais de ton, avec son couronnement de la Vierge, ses joli- anges musiciens : puis la décoration rococo et en trompe-l'œil des Gesuati, celle du palais Labbia et enfin de nombreuses villas aux environs de Venise. In grand artiste de nuamis appelait Tiepolo un Véronèse de barrière; encore que ce mol si »i l un peu