CHAPITRE XVI
Extraits des Mémoires de Jean-ChrysoslAme Passek relatifs à rt xp dition des Polonais en Daneinark contre les Suédois en et i65S^.
« Notre armée était divisée en trois corps : le roi Jean-lbsimir campait sous Thorn ; le second corps était en Ukraine, et le
troisième était commandé par Czarnieçkî.
» Nous séjouMii'innvs trois ni()i.>^ à Draliiiii vu Tour i anie-polonaise, et à la lin d'août nou.< alhimes en Danemark poui secourir le roi de ce pays. î.a reconiiaissanco, flisait-on, nous v forçait ; car, lors de notre guerre iw vc la Siiocie, le roi do Daneniiirîv avait fait diversion en notre faveur. Les traditions écrites attestent la vieille amitié des Danois; mais leur diversion m'a toujours semblé avoir un caractère plus intéressé que dévoué, car ils étaient ennemis des Suédois, et en hoiis secondant conti^ le roi de Suède, qui guei*rdyait eh Pologne, ils vengeaient Ifcur propre cause.
» Le roi de Danemark se jeta en Suède avec son arm^;il battait, il décapitait, il tuait tout ce qui tombait sous sa main. Le roi Gustave, qui était un i?rand p^uorrier et un heureux soldat, quitta hieniù! la Pologne; mais ii mit des garnisons tiaii^ plusieurs places de la Prusse, ef pressa ^i furieusement les Danois, qixil tinit par leur reprendre tout ce qu'ils lui avaient pris; et non content, ii s'empara de leurs possessions.
» Le roi de Danemark se voyant ainsi poursuivi, barcelë, demanda des secours, aux Polonais, en leur disant que c'était par amour pour leur nation qu'il avait rompu la trêve avec les Saédois et qu'il leiir avait déclaré la guerre; c'est de cette manière qu'il voulait se rendre intéressant à leurs yeux. En même teinp? il demanda aussi des secours ù rempereni- d'Alleiiiagne ; mais celui-ci s excusa en disant qu'un traité le liait à la Suède, et que,
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outre ce motif, il n*avait pas assez de troupes disponibles, car il avait permis à ses sujets de s'enrôler dans les armées du roi de Pologne. Après ce refu?^, notre roi Jean-Kasimir ro<ta donc le seul auxiliaiio dos Danois, et ) af mée expéditionnaire, qui était forte do six millo iioninu^s, fut tonlioo au palatin O.arnierki. J'ai <lil lo soul auxiliaire, mais enlia los Alloniands, aprôs avoir n»- !1('( hi, onvoyèrent une division impériale commandée par legénér il Atontecuculli, et dont Guillaume, électeur du Brandebourg, était généralissime.
B La nouvelle de cette expédition causa une grande agitation dans notre armée : les uns appréhendaient une campagne d'outremer, les autres redoutaient un ennemi que nous n'avions pu vaincre dans notre propre pays et avec toutes nos ressources. Les pères écrivaient à leurs tUs, les femmes à leurs maris, pour les dissuader de faire l'expédition de Danemark, on disant : « Perdez votre solde, renonooz à votre avanoeaient, mais n'aîlez pas daiib ce pays, où vous périrez tous ! » Mtm p<»re cependant ditlérait des autres, car dans ses lettres il m'ordonnait d'aller courageusement où m'appelait la volonté du chef. Il ajoutait : « Je prierai Dieu» et avec son aide, pas un cheveu de ta tète ne tombera. »
« Lorsque nous eûmes franchi la frontière polonaise, chacun en particulier fit sa prière, puis, selon l'antique usage, toute la division entonna ensemble et à haute voix le chant : 0 gîoriosa Domina f Au moment où cela se fit entendre, nos chevaux ëter-
nuèrent presque tous et se mirent à pialfer. La joie ranima nos ca*urs : c'était d'un bon augure; et en effet, nos pressentiments se vérilièrent.
» Arrivés sur un monticule, nous nous retournâmes encore une fois pour regarder nos villes et nos villages ; chacun disait : « Chère patrie, te reverrai-je jamais?... » Une tristesse profonde nous saisit; mais dès que nous eûmes franchi l'Oder, la gaieté nous revint, et nous marchâmes pleins d'espoir.
» Les Prussiens nous reçurent cordialement, et leurs commissaires vinrent au-devant de nous en dega de TOder. On noiis distribua nos premières rations à Custrin, et nos logements étaient faits d'avance. Quand nous passions par les villes, on voulait que, selon l'usai^e allemand, nos otïiciers eussent le sabre hors du fourreau, les sous-olliciors le pistolet en main, et le?- -f)ldats la lance on arrôt. On ne (h'capitail plus, on ne fusiliailplus pour punir los fautes d'insubordination; mais quand un ^Idal était pris en ilagraut. délit, on i attachait à la queue d'un
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c'!it^\;il tjuOn lanoail .'i tt;i\iM'^ champs. Do |»i inio abord celte pmiiliua paraît nioins tiiin', iiiji> tiiins lo fail il n*v a rien de pis, car les liahils et le corps louiU'nt en lambeaux, et il ne reste plus quv les os.
)) Nous cheminions toujours, et nous occupâmes les villes do Nibol j Aabenraae, lladersleben, Kokling et Horsens daos 1« Schleswig et le Jutland. Le palatin Czaroieçki voulait que nous prissioQS nos quartiers d'hiver dans les possessions suédoises, pour épargner le pain et les vivres des Danois. En efiét, nos soldats tombaient dans les villages suédois, comme pour se venger des atrocités que ces derniers avaient commises chez nous lors de leur iinasion.
)) Nous regoriïions de brebis et de toute (*spèce de Ix^tail. On pouvait s(* procurer un btinil junir un ém '5 francs). Nous avions du miel eu abondance. Le pain est excellent et le |)oiss(iii a la cliair très-délicate. Le \in est détestable, mais riivdrouiel est au moins pohd»!»'. La rareté du bois fait qu'on se chauffe avec de la tourbe et du charbon de terre.
» 11 y a beaucoup de cerfs, de daims et de lièvres, et ils no sont pas sauvages, car la chasse ici est privilégiée, si j*en excepte les lotips, qui sont poursuivis à outrance : aussi les autres animaux vivent en paix. Quand nous voulions faire la chasse aux cerfs, nous partions à cheval et nous tombions sur eux à riiiipi tvistc ; les pauvres bêtes, pour nous (échapper, se jetaienL dans les fossés à tourbe, et c'est de là que nous les tirions [)our les tuer et les manirer.
