‹ Histoire populaire de la Pologne Carte de PologneChapitre 2 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De tous les émigrantâ de l'Asie vers i £uro|^, 4 i époque de la grande përégrinaitioa des peupte», te Slaves se Irottvèrwt k» pbis andeqs, les plus nombreux et les plusintelUgeiits. Faute de notions clmmologiques pour ces temps si reculés, il est difficile

de préciser exactement les époques auxquelles ces peii{>les prirent tour-à-tour les dénouuuaUons da ScytbeUf de Vënedes, de Sannates et bien d'autres encoie; mais ce qui est pesitif, c es* (fue le nom du peuple PsodwMti ou FoUntaiâ est des plus anciens; que de tout temps ce peuple fut remarquable entre tous; qiie de tout temps il liabiUi et domina entre l'est et l'ouest les territoire^i mœés par le Dméper, la Dzwiiia, la Vistule, l'Oder et VBMm^ ; que du nord au midi il s'étendit^de la Balticpi» k la me^-Noîre et an Danube. Etcomme la suprématie slavo-pokmaise exerçait son influence au loin, Tesprit et le lan^^age polonais se retrouvent aujourd'hui encore diuj^ toutes es contrée de l'Europe méiidionale et occidentale.

fin traçant le vaste et rapide tableau de treize siècles de l'histoire populaire de la Pologne dans un cadre resserré, nous ne pouvons nou% arrêter ni aux recherches des origines archéoloericnjes, épiirraphiques et ethnographiiîues, ni aux analogies Irappantes des noms propres de provinces, de villes, de rivières, asrtant ou se n^yprechant de la langue polonaise et se retrouvsal dans toute l'Europe i il nous suffi»atie dire que les astiquaina et Icb archéologues ^ropéens m sauraient arriver à la

HISTOIRE D£ POLUG>Ë

parfaite connaissance des origines et des analogies géographiques sans apprendre d'abord les idiomes slaves. Ils seront étonnés de trouver dans les inscriptions sanscrites, assyriennes, phéniden-

ncs, grecques, romaines, etc., les sons et les mots slavo-î)olonai8; et cependant il n'y a en cela rien d étranjîe, car les premières et par conséquent les plus profondes couches sont slavo-polonaises** •

Revenons sur le territoire spécialement polonais, et nous ver-*

ions que les Slavo-Polonais lundent à Test et au nord : Kiiow, Czerniéchow, Starodub, Polotsk, Smoiensk, Witebsk, Pskow, Novogrod la Grande ; à Touest, ils élèvent Krakovie, Wroçlaw (Breslau), Glogau, Kostrzyn, Szczycin (Stettin), Crdansk (Danzig)^ Krolewieç (Kœnisberg), et que. placés aux confins de ce vasie cercle, ils combattent cotn ci.mMi>ement les invasions des Varégo- Russes, de Mosko viles, des Talars et des Allemands. Et cette lutte des Polonais est séculaire, incessante, car ils combattent ])aur l'unité et l'indépendance de leur patrie ; ils ne sont jamais conquérants, ils n'aspirent jamais à ta possession des biens d'autrui, et cependant tous leurs voisins ne pensent qu'à s'approprier les lambeaux de la Pologne i Les jii ojets et raccomplissement des démembrements de ce pays sont aussi anciens que Texistence des Gopartageants. Dans cette lutte gigantesque l'aigle-blanc, le cavalier armé de Utvanie montant le cheval blanc, Tange de Kiiow, ces anliqu( s ( inhlèmes héraldiques de la nationalité poluiio-litvano-ruthénienne. ces couleurs blanches représentant le bien, la justice, la bienveillance, la liberté, luttent toujours contre les aigles noires, contre les monstres à deux fêtes de la Russie, de TAutricfae et de la Prusse, contre cette couleur noire représentant l'ange du mal, i injustice, la rapacité, lé despotisme I...

Ce qui prouve le mieux l'antiquité des Polonais ^t leur supériorité sur les autrips races slaves, c'est que chez eux seuls on trouve les traces lointaines d'une laninie cultivée, d'une civilisation avancée, de titres écrits liltérciu es et scientifiques, et de relations commerciales avec l'orient, le midi et roccident de l'Europe. Aussi l'évèqueDittmar, qui accompagna Tempereur OthonlU

RISTOIHE 1>R POLOGNE K

dans )e foyage que ce prince fit en Pologne en Tan 4000^ quoique ennemi acbarnë de la Pologne et de Bolealas-le-^iraBd, dit

cependant qu il a \u dans ce pays de telles richesses, qu'elles sont incroyables et inénarrables (inci edtbilia ac ineHabiiia).

Déjà, dès l'année 860 les premières notions du christianisme commencèrent à pénétrer en Pologne, Imais depuis Tannée 965, il devînt général. En 997, Boleslaft-le-^rand établit les moinee de Saint-Romuaid , en 1008, il confia aux bénédictins, à Sieciechow, àLysa-Gora. à Tynieç, ie soin de propager l'instruction publique. Depuis cette époque le clergé polonais, formé en majorité de n^ooles, fidèto aux véritables doctrines de l'Evangile, chercha à iéalÎ8er l'alliance féconde de la religion, de la liberté et de rëgalité. Dès le onzième siècle on formait des hibliothrcîues. En 4466. l'historien Mathieu Cliolewa, évèque de Krako\ ie, cite sans cesse les Digestes et les Institutions romaines, qu'on avait découverts trente aiis auparavant en Italie. On trouve aussi chez cet évéque des citations de Yalère, historien romain, qu'on ne connaît plus aujourd'hui ; quant aux autres classiques latins, ils étaient aussi familiers alors qu'auj ou rd hui. Aussi les écoles et les bibliothèques polonaises étaient au douzième siècle dans un état aussi florissant que celles des peuples de la race latine. Au treiaème siècle, la jeunesse polonaise fréquentait les universités de France et d'Italie et s'y fit reiiiar((iier par son application et jiar son inteliii^ence. Le clergé polonais, aussi sage qu'éclairé, resta étranger aux débats oiseux scolastiques si fréquents dans l'Occident; et seul dans la chrétienté entière sut préserver son esprit de la contagion universelle, et tourner toute son activité è propager les saines doctrines. Ce fut à cause de cela que les Polonais, fréquentant en foule les universités de l^adoue et de iJoioiine, y furent très-appréciés, y remplirent des fonctions académiques, «t devinrent mém recteurs sans être naturalisés. Souvent aussi ik furent appelés comme arbitres dans les débats des savants des lations ultramuntaines.

