CHAPITRE V
Nouvelle diète d'élection à Wola pn's Warsovio. — Candidats au trône.
— Etienne Batory, prince de Transylvanie, est élu loi de Pologne.
— Courormement du roi; ses premières occupations et ses préparatifs de guerre contre in uar de Moskovie, envahisseur de la Poio^^ne.
Ce fut le 15 juillet 1.')7.') ([ue la Pologne se délia de ses serments envers Henri. Cet acte fut couiirmé le 3 oclobi e, et le trône de Pologne déclaré vacant; le primat convoqua une nouvelle diète 4*HêUùm pour le 4 novembret
lilSTOIRi: Di: rOLOCMi
Sur douze candidate polonais ou étrangers qui se présentèrenl aux suffrages de la noblesse, Jean Zamoyski espérait pouvoir parvenir à la dignité royale ; aussi cette fois il pro[)Osa luinnèn» les régnicoles ; mais ne voyant pas assez de chances, il se résigna.
F^arini les candidats ëtran^ers. on discuta le plus !on£ruemenl sur les raiididats autrichiens, mais lem\"> pariisaiis funMit éconduits d niiUnit plus facilcMiienl que <le< !*olonais prévoyants avt^r* tuent publi(|ueiii('nt la diele : a Oue la maison d'Autriche était une des plus redouUtbles ennemies de la i^ologne; qu'ils ne souf* friraient pas qu'un prince de cette famille |)er(ide fût leur souve* rain ; que lés royaumes de Hongrie et de Bohème étaient de terribles exemples pour la Pologne ; que ces peuples, après avoîf; perdu leurs libertés et leur indépendance, gémissaient sous le joug de la maison d'Autriche I Aussi, dans la séance du U dëcembre 4575, Jean Zamoy^i avec tout l'ordre équestre proclama chef de rÉtat Anna-Jagellone, sœur de Sigismond«Auguste, en lui assignant pour époux Étienne Batory de Somlio, prince de Tran^\ 1\ anie, qu'on nomma en même temps roi de Pologne, grand-duc de Litvanie, etc.; et les ambasi^adeurs de Batory signèrent les pat'ta coin enta.
Le primat avant ahondonné le champ d'élection se transporta avec le parti autrichien dans un autre iieu, et y nomma Temporeur Maximilien roi de Pologne, après quoi le maréchal de ia couronne le proclama; mais le parti Zamoyski se présenta dans une attitude menaçante, et FAutriche recula. Batory arriva à Krakovie le 48 avril 4576 ; le 4«r mai il fut couronné et épousa Anmhiagellone.
Les deux interrègnesà des distances si rapprochées et le règne éphémère de Henri ébranlaient les forces de la Pologne, mais heureusement elle trouva dans Étienne Batory un homme supérieur en tout genre.
Les intrigues allemandes des Brandebourî»:eois parvinrent à révolter les liabitants de Danzig contre Tautorité polonaise, mais le roi Étienne en lit le siëge, et le 12 décembre 4577. la ville se soumit et la révolte fut punie. £n 4578, à la diète de Warsovie, le roi institua le tribunal suprême de la couronne; en conséquence on élut dans chaque palatinat des iTiagistrats devaient juger à Piotrkow les affaires de ia Grande-Pologne, et à Lublin celles de la Petite-Pologne, Puis, au mois de mars 4 578 k Varsovie, la Prusse-Ducale prêta hommage de vassalité dans ia personne de Georges Frédéric, qui était tombé dans rimbécîllil^-
ItiSTOinK DK t>OLOGNE
Mil
ApnVcoln, le roi s'occupa de incllii» (io l'ordre dans les iinuncos et d'organiser 1 armée sur un pied rei»pectabie. Ces précautions étaient d'autant plus importantes à prendre, que l'insolence et les enyahûsements des tzars de Moskovie ne s'arrêtaient devant rien.
Od va bientôt voir avec quels succès le génie de Batory uni au courage militaire des Polonais sut réprimer les insolences et les entpiètemants moskovites; mais pour que nos lecteuft'seîent mieux initiés k Tappréciation des faits, au système mosk()\ ite et à la différence qui existe entre les terres russiennes ou la Rulhenie et le tzarat de Mutikorie^ transformé depuis en ce qu'on appelle aujourd'hui VEmjiire de tonta^ les Russies, nous croyons devoir en faire un tableau précis et rapide.
CllAPlffiE Yl
Coup (J'œil historiqueet politique sur les duchés fussions ou ruthéniens; différence qui existe entre ces duchés et le grand-duché de Souz* dat» transformé en txarat de Moskovie, et an dernier lieu en un empire de toutes les Kussies. — Principes de politique russe et moyens de son agrandissement depuis 4154 jusqu'en 1633, année de la mort da îiar Vassiti IV YyanoTifiscb. — Lettre remarquable de Hélène à ma père le tiar Yvan.
Les peuples slavo-polunai^ , (lis[)ersés dans les vastes régions entre la mei -Baltique et la mer-Noire, avaient différentes dénominations. Les Vuréi.ço-Normands, établis en Skandinavie, en franchissant la mer-Baltique, envahissaient volontiers les cotes op()osées ; peu à peu ils s'avancèrent dans le pa} s et inquiétèrent la ville de Novogrod, sur le lac d'Umen. Les richesses de cette ville puissante par son commerce excitaient l'envie de ses voishis d*outre-mer, en entretenaient la jalousie et semaient la discorde entre ses propres habitants. Cet état de choses favorisait les projets des Yarègues barbares et audacieux, qui parvinrent à se faire inviter comme médiateurs et protecteurs 1 Us établirent rapidement leur puissance et se mirent à rançonner les Novogrodiens et leurs voisins immédiats. C'est ce qui arrive presque toujours à deux ennemis, qui on appellent un troisième à leur aide; celui-ci bat d'abord l'un par i autre, et plus tard les opprime tous deux.