» J'ai parlé tout à l'hiMire dos loups, mais il n'y en a iiuèrc, car dès qu'on en aperçoit un, tout le monde court sus; on le tue quelquefois sur place, ou on le pend à une potence où à un arbre, et on l'y laisse jusqu*à ce qu'il soit pourri. Les habitants ne permettent pas à un loup de passer impunément une nuit dans la forêt. L'odeur du cerf l'attire, mais il ne sait comment aborder, car d*un côté il y a la mer Baltique et de Tautre rOcéan; il faudrait que le pauvre loup payât grassement à M. le président de Danzig, pour cpie celui-ci Taulorisiit à fréter un bâtiment, et voilà pourquoi h\s forêts abondent en gibier. Ouaul aux penhix, il n'y en a point; ce volatile est si bêle, si i ( ireux. (ju au moindre bruit il s'envole et va tomber dans la mer où il se noie.
)> Les Danois sont en général bien faits; les femmes sont belles et ont la peau très- blanche; leur costume est gracieux, mais elles portent des sabois, et quand elles marchent sur le
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pavë, elles font ub bruit si effroyable que deux hommes ne s'entendraient pas parler. Les femmes de qualité portent des souliers.
Celles qu'on appelle de qualité sont beaucoup moins retenues dans leurs affections qur Polonaises. An premier abord on les croit modestes jusqu'à i Hii-ti'riN». mais des qu'on leur lait tant soit fMMj la cour, elle- leiiiuMil aiiioureust*s i'olU's do vous, et no M' (loiîdcnt plus la |)ein(^ de le cacher. Une jeune tille (juitte père, inere, iortune, pour suivre son amant au bout du monde,.
» Les lits dans ce pays, sont faits comme des armoires; la soir on tire les planches pour se coucher^ le matin on les referme, et il n'y parait plus. On est ici d'un laisserniller inconcevable : hommes et femmes font leur toilette de nuit devant tout le monde, et cette toilette, si* toilette il y a, consiste à se débarrasser de tous ses vêtements, même du dernier. Quand une femme s'est ainsi déshabillée, elle pend ses robes à un portemanteau, puis elle éteint les lumières et se met dans son ai iuuire. Tout cela se passait devant nous. Un jour, je manifestai mon étonnement à une iemuie, et lut dis qu ii?u' Polonaise ne ferait pas en présence de son mari ce qu'une Danoise fait devant (les étrangers. Elle me ré[)ondit : « C'est un usage général. D'ailleurs, pourquoi avoir honte de ce qui a été créé par Dieul Les ctiemises et les robes s'usent bien assez pendant la journée, il n'est pas. nécessaire de les user encore la nuit; car si elle a des puces, on les emporte avec soil v Mes camarades se mo» qoaient d'elles et leur faisaient mille plaisanteries, mais il fut impossible de changer les habitudes de ces femmes.
»La manière de vivre est pour le moins aussi Vu/arro que la manière de dormir. Les Danois font leui' cuisine pour huit jours, et ils mangent presque tout froid.
» Il n'y a que les nobles, et qui plus est, les riches, qui peuvent avoir des poêles dans leurs maisons, car il faut payer au roi un impôt de cent écus (500 fr.) par an pour acheter le droit d'avoir un poéle; aussi les pauvres ou les gens qui n'ont r>u'une petite fortune ont des cheminées pour se chauffer.
» Les églises où on célébrait autrefois le culte catholique scmt belles, plus belles cpie nos églises calvinistes, car elles ont des iiutels et des images. Nous assistions souvent aux sermons, que les prêtres protestants prononçaient exprès pour nous en latin, etilsavaient une si grande crainte de nous déplaire, (lu Ms n'articulaient |)as un mot, un seul mot, qui fût cunhaiic à aolro ''eli.uion catholique-romaine; aussi ils nous disaient avec un certain air d'orgueil : « Vous avez tort de nous appeler scliismati-
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qvei, car nom avons la même foi que vous. » Malgré l'orthodoxie de ces aarmona, notre abbé Piekarski, de la compagnie de Jésus, noua grondait fort d'y assister, et nous défendait même d'entrer dans les temples; mais nous n'avions garde de lui obéir, car nous y allions pour voir les fenmies.
» Quand les hommes sont dans le temple, ils se couvfètit la figure avec leurs chapeaux, et les femmes baissent leurs voiles et c achent leurs visa.îres >t*us leurs l)anc>: alors qijelijues-unstle nos plaisants, qu'on reneontre dans toult\s les armées, s'amusaient à leur prendre» leurs livr(\-; de prières et leurs mouchoirs. Un jour le ministre protestant s'en apérçut, ii se prit à rire si fort en nous regardant, qu'il ne put continuer son sermon. Noâ rirae scandalisèrent bisaucoup les luthériens, et ils nous In dirent; le prédicateur leur conta à ce sujet Tanecdote suivante : « Un jour un soldat demanda à un ermite de prier Dieu polir lui : Termite, s'agenouilla et pria ; pendant ce temt)s le ébldat s'empara dù mouton qui portait le léger bagage de Termite, et se sau\a avec. » En finissant sa parabole, le pn'dicateur s'écria: a 0 piété, piété! l'un prie Dieu, et l'autre vole! » Depuis lors, les feiiiiiies serraient leurs livres et leurs mouchoirs a\ant de se cacher le vi>a<je ; mais en prenant cette précaution elles nous regardaient en riant.
» Quand je demandais à ces pauvres femmes pourquoi elles cadiaient la figure, car ni Jésus-Ghrisi ni les apôtres ne l'avaient enseigné, elles ne savaient que répondre; un homme, envoyant leur embarras, me dit : € Nous nous cachons le visage eii mémoire de la toile que les Juife ont jetée sur la face sainte de Jésus-Christ, quand ils lui disaient de prophétiser sans voir. — ' Mais, répondis-je, pour que la chose fût coiiiiilcle, il faudrait aussi vous donner des coups de poing sur dos, et vous fiiï^tiger comme on a fustigé le Sauveur. » Mon explication ne trouva point d'amateurs.
» L'électeur de Brandebourg ayant eu connaissance de nos assiduités dans le temple, dit au staroste de Kaniovv : « Four Famour de Dieu, avertissez M. le palatin Czarniecki afin qu'il défende à ses Polonais de fré^uehter les templës, car bon noinbre d'entre eux se convërtiront au luthérianisme. On m*a dit qu'ils priaient avec tant de feKeur qu'ils enlevaient, sans y faire attention, les livres et les mouchoirs de nos belles dames. » Le dévol avertissement de M. l'électeur divertit beaucoup notre palatin.
