‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 74 sur 119 · ouqu. lair et la lumière se meuvent encore autour d'eux · texte numérisé non relu

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entre le volume propre du corps et la place que ce corps occupe dans l'atmosphère. Puis toute une série de phénomènes nouveaux découle de ce système. La couleur n'est plus perçue et rendue de la même façon. Lereflet devient un élément important à la fois dans la couleur et dans le modelé. Le ton n'est perçu qu'à travers la couche d'air qui le sépare de nous, les influences atmosphériques qui le modifient de la lumière à l'ombre. Les moyens même deviennent tout différents ou bien les mêmes moyens sont employés de façon différente. Un fait 1res curieux et qui aurait besoin d'être analysé avec de nombreux développements et exemples vient à l'appui. Chez les peintres qui ont, au xv siècle, fait de la peinture une détrempe ou un émail, et qui ont cherché à lui donner de la transparence, les lumière- apparaissent, lorsque l'on examine les tableaux à regard frisant, en creux sur la surface; au contraire chez les peintres qui, comme le Corrège et après lui, ont vu dans la peinture une pâle à triturer, et ont cherché à. lui donner du relief, les lumières apparaissent en saillie. Il est utile de se rendre compte de tout cela pour comprendre combien les deux points de vue, ainsi que nous le disions, sont différents, et combien il est illogique de préférer tel ou tel système : le modelé «lu Corrège jurerait autant, ou apporterait aussi peu de ressource, dans un tableau conçu el exécuté comme le faisaient Verrocchio, Botticelli ouMantegna, que formerait un contresens ou une impossibilité, un tableau de Corrège composé et exécuté avec les moyens de ces maîtres.

Nous n'insisterons pas sur ces considérations ; elles étaient toutefois nécessaires pour caractériser la nature même de l'artiste. Par son temps et son goût, comparé aux maîtres du \\ siècle, le Corrège est un décadent: par son métier il esl un primitif par rapport à tout ce qui \a venir à partir de lui.

Antonio Allegri était né, croit-on. en I i94, à Correggio, une petite localité voisine de Modène. Il y a non seulement sur la date de sa naissance, mais sur bien d'autres points de sa carrière, l'incertitude qui règne relativement à la vie de ceux «pii ont été obscurs, timides el peu favorisés. C'est un instinctif et toute sa vie il semble être resté un peu paysan. Pas de brillantes et systématiques conceptions: pa> de tournure d'esprit littéraire, ni philosophique. 11 ne se perdra pas dans des sublililés de reconstitution ou d'allégorie, comme les florentins du w" siècle, qui arrivent à faire des énigmes de choses 1res simples et «le singuliers déguisés de personnages très connus. Tour d'esprit ou défaut d'éducation, le Corrège ne tombera jamais dans ces travers, ne connaîtra même pas i s préoccupations : les passions qu'il peindra s'expriment «le la façon la plus fianclie et la plus simple : lorsqu'il représentera quelque scène de l'histoire sacrée ou profane, un bout de draperie comme on en a sous la main dans n'importe quel \ illage, ou bien, suivant le cas, la nudité toute pure. Ion te rayonnante, sauveronl son érudition «le tous les écueils et «le tous les anaçhronismes. Seulement, si son éducation littéraire semble à peu près nulle, ou réduite à son strict

ÉCOLE ITALIENNE

minimum, >i son cerveau est beaucoup moins exercé que son cœur, du moins on ne peut pas en dire autant de sun éducation technique qui a été, el de bonne heure, spécialement excellente.

Il n'y a pas à dire ici que c'est autant le don que l'éducation qui font la valeur du Corrège. Le don est une chose essentiellement précieuse, ci que !<■ Corrège a possédée au plus haut degré, niais il n'explique pas tout. Le don

A M) It E A I; E L S A HT 0 . — LES ... 1 \ l H I • ', I X T S

explique Lien le charme des types, la vivacité el la variété de conception, la

séduction intime de chaqu uvre, mais ce don n'explique pas les raccourcis,

les tours de force de dessin et les tour- de force de couleur.

Quel a été le vrai maitre d'Allegri '.' <»n lui en donne plusieurs dan- sa jeunesse qui peuvent bien lui avoir enseigné quelques éléments du métier, mais desquels il ne procède guère : ce sonl Lorenzo Vllegri, son oncle Antonio Bartolotti un peintre huai, et enfin un peintre de Modène, Blanchi, signalé plus haut et à qui l'on attribue une intéressante Vierge entre des saints, au Louvre.

HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTl'UE.

Mais tous ces honnêtes retardataires n'ont pas grand rapport avec leur élève. On a également démontré que le Corrège a été en relations avec les maîtres de Ferrare et de Bologne, et l'on suppose, avec beaucoup de vraisemblance cette fois, qu'il visita Mantoue. Il aurait là été frappe'' par les œuvres de Mantegna, de qui l'influence est, avec celle de Léonard, la plus considérable sur toute la haute Italie, si l'on fait abstraction de celle,, beaucoup plus spéciale et plus tardive, des vénitiens. Nous venons de nommer là les véritables et les seuls maîtres du Corrège, ces maîtres qui décident du sort et de l'orientation de] toute une vie d'artiste, bien plus que les professeurs immédiats. Le phénomène n'est pas unique et nous

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