‹ Histoire populaire de la peinture: école françaiseChapitre 28 sur 51 · I,AGI1E\EF · texte numérisé non relu

I,AGI1E\EF

TANCREUE ET IIKKMIME.

encore (|uel(jnes élégances à l'espirei', des \ioions à enlendre, des masques et des niusicieiis et des folâtreries, et de beaux poriraits. et de lines et folles ornemenlalions à a|)|dauili!'.

Il nous faul p(»ur cela re\enii- sur nos pas et )-enouer connaissance avec la troupe excinise et frivole des Gilles et des .Mczzctins", des bergers fort civilisés et des grandes dames ou grandes coquettes aux beaux atours. Ceux qui, api-ès Walteau, dirigent ce ballet avec le plus d'esprit, d'invention et de grâce sont Lancrct et Pater.

Avec Lanci'et (1690-1743) nous constatons ce phénomène des jdus rares : un peintre délicat et bien doué, qui en imite un autre beaucoup plus grand, marche littéralemenl dans ses traces, et pourtant garde une certaine originalité,

LiNCUET. — LA C0\ VtnSiTlON GALi.NlE.

et en tous les cas beaucoup de charme. En un mot, un imitateur, une doiibliire, qui ne peut être traité avec le dédain que méritent en général les imitateurs de toutes les écoles. Lancret imita Watteau, cela ne fait point de doute; il l'imita dans ses sujets, dans sa composition, dans sa manière, et pourtant il a, bien qu'infiniment moins cai'actérisée et avec toute la distance ([ui sépare l'agréable du génial, une saveur des plus délicates.

\ ïi Lançrct, c'est une chose harmonieuse et spii'iluelie, d'une jolie couleur, tout à fait fraîche et distinguée, d'un dessin aimable, diui arrangement très naturel et très ingénieux, n'en déplaise aux gens (pii voient de la inaïuère et de l'adectalidn dans ce (lui csl tout sinipb'mcnt le genre d'un Icnips cl l'expression

JUL EL j; m: FI.U 1 li.

de ses goûts. Seulcnienl, si c'esl piuTailcnirnl juli, c'est plus froid, plus retenu, moins ca|)iliMi\, ipie Waiicau. cl sans (('Ile Aiguenr unique, celle richesse et celle ciialeur (|ue seul possède le peinlic de \' /•Ji/i/i//iyitn/icji/ et du (tH/cs. Un se plaît avec Lancrel, on se grise a\ec \\ allean. Lanci'ctest un arrangeur charnianl, W'alleau esl un iii\eiileiir sans pareil. I']l l'on se dil (|ue loutes ces (pudilés de peintre, Jjancrel, s'il n'a\ail pas connu W'atleau, les aurait peut-être fait servira l'imitiilion de(|uel(jue autre niailic. Kii un mot Lancret est de ces artistes qui peuvent faire des trouvailles dans un pays ([u'on vient de découvrir, mais <|ui n'auraient sans doute pu découvrir ce pays eux-mêmes. C'en est assez, pensons-nous, pour élablir les dislances et montrer qu'après Watteau, Lancret est un délicieux pis-aller.

('«'est à 1 atelier niènn' de (iillot qu'il s'élait l'ornu' pendant plusieurs années.

après avoir fait ses proniirros ('■(udes chez un maître inconnu, puis chez un professeur de l'Académie nommé Uulin, et il n'était entré chez Gillot que pour se perfectionner dans le « genre Watteau », qui était à la mode. Il s'était lié avec Watteau, (|ui lui conseilla de quillor l'atelier et d'étudier la nature. Le con-

seil était lion : Laucret éludi;i la nature... et \\allcau, si i)i('ii qu'on prit pour des Walteaux deux tableaux qu'il exposa place Dauphiue, et dont ou lit compliment à celui même qui n'en était pas l'auteur; une brouille définitive s'ensuivit, et l'on ne peut vraiment pas trouver que Watteau s'était montré par trop susceptible. Laucret fut reçu à l'Académie en 1719 et nommé conseiller

en 1735. C'était un homme aimable et (in, qui allait dans le monde avec autant d'assiduité qu'en mettait ^^'atleau à le fuir.