Auhk, l'un des chefs varëgo-skandinavo-russiens ou Kutiië-
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niens, sorti des environs d'Upsala, entra à Novogrod en 862, et s'y (Hdhlit on maître. Ses lieuleiiaïUs, nommés Oskold et Dir, cherchant aventure, suivirent le courant du Dnieper, et s'établirent parmi les PohinuMKs, à Kiiow, ville riche, i>opuieu»e et célèbre on 879, par son cojnmorro avec Byzance. Mais peu de temps après, Oleg, autre lieutenant et favori de Kurik, apr^ avoir (égorgé gOD maitra et bienfaiteur, se partagea d'abord avec son fils Igor le gouvernemeiit de ÏÈJM^ se rendit ensuite à Kiiow. ii, il attira Oskold et Dir dans un guet-apens, lee fit massacrer, et «'imposa aux Polaniens ou Polonaîa. Ce système d'asseasinat ^ de rapt des biens d'autrui servit de modèle a tous les successeurs d*Oleg, coQune plus tard aux futurs créateurs du tzant de Moskovie et à tous leurs descendants jusqu'à nos jours.
Aprô> Olog le trône duc-al fut livrë aux convoitises des frères et cousins, qui se détruisaieuL iiiul uolleinenl, lors([u'en 980 surgit Vl.idiinir, qui tna son frère Yaropolk, ses doux fds, et força onsiiilo la f(Miiiii( Yarofiolk h roo(»vo!r sa tnain. Mais cette épouse ne lui sullisait pas; il avait cinq autres tommes soi-disant légitimes ; il entrotonait huit cents concubines, établies dans trois villes principales, et en outre s'emparait de toutes les jeunes filles qui lui plaisaient. Avide de biens d'autrui. il envahit les terres polono^laves de Wolynie et de Podolle (qu'il an^illa Rutbénîe) ; pendant que du cAtë du midi il s'emparait de la Krimée, de là menaçait Gonstantinople, et y forçait Tempereur Bsiîle de lui donner sa sœur Anna en mariage. — Ce mariage s'accomplit en 988, à Kliorsonèso, ville florissante aloi s, dont on retrouve quelques vestiges près do Sébastopol, d où en t8"»4 fut éiiihW le quartier général franraisde l'armée d'Orient. A 1 ih < asioii de ce niarîago, Vladiinir se fit chrétien, mais sans renoncer ni à ses débauches ni à ses rapines. Cet homme, qui termina ses jours en 404 5, obtint chez les Russes, non-seulement le titre de Grande mais de plus il figure dans le calendrier gréco-russe comme un jotn^et orlAodoM par excellence!...
Les douze fils et successeurs de Vladimir, dignes de leur prédécesseur, s'entr'égorgeant, amenèrent TintervenUon d^ Boleslas-le-Grandet de Boleslas-le-Hàrdi, rois de Pologne. Entre les années 4048 et 4070, ces deux souverains vinrent done à Kiiow, d'abord comme dans le pays dépendant de la suprématie polonaise, et ensuite pour y rétablir l'ordre ébranlé par les Varego- Ku.-.^iens. Enfin, à la suite do i^uorres civiles et de massacres porf)étuols entre ces ducs lussions, il sVn trouva un, nommé George Dolgorouky, qui, entre les années 4454 et 4457, se ren-
HISTOiae DE POLOGNE
dit si atrofp, Pt sorj fils. André Boguiuubsky, dc'nioya. en outre, dès celto denucre année 1457, un système dopprossion telle, que la patience des Kiiowions (^t dos Novogrodienâ fut poussée â bout. Alors André réunit dm bandefi nombreuses d'hoaunes leg plus vils, presque tous étrangers aux véritables Slaves, marcha, en 4469, contre Kiiovir, la pilla et la détruisit. Puis il se tourna contre Novogrod-la-Grande , qui heureusement résista! C'est alors qu'André s'enfonça dans les déserts septentrionaux, établit d*abord son siégo à Souzdal, puis à Yladimir-sur-la- Klazma, puis enfin à Moskou.
De cette époque date l'oriiiino do cotto M(»<kuvie, étrangère, comme on le voit, aux Slaves et par conséqueiU an système européen. C't'st ootto inôino Moskovio. ^lui, depuis IMerre K"*, prend arbitrairement et meusongèremant. le litre (le ï£$i^iri de UmUâ
Comme dans l'histoire de cet empire tout est étrange, fatal et liarliare, la fondation et Tagrandissement de la ville de Moskou eUe^fliôme ne dut son origine qu'à un crime. En effet lorsqu'on 4457 George Oolgorouky. en {jarcourant les contrées arrosées par )a Moskva, s'arrêta à une ferme située dans une belle position, et qui lui plut infiniment, il voulut en connaître le propnétaire, qui s'appelait Etienne Koutst liko. George voulut s'nnparer de cette propriété, Étionne s y reiusa à juste titre, et George, sans autre procédé, lotit mourir atrocement et jeter son corps dans un étang voisin. Il lit ensuite entourer de palissades unoioQlicule sur lequel fut bâti, depuis, le Kremlin, et la ville prit le nom de la rivière, la Moskva, qui coulait auprès. Depuis i année 4328, Yvan io' Kalita y éUblit délinitivement la capitale. Alors tout cet empire n'embrassait dans son enceinte que les villes de lloskou, Vladimir, PéréiasIavl-sur-le-Lac, Kolomna, Zvenigorod, Mojaî«(k, Serpoukhov et Pérémyschl. Les agrandissements ultéri(nirs ne furent donc que le résultat de conquêtes violentes et d usurpations incessantes.
