‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 35 sur 119 · VIERGE ET SAINTES · texte numérisé non relu

VIERGE ET SAINTES

leur a donné un caractère infiniment plus haut el plusfort, el si, au contraire, c'est Pérugin qui les a reçus de Signorelli, il les a peu à peu tournés vers la suavité cl parfois même la mièvrerie. De toute façon le fait était à signaler, car il est très frappant.

Pérugin est resté [mur la première fois à Florence jusque vers I i-80, el déjà il était connu et jugé digne de travaux importants. Sixte IV l'appelait alors à Rome et lui confiait la plus importante partie des décorations de la Chapelle

Sixtine. Il ne reste de ce qu'il lil que les deux admirables fresques du Baptême du Christ el delà Vocation de saint Pierre, el c'est à Michel-Ange qu'il était réservé d'effacer, pour j substituer le Jugement dernier, les vastes compositions que le Pérugin axait tracées au-dessus de l'autel.

A ce moment le Pérugin commence à devenir un des peintres, on dirai! presque un des entrepreneurs les plus actifs et les plus achalandés de son temps. A Florence est son atelier où travaillent pour son compte de nombreux élèves, mais il se déplace fréquemment, soit pour les travaux à l'aire, soit pour ceux à obtenir ; souvent ses prétentions pécuniaires le font échouer, par exemple à Orvieto, où il demande des sommes considérables ; à Venise, même aventure ; cl l'on serait tenté de le remercier d'avoir montré dans la première circonstance autant d'àprelé, puisque c'est à cela que nous devons les peintures de Signorelli.

En 1493 le Pérugin épouse la fille de l'architecte et sculpteur Fancelli, et certaines de ses pins belles peintures datent encore de cette époque : ce sont. en 1495, la Déposition de croix qui est au palais Pitti; en 1496 la grande el riche Ascensio?i qui est maintenant au musée de Lyon ; la même année le ravissant triptyque bleu de la National Gallery dit la Vierge de Pavie; de la même époque encore la Pieta ou le Christ mort que nousavons déjà cité académie des Beaux-Arts . Enfin, en 1 199 il commence l'importante décoration de la salle du Cambio à Pérouse, niais cette œuvre capitale marque en même temps le moment de son apogée et celui de sa décadence, ou tout au moins de l'étrange changement qui paraît s'être l'ait dans sa vie. et qu'un seul critique semble avoir pénétré avec une étonnante perspicacité. C'estM. Taine qui, dans son Voyage en Italie, a fait cette remarque des plus significatives: une vie partagée nettement en deux parties, la première pendant laquelle il est impossible qu'il n'ait pas été vraiment tendre, ému, recueilli; la seconde où il affiche son incroyance et son mercantilisme, où il ne fait plus qu'un commerce qu'il est tout le premier à ne pas prendre au sérieux. Faut-il, comme le fait M. Taine, attribuer ce rc\ iremenl au contre-coup de la morl de Savonarole ? C'est peut-être montrer là un peu trop de précision dans l'explication, bien que Pérugin ait eu des relations avec le grand réformateur. Mais ce qu'il faut retenir, quel que soil le drame caché. quelle que soit la désillusion qui aient pu amener ce revirement, c'est que les œuvres de toute la première partie de la carrière ne peuvent pas, matériellement, émaner d'un pur indifférent, d'un railleur, d'une sorte de mystificateur. " Il esl d'abord religieux, dit excellemment l'écrivain, on n'en peut douter quand on le voit si longtemps, jusqu'au cœur de la Fin renée païenne, répéter el purifier des figures >i religieuses, peindre gratuitement ou pour obtenir des prière-, l'oratoire d'une confrérie située v is-à-vi< de sa maison, peindre et garder chez lui quatorze bannières pour les prêter aux processions, vivre et se développer dans les couvents de la pieuse Ombrie. Il est inventeur dans la peinture sacrée et un

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homme n'invente jamais que a" après son propre cœur. » Plus tard, il « semble être devenu un simple alliée, aigri et endurci, comme tous ceux qui nient haineusement et railleusement, à force de déceptions et de chagrins ».

Toute celte deuxième partie de la 'ue et de l'œuvre du Pérugin semble d'ailleurs dépourvue d'événements; une des dates les plus importantes esl celle

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LE r E n U G l N .

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