Les toiles qui le représentent le mieux au Louvre, et sous son aspect le plus original, ou si Fou veut le moins imitateur, sont les quatre"représentations des saisons par des scènes familières ; une scène de paliiicui's pour riiiver, avec, cuire aulr<'s personnages, un beau glisseur en nianlcau rouge, et un autre personnage (jui relève une jolie paliiunise; pour le printemps des cueillettes de fleurs, les sons d'un galoubet, des oiseaux attrapés, en présence d'une jeune l'euimc, |)ar un oiseleur, et dans ([uel ravissant paysage; pour l'été, des moissonneurs, une dans(^ eu rond, alil la jolie ju|»e rayée de rose et de vert d'une des danseuses, et l'aimable paysage au loin el l'agréable facture des moissonneurs d'opéra-comi(|ue; enlin, pour l'aulomne, un repas au pied d'un bouquet d'ai'bi'es, des personnages coipietant çà et là, et des >en(langeurs dans le fond. Mais outre cette e\(juisc série, il faut voir à la salle La Cazc les Comédiens italietit, trop dans le goût de \^■atleau, mais gentiment touchés; la gaie interpiM'lalinu d'un c(iiif(' de La Foiitaiiu', le Gascon jnini ; la Cw^e enlin, une jolie sa\nèle; et surlout ce lableauiin, un rien du tout charmant, deux personnages en conversalion sous un grand arbre, el l'un de ces personnages, une sorte de sultane délicate, aux yeux vifs, en belle jupe jaune et ample casacjuiî bleue, il y a d'autres choses encore au Louvre, et elles se laissent — ou se font — regarder avec plaisir.

Laucret élail laborieux, étudiait beaucoup la nature, suivant le conseil de W'atleau, et s'y connaissait remarquablement dans la techniqTU' de son art. Cela explicjue bien des choses, et comment il fui tout de même un peu plus qu'un heureux imitateur. Hellel de Watleau si l'on ^eut, mais alors rellet varié. J'aler (HiiHi-l 73(i) a peut-être, bien qu'il ait été, lui, l'élève de son compatriole Watteau en persoum\ plus d'origiualilé (jue Laucret, et peut-èlre aussi est-il moins savant (jue lui. Au reste, c'est question de nuances et nous ne tenons pas aulreuienl à celle appréciation. Toujours est-il (pie les Paler du Louvre sont vraiment délieieux, ceux de la salle La Gaze surlout, el (ju'uu joli Paler est une chose fondante, caressanle à l'œil, gentille de nujlif et de détails, spiriluelle et gaillarde le [(lus souvent, mais avec une bonne grâce qui sauve tout. La Pel'Ue Baiipiense de la salle La Gaze, et cette Réunion de comédiens dans an jiarc, s'ébattaut lil)reuuMit et |)lus que lil)rement, telle la comédienne, lumière et sourire du tableau, i-enversée sur le iicnou d'un camarade et vêtue de cette casaque rose, de celle jupe rayée de bleu, de jaune et de rose encore, ne sont-ce pas là choses soyeuses, parfumées, élégantes et flatteuses au possible? El celle jolie scène de la Toilette, ces soubrettes s'empressant autour de la dame vêtue de bleu à ramages, dans cette grande chambre pleine de si ravissants accessoires, sans conq)ter le principal, ce fripon d'abbé qui se

dissimule dans un coin, grâce h la peu difficile corruption d'une des suivantes. N'est-ce point charmant de ton, de dessin, de matière? Il a fallu qu'un simple

particulier — il est vrai (juc celui-là s'y connaissait — se soit avisé de la valeur de ces Pater, si méprisés à un moment, pour que le Louvre en possédât de vraiment beaux, car le seul qu'offrait le musée avant la donation La Gaze, Une

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Fête clKtmjii'ln' qu'on peut voir dans la salle F'rançaise, était loin d'avoir le mordant et le sel de ceux-là. Mais que de crimes de lèse-grâce et de lèse-esprit s'accomplirent à la faveur d'une révolution artistique qui ne comportait pas plus

PATEK. — COLIN-MAILLAIID.

d'esprit que de grâce ! Hue de témoignages de la vie, toute pétillante, toute

souple et toute gaie, furent dispersés et détruits pour le plus dur triomphe

d'une ésole dont le rêve était d'animer des statues et qui n'y réussit même pas !

Ce sont là des regrets superflus. Pater avait beaucoup produit : après

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