SAINT J E A N
faux littérateurs l'ont gratifiée; le Jésus et le saint Jean sonl deux enfants pris 1res au naturel de leur chair potelée, de leur- joues rondes, en des attitudes que 1 artiste, par une merveille de tact, a rendue.- pieuses et grandes sans cesser de
les laisser vraiment enfantines. Dans tout cela, pas un luxe matériel, pas d'orfèvrerie, pas d'auréoles, pas de mouvements symétriques, pas de symétries de Ions, pas d'or, pas de broderies, pas d'architectures, rien en un mot de ce que nousavons été jusqu'ici habitués à voir; tout au plus les ailes de l'ange, et encore on ne les voit pas (ont d'abord ; rien que des mouvements et du modelé. Et
encore pas des mouvements réels, copiés d'après la nature, mais des ivements
inventés d'après elle. Ces main- de la Vierge, l'une tenant tendrement l'épaule du petit sainl Jean, l'autre s'élevant au-dessus de la Lête de Jésus, celle main, celte longue main de l'ange, pointée vers le saint Jean, ce sont là <\c> trouvailles inexplicables, des vérités irréelles. ïoul ce qui dans le tableau d'un autre homme apparaîtrait comme une idée tourmentée, un heurt et une gène de lignes, une gaucherie d'attitudes, devient ici une nouveauté e1 un attrait, une éloquence. Puis, dans le seul choix, dans la seule création des types, Léonard s'est révélé; il a trouvé une pureté nouvelle, ce qui semblait impossible après les délicieux peintres que nousavons vus, après Fra Angelico ; et cette pureté qui a l'attraction du mystère, on ne se lasse jamais de la contempler ; toujours elle participera de deux extrêmes qui paraissent peu faits pour s'allier, l'extrême douceur, et l'extrême puissance.
Mais à quoi bon pousser plus loin d'aussi inutiles analyses? Qu'il nous sufiîse de retenir que dans ce tableau Léonard apportait, indépendamment du charme personnel, ce qui est inanalysable, la triple nouveauté de la présentation, de l'expression el du modelé. Le tableau existe à deux exemplaires qui sont, à peu de chose près, aussi célèbres l'un que l'autre : celui du Louvre et celui de la National Gallery. Mais ce n'est point une sotie vanité de clocher qui nous fait dire que l'exemplaire du Louvre es! cerlainemeiil le premier en dale et leseul entièrement de la main de Léonard. 11 ne s'agit pas des détails, de celle croix et de ces auréoles que dans le tableau de Londres nue main maladroite a ajoutées longtemps après coup, ni même des variantes dans certains détails de végétation, de silhouelte de rochers, même de geste de l'ange. La formées! bien plu- nerveuse, bien plu- serrée dans notre tableau; dans celui de la National Gallery les têtes sont purement admirables, cela est vrai, mais tout le tableau est imperceptiblement moins ferme, el une attentive étude nous l'ait conclure que c'est une précieuse répétition l'aile plus lard, dans l'atelier et sous la direction de Léonard, qui probablement y a mis, dans les têtes surtout, quelque travail de sa main.
Léonard quitta Florence ^ers 1484. On ignore en réalité les motifs de ce départ. Il est vraisemblable que connue tout novateur il n'était pas suffisamment apprécié, el qu'il était encore trop loi pour que ce- innovations, dont nous n'a\ons pas encore dit toute la portée, pussent attirer autour de lui des élevés, une école, l'.n quittant Florence, il proposait ses services à Ludovico Sforza et arrivait à .Milan, où il était bien accueilli. Ici Yasari nous fait encore faire une
ÉCOLE ITALIENNE
incursion dans le fantaisiste et l'invraisemblable, nous montranl Léonard agréé à la cour comme musicien !
Le brouillon de la lettre qu'il écrivit à Ludovic, et que l'on a trouvé dans ses manuscrits, montre qu'on attendait d'autres services de lui. Le document est à citer tout entier.
» Moi, très illustre seigneur, ayant vu et considéré avec attention jusqu'à ce