CHAPITRE XII
Les véritables déijuts de l'art du xix' siècle. — Gros et Géiicault.
La situation de Gros est exceptionnelle dans toute l'histoire de l'art. C'est presque une anomalie. Imaginez un révolutionnaire inconscient, un démolisseur respectueux de ce qu'il renverse sans le savoir. C'est Gros qui, non point par ses tliéories, mais par ses œuvres, ce qui a infiniment plus de force, contriljua le premier à faire rentrer dans l'art la vie à grands flols. Abandonné à luimême, il enfantait de magnifiques images toutes différentes de celles que produisaient David, Girodet ou Guérin et que l'on ])roclamait chefs-d'œuvre. Et pourtant ces peintures de Gros étaient aussi déclarées chefs-d'œuvre, on était transporté par elles, on les acclamait comme si l'on ne se doutait pas de leur audace, et de l'audace qu'il y avait à les acclamer. Et ces peintures enfiévraient les générations nouvelles, préparaient d'autres révoltes encore, mais celles-là conscientes, voulues. Pour ne prendre dès mainiciiant qu'un exemple et le plus iiuportant, les Pcsiiférés de Juffa étaient le plus rude coup de bélier donné aux théories, aux leçons, à l'aulurité même de David, et sur le moment personne ne s'en aperçut, ni David, ni Gros, ni ceux mêmes qui s'inspirèrent de cette œuvre capitale pour aller encore plus avant. C'est ce tableau de Gros qui, artistiquement, enfanta Géricault, et c'est Géricault à son tour qui ouvrit la voie à Delacroix et eiilrahia toute l'école française dans la plus complète con(iuête d'indépendance que l'on puisse citer dans l'art moderne, y compris la franche émancipation (pie nous avions signalée au début du xviii'' siècle. Gros était donc le père iiulul)itable de tous les révolutionnaires qui jetèrent à bas l'école de David, révolutionnaire aussi jadis, mais révolutionnaire devenu despote après sa victoire.
Il serait aisé d'édifier un raisonnement pour démontrer que c'est à David lui-