‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 15 sur 119 · R A AN G K L I r. u . — L A NN ON Cl \ ï I 0 N · texte numérisé non relu

R A AN G K L I r. u . — L A NN ON Cl \ ï I 0 N

Sixtine et les Slanze,et encore on peul dire que les peintures de Pra Angelico sont d'un ordre supérieur à celles de Michel-Ange et de Raphaël, que les émotions qu'elles procurenl sonl plus pures, plus élevées, plus véi itablement divines. Mais avant de dire un mol de tout cela, n'avons-nous pas au Louvre un tableau admirable, initiateur, qui contient Pra Angelico tout entier?

Le Couronnement de la Vierge semble une chose indestructible, supérieure ù toute la peinture. Le ton général peul s'en être pâli et comme évaporé, les chairs peinent avoir bleui, de lourdes el pâteuses retouches peuvent en avoir

du haut en bas altéré sur leur parcours la précieuse matière. Cela n'en demeure pas moins une page unique, où se viennent refléter toute la beauté, toute la pureté du rêve de l'artiste, toute la grandeur et toute la fermeté du dessinateur et du peintre.

Cette grandeur de dessin ne fût-elle attestée que par le groupe du Christ et de la Vierge, cela serait déjà l'œuvre d'un des plus sûrs et des plus hardis dessinateurs qui soient. La seule grande ligne du manteau bleu de la Vierge est une trouvaille d'une élégance, d'une grâce et d'une force rares ! Cette ligne se trouve jetée dans le tableau avec la même fierté et la même sveltesse que les grands architectes gothiques élevaient au ciel la flèche d'une cathédrale. Quant au dessin du mouvement, dites s'il n'est pas d'une dignité et d'une majesté superbes dans la figure du Christ couronnant ; mais pour prendre encore dans le tableau des exemples plus modestes, quoique non moins caractéristiques, les petits anges qui entourent le trône ne sont-ils pas d'une indication si juste, on dirait presque si spirituelle tout en demeurant si digne, que Ion croirai! les entendre? Ne suit-on pas le mouvement de leur archet, de leur main pinçant les cordes ? La charmante hallucination qui fait que l'on entend distinctement de fines et aériennes musiques en concentrant plus spécialement son attention et son amour sur celle partie du tableau, n'est pas un effet de l'imagination : c'est un résultat de l'art du dessin poussé' à l'extrême vérité sous le vêtement de la fantaisie et du rêve. De même un pareil phénomène nous frappa lorsque nous entendîmes chanter les anges de Jan Van Eyck, dans le retable de saint Bavon. El la fermeté de celle main de dessinateur, nous la constatons encore dans les figures du premier plan, cet évêque, celle sainte Cécile, cet empereur, vus de dos, qui ont tous on ne sait quelle masse, quelle ampleur sculpturale.

Analyser l'expression de piété et de béatitude qui règne dans chacun de ces visages de saints et de saintes, est-ce possible, est-ce utile, et ne vaut-il pas mieux simplement dire avec le vieux Yasari qu'ils sont « si bien faits, d'altitudes si variées, d'expressions si diverses que c'est un plaisir et \un; douceur incroyable île les regarder?... Pour moi, en vérité, j'affirme que je ne vois jamais ce tableau qu'il ne me semble une chose nouvelle et je ne m'en sépare jamais bien rassasié ». Le tableau, indépendamment de son charme puissant, nous est un complet exemple de l'ordonnance de- couleurs, non seulement chez Fra Angelico. mais chez beaucoup de maîtres du xv" siècle. Ici de nouveau nous pourrions constater des lois de symétrie, d'oppositions de tons disposés de chaque côté d'une grande dominante centrale, comme nous l'avons fait pour les maîtres flamands du même temps. Dans le tableau qui nous occupe, la dominante centrale, c'est le grand manteau bleu de la Vierge, et la partie bleue du vêtement du Christ; celle noie ayant i\cu\ appuis : l'un supérieur, l'or du fond

et du dais ; L'autre inférieur, le bariolage clair des marches de marbre. Des deux côtés se déploie une riche et complexe harmonie, qui paraîtrait tout d'abord laissée au caprice, formée de tous les vêtements multicolores îles saints et des anges. Mais voyez combien au contraire elle est raisonnée, combien les noirs de place en place relient tout cela ; voyez aussi, au premier plan, comme les harmonies de Ions (on serait tenté de dire les basses qui soutienneni toute la mélodie du tableau) sont savamment combinées : un ton clair alternant avec un ton soutenu, de façon qu'au centre connue aux extrémités du tableau, il \ ait toujours cetle symétrie et celle correspondance.

Nous pourrions prendre encore de nombreux exemples dans l'œuvre de l'ia Angelico, de celle règle si fidèlement observée, mais toujours dissimulée sous

F Il A ANGELICO.

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