Celte nom elle ïiuviic nio>k()\ île, plus asiatique qu'européenne, elson chef André, au lieu do vivre tranquille chez elle, n'aspirait cependant qu'à subjuguer ses voisins; or, parmi ces voisins, qui n'étaient même pas immédiats, il y avait des Litvaniens, qui vivaient tranquillement dans leurs forêts impénétrables, mais qui, lorsque l'oppression étrangère vint à les menacer, se présentèrent fiers et valeurwx sur la scène politique de l'Europe. Dès l'année 4 4 83, ils s'engagèrent non-seulement dans une lutte contrôles Moskovites, mais aussi contre d'autres ducs rus-
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siens, et plus Uni contre les Tatars et les Turks. Partout les opprimés trouvaient aide et protection chez les ducs de Litvanie, aussi d'un jour à l'autre la puissance IHvanienne s'implantait au point que le sceptre de Gëdymin commandait aux républiques de Novogrod et de Pskow, et aux duchés de Polotsk, de Witebsk et de Smolensk. Dans une campagné victorieuse il soumît , les ducs russiens qui gouvernaient encore les pays situés entre le Bug et lo Dnieper, puis Kiiow, cpii, s'étanl relevée de sa destruction do H(i9, 011 M it ses portes à Gédymin en \ Entiu U > villes (le liraii.-k el do Péréiaslaw l'appelèrent à leur secours, pt , Gëdymin marqua les limites de ses États à la rivière du Puty\Nl. j Tout cela se lit beaucoup plus par la loi de protection que par ' droit de conquête. C'est ainsi que finit à jamais, dans ces con- ; trées, la puissance barbare et envahissante des Yarego-Skandinaves; cependant elles conservèrent désormais le nom de Terra Russiennei ou RfUkènimneiy nom que plus tard les Polonais ne lui èlèrent pas. Aussi ce pays, par Vesprit qui le dominait, par sa langue, par la source de sa civilisation polono-litvanienne, i est toujours resté attaché à la Pologne, à la mère patrie jusqu'à ! l'époque où les envahissements das tzars de Moskovie déchiré- ; rent ce pays par la force et par la perfidie! Ce sont ces envahissements que les écrivains officiels ou officieux, régnicoles ou étrangers, payés pat- les tzars, décorent du nom de reprises !
Gédymin, en mouran-t, laissant sept iils, parmi lesquels on remarqua Olgerd et Kieystut. Dans l'espace de trente-six ans, les deux frères combattirent les Teutoniques, les Rurikovitschs, les Moskovites et les Tatars. Ces derniers dominaient déjà en maîtres sur les Moskovites, depuis l'année 4224, après avoir gagné la bataille de la Kalka. Les républiques de Novogrod et de Pskow, depuis 4347, furent gouvernées par les lieutenants litvaniens. L€^ ducs de Smolensk et de Tver, heureux de pouvoir se sons- , traire à la rapacité des Moskovites, servaient sous les ordres d'Olgerd , qui avait |)arcouru triomphanl la Krimée en 136^. Enfin, pour se venger des invasions des j^rands-ducs de Mo.^ kovie, Olgerd marcha à trois rcfirises dillérentes contre eux, et trois fois, en 4368, 4370 et 437i, il assiégea Moskou ou s'en empara! Sous le règne d'Olgerd, la puissance litvano-ruthénienne devint immense; au nord-est elle avait pour frontières la Néva, le lac de Ladoga, Bialozersk, Tver, Mojalsk, Bransk, Koursk, le Boniétz, et les bords de la mer d'Azof et de la mer-Noire. Les possessions d'Olgerd étaient assez vastes pour satisfaire Tambition de ses douae fils. C'est dans cet état de dioses que Fun de
aiSTOlMS DK POLOCKfi
ses fils, Wladislas-Jagellon, acccmiplit imi 138(> 1 umtm entre la Lilvanie et la Pologne, union à jamais indissoluble !
Quant aux ducs moskoviteâ, qui se succédaient par rassasinai, il sVn trouva un, nommé Y van III Vassiliévitscb, monté au trône de Moskou en ii64, qui parvint en 4468 ^ se délivrer de la soumission des Taftars, qui avaient régné en maîtres absolus sur les Moskovites durant deux cent quarante-quatre ans (1214-4468). C'est de cette époque seulement que date la véritable puissance dutzarat ; mais celte puissance u a pas ce>sé un seul jour iTeuiployer des moyens iniques pour s'agrandir. Hn\ahisseiueiit des États \oisins. assassinats des chefs, niassin res des populations, corruption des agents, intiuiidatioii, dénationalisation, trans|)lantation des familles, telles furent constamment les conditions d'existence, de progrès et d agrandissement continuel de Tempire russe!
Vainqueur des Tatars, Yvan III pensa à subjuguer Novogrod* ii-Grande, et à la détacher de la Litvanie. La noblesse se laissa corromprç ; mais la résistance du peuple apporta à l'exécution des projets moskovites un obstacle invincible, et le conseil de
3loskou se décida à courir aux armes avant l'arrivée des troupes polono-lit\ai)iennes. En effet, No\ oirrod et ses libertés républicaines succoiiibèrent en 1471. Kasuim IV, roi de Pologne et grand-duc de Litvanie, occupé de graves démêlés avec la Hongrie, ne put venir au secours des Novogrodien*?.