Après les historiens Gallus, Nestor, Cholewa, qui ont vécu entre A OÔO et 4 \ 67, surgit l'historien Vincent Kadlubpk (4 4 60-4 tU) ^ ayant terminé ses études à l'université de Paris, parvint tti 4S07 à révéché de Krakovie, et écrivit à cette époque l'histoire ancienne de Pologne et celle de son temps ; il les soumit à

HISTOIRE DE POLOOKE

la critique de l'historien et du philosophe. Après 1^, Martin Strzepski, connu sous le nom de Martiniis Pokums (1 24 Of 4:280), hi^onen de Pologne» mi la juremier écrivaiB ooniiu qui ait oooh posé un tniTaii iiaportant aur l'hiaUkire ttnivmelle. Ses maniUK crita forenl copiés et propagés, et lea premiera qui occupèrent les presses lors de rinveiTtion de rinipi imerie. La première édition parut à Turin en 4 477 ; sept éditions parurent à Strasbourg, entre lea aanéee 4 4i4 et ; lea «utrea réimpraiaioiiaiMutuwt à Pms^ ^ Puîa, à Lyôii, à Bàle, à Àiivera, à Yeniae, à GoUk fne, entre lea années 44S8 et 4646. Bayle, dans aoii Diction»* naire, a consacré un article à Strzepski soua le nom de Polonm.

£t peodmi qye Mmrim U PokmU a'ecGupait aiiiai dea aden^ cm hiatoiiqiiea, Braam aolek, latiniaë en VUMo (4240t4265)

enseignait à l'Europe les lois de 1 optique, qu'elle n'avait pas con* nues jusqu alors.

Sous le règne de Kasimir-le-Grand, l'année 1347 fut doublement mémorable ; d'un côté ce rot, en réuniaaant lea diSiérentea loiaaaden&ea et en les corrigeant, en fit un code compact, tottt en s'occupant de la fondation de l'université de Krakovie. Quoique la faiueuse Bulle d'or de l'empereur Ch<irUs IV n'ait été proclamée que neuf ans plus tard, en 4356, elle otlre cefu ndaiit une divergence bien étrange avec le Statut é$ Wisliça de 4;i47. Ce dernier sert de base aux conatitutiona futures de la Pologne plua développées. Ici, on voit l'assemblée législative composée de sages ëvèqiies, avant à leur tùte le irrand roi, et dont le langage sévère ne se souille jamais d'aucune absurdité. Ku Allemagne, au contraire, aee légialateura, i'Apooalypee à la main, rédigent la conatitution du saint-empire, et forment aapt électorata qui ne sont que les sept cliandeliei-s mystiques !

Quant à l'université de Krakovie, c'est la plus ancienne de toutes les écoles de ce genre dans le nord-est de i Europe ; car celle de Prague, en Bohême, ne fut fondée qu'en 4 360, celle de Vienne qu'en 4365, et celle de Léipzig qu'en 4409. En 4364 le pape Urbain V l'égala à toutes les autres universités de l'Europe. Cette uni\ ersité, créée sur le modèle de celle de Paris, accliinala sur les borda de la Wistule toutes les sciences connues aloi-s en France. Lea progrèa de l'université furent immenaea, et lea doo*

HISTOIRE DE POLOGNE

\nm flo Krakovie envoyt's, on au concile de Bâle, eurent la première place après ceux de Bolop^ne.

CesIfKMiiiBde pareils auspices que Krakovie devint an quiih* ïiè»ê iSède le centre de !a civilisation et en même temps de la }>ui>saTice politique (ios Slave?; c'est aui^i qn cn tout temps et en toule circonstance brillait toujours et se montrait supérieure, panni tontes les autres races slaves, notre Pologne, et cela se comprend) car elle y e^ la plus ancienne, la plus homogène et la plus civilisatrice. G'e^ encore en Pologne que fût fondée, en 1 474, la première imprimerie, peu d annëes apn^sson invention sur les bords du Rhin. De tous côtés la jeunesse étrangei e ai rivait à Krakovie pour y puiser des lumières ; toutes les sciences y étaient (kHrinanteB. Kopemilc, né en 4473, y fit ses études; c'est donc Moore m Pologne que surgit le premier révélateur du véritable système du monde. Koi)ernik précéda de quatre-vingt-onze ans Galilée, de quatre-vin^t-dix-huit ans Kef^lei , de cent vingt-trois m& Descartes, de cent soixante-dix ans >iewtOii, et de trois cent aoimte^eîxe ans Laplace I

C'est Bncore dans cette même université de Krakovie q«e Grégoire Sanogki, né en 1402, d'abord professeur de philosophie, ensuite archevêque do Léopol, et mort en 4479, qui appelait hautement la dialectique scolastique : des rêves de veillants (9i§ikmiimm aomnta) ; qui disait de rastrologie : « Que ceux qui 1 veuieni prévoir l'avenir non-«eulement se trompent wk- » mêmes, mais tourmentent encore ceux qui en\ ient le bonheur « proiiiis uu qui ont peur du malheur prévu. » C'est encore lui qui épura la langue latine, que les nouveaux grammairiens étrangers ont souillée, et qui l'enseigna en Pologne dans toute sa pureté romaine; aussi, lorsqu'il expliquait dans sa chaire les Bucoliques de Viri:ile, laniiieiu^e des auditeurs était iiiiinense.

Et tout cela ^e passait en Pologne au moyen âge ! Il n'est doncpas étonnant qu'à l'époque de la renaissance la Pologne brillât d^un éclat si vif, et que le commencement du seizième siècle ait été râge d'or de la littérature polonaise, de la tolérance religieuse at de la civilisation la plus avancée.