» Le susdit électeur Guillaume nous faisait force gracieusetés; il nous traitait bien et s liabiilait à la polonaise. Quand notre
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corps d'année défilait, U tenait ehapeau bas, et nous saluait le plus courtoisement du inonde. Guillaume caressait notre couronne : il espérait que ses oajoleries le feraient élire roi do Pologne à la mort de Jean-Kasimir ; et sans la gaucherie de Tarn-
bassadeur de Guillaume, cet événement se serait peut-être accompli. Dans l'assemblée où on discutait rëlcM linn, un sënaleur polonais du à l'envoyé brandebourgeois : « Que l'électeur se convertisse à la foi catholique, et nous l'élirons roi. » Mais IVrivové assura que son maître ne le ferait niôine pas potir 'ie\enir empereur. Cette réplique déplut fort à Guillaume, et il k une verte remontrance à son envoyé, qui .se permettait de disposer de ^ conscience sans sa permission,
»Nou8 avoqs dans l'armée les Impériaux et les Prussiens; nous fraternisons de préférence avec ces derniers, car ils nous envoient dans notre camp de jolies couturières. Que de fois il nous est arrivé de voir une ftinme jeune, belle, mais souffrante el amaigrie, venir à nous et nous dire d'un air suppliant : « Monsieur le Polouaiâ, donnez-moi un morceau de pain: je ferai vos chemises si vous en avez à faire, et je racroinnioderai votre litii^e. » En jetant les yeux sur la f)auvre créature, la pitié nous prenait au cœur : certes on ne pouvait refus(T une aumône; puis nous achetions de la toile pour faire faire des ehemisès, et nous l'occupions ainsi pendant quinze jours ; c'était une bonne œuvre, n'est-ce pas? Mais nous en étions récompensés, car les Prussiennes sont charmantes, et nous n'avions dans toute notre division qu'une femme, l'épouse d'un trompette. Mais ce qui paraîtra inconcevable, c'est que les Prussiens, qui ne man- >quaient de rien, nous envoyaient leurs femmes pour mendier. Cependant, quaii l nous les gardions trop longtemps, ils venaient les chercher, niiii ^ en nous remerciant, et en nous faisant force ^lutaUuns pour nos bontés. Quand l'ouvrage n'f'tait pas fini, ils permottaieitl à leurs femmes de rester pour le iinir; et celles-ci, pnur les exhorter à la patience, leur donnaient des biscuits. Ils sen allaient donc contents, remerciaient do plus belle, et reveoaient de temps en temps pour voir leur chère moitié. En quinze jours elles devenaient si grasses, si alertes> si gaillardes, que leurs maris avaient peiné à les reconnaître.
• Ba6n, après toutes ces distractions plus ou moins distrayanles, il fallut se battre, faire des sièges et des assauts à coups de hache, et pour comble de malheur, point de haches ! On envoya à deux, trois, six lieues à la ronde pour chercher les haches. Un uialiu, il nous en arriva cinq cents. La trompette
sonna, le chef de notre détachement nous passa en revue» ou fil distribuer les ha^ liés, et on nous donna l'ordre de nous tenir préts^ car dans une heure on allait attaquer ia forteresse de Kolding. Notre chef nous recommanda de courir, pour arris cT bien vite sous les remparts, et de mettre des jerbes de paille sur nos poitrines pour empêcher les balles de nous atteindre.
B Avant le jour on se mit en marche. Pendant que nos troupes défilaient, je dis au chapelain : « Le lieutenant Gharlewski vous demande la permission d*aller en avant avec son détachement. » 11 me répondit : « Eh bien, qu'il aille; mais vous, vous resterez ici avec moi. — Impossible, on dirait que je suis un poltron; j'irai. )> Aussi, Kaszowski, Lonçki. et moi nous mimes |»ied à ttM rc et nou> [îrîmes le cominaadciueut, après avoir fait nos prières à Dieu et a la >aiute Vn^me.
» L'abbé Piekarski nous lit avant notre départ une touchante exhortation, qu'il termina par ces mots : « ... Comme Isaac, vous vous dévouez à la mort, et comme lui vous serez sauvés. Mais si quelques-uns doivent mourir pour Dieu et pour la patrie, c'est obtenir la rémissaon des péchés et le salut éternel. Ofirez votre âme à Jésus, au saint enfant qui gisait dans la crèche. Saluez avec faveur la journée de demain ; demain, mes frères, c'est la L;rande fête de Noël! Au nom de Jésus-Christ et de Marie, marchez au combat, et vous vaincrez, et la patrie comptera une victoire de plus! Recevez ma sainte bénédiction, allez en pai\, et quand je vous reverrai, nous rendrons à Dieu des actions de î^ràoes ! » Après ces mots, l'abbé nVita les prièreji des morts. Je m'approchai de lui, et lui dis : a Mon réséri iid j x re, donnez-moi votre bénédiction particulière ! » Il me serra la tète dans ses deux mains, m'attacha au cou une relique, et me dit : « Ne craignez rien, mon fils, \ous revi^drez sain et sauf! »
» Un trompette, qui avait été en avant, revint en toute hâte pour nous annoncer que les Suédois avaient dit : « Si votre humeur chevaleresque vous engage à nous attaquer, ne vous gênez point, car nous ne vous redoutons pas plus ici qu'en Pologne. » Et tout aussitôt, en eilet, ils commencèrent à tirer. Ils n'avaient guère peur d'un ennemi qui ne possédait pas une seule pauvre pièce de canon ; toutes nos forces sur ce |)oint consistaient en un régiment d'infanterie, (juafir ( S(adrons et trois cents volontaires. Mais cette poignée d'hommes était brave au delà de toute expression.
j> Nous sûmes depuis, par les prisonniers suédois, qu'avant l'attaque iU étaient sûrs de notre perle. La cavalerie polonaise,
niSTUlAK
(lisaiont-ils, no les aidera pas à piTiidro un fort: an premier couj) dp fpii. leurs clun au\ s'rn iront à Unis li *lial)Ies.
« Ni)> soidaLs avaioîil la poilrine rerouverte de paille, vi les othciers avaient des cuirasses et étaient armés d'im pistolet. Le palatin Czarnteçki nous voyant ainsi disposés, nous dit : a Que ie bon Dieu vous ait en sii sainte et digne garde; marchez et courez vile on franchissant les fossés, quand vous serez sous les murs, l'ennemi ne pourra plus vous atteindre. »
» Je me mis à la tête de mon détachement, et je chantai à haute voix : Lomuijea à vous, ô mon glorieux maître ! Et Paul Wolski, chef de Tescadron du roi, en fit autant, et Dieu nous ()ré>('r\a si hieii ([uc pas un de nous n'a |>éri; je |)arle de ceux qiii ont in\ oqué Dieu avant le danger, car les» autres détachemonts furent décimés.