Veuf depuis quelques années, Yvan III pensa à se remarier. Il avait que Sophie, petite-fiile de Constantin PaléologuCi dernier empereur de Con$tai|tinople, mort en 4 453 au siège de cette ville par les Turks, vivait à Rome des bienfaits du Pape Paul II. Yvan «ktama des négociations dans lesquelles toutes les parties se livrèrent à un combat d*habileté, où le plus fourbe devait rester vainqueur. Y\an se flattait que ce mariage donnerait aux tzars (leMoskovie les droits des empereurs i;recs; il adopta môme, sans tarder, leurs armes, l'aigle noire à deux tètes, et, pour ïirer la princesse des mains du pape, il Ht croire à ce pontife qu i! adhérerait au décret d'union des deux K;, l ises orientale et occidentale, émané du concile de Florence du 6 juillet 4439. Le pape, de son côté, avait pour but avoué d'armer les Moskovites et les Tatars contre les Turks, et pour but secret d'amener inttiisiblement les Moskovites à une entière soumission au saintsiège. Se croyant sûr de Sophie, il comptait exploiter son in- Huence d'épouse sur Yvan pour amener ce dernier à ses fins ; et, cjuoiqu'il crût Sophie sincèrement convertie au catholicisme,
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îî protestait hautement au tzar (fu elle était restée grecque. Mais le pontife avait ati'aire à forte partie, car Sophie, pour conserver sa pension et sa protection du Vatican, affectait la p!us grande ferveur pour la foi catholique ; et pour devenir tzariae elle se laissa, sans opposition , donner pour grecque au grec Yvan, qui lui-même se donnait pour catholique. Le jjape Paul JI ouvrit en 4469, cette négociation, qui ne fut terminée qu'en juin 1 472, par Sixte IV, dans^ une assemblée de cardinaux. La princesse entra processionnellement snr le territoire jnuslvo\ito, conduite par un léj^^at du p;ipe, dcsafii lequel on portait la croix latine. Mais cette croix laline soule\aii k > scrupules des schismaliques* etSophi(v qui n'avait plus à feindre, ordonna au légaide la cacher, ei un inessajîe d'Yvan vint confirmer cet ordre. Sophie entra à Moskou le 42 novembre Le mariage fut célébré par le m(^tropolitain, suivant le rit grec, en présence du légat du pape. £t lorsque ensuite celuin^i réclama l'exécution convenue du décret d'union, Yvan lui férma la bouche, en déclarant qu il ne voulait pas en entendre parler. Voilà comment depuis trois cent quatre-vingt-douze ans (1 47i-186i) les tzars ont dupé 1^ papes, les rois et les diplomaties de l'Europe!
La rëpul)Ii(fue de Psknw eut le sort de celle de Novogrod. Quant à la ville eile-nième de Novdi^rod, elle cherchait à conserver au moins quelques restes de ses anciennes franchises; mais ses tentatives ne servirent qu'à irriter Yvan, et à lui donner un prétexte pour asservir en U79 plus complètement la malheureuse république, qui périt après plus de six siècles d'une existence glorieuse. Une partie de la Sévérie et de la Ruthénie- Blanche fut aussi la même année détachée de la Litvanie.
Malgré sa volonté bien connue d'envahir tous les apanaires, Yvan, par respect pour sa mère, n osa encore se déclarer couue ses trois frères, Boris, André et Youri ou Georges. Mais à la mort de cette princesse, ses fils, se voyant menacés, s'entourèrent de tous les n]('n ontents du système autocratique. Yvan les rassura par un traité qui, en garantissant leurs domaines, leur interdisait toutes relations avec les ennemis intérieurs et extérieurs. Peu de temps après, André, le plus remuant, fàt dupe d*un piège que le tzar lui tendit; il l'attira au Kremlin en l'emprisonna, et son apanage fut réuni au tzarat. Quant à Boris, il mourut bientôt après.
Cependant les relations diplomatiques embrassaient tous les États voisins. Les ambassades se succédaient entre la Moskovie, la Kiimée, le Danemark et TAutriche. L'empereur Frédéric 111,
BISTOIftB M ML061IB
•ffranl tiB8 ligue eonlre le rd de Pologne Kasimir IV, demanda une ducheese moekotite pour son fils Maximilien, roi des Roman»* YYan, de son côté, pn$L ce monarqae de hit envoyer des irtiitfss et ém ndoeufs pour exploiter les mines de son pays. IWi Isa nëgocialloiis traîn èr ent; la dnplidtë autrichienne, redoutant la fourberie kremlinoise, traita avec le roi de Polo*;ne; .MaximiJien se fiança à Anne de Bretagne; le Danemark se lia avec Mo-^kdu. Hebutës par dMntolc'rabîes .naines, et peul-(Mre rvtenub par le Uar, les marchands du pas s avaient cess(' ilc frc^ quenter Azof et KdHà, soumises au\ Turks. Le pacha en accusa la mauvaise influence du tzar sur MengU-Ghiray ; Mengli pria T\im de le justifier devant le sultan. A cette occasion, Yvan kn\ïi à Sayand II, rejeta tonte !a faute sar les rapines et le despotisroe du padia, et ouvrit entre les deux États les voies m ii4p)ciatie«i. Le euHan voulut répondre par une ambas* side; nais les LUvaniois ne lui permirent point de dépasser Kibw.
Les relations diplomatiques n'i^taient pas tout k fait interrompues entre Yvan et le roi de Pologne Kasimir : leurs négociations 'ilaient souvent de l'un à i'autre; mais les hostilités, réduites à aes courses de hrii:;an(ls, continuaient toujours, r\ le tzar s© gardait bien d'ëtoutler les intriî^ues qui suffisaient pour in([ui(!icr Kasimir. La désunion qui existait entre Jean-Albert, succèsâear de Kttinir, et son frère Alexandre, grand-duc de Litvanie, MTHit nallieureusement les intérêts do tzar. Yvan dirigea à la Mb ooatre la Litvame ses troupes et celles de ses alliés, iliflnae de MeMavie el Mengli-Ghiray. Le grandie Alexandre se MBiait ftdble, et le roi leamAlbert ^trx>p circonspect pour pWMSM cette guerre. Après de longues négociations, on fit, en un Uailé qui confirma la possession du rluché de Novogrod-Siewierski, envahi par le tzar. Ainsi se démembrait le grdnd-tluché lit\ ano-iuthënien. Comme. [)Our consoler Alexan- ^ife, Yvan promit de lui donner en mariage sa (ille Hélène, espérant par là exercer directement son influence dans les aft'aires fcPelogne. Il l'envoya, en effet, à Wilno en 1495. Yvan enten- Mt(tu'eHe restât fidèle à la rdigion schismatique, qu'elle eût ua temple dans son palais, et aussi qu'elle lui servit d*espion et ^untraaent auprès de son mari, rôle odieux qu'elle sut décliner avse me noble adresse.