En 15?0, la sainte inquisition, à la suites de rinfluence étrangère, se glissa pour un instant sur cette terre de liberté ; mais elle ne compta que dix sacrifices, et fut bientôt supprimée par •

« UlSTOiaE DK POLOGNE

les ëvéques polonais eux-mêmes. Aussi des milliers d*élriuigers

pei'sëcutés pour leurs doctrines y trouvèrent un asile sur : l'Angleterre, la Suède, l'Allemagne, l italie, l Espagne cuiaplaient dos émigrés aux bords de TOder, de la Wistule, du Niémea, du Dnieper. Pendant ce temps-là la religion catholique romaine dominait toujours, et la tolérance polonaise lui acquérait un triomplie durable ; chaque jour davantage la nationalité s'incarnait dans ce culte, ce qui e\pli<]ne pourquoi jusipie de nos jours, la réforme et le schisme s acharnent à frapper la Pologne iidèle a ses traditions séculaires !...

Il était rare aux quinzième et seizième siècles de rencontrer un Polonais qui ne parlât trois ou quatre langues, pendant que le latin était général. C'est pour cela qu'Ërasme de Rotterdam dit des Polonais, dans sa lettre à Séverin Bonar : « C'est dans ce pays que la plûlosophie possède d'excellents disciples, c'est li qu'elle forme ces citoyens polonais qui osent être savants. »

Le célèbre Muret (44>i6f 458i>), comparant les nations alors réputées les plus polies et les plus savantes, les Italiens et les

Polonais, se demande : « Quelle est, entre ces deux nations, celle qui mérite qu'on la loue davantage sous le rapport des M'iences et des arts ? Sont-ce les italiens, dont la centième partie à peine étudie le grec et le latin, et montre quelque goût pour les sciences; ou les Polonais, dont un grand nombre connaissent parfaitement les deux langues, et qui paraissent animés d'une telle ardeur pour les sciences, qu'ils y consacrent leur vie entière ? »

Juste Lipse (4547f 4606), en écrivant à l'un de ses amis résidant en Pologne, dit entre autres : « Je ne devrais point m étonner de votre science. Vous vivez au milieu de ces hommes qui ont été réputés barbares, et aujourd'hui c'est nous qui sommes barbares à côté d'eux. C'est la Pologne qui ouvrit ses bras hospitaliers à la Grèce et au Latium, méconnus, et aux Muses, qui avaient été si méprisées. »

Lorsqu'on 4560 Buoncompagni, évéque de Camerie, vint en Pologne comme nonce du pape, et lorsqu'il visita le cabinet de curiosités du roi Sîgismond-Auguste, rempli de médailles, monnaies antiques et modernes, camées, bijoux, il en fut tellement

HISTOIRE DU l»OI.04i\K H

Anerveil)^, qu'il ^Céerm « cfu'il ii*a rien \u de pareil ni à Rom,

ni à Florence, ni à Venise ! »

La première diète d'élection de 1572 où la noblesse, représentant toute la république, se trouva réunie, on ne vit pas là cette turbulence, ces coups de sabre du dix-septième siècle lorsque les intrigues des cours voisines y fomentaient des divisions, asfMrant sans cesse aux démembrements de la Pologne. L'esprit de la iiberté sage y régnait, les citoyens étaient fiers de la grandeur de leur pays et dignes de la représenter. Le cardinal Gommen- 4k>ni (4ëâ4f45é4), nonce du pape à Warsovie, atteste « qu'il n'a jamais vu rien de si beau, et qu'au milieu de quelque cent .mille Lornmes armés, pas une rixe, i ri- un accident n'eut lieu; que tout se passa dans Tordre et Tharmonie la plus parfaite. »

L'historien de France, le président de Thou (4553tl647), en ptriant de la Pologne, l'appelle « pays fertile, plein de villes, de châteaux , rempli d'une noblesse couraiieuse qui joint ordinmrcBttent l'amour des lettres à l'exercice des armes. » Et plus bas, il parle de sa surprise à la vue des gentilshommes polonais qui Tiarent à Paris, en 4573, offrir la couronne élective à Henri de Takns. « On ne peut exprimer l'étonnement de tout le peuple lirançais quand il vit ces ambassadeurs avec des robes longues, des bonnets de fourrure, des sabres, des flèches et des carquois ; Biais 1 admiration fut extrême lorsqu on vit la somptuosité de leufs équipages, les fourreaux de leurs sabres garnis de pierreries, les brides, les selles, les housses de leurs chevaux enrichies de même, et un air d'assurance et de dignité qui les distinguait particulièrement... Ce qu'on remarqua le plus, cv fut leur facilité de s énoncer en latin, en français et en italien ; ces trois langues leur étaient aussi familières que la langue même de leur pays. Il ne se trouva à la cour que deux hommes de condition qui pussent leur répondre en latin, le baron de Milhau et le marquis de Castelnau-Maurissière ; ils avaieiil été mandés exprès pour soutenir en ce point l'honneur delà noblesse française, qui rougit alors de son ignorance. Pour ce temps-là, c'était beaueoop que d'en rougir... Les Polonais pariaient notre langue avec tant de pureté, qu'on les eût plutôt pris pour des hommes élevés sur les bords de la Seine et de la Loire (jue pour dos liabitants des

contrées qu'arrose la Wistule ou le Dniéper, ce qui ût grande

HISTOIRE DE POLOGNE

lionlo à nus mirtisaiis, qui iw savoni rien et (fui sont ennemis déclarës de ce qu'on appelle science ; aussi quand les nouveaux hôtes les interrogeaient, ils ne répondaient que par des signes ou en rougissant... »

Mallioureiisemeiil tanl gloire, Uni de supériorité en tous genres attirèrent sur la Poioi^ ne l'envie et lajalousie, et enfin ies convoitises des puissances étrangères voisines. Jusqu en 46aî| les Polonais combattirent glorieusement et efficacement diffiéreo^ tes invasions, les unes après les autres ; mais dans cette fatal» année 4 652, le liber am veto^ regardé comiut^ la prunelh de ht liberté d or polonaise y fut implanté, par les intrifîues M()>kovites et avec lui l'anarchie; alors les luttes de 1 aristocratie amenènrat rintervention extérieure, au point que dès l'année 4654 tous ses ennemis voisins i la fois envahirent la Pologne : au nord^ les Suédois ; au nord-est, les iMoskovites, les Talars, les Kosaks ; au midi, los Turks, les Transylvains, les Hongrois; à 1 ouest, les Allemands. Alors TédiliGe politique fut ébranlé dans ses ïm^ les monuments des lettres et des arts, les bibliothèques, les «i^ chives et les écoles, les églises et les châteaux, les arsenaux iit les forts, tout fut allaqué, brûlé, miné ou emporté comme butin par et chez les envahisseurs. Le courage des hoMats et le génie de plusieurs génërau^L, et surtout du célèbre £tienne Czarnieçki, parvinrent à sauver une partie de la Pologne; mais depuis les démembrements de ses territoires ramoindrireat sans oeaseï et la décadence ne s'arrêta plus.