') La paille (ino nous avions contre nos poitrines nous réehauffait si terriblement ipie plusieurs soldats la jetèrent avant d'avoir franchi les fossés ; mais ceux qui ont eu le courage de la garder jusqu'au bout, et qui ont pu grimper avec sur les remparts, ont trouvé après des balles qui s'étaient arrêtées dans la paille.
» En sortant du fossé, j*ordonnat à mon détachement de crier bienfort:« Jé^s/ilfarÎ0 /i>Maisd*autres.criaientàtue-téte: «Hoti. Aon, hm ! » Nous courûmes en pleine carrière au pied du mur ;
on entendait des uvmissements alïreux, les halles pleuvaient, » 'était à n'y plus voirriair; plusieurs hommes restèrent stir la place. Je me trouvai devant une tour (|ui avait ijiu'ouverturo LTillée: me< soldais se mirent vn (l(^\ou de 1 t'iiioncer. Au-dessus «ie cette ouverture il v en avait uiu' autrr -riîh'e aussi, et de là on tirait sur nous avec dCjS pistolets, mais avec peine, car lo grillage était serré. Je Ils diriger des carabines sur le point d où on tirait et, chaque fois qu'une main s'avançait, on l'abattait, n arriva donc qu*un pistolet tomba à nos pieds ; ceci découragea les assiégés, et, faute de mieux, ils nous jetèrent des pierres. Pour nous c'était moins dangereux, et mes soldats donnaient des rouf)3 de hache sans que les SwWois pussent les en empêcher. I^iifin la hrèche fut assez ij;raiide, et je donnai l'ordre qu on y entrât un à un. Wolski, qui était hrave et téméraire au su[>n^me de'rré. \oulnt c^tre le premier, et se mit a crier : " J entrerai^ » Mais à peitie eut-il passé la tète, qu'un Suédois le saisit aux cheveux : moi je me mis à le tirer par les pieds, mais plus je les tirais, plus le Suédois tirait Ja téte. Wolski « écria : « Pour l'amour <ie Dieu^ làchez-moi, car vous allez hie
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séparer eu deux! .lo commandai à mes iiomines lairc leu dans rouverture;';iIni < les Suédois làclièivnt prise, et nous entrâmes l'un après! autre |)ar la brèche. Cent cinquante étaient déjà passés, lorsque nous aperçûmes quelques compagnies de Suédois, les mêmes sans doute qui venaient de tirer sur nous. Au moment ou nous les vîmes, ils étaient sur le point de gairner Touverture d'une ca\ e, mais on ne leur en laissa pas le temps ; nous fîmes feu, six furent tués, et les autres se sauvèrent dans la cour.
» Nous iuMi> lurinàiiii\"> vn bataille daiL- le milieu do la cour : nos suidais entraient touJuur^ par la lucarne, et l)icntùi nous fûmes très-nombreux. La j^arnison suédoise, en s'aperce\ ant de notre surprise, se mit à sonner la trompette et à agiter le drapeau blanc en signe de soumission, c'est-àdire soumission entière et sans condition. Messieurs les Suédois dérogeaient à leur usage, car ils se vantaient de n'avoir jamais demandé merci. Je donnai ordre à mes troupes de ne pas' se débander avant d'avoir poussé à bout nos ennemis. Wolski donna le même ordre aux siennes.
» Mais voilà que les mousquetaires suédois descendent de l'habitation du coniinaiidant. Aussitôt je dis à mon détachefneal : « J«' \ (>i> de ni)u\cau\ hùles, attention ! » Nous nous fonn.nnes en (in ni- lune et afx és avoir lail feu, nous attaquâmes immeUiij^tement à 1 arme blanche.
» Pendant ce temips-là nous entendions les timbales^ les gémissements, la musique, un tonnerre d'armes à feu, qui venaient de Tautrc coté; nous fimes volte-face, et, à la pointe du sabre, nous avons enlevé, terrassé, renversé tout ce qui se présentait; ceux qui voulaient fuir tombaient dans nos fourches caudines en un moment nous pûmes faire un pont avec les cadavres, et nos braves envahirent les issues du château fort et tuèrent tous les Suédois qui voulaient encore se défendre.
)> Au milieu de cette ba.^arre, rober-lieiitenant ïetvvin ai'risa ' avec ses dra.^ons : il croyait être le premier qui j>énétrait dans l'intérieur, mais il se heurtait à cliaque pas sur des monceaux de cadavres, « Qui donc a tué tant d'hommes? » s'écria-t-il en faisant un signe de croix. — « C'est nous, » reprit Wotekt. Pourtant nous n'étions que quinze otiiciers à la besogne, lous nos soldats se répandirent dans la forteresse pour ])ill6r. « Mais rassurez-vous, tout n'est pas fmi; tenez, regardez toutes ces tètes suédoises qui montrent leur nez par l'ouverture de la t0ttr« V
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i Sur ^ entrefaitest un do nos blancs-bec» amena un {^ros officier suédois, c Donne-moi ta caplure, lui dis-je, je vais lui trancher la tèle. — Son imirni me vaut mieux que lui, me répondit Je soldat, il faut d'alioid le lui ôtor. n
» Pendant qu ou le désiiabillait, nos ^oUat.-^ tHaient descendus dans les caves à poudre, et chacun en mettait dans ses poches, dans son bonnet et dans son mouchoir. Un dragon, ô la stupide créature 1 approche une mèche allumée dun baril dépendre à canon ; aussitôt le feu prend, et nous entendons la plus effroyable explosion. Les murs, les figures en plâtre, les statues en maiim et en albâtre sautent en Tair et éclatent en mille morceaux.
> A l'extrémité du château s'élevait une tour ayant une plate*
forme recouverte en plomb ; cette tour était ornée de statues en bronze doré et en iiunitri l laiu du plus beau travail. Une do ces statîies écliappe iniiaculeuscment à rex|)losion, mais elle va tomber a une grande distance. De loin, cela avait l'air d'un corps de femme, et nous le crûmes tout de bon î '( (Vest la femme du commandant, » s'écrîa-t-on en approchant; mais en touchant du doigt nous vtmes que c'était du marbe et rien de plus. Ce marbre était si bien travaillé qu'on aurait cru que ce * corps dé femme venait d*expirer. G*est dans la grande salle cette tour que les rois de Suède dansaient, festoyaient et se 11-* vraîent à toute espèce de plaisirs. La position de la tour est des plus pittoresques : de \k on découvre presfjue toutes les provinces du royaume et nu in^ imo i^iande partie de la Suède. Au moment de rexplo«îion. h" riimniandant et sa troupe étaient dans la tour, et ils sautèrent presque tous en Tair, nu disparurent dans la fumée pour aller retomber dans la mer comme des grenouilles.