Mw rien ne rebutait Yvan. Comme s'il n'avait pas assez d'air pottr respirer dans ses Étals, d u ne étendue déjà bien respectail convoitait toujours les possessions litvauiennes. lin s'ap-
BlSTOiajh JItt POLOGNE
pn\ ant sur des motifs frivoles, il accusait le iirand-dnc Alovaiidre (ra\uii néizliiTP de bâtir une chapelle dans son palais pour Hé- , lène; il se plaii^nait aussi (îu'Alexandro, en !ni (^'rivant, avait I omis ({uelquefois de lui donner les litres qui lui étaient dus. En- ' suite, disant que la rivière de l Ou^ra était la véritable frontière de ses États, il s'en empara ; plus tard, il soutenait que le Dnié- , per devait servir de frontières pour mettre un terme à toutes ï les incertitudes; une autre fois, il disait que fa Bérézyna lui était indispensable, et, prenant ])ar avance le titre de monarque de toutes ks Russies, il affirmait qu'ayant complété ses États, ni lui \ ni ses descendants ne pourraient jamais rien exiger de ])lus. Lh | bien, plus tard les tzars diront que le Nii'men et le Bui; sont des j fleuves moskovites: ils déclareront que la Wistuie, la l*ro<na et | la Warta leur appa? liennent Irès-léizitiincment. Ils soutiennent \ que puisque l'Elbe et la Saala, où lioleslas-le-Grand élevait des ' colonnes de fer, arrosent les anciens pays slaves, ces rivières ; hur appartiennent aussi. En 4799, les hordes de Sou voroff, du | haut des Alpes, convoitaient même la France; en 4844 et en 4845 elles envahirent ce beau pays, et campèrent au Louvre et aux Champs-Elysées 1 I^e sénateur Nicolas NovossiltzoÎT, mort comme président du conseil de Tempire russe, répétait sans cesse sous Alexandre 1**" et sous Nicolas 1«^, que V ordre la paix H le bonheur ne pourront régner en Europe que lorsque les oukases partis de Pétersbourg seront exécutés à Stockholm, à Cons- ; tantinople, à Vienne, à Berlin et à PansI déjà depuis longtemps Conslantinople s'apprMe en lan^^iiK^ russe Tzarogrod (la ville des tzars) et le désir exprinH^ publiquement par les purs Moskovites est de donner à la ville de Paris Tun de ces noms : Nicolaïgrod, Alexandrogrod ou Constant inogrod, selon que la conquête de j Paris devra se faire sous le règne d'un de ses noms 1 |
Comme avant-goût, les tzars n'ont^ils pas, en Pologne, russifié plusieurs noms de villes; celles de Demblin, Pulawy, Modlin, en vertu des oukases s'appellent maintenant Yvangorod, Novaïa-Âlexandi ia , et Novo-Geor2;hiefsk !... Tous les projets engendrés par les Moskovites pour la conquête et le bouleversement du monde, dépassent les imaginations les plus exaltées et les rêves des cerveaux en délire. Et tout cela, selon les tzars, est simple, juste et logique ! Les Polonais, en tout temps et à toutes les époques , ont cherché à éclairer l'Europe sur le< tendances russes, ils le prouvaient par les faits historiques et par leur martyre ; depuis cent soixante ans ils se présentent .devant l'Europe comme victimes immolées à la politique mos-
UlSTOlttK D£ l*ULUU.\£
ko\ile; et cei)en(lanl ne ies a-t-on pas taxés dVxagëralion ? H a fallu (jne l'Euiiiitpe attendît jusqu'en 1863 pour (jne le t/.arisme liu-inème (l«rf)uvrît (lan> touii" -a nudité et dans toute riiorreur de son c^nisnie ce qu il ie»er\ait à 1 imprévoyance de l'Europe î...