Cependant, au milieu de malheurs continuels, au milieu do répuisement moral et intellectuel, 1^ Polonais repoussèrent tou^ jours avec horreur la barbahe asiatique de la Moskovie, tes lumières trompeuses du Brandebourg, et la prétendue légitimité de l'Autriche 1 Et c'est lorsque ce })ays, qui par unpriviléi^e ])articulier, avait devancé le, travail des siècles, eut succombé sous tant et de si £Eitales influences, que les historiens et les publicia^ tes étrangers, prenant les faits pour les idées, donnèrent à la Pologne le nom de betrhare ! Comme si le sommeil était hi mort!

En effet, dans le courant du dix-lniitièine siècle, pendant que la Russie, la Prusse et rAutriche s'unissaient pour semer la di»^ corde et l'anarchie en Pologne, et la travaillaient infernalement afin de la subjuguer plus facilement, les Polonais cherchaimt

IIISTOIRK UK POLOGNE

It

sérieusement à introduire chez eux des réformes salutâirer*. Mais les trois puissances voisines, devinant que ies menaces et la cor^ niptton ne pourraient empêcher les 1H>1onai8 d'opërer leur réfté-

nération, lancèrent alors leurs soldat (^sqncs. et la Poloj^ne |)olitiquo disparut au milieu du carnage, du sang, et du vaste système de (lônationalisation.

Mais malgré tous ces* malheurs, l'espoir des Polonais ne s'est poÎQt découragé ; malgré toutes les difficultés, ils n'ont jamais cessé de cultiver leur littérature, les sciouco^ et les arts, et jamais le coiiéi^e des savants et artistes polonais en tout genre Il a été plus nombreux et plus brillant que dans ces cent dernières aanéesl

Une fois de plus îious senons otirir à la France, qui depuis quarante ans a toujours si sympathiquement encouragé nos pubHeatioiks, une nouvelle édition de cet ouvrage qui retrace les amiales de la Pt)logne heureuse ou oppHmée. Quand oti s^adresse

au *rrand peuple français, on vient toïijou rs h jiropos en paHant le gloire et de luttes généreuses. L utiion* entre les deux nations ttt indépendante des traités et des circonstances politiques. Ce ii*68l pas seulement à la Gn du dix-huitième siècle que les Polo- Btis f^temisèrent avec la Fram», ce n'est pas non plus en 4830, lors([uïls brisèrent la nouvelle coalition liherticide formée contre la France de juillet, ce sont des siècles qui ont cimenté 1 union ninte et sacrée des deux peuples amis.

Pendant son existence historique de treize siècles, après avoir passë par toutes les splendeurs de ce monde, dans son intérieur, la erande mission de la Pologne a toujours été de préserver l'Occident el le Midi de l'Europe contre les invasions de la barbarie du Nord et de TOrient. £n eff^t, trois peuplades orientales rapa* m €l envahissantes cherchèrent toujours à pénétrer dans l'Europe occidentale pour y établir leurs douu nattons et leurs croyances, et toujours la Pologne civilisatrice et religieuse présenta sa mâle et noble poitrine pour sauver la civilisation et la cMtientél

D'abord ce ftarent les hordes tatares païennes, qui. s'étant brilles dans cent invasions en Pologne, et ne pouvaul atteindre

IIISTOIEE DE POLOG.NK

leur but, s unirent à 1 orient aux Ottomans, et au nord aux Moskovites, pour rrromniencer lour> avions désastreuses.

Depuis, la Poiogae, et avec elle la Litvaiue et la Rulbenie, durent luttor contre les deux envabiaseurs à la fois, contre ia Moakovie et contre la Turquie. Après quatre siècles de lutta contre la Turquie, celh^-ri se brisa (levant la Pologne de Sobieski, et depuis lors ia lurquie cessa à jauiais d être redoutable à l'Europe.

Enfin, dans la lutte plus longue et plus terrible contre la barbarie tataro-moskdvite, les Polono-Lîtvano-Rutheniens furent tou-

jours viclorieux; ils auraient suffi seuls à leur grande mission SI les deux autres puissances allemandes. l'Aulriclie et la Prusse, ne fie lussent unies aux Musko\ ites contre l inlorlunëe Pologne pour tomber sur elle par derrière, Taccabler d'abord et la calomnier ensuite. Ces trois puissances s efforcèrent de prouver à r£urope que la l*olo*;ne était mutile, qu elle ne pouvait et qu'elle ne devait pas exister. El il s'est tiouvé en Europe <les États, des Cabinets, des sénateurs et des [mblicistes qui ont répété cetia iniquité pour justifier l'abandon de la Pologne I

Depuis cette époque, si la Pologne et sa cause rencontrèrent des détracteurs intéressés, soudoyés, il ne leur manqua pas non plus de défenseurs j^énéreux. Si rious étions restreint dans le cadre qui nous est tracé, nous pourrions citer plus d'un de ces défenseurs ; et parmi lesquels se distinguent La&yette, h Gamier Pagès, y. Hugo, Charles de Montalembert, L. B. Bonjean,. R. P. Ségur d'Aguesseau, Jérôme David et plusieurs autres, mais nous nous contentons de rapporter quehpies passages d'un discours prononcé du haut de la tribune frangaise on 4S46, parce que ce passage s'adapte ici parfaitement à notre si^et, qu*U sera éternellement vrai, et quil expi imeles sentiments de la France entière. Voici les |)aroles prononcées par \ ictor Hugo, pair de France :

«... Toutes les tois qu il s'agit devant cette noble assemblée de débattre la question polonaise, cette question cesse d'être ordinaire, car elle dépasse la portée des questions politiques ; elle réunit dans une commune et universelle adhésion les dissidences les plus déclarées, les opinions les plus contraires, car dans la question polonaise cesC ia civilisation même qui est compromise...

niSTOilE DR POLOGNE

» Deux nations entre toutes, depuis rfiiatre .-»ecies, oui joué ia (civilisatioa européenne un rôle désinlëressé : ces deux natioDs soot la France et la Pologne, ia France diaaipait les ténèbres, la Pologne repoussait la barbarie; la France répandait

les idées, la Poloi;ne cou\ rail la frontière. Le peuple Irani^-ais a été le missionnaire de la ci\ ilùiatiun eu liuiope, le peuple polonais en a été le chevalier.

