‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 48 sur 119 · I. A JdCO.N · texte numérisé non relu

I. A JdCO.N

nos altistes, et en général pour tous les artistes modernes qui ont >ui\i ceux du xv et du \\ r siècle, c'est que la direction leur a manqué : il- ont dîi se créer un langage eux-mêmes: de plus, les préjugés académiques et la défiance étroite du public les ont spécialisés de force dans un seul ordre de productions. On croirait inférieure la sculpture ou l'architecture d'un peintre célèbre. Quant au reste, dans ces multiples emplois que Léonard a faits, comme les autres maîtres de son ère. de son actn ité et de son acquis, on doil reconnaître qu'il a

atteinten tout un degré supérieur, car il y a aussi à tenir compte de son

admirable organisation .

Nous avons vu le rôle considérable joué par Verrocchio dans l'art du xvc siècle, non seulement par son œuvre, mais encore par son enseignement. Léonard, entrant pour ainsi dire enfant dans cet atelier, ne pouvait trouver ensemble de directions meilleures et plus sûres: l'orfèvrerie, la sculpture, la peinture, et surtout la peinture considérée au point de vue de la perfection de la matière et du modelé du relief. A même de puiser à une telle source, et avec ses dons prodigieux d'assimilation, le jeune homme ne devait pas tarder à devenir un des meilleurs sculpteurs, un des meilleurs dessinateurs, un des meilleurs peintres, un des meilleurs constructeurs de son temps, celle science de construction s'étendant aussi bien à l'invention d'un paysage pour le fond d'un tableau, qu'à celle d'une armature, d'une machine de guerre, d'un engin quelconque: tout se meut, s'échafaude, s'agence et se dirige parles mêmes lois, un cheval estime machine naturelle, et une machine est un animal abstrail.

Les premières œuvres de Léonard, qui dès l'âge de vingt ans était inscrit dans la corporation des peintres de Florence 1 \~± , nous sont mal connues, ou difficiles à classer. Ce sont pour la plupart des dessins, du moins des dessins que l'on suppose avoir été exécutés à cette époque. Quant aux peintures, V Annonciation, d'ailleurs fort intéressante, qui est au milieu des Offices, et la toute petite réplique ou esquisse qui est au musée du Louvre, doivent-elles être considérées comme des œuvres de lui absolument authentiques? On croit pouvoir répondre négativement, el bien que la première soit des plus remarquables, pleine de grâce el de charme, les attributions en faveur de Ghirlandajo ou de Lorenzo di Credi se peuvent défendre par d'assez bonnes raisons. Toutefois le mouvemenl de l'ange agenouillé est remarquable de dignité et de souplesse; le paysage, surtoul dans les fonds, est très curieusement coup»'' ; enfin la finesse du modelé, l'étude savante déjà des draperies, la particulière attention à exécuter les herbes et les fleurettes du sol, tout cela pourrait bien militer aussi en faveur d'une œuvre de jeunesse de Léonard, sans que pour cela on y vit ce qui constitue vraiment Léonard.

La célèbre tête d'ange peinte par lui dans le Baptême du Christ de Verrocchio offre beaucoup moins de prise à la discussion... car il n'y a aucune raison, à

notre a\ i>. p ■ ne pas la mettre au musée des légendes, et même des légendes

absurdes. Nous l'avons dit, Verrocchio a très certainement peint le tableau tout entier, puisqu'aussi bien la tête du second auge n'est pas moins belle ni moins originale, et quant à L'effet théâtral de la deuxième partie de l'anecdote, le maître renonçant à la peinture et se laissant i irir de dépit à cause de ces promesses de supériorité de son élève, cela seul dit le cas qu'il faut faire de toute l'histoire. Verrocchio avait l'ail sa gloire et son œuvre, et il devait être heureux

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d'avoir des élèves dignes de lui. 11 rsl Imn de s'habituer à regarder les œuvres

d'art sans les lunettes fumées des légendes el «les usurpations de célébrité.

Au contraire, il faut ranger au nombre des œuvres de la première période,

la prépara lion , aujourd'hui très ruinée, tic Y Adoration de* Mcv/es qui esl au musée îles Offices. On ne sail pas très exaclemenl le moment où elle fui peinte, ou plus exactement dessinée, el on ne peut affirmer que ce fui le tableau

commandé en I i 7 s pour la chapelle du Palazzo Vecchio, de Florence, ou celui que commandèrent en 1 i81 les religieux du couvent de San Donato a Scopeto, prés de la ville. Peut-être même n'est-ce ni l'un ni l'autre. On sait toutefois que V Adoration commandée par ces religieux ne fut pas achevée par Léonard, qu'il laissa son œuvre en train, déjà en proie à ces longues hésitations, à ces troublants empêchements de terminer, dont nous verrons plus d'un exemple encore.

Cette Adoration des Mages est d'ailleurs d'une belle ordonnance, richement pourvue de personnages, d'accessoires, de beaux motifs de paysage, quelques lèles admirables. Mais l'œuvre encore ne peut pas nous renseigner à fond sur le maître, sur ses conquêtes et ses promesses.

Ce n'est qu'avec la Vierge c/u.r rochers que nous entrons en pleine certitude et, que nous nous trouvons en présence d'une œuvre bien déterminée, exécutée à une époque bien déterminée. On a bien, il est, vrai, discuté assez abondamment sur la question de savoir si elle a été peinte pendant les dernières années de son premier séjour à Florence, ou pendant les toutes premières années de son arrivée à Milan, l'eu importe, en somme, puisque c'est, de toute façon, la perfection de sa première période, et que c'est une œuvre indiscutablement, délicieusement florentine. Ce n'est pas seulement l'élève de Verrocchio qui se montre là, c'est Léonard déjà tout entier, déjà original, subtil, profond, vous enveloppant d'un trouble, vous pénétrant d'un mystère. La conception du tableau est aussi neuve que l'exécution : c'est quelque chose que la peinture florentine n'a pas encore dit, et pourtant cela tient à ce que l'école florentine a de plus caractéristique et de plus rare. Florence est tout entière dans ce paysage accidenté, dans celle finesse et celle netteté îles types, dans celle -race virginale e1 enfantine ; mais de plus que la grâce, par exemple, d'un Filippino, que la netteté d'un Ghirlandajo ou d'un Botticelli, que le paysage d'un Benozzo Gozzoli, il } aon ne sait quel accent mordant et bizarre, quelle étrange douceur tranchante, ce quelque chose d'angélique et de félin, enfin l'indéfinissable marque du tempérament de Léonard de Vinci qui s'affirme et prend possession simplement, tranquillement, mais avec une tranquillité qui dut troubler fort les contemporains. C'est une manifestation de neuf avec des moyens de tradition. Ces rochers découpés, aux dénis surgissantes ou surplombantes qui s'arrangent en une sorte de grotte et qui, par leur ouverture montrent d'autres rochers encore qui vont contournant capricieusement le miroir des eaux, et bleuissant vers l'horizon, ce sont, en somme, les rochers que nous avons rencontré- depuis la suppression des fonds d'or. Mais ils sont arrangés avec un goût si étrange el si capricieux, ils sont d'un arrangement tellement créé, tellement visionnaire, que c'esl la même nature transformée. Puis, dans ce raffinement, dans celle recherche, c'est une réelle simplicité de présentation. La Vierge est une femme aux che^ eux dénoués ;

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l'ange esi an jeune garçon d'une beauté à la vérité extrêmemeni fine el pure, mais nullement faite semble-t-il, pour mériter les équivoques louanges don! de

L I. " N A n D DE VINCI.

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