Mais revenons à l'année U99. Alors Alexandre de Utvanie mit vainement en usage tous les moyens propres à apaiser Yvan; mais celui-ci voulait la discorde à tout prix, et il envahit le reste de la Sévérie, Starodub et Gzerniechow. La guerre dura deux ans, et elle se termina par un armistice. Toutefois les intrigues et les exigences du tzar ne s'arrêtaient pas; les choses arrivèrent à ce point, que la j)ropre fille dTvan fut obligée d'écrire de Wilno, en 1.'K)2, la lettre suivante : « AlexanHf roi (le Pologne, granrl-duc de Liivanie, mon époux et seii^'ui ur, a envoyé ses aiul)a>sa(leurs à Votre Sérénité, |M>ur se plaindre des tribulations (jue ses domaines, ainsi (pie ses nombreuses villes et campai^mes, ont à soudrirde vos sujets. Par la |)ermission de Dieu et l audace des méchants^ beaucoup do sang a été versé déjà et est versé encore, des femmes et des enfants sont emmenés en esclavage, la sainte foi dépérit et les églises deviennent désertes, et tout cela de par vos traités, serments et , alliances, monarques chrétiens I Rappelle-toi, seigneur et père, que je suis ta servante et ta iille^ et quer tu m*as donnée en mariage à un roi qui est ton frère et ton égal. Tu sais, seigneur et père, ce que je lui ai apporté en dot, et malgré cela il m*a prise de Ihjuuo i^ràce de clu'/ toi, il m'a tenue diirarit lontes ces années en abondance, respect et amour; il m'accorde la liberté de prolesser ma relii^ion selon le rit grec, d'avoir à ma cour des popes, des diaks et des chantres, de fréquenter les églises de ma communion, de suivre enfm notre liturgie aussi bien en Litvanie ([u'en Pologne, à Krakovie, comme dans toutes les autres villes polonaises, et en cela, comme en chaque autre chose, je ne [ lis découvrir quMl ait contrevenu aux traités. Le seigneur mon roi, sa mère, et tous ici, croyaient que je leur amenais de Moskou des biens de toute sorte : la paix, l allection, l'alliaiK e, des secours contre les pait lîs, mais on s'ai)erçoit aujoutxl liui, seigneur et père, que mon unique cortège a été le meurtre, la rapine, la violence, VelTusion du sang chrétien ; los femmes sont devenues veuves, les enfants sont devenus orphelins; l'esclavage, l'oppression, les pleurs^ les gémissements éclatent de tous les côtés. Est-ce là ton amour pour moi, seigneur et père ? Moi, ta servante et ta
HISTOIRE OS POLOGNE
fille, j'aurais prëfërë mourir dans ton pays, à tes pieds, que d'entendre dire ici : /{ n'a envoyé ta ^Ue en tiimnie que pour mieux sotider et amrvir cette contrée!.,. Rentre en toi, seigneur et père, cesse de nourrir un injuste courroux contre ton frère et gendre, reviens à l'ancien amour et fraternité que tu lui as jurés par des traités, alin que les païens et les traîtres, dont les pères ont jadis trahi les aïeux comme les (ils nous trahisent eu ce moment, n'aient plus de sujet de joie. Ce sont eux qui ont tout brouillé ])anni \ous, témoin ce Sëniène Hk Isky, second Judas qui, lors de son séjour en Litvanie, a attiré son frère Théodore dans la partie de l'étranger. Considère seulement, seigneur, s'il est permis de se tiei à ces nouveaux Caïns, qui ont massacré leurs propres frères et qui se sont plongés dans le sang jusqu'au cou. Vous apprendrez, seigneur et père, par les ambassadeurs qui vous sont envoyés, ({ue le roi de Pologne, grand-duc de Litvanie, n'a en rien enfreint le traités. Rendez-lui donc \otre ancien amour comme à un frère et à un gendre, et que mes larmes amères se changent en joie ! »
Et l'historiographe tzarien lui-même, le Mu>lvovite Karamzinc, est forcé de dire nnV\ citicnl, (juaique sans fourTiiF- la moin- • dre preuve des persécutions exercées contre le traître Bielsky : « Yvan violait, à la véhtë, les clauses du traité de paix en recevant rhommage des princes litvaniens, mais il y voyait une excuse assez valable daas la nécessité de protéger ses frères en religion. » Ainsi au dire des historiens russes, les tzars sont purs de toute ambition, dédaigneux des grandeurs de ce monde, ne pensant qu'aux intérêts spirituels orthodoxes ! .
Lorsqu'après le décès d'Alexandre, Sigismond I*"" monta sur le trùne de Poloirne, en IriOO. les xAïoskovites, toujours insatiables dans li'wv^ cumiuôtes, chcrclièrent à eiualar les provinces dépendantes de la Litvanie. Vassili lY Yvanovitsch, qui Aonait de succéder nouvellement à Ivan III, visait même plus loin. Aussitôt qu'il eut appris le décès d'Alexandre, il envoya à Wilno un conildent avec une lettre de condoléance à la reine Hélènef veuve du roi, et proposa à la noblesse litvanienne son élection et la réunion de la Litvanie à la Moskovie ; mais ces démarche» furent inutiles, et Sigismond en lui dgnifiant son avènement au tr&ne de Pologne^ lui demanda la restitution des pays enva« his sur la Litvanie et le retour des prisonniers litvaniens ; mais le tzar refii-ri tout, et recommença môme la guerre. Le roi des Polonais inai cha contre lui, le battit en 1508, près d'Orsza, et Is tzar etliayé sWpressa de conclure la paix.
HISTOIRE DE POLOGNE
Mais la politique onvahissanle dos izars méditait de nouveaux forfaits contre la Pologne. Voulant l'affaiblir de tous les côtés à la fois, Yassili IV se ligua, on avril 4509, avec la Livonie et prépara ainsi Tasservissement et le renversement des dernières libertés de la république de Psicow. Pskow avait le tort d'être attachée à la Litvanie. Quoique soumise dès 1479 aux grandsducs de Moskovie, Pskow avait dû, à force de prudence et de sacrifices, conserver son conseil national, investi du pouvoir législatif, ses magistrats ëlus par le peuple, enfin toute son organisation intérieure, et former une véritable république calquée sur celle (le Novogrud, dont elle avait été la sujettod'abord H en^nite i alfranclue et la sœur cadette. La ruine de Pskow, ajournée sous Yvan 111, fut exécutée sous son iils Vasssili IV; rintrigue prépara ToBuvre qu'achevèrent la trahison et la terreur.
Tvan Obolenskoî, gouverneur de Pskovir, fomenta la discorde entre les diverses classes de citoyens, et se plaignit ensuite de leur turbulence et des abus de pouvoir des magistrats; c'était le prétexte demandé pour justiGer Tintervention meurtrière des Moskovites.