> Si le peuple *p(donaiB n'avait pas accompli son œuvre, le l^euple français n'aurait pu aooomplir la sienne. A un certain jour, a une certaine heure, devant une invasion fo? nudal'le de la liarljane, ia i'oiogue a eu Sobiesiki, couune la Grèce avait eu Léonidas.

1» Ce sont là des faits qui ne peuvent s'eflbcer de la mémoire des nations. Quand un peuple a travaillé )>our les autres peuples, il est comme un homme cpii a travadie pour les autres hommes : la reconnaissance de tous l'entoure, la sympathie de Unis lui est acquise; il est glorifié dans sa puissance, il est respecté dans son malheur; et si, par la dureté des temps, ce peuple, qui n'a jamais eu Tégorsme pour loi, qui n*a jamais consulté que sa gënërosité, (pu^ les nobles et puissants instincts qui le portaient à détendre la civilisation, si ce peuple devient un petit peuple, il reste une grande nation.

» C'est là, messieurs, la destinée de la Pologne. Mais la Poloime, messieurs les pairs, est grande encore parmi vous; elle est -lande dans les symj)athies de la France, elle est gratide dans les respects de TËurope ! Pourtpioi ? C'est qu'elle a servi la communauté européenne, c'est qu'à certains jours elle a rendu à toute l'Europe de ces services qui ne s'oublient pas.

> Aussi lorsque, il y a quatre-vingts ans, cette nation a été rayée du nombre des nations, un sentiment douloureux, un sealiment de profond regret s'est manifesté dans l'Europe entière. £n 477ât, la Pologne est démembrée ; quatre-vingts ans ont passé, et personne ne pourrait dire que ce fait soit accompli. Au bout de quatre-vingts ans ce grave fait de la radiation d'un peuple, non, ce n'est point un fait accompli ! Avoir démembré la Pologne, c'était le remords de Frédéric II; n'avoir pas relevé la Pologne, c'était le regret de JSapoléon. Je le répète, lorsqu'une Dation a rendu au groupe des autres nations de ces services

IIISTOIRI: IIK FOLOGNK

(^datants, elle ne |)out plus disparaître; elle vit. elle vit à jamais i Oppriinéo ou heureuse, elle rencontre la sympathie, elle la trouve toutes les foig qu'elle se lève.

»... L'unité des peuples s*incame de deux fàçonB dans les dynasties et dans les nationalités. G*est de cette manière, sous cette double forme, qm saccomplil ce diflicile labeur delà ci\ ilisation, œuvre commune de I liumamlé; c'est de cette nianièro que se produisent les rois illustres et les peuples puissants. G'es^t en se faisant nationalité ou dynastie que le pasaé d'un empire devient f^nd et peut produire Tayenir. Aussi c'est une chose fatale quand les peuples brisent des dynasties, c'est une chose plus £ataie encore quand les princes brisent des nationalités.

» Messieurs, la nationalité polonaise était illustre; elle eût dû être respectée. Que la Franoe en avertisse les prinœs, qu'elle mette un terme et qu'elle fiisee obstacle aux barbaries. Quand la France parle, le monde écoute ; quand la 1 1 ance conseille, il se fait un travail mystérieux dans les esprits, et les idées de droit et de liberté, d'humanité et de raison, germent chet tous le» peuplas.

» Dans tous les t<»,mps, à toutes les époques, la France^ a jouë dans la civiiisaliou ce rôle considérable, et ceci n'est que du pouvoir spirituel ; c'est le pouvoir qu'eiKerçait Rome au moyeu âge. Rome était alora Un État de quatrième rang, mais une puissance de premier ordre. Pourquoi ? C'est que Rome s'appuv^it sur la reliirion des peuples, sur une chose d où toutes les civilisations découlent.

» Voilà, messieurs, ce qui a fait Home catholique puissante, à une époque oii TEurope était barbare.

» Aujourd'hui la France a hérité d'une partie de cette puissance spirituelle de Rome; la France a, dans les choses de la civilisation, Fautonté que Rome avait et a encore dans les choses de la religion.

B Ne vous étonnes pas, measieurs, de m'entendre mêler ces mots: civilisation et religion; la civililation, c'est la religioQ

appliquée.

)) La France a été et est encore plus que jamais la nation qui préside au développement des autres peuples.

» Les princes qui possèdent des peuplas ne les possèdent pas

HISTOIRE nE POLOUNE

comme nuiîrres, mais comme [H^res ; le seul maître, le vrai mol* tre, est ailleurs; la gouverainetë n'mi pas dans les dynasties, Hie a'est pas dans les princes, elle n*est pas dans les { m u pies non

plw. elfe est plus haut: la *iou\(Maineté est dans loulos les idées lionlroi'l (lo ni>iice, la ^iouveiaiiielë est (iaiis la vt*r iié.

» Quand un peuple est opprimée, la justice soullre, la vérité, k flOQveraiiietë du droit est ofifensée ; quand un prince est injus^ tament ontraî^é ou précipité du trône, la justice soiiflfire également la civilisation souffre également. Il v a une éternelle solidarité entre les idées de jiisUci» qui font le druil des j)euples el les idées de justice qui iont le droit des princes. Dites-le aujourd'hui aax tètes eouronnëes comme vous le diriez aux peuples dans l'oooasioii. Que les hommes <}ui s:ouvement les autres hommee Issachent, le |)0u\ oir moral de la Krance i >i immense. Autrefois,

luaUkliction de Home j)Ouvait placer un empire en dehors du monde religieux; aujourd hiii l'indignation de la France j^eut jster les oppnaasaors de la Pologne en dehors du monde civilisé.

