‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 51 sur 119 · LE CRUCIFIEMENT · texte numérisé non relu

LE CRUCIFIEMENT

que le Cenacolo de Santa Maria délie Grazie esl une des premières œuvres

vraimenl modernes, ce qui lui constitue à la fois un intérêt el une infériorité.

Seulement, cette infériorité dont Léonard se rendait bien compte, puisque les

histoires le représentent hésitant longtemps, cherchant des effets violents en

même temps qu'accessoires, par exemple, un type bien hideux pour représenter Judas, cette infériorité par rapport à Fra Angelico, Léonard L'avait certainement compensée par les qualités d'une exécution parfaite. Sur ce drame heurté, sur cette scène de surprise, de fureur, d'indignation, il avait jeté la douceur de son incomparable modelé, et l'on peut être certain, sans pouvoir en quelque sorte jouir de cette certitude, que l'œuvre était une des plus admirables qui aient jamais été exécutées. Tel était le prestige de ce modelé, qu'il en subsiste encore une espèce de vague et flottant accent. L'on sent encore, et c'est peut-être cela qui est une des plus précises caractéristiques de Vinci, que cette exécution atteignait l'extrême puissance par des moyens de douceur extrême. Atteindre ainsi la force écrasante dans la caresse, dans la suavité, dans tout un système de gradations subtiles, insensibles, c'est un (\r± miracles de la peinture, et c'est Léonard seul qui l'a pleinement réalisé, et ce qui l'atteste encore pour la Cène ce sont les admirables dessins qui en survivent.

La ruine de l'œuvre était causée par l'ouvrier lui-même, c'est la dernière indication qui nous reste à donner. Léonard, toujours en travail d'invention, possesseur des plus sûres recettes traditionnelles, puisqu'il les avait trouvées à l'atelier de Verrocchio, el que ces recettes avaient suffi à Lorenzo di Credi, entre autres, pour exécuter des morceaux qui bravent le temps, voulait en trouver d'autres et de plus parfaites encore. De là ces distillations d'huile à l'alambic, ces peintures à l'huile sur un mur blanc, ou bien ces détrempes reprises à l'huile et recouvertes d'un vernis, enfin ces expériences incessantes, qui absorbaient son temps, compromettaient sous ses propres yeux la solidité de son œuvre, et la détruisaient après sa mort.

Mais ce n'est pas seulement le désir d'inventer pour le plaisir d'inventer qui le poussait à ces expériences, à ces recherches ; il y a une raison inhérente aux recherches d'art elles-mêmes, une raison infiniment émouvante, dont on ne s'est peut-être pas rendu bien compte, et «pie le portrait de la Joconde, parmi d'autres remarques, va peut-être nous livrer.

En 1499 Léonard, par suite de la chute de Ludovic le More, avait dû quitter Milan, laisser en train probablement maint grandiose projet I . sans compter la statue colossale, abandonner l'académie qu'il avait l'ondée, ci qui allait, sous l'impulsion une fois donnée, renouveler entièrement l'esprit el 1 aspect de l'école lombarde. Après diverses vicissitudes, en 1503 il se retrouvail û Florence. Une des premières" œuvres qu'il \ entreprenait, était la Bataille d'Anghiari, c mandée par le gonfalonier Pietro Soderini pour la salle du

1 11 avait, outre le travail énorme de la statue et de la Cène, écril -un Traité de lai cinture, accompli mainte besogne conforme à celles de ses offres de services, organisé toul le décor des fêles du mariage de Ludovic avecBéatrix d'Esté, dirigé divers travaux publics. Coi iuvres de peinture, il avait

aussi exécuté le portrail de Lucrezia Crivelli, que Ion suppose être l'admirable portrail de femme <ln Louvre, vulgairemeni connu sous le nom de la Belle Ferronnière .

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