Dans rautonine de 1509, pondant que la Pologne était occupée de la guerre contre les Moldo-A\ «ilatpies, Vassili IV se rendit à Novogrod avec un cortège imposant et des forces considérables; là, il reçut arec bonté une nombreuse députation de P^koviens, chargée de le féliciter et de lui otirir un présent en argent, puis il om nya dans lui cité prendre des informations sur les plaintes d'Oi>olenskor. On lui rapporta que ce fonctionnaire et les citoyens s'accusaient réciproquement; et, en effet, une nouvelle députation vint la demander la destitution d'OlxH lenskol. Vassili le fit appeler à Novogrod, avec tous les Pskoviens qui avaient à s'en plaindre. Ils arrivèrent en grand nombre, uiaL-^ une foule de boïars et de fonctionnaires vinrent aussi s'accuser les uns les autres. Vassili o\iir< i de plus que les neuf possadniks julços et maires; et lus pre\ùls des marcliauds de tous les quartiers comparussent avec Obolenskoî, sinon le pays serait déclaré en état de révolte. Les dociles Pskoviens se présentèrent en janvier 4o10, devant le tzar. Les fonctionnaires et les marchands, introduits dans la salle d'audience, se préparaient à plaider leur cause, lorsqu'on les prévint en les déclarant prisonniers.
Cette fatale nouvelle arrive à Pskow, le conseil national s^assemble, on ne comprend rien à cette perfidie, on gémit, et
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on envoie une dëputation à Vassili pour ëclaicir Taffaire. Alors le despote lataro-moskovite déclara à ses prisonniers qu'ayant mécoiuiu Tautontë de son lieutenant et opprimé le peuple, ils méritent une punition rigoureuse; mais qu'ils peuvent recouvrer ses bonnes ynires, et consors er leurs propri(»tés, en abolissant, pour jamais, le conseil luaiunal , et en recevant ses juges à Pskow et autres \illes et bourL^s de la pros inre.
Attirés dans cet épouvantable guet-apens, les députt^s envoyèrent l'un d'eux aNec Dolmatoff, secrétaire de Vassili, porter aux Pskoviens cette terrible nouvelle. Le député pskovien dit alors au peuple assemblé : « Nous avons juré pour nous et pour vous d'obéir aux volontés du monarque ; n'allez pas nous parjurer, autrement nous péririons tous ! j>
Le délai fatall expirant le 2B janvier, Dolmatoff transmet les ordres et les menaces de Vassili, et va s'asseoir sur un gradin de la place publique, pour attendre la réponse. La consternation était pruloiide, on le supplie d'attendre jusqu'au lendemain. Le lendemain redouté arriva, et les cris (\v désespoir retentirent dans toute la ville ; pour la dernière fois la cloche convoqua le peuple et annonça lugubrement la lin de la liberté pskovienne. Après cela on descendit de la tour de la Sainte-Trinité la cloche du conseil national, que Dolmatofî alla porter à son raaî- .tre la nuit suivante. Vassili entra triomphant à Pskow, et s'empara des bâtiments des faubourgs pour y loger une garnison ; il relégua dans le fond de la Moskovie les fonctionnaires et les notables; il distribua leurs propriétés, qu'il avait promis de leur conserver, à ses bolars et à trois cents familles moskovites qui les remplacèrent à Pskow.
Ainsi finit cette n»publique, qui reconnaissait la suprématie polonaise depuis pius de cent ans! Karamsine lui-même, en décrivant ces événements, ne peut s'empêcher de flétrir cette invasion, et il cite ce passage remarquable tiré d'une chronique russienne du temps : « Ainsi périt la gloire de Pskow, envahie non pas par des hérétiques, mais par des croyants, par ses propres frères en Jésus-Christ I 0 ville jadis grande, tu t'attristes de ton abaissement. Un aigle aux larges ailes s'éleva au-dessus de toi armé des griffes du lion, il a arraché de ton sein les trois cèdres du Liban : il t'a ravi ta beauté, tes richesses et tes citoyens; il a bouleversé tes marchés et n'a laissé que des décombres. 11 a transporté nos frères et nos sœurs dans (](\s contrées éloii^nées où n^Haienljauiais allé ni vos aïeux ni vos pères ! » Nos lecteurs savent déjà de quelle manière ont été détruites les
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Irois plus célèbres et le** plus populouses \illes de Kiiow, do Novoi^Mod et de l^skuw, pai leï du^s sortis de Tanlrr iuosko\ito, ot ceptîrfdant los écrivains slipcndiér. n»2:nicoles ou étrangers no cessent de tromper l'Europe et de iii^^ntir à l'histoire, en soutenant que ce n«î sont que des reconqmteSy des reprises et des retours à la sainte et ortluxioxe Moskou L.. Les faits et les dates prouvent que riiisioire des Warègues et âe tluthënie est étrangère au tzarat de Moskovie, et cependant, bâ \^%^ on joua à Nowogrod, la comédie de la fondation miliénaîr^'dQ-ce tzarat 1
Yassili IV, encouragé par Fanéantissement de Pskbw rompant avec la Pologne le traité de 4508, envahit les p<^^îons litvaniennes, assiégea la ville de Smolensk et s'en empan'a-au. mois d'août 1514, à Taide de trahison ; mais ses armées furciit* détruites le 8 se(>tenibre de la niiMue année entre Orsza et Dombrowna par les l*olono-Litvauien>, commandes })ar Oslioi^ski.
Apfv< cette ^ictoi^e, les Moskovites mirent trois ans pour se ! refaire, et entre les années 1517 et 4520 iU recommencèrent leurs envahissements, que les Pf lf^nais repoussaient toujours.
C'était à la même époque que Yassili IV concluait des traités oflénsifs et dëfensifs avec les chevaliers teutons et le roi de Danemark contre la Suède et contre la Pologne^ pour subjuguer plus facilement ces deux États. H entretenait des relations suivies avec TAnt^leterre, qui lui fournissait les moyens de se forlifier. Aussi n'était-ce pas sans raison que le roi Sigismond- Auguste, successeur de Sigismond ler^ en écrivant à la reine Elisaboth, disait ces paroles prophétiques, qui se vérifient si fatalement jusqu'à nos jours.
Voici la lettre du roi de Pologne à la reine d'Angleterre^ en (iato de Knyszyn, 43 juillet 4&67 :
' SÉA£N1SS|M£ PEINGËSSE, TRËS-CH£Afi SÛBQA ET COUSINE.