» n fout donc que la nation fhuiçatse élève toujours en (hveur <l6 la nation polonaise une \oi\ désintéressée et indépendante; ^fu'clle proclame, en toute occasion, les éternelles i(l(»es d urrlre et (le justice, et que ce soit au nom des idées et de stabilité et de civilisation qu'elle défende la cause de la Pologne opprimée. Après toutes nos discordes et toutes nos guerres, les deux nations, cette ï'rance qui a irmiuli etmiVri la civilisation de IMurope, cette Pologne qui l'a défendue, ont subi des destinées diverses ; i une a été unoindrie, mais elle est restée ûère. Ces deux nations doivent avoir Vvm pour l'autre cette sympathie profonde de deux soeurs qui ont lutté ensemble. Toutes deux, je l'ai dit, je le répète, ont beaucoup lait puur l'Europe; l'une s'est prodiguée, l'autre s'est dévouée... »

lY

C'est un fait connu, a\ éré, parce que c'est un fait accompli, que 'ii'pui-el à cause de la chute de la Poloîîne, riùirope est dans (leà révolutions et dans des guerres iatenninables. Nulle part rian n'est aasia solidemeati parce que durant 49etle longue et

désastreuse période, les Cabinets occidentaux n'ont pas voulii s'occuper sérieusement de la question polonaise. ^ Si avec la chute de la Pologne se terminaient son présent et son avenir; si les Polonais avaient acoeptë le système et le but de leurs envahisseurs-partageurs, s'ils avaient cessé de protester par leur parole, par leur plume, par leurs armes et par leurs mailyrs contre ranéantisspmenl politique, intellectuel et religieux de leur patrie, on pourrait peut-être dire que tout est fini, et que la Pok^ne n'est plus ni possible ni utile. 4fois l'univers entier est témoin de faits tout contraires 1 L'univers sait et voit constamment que les Polonais n'ont jamais transigé avec leurs oppresseurs; qu'ils saisissent toutes les occasions possibles pour protester par les armes, par la plume ou par la parole contre les violateurs de leur antique et glorieuse nationalité, de œtte nationalité polonaise qui défie toutes les entreprises, décourage toutes les oppressions, survit à tous les cataclysmes; ils prouvent enfin^ avec la dernière évidence, que sans l'existence libre et indépendante de la Pologne la civilisation et la paix de l'Europe est un proWme indissoluble I

En eflét, aifk deux extrémités de l'Europe libérale et dvilisa- ' triée, la grande date de 89 marque une ère nouvelle, et nous voyons les assemblées nationales respectives accomplissant des réformes intérieures qui amènent^ en Pologne, la constitution du 3 mai 4794, et en France celle du 3 septembre de la même jnnée et sanctionnée par le roi le U. Gomme l'attestent les dates, la Pologne a devancé la France, non-seulement en fait de constitutions, mais encore par les débats préliminaires : car la diète constituante polonaise s'ouvrit le 7 octobre 4788, tandis que les états-généraux français ne s'ouvrirent que le & mai 4 789.

C'est encore dans la même année. 479S que la Pologne et la France combattent les armes à la main contre leurs communs envahisseurs, pour défendre les travaux et les résultats de leurs assemblées législatives. Si, dans une lutte inégale, la Pologne succombe en 479S et en 4794, et si la France triomphe, c'est encore la Pologne qui se sacrifie et qui sauve la France 1 En effet, la Russie, la Prusse et l'Autriche occupées à combattre la Pologne et à s'en arracher les lambeaux, alfail)lis>aient leurs forces sur le Rhin et au delà des Alpes et permettaient ainsi au

HISTOIRE DE POLOGNE

^énie des t;ënéraux français et à I adiuirable vaillance dos enfants de la France, d acccomplir des miracles. Mais ces mômes miracles ne s'accomplissaienUils pas avec la coopération directe, fidèle et patriotique des légions polonaises fraternisant partout cLtoujours avec les légions françaises?...

En ert'et, lorsqu'on 1795 la Pologne politique disparut de la carte de l Europe; lorsque sur les débris fumants et sanglants de ^la Pologne , les trois puissances copartageantes formèrent des coalitions libertiddes contre la France républicaine, consulaire et impériale, lorsque avec les trésors de la Pologne et avec des recrues polonaises ces puissances levèrent et augmenteit-nt leurs contingents; ne \it-on pas les Polonais, en toute occasion, et au moindre contact avec les Français, quitter les rangs de leurs oppresseurs, passer dans ceux de leurs frères les Français et les aider à \aincre leurs conuuuns ennemis?

Et ces Polonais ne sont |)oin( des deserteui-s; ils passent fièrement et au grand jour, car ce sont les représentants de leur jNitrie subjuguée; ces Polonais sont des frères, des alliés et des soldats qui, sous le drapeau tricolore, combattent pour les prin* cipes de la liberté et de Tindépendance des nations. Us n ont jamais été. ne peuvent et no doisent (Mre reirardés comme troupes mercenaires et étrangères au aervke de France^ mais comme des alités; 6'est en cela que consiste ce dénouement et oette fidélité à toute épreuve des Polonais pour les Français. Li)rsi|ue tant do nations, tant de troupes mercenaires au service (le la France trahissaient ou abandonnaient la France el Napoléon, les Polonais seuls emportèrent leurs drapeaux et leurs aigles blancs purs de toute souillure, de tout reproche 1...

En 4 830, les Polonais sauvèrent encore la liberté, Tindépen- (Idiico et la civilisation de rOccident, en brisant la nou\elle coalition liberticide qui s'était déjà formée à Pétersbourg, à Berlin et à Vienne pour rétablir, à Paris et à Bruxelles, les fatals Uaités de 4845 dans leur intégrité primitive.

Depuis 4848 jusqu'à ce jour, les Polonais ont prouvé qu'ils sont prêts à se dévouer toujours et partout, et pour leur patrie, et pour la liberté, et pour la civilisation de TEurope. Eux, ils remplissent toujours leur devoir, leur mission... C'est à r£urope maintenant à voir, à juger, à agir I... , .