» Les années impériales et brandebourgoi^p^. en voyant de loin rexplosion, crurent que les Polonais célébraient joyeusement le jour de Noël; le roi de Suède crut la même chose, mais eeux d'entre les Polonais qui étaient encore auprès du roi lui dirent que les Polonais ne faisaient des Ibux de joie que le jour dev Pâques. Trois jours après l'événement, le palatin Czarnierki nomina le capitaine Wonsowicz coniuianUanl du fort, et cijacun se rendit au poste (pii lui était assigné.
En attendant, coiiune c'était le jour de Nocd) il fallait se disposer à entendre la messe; nous aMons bien des prôtros avec nous, mais nous n'avions ni autels ni ce qui est nécessaire pour e sacrifice de la messe. Noue nous rendîmes dans la forêt voisin»
Ifti BISTOIRE 1>£ POLOGNE
pour dresser un aiilrl sur le pied d'ni^ chêne abiillu, clan nv»inent (jue nous nous ii|»|HTlions à y [>lanler la croix, noiwvimes \enir un lioiunie qui apportait les habits sacerdotaux de i abbé Piekarski. Entïn la messe {^it être dignement célébrée. L'arnipo se rangea en bataille, on lit <iu feu pour chauffer le vin dans le calice, car le froid était atroce, et le prêtre entonna le TeDeum laudamuê* Ces pieux accents se répandirent en échos dans la forêt.
n Je me mis à genoux pour servir la messe; le palatin s'approcha de moi et me dit : « Mon frère, lavez au moins vos mains
avant de comniencer ; elles sont troj> noircies par la poudre, p l/iihhé reprit : « Ola ne lait rien, Dieu ne icjHoiae pas le sans: (jui il ('!(' ^eI•sé eu SOU nom pour la défense et la gloire de la^ Polo;^ne 1 )«
» Après la messe, nos camarades t|ui étaient allés à la recherche des vivres nous apportèrent do quoi manger. Gliacun se plaça comme il put, et se mit à dévorer : nous en avions | besoin, il y avait vingt-quatre heures que nous n'avions rienj mis sous la dent. Le palatin se promenait à cheval au milieu dej nous ; il était radieux, et certes il y avait de quoi : prendre une forteresse sans artillerie et sans infanterie, c*est un fait sans exemple dans les annales militaires. Le [)ala(in, sMI Fciit voulu,, aurait pu (hMnander du secours à rélecleur, <|ui n élaiL pas éloi*; i;né (lu cliaui[) de balaillc; mais il ne voulait rien de\oir aux étrani^ci s, il s'en reposait sui- le courage des iV)lonais. (''esL lui, • qui conçut le projet de rattatjuc, cl (jui le mil à e\('cution. |
» Nous avons connnencé Tannée 4659 à lladersieben ; nous y sommes au milieu des fêtes du carnaval, mais cela ne vaut pas notre gaieté polonaise.
)> Après Tafiaire de Kolding, nous devions nous emparer de rUe d*Alsen, car les Suédois y campaient et causaient de grands dommages sur les derrières de notre armée. Les troupes brande* bourjîeoises Ionisèrent cette tle, mais elles n'osèrent ou ne voulurent pas 1 allaqucr, et, comme dit le proverbe, les loups ne se mandent pas entre eux.
» Un beau soir, le j)alalin Czarnicçki, avec trois cents cavaliei's, lit une promenade ou plutôt une reconnaissance de a' coté; puis tout à coup il lit sonner la trompette pour nous |>ivvenir d'être à cheval le lendemain matin, A la pointe du j"""" nous cheminions sur les bords du Belt, mais pour fra}er it^ chemin nous fûmes obligés de casser la glace à coups de haclii*: c^'pendant le froid n'était par intense et la journée était belle.
HISTOIRI*: DK POLOUNK
1 1- lirc)> nwv vUût h peu j)ir> larire d'iino liout;, et ppiulcint ([ur iiou.- travaillions sur un boni, les (iraj^ons travaiihut'iit sinle bord opposé; celto distance ii était pas (fnorine, et au milieu ou trouvait un ii^uë où les chevaux pou\ aient se reposer.
» Quand la glace fut cassée, le palatin lit un si^me de croix et se jela le premier à Tenu; une partie de notre division, c*est-^* dire trois régiments, le suivirent. Nous avions enveloppé nos pistolets et nos gibernes pour qu'ils ne fussent pas mouillés. <Juand nous touchâmes à Tendroit où était le gué, le palatin fit faire balte : nous nous reposâmes un moment, puis nous poursuivi mes.
» Los chevauv que nous montions avaient été mis d awuice à l'éprtMi\i\ et ceux ([ui ('taii'iit riMifs à Teau étaient placés entre fleux bons nai:;eurs (jui les soutenaient pour qu'ils ne se noyassent pas. Far bonheur il faisait un temps calme et mémo chaud pour la saisou; mais bientôt les gelées reprirent de plus belle* î^es Suédois, qui ne s'attendaient pas à tant d'audace, se rallièrent en toute hâte et se mirent à tirer sur nous quand nous voulûmes aborder ; mais de l'autre côté nos dragons gagnaient du terrain et les attaquaient in)[)étueusement. Les Suédois, voyant que malgré leur feu nous sortions de la mer, furent tellement effrayés, qu'ils lâchèrent pied; alors nous les sabrâmes iiiq>ituyableniiMit. Noiis fimes quelques prisonniers, et ces hommes encore tout étourdis de l'attaque (»t de la défaite, nous disaient : « Les Polonais n(» sont point des créatures hunjaines, ce sont (les diables. Jamais (ui n a vu la cavalerie traverser un bras de mer pour aller chercher son ennemi. » Le roi de Danemark voulut mron lui envoyât vivant le commandant suédois, j*ignore ce cpi il en Ut et comment il le traita.
» Une fois maîtres de Tiie, nos troupes entrèrent dans les maisons pour se sécher et se réchauffer. Il fallait les voir se Jeter sur les habitants, hommes ou femmes sans distinction, pour leur prendre leurs habits et se rechanger. Le palatin fit prisonnier tout ce tpii restait de la j^arnison suédoise^ et nomma un coiiiiiiandant danois, auquel il donna de nous elles recrues ; car il était d usage de faire enln»r dans les cadres de Tiii nico active les vieux soldats, et de mettre les jeunes f^ens dans les places que nous prenions. Ouand ces mesures furent exéculiVs, le palatin choisit dans la garnison cent Suédois, mais des medleurs, et les répartit dans nos escadrons; co renfort n'était pas inutile, nos rangs commençaient à s'éclaircir, et, comme on dit, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs*
19§ UISTOÏKË DE POLOGNE
» Nous ne restâmes pas lonirlomps dans l'île : bientôt nous reçûmes l'ordre de ragairner nos quartiers; mais cette fois noua traversiîmes la mer dans des I nniues. Airwi nous avons terlainë l'anatH^ (icfinore parla prise <ie Kulding, et nous comnien- Vons celle-ci par la conquête d Alsen. Peodaat plusieurs semaines nous nous reposâmes.
