PATER. — LA BALANÇOIRE
26i HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.
être sorti do chez Watteau, avec qui il n'avait pu s'accorder, mais qui peu de temps avant sa mort l'appela près de lui, pris d'une sorte de repentir touchant, Pater s'était assigné pour but de peindre beaucoup, de vendre beaucoup : il avait peur de la misère, une peur comme maladive et irraisonnée. Malgré cette grande production, et à cause de ce discrédit momentané qui vient de nous indigner et (jui nous indignera encore, nous ne trouvons plus ([iw les épaves d'une œuvre. Non ? Eh bien, si vous trouve/, beaucoup de tableaux de Pater pour très peu d'argent, dépêchez-vous de les acheter... Mais soyez donc sans crainte comme sans espoir : ces choses-là se passaient il y a plus de cinquante ans, lorsque le bon M. Lu Caze vivait et collectionnait.
Viennent maintenant quebjues demi-dieux et quebpies quarts de dieux après Pater et Lancret qui sont des demi-\Vatteau\. Ilcbar (1700-1729) qui est au choix un demi-Pater ou un demi-Lancret, ce ([ui devient à jx'U de chose. Puis Baudouin qui est au moins un demi-Boucher, ce qui est beaucoup plus ; Jeaurat, (pii n'est pas un demi-Chardin, il s'en faut même; Lépicié qui est à peu près un demi-Greuze. 11 y a nu mot à dire sur chacun.
Baudouin, longtemps méprisé comme le dernier des polissons dans tous les sens du mot, a été victorieusement réhabilité par les Goncourt. Ce peintre (1723-1769), un des deux gendres de BouchiM-, fut surtout et à peu près exclusivement un gouacheur, un évocateur de rapides et spirituelles indications d'une verve et d'une finesse charmantes, mais qui ont été pour la ]diq»art retouchées, restauré(^s de la plus indélicate façon.
l'our .Iciiurat (1099-1789) il retrace le monde moyen si prdrdiKb'incut étudié par Ciianliu ; mais il Tenjolive, le gracieuse, lui ôte en soiuuie de sa fiaîche santé, et ne rachète pas ces médiocres mensonges par d'assez savoureuses (jualilés de peintre, — et il donne dans (|uelques sujets » liistori(iues », erreur (pu- Chardin se serait bien gardé de commettre.
Lépicié (l7.'Jo-l 784) est un de ces indécis bien doués, auxquels ou uc [icut ipie savoir mauvais gré de n"a\()ir pas (i|il(' fiaiichement pour le genre qu'ils sentaient le mieux dans Icui' nature, mais auxquels on accorde très volontiers des circonstances atténuantes lorsqu'on iciiciuilre d'eux (pielque Ikhi morceau. Li'-pieié, qui a tenu une place assez Importante dans le moiide artisti(iue d'alors (il fut choisi en 17iJ7 comme secrétaire et historiographe de r.Vcadéniiei. a fait de très médiocres tableaux d'histoire et d'assez jolis tableaux de genre tels (pu' la Coi/r (le ferme (]ui est au Louvre. Chose assez piquante, c'est vers la liu de sa carrière qu'il se mit à peindre des choses simples, des animaux, de bonnes vaches, alors (|ue l'on s'acheminait vers les héros. .Mais, de toute façon, il \aut mieux pour lui qu'il ne mette pas de sentiment dans ses toiles de genre, car, sentiment pour sentiment, il vaut encore mi(mx être comme Greuz.c, faux, tout à fait faux, qu'à moitié.