Ouï, TEiirope peut compter sur les Polonai»^ ; les paroles (éloquentes (lu comte Charles de Montalembert, pair de France, nous l'attestent :

« La Pologne occupe depuis longtemps le premier rang parmi les peuples victimes. Elle a toujours souflért, et toujours elle a

persiste^ à souffrir. Toujours envahie, dévastée, trahie, elle n'en a pas moins toujours jeté le îrniil aux oppresseur», et marché la poitrine à jour contre eux. La résignation à cette haute mais dure mission est empreinte dans son histoire, dans ses traditions, dans ses mœurs, dans toute son existence nationale, depuis le tttu( haut sacrifice d'Hedwi^re jusqu'aux dévouements hërorques de Sobieski pour l'iniçrale Autriche et des légions pour la France. Le sacrifice a été sa vie, son métier, et pour ainsi dire son industrie; c'est de ce pain-là qu'elle s'est nourrie, et rien n'annonce qu'elle en soit rassasiée. Ses anciens preux ne bâtissaient pas de chAteaux iadestructibles ( iiime les nôtres; ils n'habitaient que (les maisons de bois, afin de les abandonner et de les laisser brûler sans regret quand le service de la patrie les en éloignait. Ses ambassadeurs se ruinaient de fond en comble à l'étranger, ne voulant ni appauvrir le trésor public ni laisser éclipser par personne l'éclat du nom polonais. Ses budircts étaient votés par enthousiasme, et ses impôts se nommaient secours é^amour (subsidium charitativum).

» Toutes ses antiques richesses, toute sa force primitive, elle les possède encore; ses enfiints exilés comme ses esclaves ont hérité d'un double trésor: l'esprit de sacrifice et l'esprit de foi. Avec un pareil hëi itage, que ne peut-on espérer, que ne peuton reconquérir ?

» N'esta pas la foi qui donne et ledonne la vie? n'estce pas le sacrifice qui l'entretient? Par cette toi im^ranlable en leur cause, ils déjoueront toutes les intrigues de leurs adversaires secrets, comiiu^ Is ont bravé tous les forfaits de leurs tyrans avoués. Par cette héroïque manie de tout sacrifier pour elle, ils lui assurent une durée éternelle, une inépuisable fiBConditë. Le double caractère que nous leur reconnaissons n'est point une illusion.

» Doutez-vous de leur dévouement ? Mais cherchez donc parmi .ces réfugiés qui ont tout perdu pour la patrie, biens, foyers, di-

HISTOIRE DE POLOGNE

iniîtéSy santé, femmes^ enfants, tout ce que Tbomme a le droit et le besoin de défendre et d'aimer; cherchez-en un seul qui ne

soit |)P(''t à rocoiniiif n( (T (hMiiain. et cola «;ans hc^sitation, sans p«'ine, sans surprise mèinc. Ces homiiies-Ià ne s'dtonnonl que d une chose, c'est que nous soyons, nous, étonnés de leur dé- Tooement 1

> Doutez-vous de leur foi ? Mats voici cinquante années qu'ils

viennent parmi nous nous montrer leurs blessures et les tioncons dp lf»urs chaînes. Vous ont-ils jamais montré la moindre apparence de découragement t OnWils jamais cessé de croire à l'affrancMssement de leur pays, au châtiment de leurs opi>resseurs, à la tardive mais sûre justice d'en haut ?

» Lorsque laissant loin derrière eux la patrie, et unis à nos arm^s républicaines, ils les aitlaient à chasser les Autrichiens de l'Italie, leur poitrine gonflée laissait échapper ce chant célèbre : Non ! ia Pologne n'a point péri puisque nous vivons encore ! Ceux qui le chantèrent les premiers sont morts, morts pour nous sur les plaines de la Lombardie. dans les montai^nes de la Calabre, au pied des Pyramides, aux champs fie Hohenlinden ou sur les plages de Saint-Domingue : mais le chant, et 1 ame qui le dicta, et la foi qui Tinspira, ont survécu, et leurs enfants le répètent chaque jour; et un* jour viendra, s'il plaît au ciel, où ils le répéteront encore une fois sur les bonis de la Wistulc afranchis.

» Le triomphe de la Pologne sera le triomphe de la liberté et de ia justice : or, la justice et la liberté sont les Ûlles aînées de DiettI »

Si les divers gouvernements de Louis X!V, Louis XV, Louis Xyi, la république de 4792, l'empire, la restauration, Uxiis-Milippe ^»• et la république de 4848, qui durent forcément et logiquement sOccujjcr (h» la question polonaise comme (l'une question vitale pour la politique française, n'ont pas réalisé les Intimes espérances des Polonais, il n'en est pas moins certain qu'en tout temps et en toute circonstance l'importance de cette question fut comprise par les hommes éminents. On

ÈO

connaît des voix [luissanles qui s'élevèrent en sa faveur, comme on connaît au^si les regrets, malheureusement tardifs, de ceua^ qui pouvaient et (levaient relever la Pologne et qui ne l'ont pas voulu.

Entre tant de témoignages que nous pourrions dter ici avec

'profusion, il ikuis sutlira de iaj)|)orter deux exemples pris dans l'histoire même de la France, à des époques bien éloignées 1 une de Fautre, mais toujours identiques et toujours applicables lorsqu'il 8*agit de la Pologne. £n 4666^ lorsqu'il fut question de rétablir les affaires de la Pologne, en l'aidant efficacement dans lintérét même de la France, voici ce que le grand Golberl disait à Louis XIV :

» Je déclare à Votre Majesté qu'un repas inutile de trois mille livres me fidt une peine incroyable, et lorsqu'il est question de

millions d'or pour la Pologne, je vendrais tout mon bien, j'engagerais celui de ma femme et de mes enfants, et j'irais à pied toute ma vie pour y fournir, s'il était nécessaire. »

A cent cinquante ans de distance, voici quelques extraits des dictées ou des improvisations de Napoléon I«r, prononcées en 48^6 à l'île de Sainte-Hélène; paroles de regrets tardifs, mais qui sont des prophéties étoïinanles, et qui se vériiient scus nos yeux d'une manière si extraordinaire et si coûteuse pour la Tur^ quie, pour l'Angleterre et pour la France.