» Ptus tard nous attaquâmes une forteresse formidable; certes on aurait pu s'effrayer de sa position, mais reipénenoe nous avait appris que nous pouvions tenter Fimpossibie. Tout confiants dans notre bonne étoile, nous portâmes nos forces sur ce point ; les Suédois tiraient sur nous avec de pièces qui portaient très-loin, mais ils faisaient des sorties et nous les battions toujours. A la lin du printemps la forteresse se rendit, mais d'une manière sinirulièru et sans grande ett'usion desan;?.
n Après cela nous entrâmes dans le Jullau L et ivju^ ocnipàmes Arlnisen ou Aarhus : c'est une \ lilr. mais on nous
donna une rue dont les maisons n'avaient point d eeuries, et il nV avait môme pas moyen d'en Daire àla bâte, car cette ville est bâtie sur pilotis. Nous demandâmes la permission d'aUer dans les campagnes voisines, ce qui nous fut accordé; mais quelques-uns de nous restèrent à Arhusen.
)» Notre régiment fut logé dans la petite ville de Halm et dans les environs : elle est située entre la mer Baltique et l'Océan; toute cette province s'appelle le Jutland, et celle où est située lladersieben s'appelle Suder-Juliand. Le régiment se plai>aa beanetuip à llolnr, mais les chefs pensèrent qu'c^t^int éloigné do l'état-inajor, il [louiiait être coupé par l'ennemi. Kopenha.^'no est à dix milles de mer, et les suédois pouvaient franchir cette distance en très-peu de temps.
» Mais pour changer de destination il fallait s'aboucher avec les autorités du lieu. Comme je parle latin on m'envoya en députation, car dans le iutland on parle beaucoup latin, très>peu entendent Tallemand, et pas un le polonais. J'allais m*enfoncer dans un pays (pii m'était inconnu, et je dirai franchement que cela ne m'amusait pas du tout ; mais ma mission m'y forçait, et je me mis en route. J'etninenai axec moi (piinze soldats.
» (>uand je fus à ma destination, je (is sémillant de ne pas savoir un mol d<* latin. Je me rendis auprès du connu issaire de la province, qui in<' demanda en allemand si je parlais cette langue : je répondis nix; aloi s ofi m amena un employé qui parlait l'italien, celui-ci me dit : Parla italianof et moi de répondre un ntjp gros comn^e le bras. Les pauvres diables per-
nisToiRt: 1)1-: poLoiiXE iht
fiaient la této; ils me firent encore d*autres questions, tantôt en allemand, tantôt en italien, et au lieu de nix je leur répondis ffHekl (de l'argent), lis me demandèrent si je voulais manger :
Giicld : ils me demandèrent si je voulais boire, et toujours je n^pnn<iais giield. Voyant que je n'entendais ni rallemand ni l itaiieii, ils firent vnnir un gentillionune, un savant répulé, qui a\ a!t ser\ i daris les armées de Frédéric, et qui avait beaurf)uj> \oyaiïë. Le iziMit il homme m'aborda en me disant : Ef/o salnto dominât ion e m restrarn. Je lui lâchai mon imperturbable f^irld, et rien de plus. Le savant, sans se décourager me dit : Parla italiano? — Gueld^ repris-je d'un ton doucereux, a Décidément il ne comprend aucune langue humaine, » s'écrièrent les assis^ tants ; et moi je m'amusai à les laisser toute la journée dans l'embarras.
» Plusieurs j)aysans se décidèrent le lendemain à aller chez les Prussiens \iOur leur denianfler un interpièlc; mais avant de partir ils vinrent me trouver, ils ajipoi'trrent un îrros e-^turireon tout vivant, amenèrent un bœuf irrns ol un ccvï aj)!)! i\ oisé ; outre cela, iN placèrent sur ma labic une coupe (jui conlenait cent éeus. puis ils me dirent dans leur lanirai^e : « tout cela est à vt^n-, c'est un cadeau ([ue nous vous faisons, » Alors montrant du doigt la coupe, je leur dis en excellent latin ; a Voilà une chose que je comprenfls à merveille. » Les Danois, en voyant ce miracle, ne se possédaient pas de joie : ils se jetaient sur moi, ils m'embrassaient, ils me serraient à m'étouffer; puis ils coururent dans tout le village en criant : « Notre maître a parlé î y> L'allégresse fut au comble; nous passâmes la journée à rire, à iaser et à boire.
)i Le lendemain j'entamai mes néirociations. Je montrai l'état de< terres diessé par le connuissaire du îj:ouvernempî)t. Les l>aiio:> ne p(Hi\aienl nier, car le reron^ement était exact ; do (dus ntins xcuions en amis : il fallait donc obéir. Après rleu\ jours on vint m'apporter la contribution d'un mois; et toutes les fois (ju'il était question d'écusdans nos pourparlers, on les appelait des interprètes. Je donnai l'ordre qu'on expédiât l'argent à rétat-major de mon régiment, ensuite je voulus partir; mais les habitants me supplièrent de rester encore, car ils craignaient les Brandebourgeois, qui n'étaient éloignés (]uo de six lieues. En effet, quelques maraudeurs s'approchèrent du villasre et enlevèrent le bétail; mais quand ils apcicuient un Polonais, ils se sauvèrent à toutes jambes, en abandoniia/it leur butin.
» Après ces aventures, je revins à Aarlms. Le palatin, en me
H19T01KE DK POLOGNE
\o\ant, (lit an lipiitiTiaiit Pnlanowski : « Je \nu< pr-ésente M. Ptissok, qui |)arlc loiit(»s los lanij:iios; mais il no dosi^erro pas Jes (lents a\ant qu'on lui présente une coupo d'ai izenl remplie crëcus. » Polanowskt no compronait rien à cette plaisanterie; je la iui o\pli(|uai, et depuis les écuâ s'appelî^rent ûes ifUerprètei,
n Le lendemain du dimanche de )a Quasimodo, le palatin Gzarnieçki tomba malade dangereusement. Nous fûmes très-alaraiës. On appela [)lusieurs médecins, et Télecteur envoya les siens. L'amiral hollandais, voulant t(^moii<ner son intérêt au héros polonais, envoya aussi son iiiL'drcin. Il y eut une jurande consultation qui décida qu'une riiusiipic devait faire entendre du malin au ^nr desairsdoux cl jn('l;iiic(ili(jiies dans la cliaiubrealterianle à colle du palatin. Ct' niuvi'ii ciil le (>liis L'rand >tu'cès. Au bout de (piehiiio? jours de nuisiipie h* palatin alla mieux, et toute 1 armée lut kureuse de son rétablissement.
