‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 72 sur 119 · JULES 1(0 MA IX. — NEPTUNE (PLAFOND DU PALAIS DU TÉ · texte numérisé non relu

JULES 1(0 MA IX. — NEPTUNE (PLAFOND DU PALAIS DU TÉ

importante série : la décoration du cloître de l'Annunziata à laquelle il travaille de 1509 a l.'il \ : ce son! des scènes de l'histoire de saint Philippe Benizzi, puis V Adoration des Mages cl la Nativité. Dans toutes ces compositions régnent un esprit, un agrément, nouveaux dans l'école florentine, moins par l'invention que par la présentation. En effet, on trouverait dans Ghirlandajo les groupements de portraits contemporains, dans Benozzo Gozzoli les scènes se déroulant au milieu de paysages pleins de variété, dans Fra Bartolommeo le relief el la souplesse des figures el le chaud coloris : niais tout cela se rencontre dans les fresques d' \ihIii;i avec un tour différent d'abandon et d'humour. Il va sans dire que nous ne voulons point l'aire entendre par là qu'Andréa dépasse Ghirlandajo, Gozzoli et les autres, mais toul simplement que l'accenl avec lequel il dit les choses est délicieux. La Guérison d'une possédée, scène toute pleine d'attitudes jn>les et simples, el parfaitemenl composée sans avoir l'air de l'être, et les Blasphémateurs

foudroyés, fresque qui est très nouvelle d'aspect, véritable paysage avec quelques figures dont l'agitation correspond admirablement à celle que le peintrea

su faire sentir dans la nature, telles sont, avec la Guérison des enfants, les pages les plus remarquables de l'histoire de saint Philippe Benizzi. Andréa de] Sarto j

a introduit des coupes inédites, simplement en donnant plus d'importance à ce qui chez les peintres de l'époque antérieure était accessoire, eu développant, en faisant passer au premier plan, ces petites scènes pleines de vivacité qu'ils s'amusaient à retracer dans les l'omis.

L'on pourrait certainement dire que c'est là un commencement de décadence : ce serait vrai en principe, ce ne l'est qu'à moitié avec Andréa, parce qu'il sauve tout par la souplesse et l'esprit. Mais quelle distance entre cette conception de la fresque et celle, par exemple, de Piero délia Francesca, d'Uecello et de Signorelli ! C'est, plutôt, l'esprit facile, l'imagination aimable, ingénieuse, d'un Piero di Cosimo qui se met à l'aise, et s'empare, en se jouant, de la muraille.

Aux fresques de l'Annun/iata succédèrent les grisailles du cloître du Scalzo, très importante série toujours aussi aisée et séduisante. Un collaborateur et ami (I Andréa, peintre spirituel et qui disparaît un peu derrière lui. Francia Bigio I 182-1525) y a contribué pour une partie. Les grisailles du Scalzo représentent principalement des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste, et des figures allégoriques des Vertus. Andréa del Sarto, outre ces deux grandes séries, a fait encore d'importantes fresques : une grande et très joli ment mouvementée composition dans la villa de Poggio a Cajano, près Florence : le Tribut de VÉgypteà César, une foule de personnages apportant aux vainqueurs des animaux de toutes sortes ; puis de nouveau à l'Annunziata (en 1525), la fresque célèbre et digne de l'être, la Madonna del Sacco ; la Vierge assise avec l'enfant sur ses genoux, et près d'eux siiul .losepli lisant, appuyé sur un sac : enfin la Cène du couvent de San Salvi. La Madonna del Sut m a imite la grandeur et toute la richesse des plus beaux maîtres : c'esl nue chose jaillie, comme cela, ampleur des draperies, beauté de la couleur, dignité el séduction des types, Andréa del Sarto demeurant lui-même, niais dessinant el modelant avec une grandeur el une fermeté supérieures atout ee que présente le reste, même le meilleur, de son œuvre. Quanl à la Cène, c'esl une belle et habile composition, mais où aucune nouveauté ne se révèle. Pouvaitil en être autrement d'ailleurs ? En dehors de la sublime simplicité et poignante émotion qui rendaient si précieuse la petite Cène de Fra Angelico, il n'y avait pas à sortir de la coupe une foi- tmu\ ée par Castagno et Ghirlandajo, et parachevée par Léonard. 11 était réservé aux seuls vénitiens de tirer nouveauté d'un tel motif. des personnagesà table, mais en lui donnant un mouvement, une splendeur de fête : encore préférèrent-ils des sujets qui prêtaient mieux à cette agitation, à ce va-et-vient des apprêts d'un banquet, les Noces de Cana ou le Repu* chez le Pharisien. Andréa del Sarto se lira honorablement d'affaire et sou Cenacolo compte eu somme au nombre des plus remarquables.