« Après Austerlitz, j al laissé la liberté à l'Autriclie, et à Alexandre que je pouvais faire mou piisuaniei .

» Après lëna, j ai laissé le trône à la maison de Prusse, que j'en avais abattue... Ck>mme caractère privé le roi de Prusse est bon et honnête liomme, mais avec lui on est le maître tant qu'on a la force et que la main est levée... Mon plus grand tort a été, peut-être, de n'avoir pas détrôné ce roi lorsque je pouvais si aisément le faire. Après Friedland, J'aurais dû retirer la Silésie à la Prusse, et abandonner c^ provinces à la âaxe...

» Après Wagram, j'ai négligé de morceler la monarchie autrichienne, et je fis une grande faute, celle de ne pas l'abattre da- \ vantage; c'est elle qui nous a perdus. Par mon mariage, l'Autriche est devenue bourgeoisement ma famille, et cependant c'est ce mariage qui m'a perdu... J'ai posé le pied sur un abîme recouvert de fleurs.

UISTOIRK DE POLOGNE

» La gume de était celle de bon sens et de vrais Inié- ^'Iftts, celle An repos et de la sécurité de tous. Son succès allait consacrer une balance des combinaisons nouvelles qui eussent

fait disparaître les périls du tomps pour les rtMuplacer |>ar un avenir tranquille... Cette guerre allait décider sans retour la question qui se débattait depuis vingt ans, puisqu'elle devait être la dernière; car aunllelà de la Russie le monde finit. Nos ennemis n'évaîent plus qu'un moment, c'est pourquoi Ils tentèrent leur fiornipr effort... La cour d'Autriche conimnK a à Dresde par déranger mes plans sur la Pologne, en refusant de rendre ce qu'elle avait pris. J'ai cru être tenu à des égards pour elle, et cette seule iàiblesse a perdu mes affaires ; car du moment que j'avais cédé sur ce point, il me fut Impossible d*aborder franche* ment la question de 1 indépendance polonaise. Je fus obligé de maintenir le morcellement de ce pays, sur lequel repose cependant la sécurité de l'Europe. J'ai donné, par ma âûbiesse, du mécontentement et surtout de la méfiance aux Polonais, car Ils nrent que je les sacrifiais à mes convenances. J'ai senti ma faute et j'en eus honte ; je ne voulus pas aller à Warsovie, je n'y avais plus rien à faire pour le niomeat. Je n avais plus d autre parti à prendre que celui de confier aux victoires à venir le sort de cette nation... Depuis le Niémen jusqu'à Smolensk (c'est* à-<iire sur le territoire de l'ancienne Pologne) je manœuvrais >ur un pays aussi bien disposé que la France même ; les populations, les autorités étaient pour moi : je pouvais y lever des hommes, des chevaux, des vivres... Les Polonais m'étaient trèsattacbés... La nation polonaise est brave et foit de bons soldats ; ils valent mieux que les Français pour résister au froid des pays du Nord. Les Polonais seuls, pendant notre désastreuse retraite, sauvèrent beaucoup de leurs chevau.\ et letu* artillerie, mais les Français et les soldats<les autres nations n'étaient plus les mânes hommes.

1) L ambition n'entrait pour rien dans mes vues lors de cette expédition de Moskou... Croirait-on que ce dût (Mre là où j chouerais et trouverais ma perte ? Jamais je n'avais mieux fait, jamais je ne méritais davantage; mais, comme si l'opiniOD avait aussi ses épidémies, voilà qu'en un instant II n'y eut plus qu'un cri, qu'un sentiment contre moi : on me proclama le tyran des

UlSTOlEfi DE POLOGNE

rois, moi qui avais retrempé leur exist^ce ; je ne fus plus que le destructeur du droit des peuples, moi qui avait tout fait, et qui allais tout entreprendre pour eux. Et les peuples et les rois, ces enruMiiis in cxuaciliaLles, se sont alliés, ont conspiré de concert contre moi !...

» La Russie est une véritable hydre à plusieurs têtes, elle est rADtée de la fable antique... Ceux qui ont consenti à la réunion de [la Pologne à la Russie encourront le blâme de la postérité, quand lo sud de rEuioj/e sera la proie des Barbares du Nord... Un jour, toutes les nations de l'iiui'ope reconnaitront que j ai adopté la plus saine politique en cherchant à rétablir la Pologne ; c'était le seul mo) en eflicace d'arrêter les progrès de la puissance russe ; c'était mettre une barrière, une digue à ce lui iiiiiiaijli (Mii|)iro, jqui proliablement va bientôt ensahir l'Europe. Je ue pense pas vivre assez pour en être témoin; mais les plujs jeunes que moi le verront peut-être... Je vois dans l'avenir plus loin que les autres; aussi je voulais opposer une barrière à ces barbares en rétablissant la Pologne, et en faisant Poniatowski roi de Polojine... 11 en réunissait tous les titres, il en avait tous les talents,.. C'était un homme d un noble caractère, rempU d'honneur et de bravoure. Je me proposais de le faire roi de Pologne, si j'avais réussi en Russie...

» Ces canailles de Russes ont tout ce qu'il faut pour la conquête : ils sont braves, actifs, patients. j»au\ res, et ne deMiiiudmî pas mieux que de s enrichir... Je pense qu'ils envahiront et prendront l'Inde, ou ils entreront en £urope avec quatre cent mille Kosaks et autres habitants des .déserts, et deux cent mille véritables Moskovites... 11 est naturel à l'homme d'améhorer sa condiùuii, et ces sauvages, en comparant leur désert avec les belles provinces qu'ils ont laissées, auront toM^ours le désir d'acquérir ces dorures, sachant bien qu'aucune nation n'usera de représailles et n'essayera à leur enlever leurs déserts...

)) Mon o(»inion est (}ue la Russie cherchera à exécuter l'un ou l'autre dos ueu\ jH ojets dont je viens de })arler, et je pense cependant que ce sera probablement plutôt le deinier... L'Europe, et l'Angleterre en particulier, auraient dù s'opposer à la réunion de la Pologne et de la Russie... Si j'avais réussi dans mon expédition de Moskou, j'aurais contraint Alexandre d*accédcr au

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