» Quelque temps après, toutes les troupes eurent l*ordre de <c trouver réunies dans un grand camp. La division polonaise arriva ponctuellement; elle était là à son poste» pendant que les ]nip('>riaux étaient encore en route. Le général Montecuculli gardail une grosse rancune à notre palatin; il était jaloux, TAntrichien, en vo\anl toutes les recrues danoises so ramier sous Ip drapeau polonais; enlin à la première entrevue ou se fàclia fort.
» IiO j),il<iliii lui dit : « 11 ne la ut poml > (Miiporter pour une chose (HIC ](' Ter peut décider. Tu es niiiilaire, moi aussi; tu o> général, moi aussi : à demain donc [nxir vider notre diftereml. >>
» Le lieutenant Skoraszewski et récuyer-tranchant de la couronne Leszczynski vinrent provocpier en duel Montecuculli. Le> deux armées ne se mêlèrent en rien de cette affaire. L'Âutricliiea dépécha deux de ses officiers au palatin; quand celui-ci Ifê aperçut, il courut droit à eux, pensant qu'ils venaient lui proposer le combat. Les envoyés venaient porter des paroles de paix, d'excuses et de pardon au nom de leur général.
» L'électeur de Brandebourg, en apprenant cette nouvelle, dit a Mi>ntocuculli : « Vous a\ ez bien lait de ne pas \ ous haltre avec Czarnievki, car. si vous l aviez blessé, vou^ aiji'i(v. eu aHaire à moi; sachez, mousieur, que je représente ici le roi de Pologne. »
» Pendant deux hivers, la division de Montecuculli avait manué du pain et fait très-peu de besogne, car le général avait été trèspassif dans toutes les atfaires. Un beau jour, il se ravisa : il alla au-devant des Suédois, mais sans nous, car il voulait ne devoir
Hl^tTOmt: DE POLOGNE
8ontriom]>ho qu'à lui-même. Il rencontra ronnemi entre la Fiome et Frédérichâ-Oddef et là ii fut si bien arran^^ë, qu il s'en levint tout confus. La conquête de Frédéridis-Ockle était réservée aux Polonais; Dieu voulait 4110 notre sabre venf^t les malheurs que les Suédois nou!$ avaient fait é|irou\er chez nous. En effet, après notre assaut, la forteresse fut emfmrt«»e. Dans un autre temps, les Suédois avaient [H»nlu neiil' waUv. iiuiuaies en l'attaquant, et les Dannis onze mille en la (N'Icndant.
» Les Suédois abandonnèrent celte place vi n'ruirièi(Mil en Fionie. Le palatin mil dans le fort unt^ jrarnison danoix* (M tin connnandant danois; aussitôt les vaisseaux hollandais entrèrent dans le port, et on discuta sur les moyens à employer pour chasser les Suédois do la Fionie.
» Notre division campait aux environs, mais elle ne perdait pas son temps. Nos soldats s» mettaient dans des barques, et ils allaient en Fionie pour inquiéter les Suédois. Les dragons de la compagnie de Seroenow réussisBatent merveilleusement dans cette guerre d'escarmouche. Ces dra^oii> 11 étaient <]ue trois cents, mais si braves, si loi ts, si grands, si ressemblants par la taille, qu'on les aurait crus des enfants de la même mèr»». Dieu iinij- bénissait, nous n'avioiw que des \ictoires à coinjUiM', nos eimemis nous redoutaient. Quuut aux Impériaux, ils duiiuaient moins de souci aux Suédois.
» Un jour, dans une reconnaissance les Suédois firent prisonnier Myliszowski, un de nos officiers, et ils' l'envoyèrent à Kopenhague au roi Gustave. Gelui^i lui fit mille questions; entre autres il Jui dit :
» — Quelle est la troupe qui est sous les ordres de Gzar-
nieçki ?
n — C'est toujours la même, toujours celle qui a iail partie de son corps d'année.
» — Ou éiiez-\ uns (juand j etais en Polnr^ne?
» — Nous nous battions contre les troupes de Votre Majesté.
» — Pourquoi alors ne nous avez-vous pas vaincus comme à présent
» — Telle a été la volonté de Dieu !
» — Oui, la Providence s'en est mêlée sans doute ; mais il y a encore un autre motif, et il n'est pas moins puissant : ici vous êtes loin de vos foyers, et vous n*avez de salut que dans la victoire; cette pensée vous anime, rtHlouble votre courage, et \ous vousl)attez comme des diables !
» Quoi qu'il en soit, les prisonniers suédois nous disaient :
HISTOIRE DE FOLOONB
« La ffirtiinc nous a abaiidunnéî^, nos efforts sont impuissants. »
9 Sur ced entrefaites, on regut des lettres du roi Jean-Kaû* mir, (]ui annonçaient que de nouveaux dangers menaçaient notrè patrie du côté de la Âloskovie^ et que nous devions nous tenif * prôU à partir à la première nouvelte. En effets nous quittâmes les possessions danoises et nous rentrâmes chez nous,
CHAPlTUli XYII
Moa?ellc campagne eontre les Hoskovite:;. ^ Victoires de Gsarnieçki. ^ Prédictions du roi Jean Kasimir sur les partages futurs de la Pologne. — Mort de Gsarnieeld. — ^ Abdication du roi Jean Kasimir; son ' départ pour la Franco, sn mort à Nevors. Haïuolée du roi à iV* glise do Saint-^rmain des Prés» à Paris.
L*armde polonaise, en quittant le Danemark, rentra en Polo^ gne avec de glorieux trophées; mais à pmne estp-elle au sein de ses fo) ers, qu'un ennemi plus implacable, plus barbare que celui qu'elle venait de combattre, l'appela de nouveau au combat.