Mais comment, maintenant, classer, eu dehors de ses fresques, toutes ses œuvres de peinture? Il pourrai! résulter une monotonie de l'énumération seule

ECOLE ITALIE.YNE.

des tableaux, et si l'on ne peut les décrire tous, tous en Nantiraient la peine. C'est, dans tous, une fraîcheur de conception, quelque chose de vif et de tendre, qui ravit rien qu'au point de vue sentimental, mais aussi, au poinl

ANDREA DEL ïABTO. — LA MADONE AL'S HARPIES.

de vue technique, une perfection de modelé, une justesse de mouvement, une harmonie de couleur qui, -ans aucune prétention, surprennent par l'unité de la tenue et la variété des trouvailles. Au palais l'ilii. notamment, c'est une surprise : Andréa del Sarto vous conquierl de façon inattendue; c'est un

des grands noms que vous emportez dans la mémoire. Est-ce parce que nous le «entons pour ainsi dire très près de nous, est-ce parce que nous ne nous attendions pas à le trouver tel, sur l'idée ([n'avaient donnée de lui nos tableaux du Louvre, la Suinte Famille, la Charité un peu molle d'exécution et chevaleresque de sentiment, mais si ravissante ? Quoi qu'il en soit. Andréa apparaît à Florence un des très grands et 1res uniques peintres de son temps. Aux Offices, ce sont surtout la Madone aux Harpies, exquise, la Sainte Famille, divers portraits, etc. ; au palais l'ilti, V Annonciation, si fine, si ferme, si gracieuse, qui a l'air de se [Hisser dans le jardin même du palais, ou de tel palais analogue, et qui en même

ANDHEA DEL SARTO.

temps offre une saveur religieuse et profane qui n'appartient qu'à ce charmant Imaginatif; la It/spuie sur la Sainte Trinité: I 'Assomption : la Vierge avec des mints, etc., etc.; à l'Académie des Beaux-Arts, surtout nue Pietà et les Quatre mints, un tableau vraiment admirable, d'un modelé parlait. Dans tout cela un charme de couleur qu'on ne peut définir, fait de lleurissement et de sobriété, des jaune-, d'or, des rouges ponceau, qui soudain brillent, sans crudité, au milieu d'harmonies de roses et de bleus très rompus; bref tout un régal de palette égal au régal de dessin que donnent les portraits et les simples croquis à la sanguine de cet artiste doué entre tous.

.Nous parlons des portraits ; est-il rien de lin et d'alerte, en même temps que de vraiment plein desavoir et dégoût, comme le portrail d'Andréa par luimême a la National Gallery? Le modelé du visage, le dessin des mains, voilà

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des choses d'un grand et neuf artiste. Car c'était un véritable écueil à cette

époque, de sortir des formes convenues sans mirer dans les formes conven-

tionnelles, de s'écarter de la Une précisi les maîtres du x\ siècle, des peintresorfèvres, qui en ce genre avaient tout dit, sans tomber dan- l'imitation litlé-

raie des mouvements déterminés, des formules impérieuses que venaient d'imposer pour ainsi dire à toute l'école Michel-Ange et Raphaël. Éviter ces deux obstacles, c'est être vraiment un grand artiste, un artiste de don, ce qui vaut toujours mieux qu'un artiste de système, et ce n'était réservé, à ce moment difficile, qu'à des hommes comme Andréa del Sarto et Corrège. Andréa del Sarto est le don même du dessin ; chez lui rien que de souple et de distingué.

