LA VISITATION
au milieu de leur production générale, mais dans un précis d'ensemble, on s'aperçoit vite que cette production ne lient presque aucune place dans l'histoire de la pensée, esl même du métier, et que presque toutes leurs œuvres pourraient disparaître sans que le monde y perdit autre chose que des répétitions, des idées secondaires, d'honorables doubles emplois. Dès lors pourquoi forcer le trait qui les concerne, et les faire avancer hors de leur plan?
Sebastiano Luciani, dit Sebastiano del Piombo (1485-1547), esl le principal collaborateur de Michel-Ange autant que ces mots peuvent aller ensemble. Il offre le spectacle du peintre habile et sans conviction qui sait se faire de l'in-
l'OHTR AIT.
trigue une situation et de l'imitation une manière. Il était né à Venise, et pendant la première partie de sa a ie avait nian lie dans le sillon de Giovanni Bellini, puis de Giorgione; en 1512. appelée Rome par Agostino Chigi pour prendre pari au\ décorations de la Farnésine, il s'attacha bientôt à plaire à .Michel- ^nge, à travailler avec lui, à l'imiter jusqu'à ce qu'il se brouillai avec lui à l'occasion des travaux du Jugement dernier. En 1531, il avait obtenu la charge de gardien des i plombs », ou des sceaux, du Vatican, de là -on surnom. A travers l'imitation du style de Michel-Ange, mais sans énergie, el tout amolli, le peintre avait gardé dan- le coloris quelque richesse vénitienne. Son œuvre la plus importante esl la Grande Résurrection de Lazare, de la National Gallerj : puis \ iennenf la Flagellation du Christ (San Pietro in Montorio, à Rome . la Visitation (Louvre), et aussi toute une série de portraits, où le peintre s'est montré le plus heureux,
É( OLE ITALIENNE
et où il s'esi rapproché souvent de Raphaël, de qui il s'était pour ainsi «lire déclaré l'ennemi de profession. En somme, son œuvre esl habile el riche mais sans nerf et dépourvue de toute portée.
Un l'ait est drs plus notables quand on étudie les artistes delà décadence florentine (car il faul adopter franchement ce mol . c'esl que tels peintres, qui
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se montrent boursouflés, impuissants autant qu'ennuyeux dan- la composition, redeviennent dan- le- morceaux isolés, études, portraits, dessins, vraiment fermes, pleins de force, de précision, de caractère, vraiment dignes des meilleurs temps de l'école. Cela lient évidemment aux fortes disciplines persistantes, à une espèce d'héritage encore inaliénable qu'avaient transmis à leurs descendants les moins dignes d'eux les Verrocchio, les Ghirlandajo. C'est le cas de .lacopo Carucci, da Pontormo 1494-151" qui a gardé le nom de son lieu de naissance. Pontormo, après avoir travaillé avec son père, un peintre d'Empoli,
puis avec Léonard de Vinci et Andréa delSarto, sans compter Albertinelli el Pïèro di Cosimo, s'étail rangé au nombre des sectateurs de Michel-Ange, qui l'emplova comme collaborateur. Dans ses fresques et dans ses tableaux (fresque du Déluge et du Jugement dernier h San Lorenzo de Florence aujourd'hui détruites, tableau du Martyre des quarante saints , au palais Pitti) il se montra emphatique et médiocre imitateur de Michel-Ange. Mais il a laissé quelques portraits de grande valeur : un profil de vieillard inconnu, au palais l'itli, un autre portrait au Louvre, le robuste et gracieux portrait en pied d'un jeune garçon en grand costume noir et cramoisi, excellent morceau, à la National Gallery, etc.
La même remarque peut être faite avec un peintre beaucoup plus curieux encore et beaucoup plus caractérisé, élève même de Pontormo : leBronzino (1 502- 1572), de son nom exact, Angelo di Cosimo di Mariano. Bronzino est un de ces peintres en même temps surprenants et incomplets qui ne peuvent laisser indifférents, et qui \oiis attirent autant qu'ils vous irritent. Incomplet, il ne l'est certes pas au point de vue de la technique, car on ne saurait mieux peindre, du moins avec plus de finesse el d'habileté, de force et de soin; on ne saurait non plus dessiner un morceau de façon plus serrée et souvent plus élégante. Mais en même temps ce vrai peintre et ce dessinateur rare, se montre un artiste souvent d'un goût bizarre et mesquin, d'une recherche pénible et froide, el malgré cela, dans ses pires affectations, toujours intéressant et curieux par quelque côté; enfin, dans les morceaux isolés, dans les portraits il allie souvent un caractère extraordinàirement pénétrant avec une minutie d'exécution et d'accessoires qui procurent une légère crispation. Nous avons au Louvre deux types de celle double tendance, avec le Christ apparaissant à Madeleine, d'une exécution si fine et d'un mouvement si cherché, si affecté, puis au contraire avec ce portrait d'un sculpteur, d'une tenue si belle et si simple. Mais ce sont demorceaux qui renseignent inexactement, de même que tel ou tel beau portrait que l'on peut rencontrer dans les autres grands musées. Où il faut le voir, c'esl au musée des Offices. Qu'est-ce qui empêche que le Bronzino soit un des plus grands peintres du xvie siècle? On ne sait, un rien. Jusque dans ses grands ou petits tableaux, grouillants de ligures recherchées, tourmentées, tels que la Descente du Christ eux Limbes, il séduit, malgré l'affectation de chaque partie, la confusion et le heurt de l'ensemble, par une couleur vive et claire, par une exécution recherchée et élégante, un mordant tout particulier, qualités qu'on retrouve dans cet change tableau à la fois si froid el >i voluptueux de la National Gallery, Vénus, la Folie, le Temps et F Amour, tout à fait d'un manié) isme supérieur. Mais les polirait- des Offices causent la vraie surprise; on a souvent appelé' Bronzino l'Holbein Florentin; le mol n'est vrai que dans une certaine mesure, car si Bronzino, dans certaines lèles comme celle de Lucrezia dei l'ucci, et de son mari lîailolonnneo l'ancbiali. deux personnages si froids, si pâles, si
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troublants, si pleins d'arrière-pensée, atteint la pénétration physionomique d'un Holbein, en revanche, il \ a quelque antipathie dans nue couleur aigre H glacée comme une bise, et une manière «le détailler le costume qui agace par son insignifiante conscience les manches de Lucrezia Panchiati, etc. .
Parmi les autres portraits de Bronzino aux Offices, il ya lieu de citer ceu>