» Dans la guerre très-onéreuse etfpleine de périls que nous soutenons pr^ntement contre le roi de Suède et surtout contre le duc de Moskovie, homme barbare et schismatique, nous avions
dès les premiers temps défendu par un édit de faire passer par DOS domaines sur les terres de reniu-uii cpioi que ce soit qui put servir contre nous la terocité de ce barbare et ennemi de la loi. Ce décret, nous l'avons porté et sanctionné sous les peines les plus graves^ car nous sentions fort bien que, plu^ 3 accroîtrait la puissance moskovite, plus elle deviendrcitt formidable non-
niSToinr: dk Pologne
seulement à nons^mémes, mais bientôt à toute la chrétienté. Gepebdast dles marchandg de pl^fiReiirB nations voisines, par l'appât du gain, ont osé, malgré slio^ défenses, se livrer témërairement à cette navigation, [>rëfërant leurs profits particuliers à
la sécurité el aux intérêts,.'!^, notre royaume et de toute la républiffue chrétienne. J)(»s xaiyHiaux placés en observation \mr nos ordre» dans ie but d'-eiiijièoher le transit lesont repousses, et ont retenu à titre de £rB|ïe un certaui nombre de bâtiments. 11 est probable que <ek est arrivé à plusieurs des sujets de Votre Majesté. Les Honorables proconsuls et consuls de notre viUe de I)ansig4iott8 ayant exposé qu'iU avaient encouru, par c^tacte, le iiAt^Mentemeni de Votre Majesté^ nous avons été vivemeot . IsojlCrariés. Plus noua avons eu à coeur de nous concilier l'amitâé 'ikm moins de vos illustres prédécesseurs que celle de Votre Majesté elle-même, plus nous désirons de même que tous nos sujets fassent leur commerce librement et en bonne intelligence avec les rois et las jtnnces leurs voisins, plus nous ressentons ua grand chagrin d'apprendre que la ville de Danziji, qui nous est particulièrement ciière, se soit, bien innocemoient, attiré le mécontentement de Votre Majesté. (7est pourquoi nous la puons . très-atiectueuseinent de conserver k la ville de Oanzig son an- * oienne amitié et de ne point se laisser entraîner envers elle à aucun sentiment de suspicion. Main au contraire, après avoir examiné attentivement tous les motifs et; toutes les raisons qui nous ont porté à empêcher ce commerce avec les barbares, nos ennemis, que Votre Majesté défende à ses sujets de fournir à ce peuple barbare, schismatique et ennemi de toute la chrétienté, des armes, des munitions, enfin des ingénieurs propres à rendre la guerre encore plus destructive; ce (qu'elle aimeî a mieux sans doute plu loi que de nous au useï loi sque nous eiupéciious ce genre de tralic. Ouant à nous^ nous i^arantissoiis toujours, comme cela s'est fait juaqu à ce jour, pour le présent et l'avenir, à tous ceux de Votre Majesté, qui se livrent à un commorro licite et honnête, le droit d'entrée, de séjour, de passage et de départ dans toutes nos possessions. Votre Majesté se persuadera hcï* lement que ce ne sont pas seulement nos intérêts privés qui nous font défendre le commerce avec la Moskovie, mais aussi ceux de la religion et de toute la république chrétienne. En effiot, comme nous l'avons dit, on leur fournit des munitions de guerre, on leur fournit des armes dont ils iguui aient l'usage ; et, ce (pli nous parait le ])lus dant^ei-eux, on leur procure d'habiles ingénieurs» D où il suit que, quand même onj[u importerait rien
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de [Mil-; cli07 oii\, ce-, inueniours }un \ uMuiraienl sans ubslacli*, si le passage était libre, à fabriquer et à construire facilement, même dans ce pays barbare, toutes les machines que demande la guerre et qui sont restées jusqu'à présent inconnues à ce peuple. U est donc à craiadre que, plus tôt qu'on ne le penso
ÈQéralement, ces travaux ne soient exécutés pour la ruine des ats chrétiens. Or, le seul moyen d'éviter ce malheur ce serait que, par les édits les plus sévères, tous les princes chrétiens interdissent les transports de ce genre; c'est pourquoi nous prions Votre Majesté de \uiiloir bien ajj;ir de même en Mie des iiitm'ts de la chrétienté tout entière. Si poui taiil quehju'un de vos sujets se plaint d'a\ oir été lésé et arrêté à tort par nos officiers dobser\ a! ion, nous Tion< (Miipresserons de faire droit à ses réclamations a\ec celle bicnvcillancM» affectueuse que nous ressentons pour Votre Majesté et pour ses sujets. » j Malheureusement, ces avertissements ne servirent à rien, et l'Angleterre en concluant avec Yvan le traité du % juillet 4569, n'a-t-elle pas été la cause la plus directe des agrandissements et de la puissance russe ; et plus tard l'Angleterre aussi ne Vempécbait point d'exereer son influence en Pologne ; elle approuvait les démembrements de ce pays ; enfin elle soudoyait par des milliards de subsides les coalitions contre la France et renversait impoli tiquement Napoléon le'? Après trois cents ans de calamités elle sembla, en IS'ii, s'apercevoir de la faute; elle envoya ses armées, ses tlotles et prodigua ses trésors pour abattre la RiHsie I croit-elle ((u'en détruisant les flottes russes, en incendiant ses ports et ses chantiers, elle parviendra à abattre la Rus- !^ie? Youdra-t-elle se persuader que si elle ne contribue pas léellement et efficacement au rétablissement d^ la Pologue dans son ancienne intégrité, la Russie se relèvera plus irritée, plus vivaee et plus décidée que jamais à farre réaliser ses projets séculaires et son système tataro-moskovite, qu'aucun événemeof , sucun revers ne modilie ni ne modifiera jaiuais '?
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