Nous ne nous sommes pas occupé dans ce croquis de lui, de la partie romanesque de son existence, et nous ne nous en occuperons pas. Son mariage avec Lucrezia Fedi, la mission dont l'avait chargé François Inr et la dilapidation qu'il aurait faite des fonds confiés par le roi, autant de choses convenues, connues, mises au théâtre (et même de façon émouvante par Musset), mais où est là dedans, la part du vrai et la part de la légende? Les récits ? Nous savons ce que valent bien des Mémoires, et l'interprétation humaine est sujette à faillir, portée à noircir. Si Andréa fut calomnié, son œuvre le défend, et s'il ne le fut pas, son œuvre l'absout. File est là. souple, vivante, chaude comme une caresse, fine comme un souffle d'air dans un beau jardin, et cela suffît à ceux qui sont épris de modelé mouvant et de jaillissant dessin.

On a pu sentir, à travers cette analyse sommaire du talent d'Andréa del Sarto, et on éprouve encore mieux, en regardant ses œuvres, que la nouveauté de sou rôle, le caractère de son apport, sont d'un ordre plus matériel qu'intellectuel. Cela devient évident dès que l'on compare le plaisir éprouvé devant un tableau de lui, et le plaisir éprouvé devant la fresque d'Orcagna ou les peintures de fia Angelico. L'impression, dans le second cas, est toute légère, tout immatérielle : (die est. au premier coup, dégagée de toute considération de métier et de technique : ce n'est qu'à une plus attentive analyse que l'on découvre que les personnages sont puissamment dessinés, les paysages d'une invention savante el excellente; mais on ne s'aperçoit de cela qu'en second lieu, et une fois l'émotion produite. Chez Andréa del Sarto et bien plus encore chez le Collège, que nous allons étudier, le plaisir physique est au contraire l'avertisseur du prix de l'œuvre d'art. Ces peintres ne nous prennent pas par les mêmes moyens; on dirait presque qu'ils ne s'adressent pas aux mêmes sens. Sans doute le Corrège a pu travailler sous la dictée des mêmes émotions des mômes sentiments, que Giotlo, qu'Orcagna, que Signorelli, niais il les a traduits d'une tout autre manière : on ne se trouve point dans les mêmes régions; les sensations éprouvées sonl toutes nouvelles. S'il fallail les ramener à des nuances de perception peutêtre un peu subtiles, mais que tous ceux qui ont beaucoup exercé et affiné leurs nerfs reconnaîtront réelles, on dirait que, par le moyen des yeux, les œuvres des maîtres anciens que nous avons nommés procurent des sensations musicales, tandisque^les œuvres du maître moderne qu'est Corrège procurent

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des sensations savoureuses. Ce n'est pas d'ailleurs pour rien que les Italiens euxmêmes, très sensibles aux multiples impressions qui se dégagent des œuvres d'art, et exprimant à merveille une nuance complexe d'un seul mol heureux et imagé, ont trouvé pour la peinture du Corrège et en général toute peinture

ANDBEA DEL SAKTO. — LA i HARITE.

qui procède du même principe, ce terme dcpastosa, qui dil à la rois une saveur et une consistance.

Il n'y a dune pas, lorsqu'on arrive à ce peintre essentiellement moderne, nous entendons par là séparé de tous les peintres anciens que nous avons vus jusqu'à Léonard qui dépasse les temps el à Michel- Vnge qui le- domine, il n \ a

donc pas de comparaisons à tenter, de préférences à professer, puisque c'est un point de vue tout nouveau, et en quelque sorte un métier et un art absolument différents.

Ces deux points de vue, ces deux métiers, semblent même presque s'exclure,

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