Les Mosiiovites étaient au cœuv de la ijt\anu' et campaient à Poiuiika, près Slonim. Czarnio(;ki et Sapiclia n avaient ({ue huit .nulle hommes de troupes ; mais ces trou|)es aguerries et parfaitement ore:anisées comptaient ()our peu l'infériorité du nombre, et le 26 juin 1660, ils se jettent au-devant des Moskovites, dont l'aimée était forte de trente mille hommes et munie d'une for-» midable artillerie. Rien ne résiste à l'intrépidité des Polonais^ quarante canons, cent quarante-six drapeaux, la caisse, tombent en leur pouvoir. Dans ce mémorable combat quinze mille moskovites sont tués ou faits prisonniers. Khavanskol, général en chef russe, se sauva jusqu'à Smolensk. Le lendemain Gzarnieçki déi^agea Lachowicïé, vaillamment défendue par Michel ludyvki, et poursuivit les Moskovites jusqu'à Mohilew sur le Dnieper, et vint ensuite assiéger Polotsk, qui était encore au pouvoir (iu tzar.
A hï niiniie époque, Stanislas PotO(;ki et Georges Tjibomirski battaient les Moskovites et leur allié Georges Ciuuielni(,'ki en Wolynie^ en Podolie et en Ukranie, où trente-sept mille Moskovites et Kosaks furent tués, dispersés^ et leur généralissimt Scliérémélieff fait prisonnier.
La diète de Warsovie du mois de mai 4664 s'ouvrit cette fois sous d'heureux auspices, parce que Gzarnieçki obtint la ata-
IlISTOinE DK POLOGNE
rostie de Tykocin ; c'était le moins qu'on pouvait faire pour ce irrand homme. Mais quand le roi demanda des fonds pour continuer la ij:norre, la dièto fut inflexible, et montra son indifl^<^renc©
pour la clioso nationale. L'ai îutk', so sentait forte de son coura.ize et di» sf>îi patriotisme, s(^ i"é\ulla. l^e loi tenla iiit (hmlUtT eiîori, el (i.ins la ><''iinc(' do lu diôte du 4 juin 1661, il proiionra'avec une ('lUDlinn piolonde le discours ^uisant :
« Dieu veuille <iue je sois un lau\ [jrophète ; mais je vous dis . >\w si vous ne remédiez pas au mai, si vous ne réformez pas vos élections prétendues î il ires, si vous ne renoncez pas à vos privilèges personnels, la république deviendra la proie des nations étrangères, les Moskovites s'efforceront à détactier les terres rathéniennes et le grand-duché de Lîtvanie, jusqu'au Bug,auNarew et peut^tre jusqu'à la Wistule. L'expectante maison de Brandebourg voudra s'emparer fie la Grande-Poiogne et de la Prusse-polonaise. L'Autriehe. voyant les auti es se partai^er vos dépouilles, st* jetiera sur Krak()\ie et les palaliiuils Noisins.
« ('Jiactin(M!(» ct^s [luissances pn'férera envnliiriine portion de a répuhli(|ui* (jue delà posséder tout entière avec vos libertés il aujourd liui ! »
Ces avis salutaires, loin de calmer les esprits, amenèrent de nouveaux désordres; l'égorsme des i^rands s irrita et taxa de desptUisme les avertissements du roi. Les confédérations militaires devinrent plus insolentes. Les Moskovites profitant de cette anarchie, envahirent de nouveau Wilno, Kowno et Grodno.
Malgré l'épuisement du trésor, le roi, au({uel se joignirent les patriotes dévoilés, or^^anise une ai-mée. (>.nrnie(;ki on prend le commandcnuMil, \a au-de\aiit de Kha\ ati-koï, camuse à Glemfjnkié, l'attaque le 6 novembiv KWil, le hat et le rei)ousse jus- 'pi'à Polotsk; [mis il revient sur ses pas ctdélivre Wilno, Kowno el (irodno.
A[>rè<? ces victoires, la diète de Warsovie de IBG? accorda une cnpitation extraordinaire dite subsidium charitaUvmiy on paya en partie les arrérages aux troupes.
En 1 ()().}, ie roi entreprit une nouvelle expédition ; ayant sous ordres Gzarnieçki, Sobieski, Paç et autres chefs habiles, il battit les Tatars et les Kosaks à Podhayeé, entre Halicz et Tarno- (voU puis, il franchit le Dnieper à Kiiow, et reprend aux Moskovites et à leurs alliés les Kosaks dix-sept villes situées entre le Dnieper et la Voi skla.
La |>r(>sence du roi Jean-Kasimir étant nécessaire à Wilno, Czarnieçki ie ramène par Mohilew jusqu à Minsk, revient de
I^i HISTOIRE DB POLOGNE
nouveau sur le Dnieper, parcourt incognito et à cheval la Krimée et la Bessarabie, afin de gai:n(;r ies Talars et les Kosaks à la cause (le la Polo.ixne, revient en Ukraine, où il mainiiiit la iranqutllitéon4664 êt466â.
Cependant les foUgues, les luttes et les chagrins brisèrent ce oirps de fer, cette âme sublime et indomptable ; Gzarnieçki devint malade. On le transportait à Gzarnca, dans le palatinat de Sandoniir, lieu de sa naissance : arrivé h Sokolowka , non loin d*01esko (patrie de Sobieski), sa maladie s aL'L:ra\a. (Ve>t là qu'il reçut le l)àlondegran(l-.i:(Mu'Tal de la couronne, (connétable. ) En le rt'('e\aiU il pronoiira ces narolo.^ : ^ N'avais-je pas prédit plus (l'une (bis (ju'on me tlonuerait ce dire quand je ne mmis plus en état de le porter! N'importe; si j en reviens, je ni en servirai pour la défense de la patrie, on en déposera les insignes sur ma tombe 1 » Après quelques jours de souffrances, le célèbre guerrier, le patriote par excellence, expira le 45 février 4665, à râge de soixante-six ans.
Jean Sobieski continua la mission de C2arnieçki; mais la guerre civile, entravant les opérations de Sobieski, força le roi à conclure a\*ec le tzar, à Androssovo le 30 janvier 4667, une trêve pour treize ans, en \6rUi de laquelle les Mosko\ ites gardèrent les pi osmc^es de Smolensk, de Czerniécliuw , et la ville de Kiiow. Polonaisade tout temps, elle ne devait rester entre leurs mains cpie pendant deux ans; mais ils ne voulurent plus la rendre. Entin Jean-Kasimir, accablé par les événements et désolé de la mort de sa femme, qu'il perdit le iO mai 4667, conçut le projet d'alxliquer. Le sénat et Tordre équestre le supplièrent de ne pasie faire; mais il fut inébranlable. Le â7 août 4 668^ la roi ouvrit la diète à Warsovie, et le 46 septembre il prenonyaun discours touchant et déposa le sceptre et la couronne. U se retira en France en 4669, où Louis XIV Un donna Fabbave de Saint-Germain des Prés et celle de Saini -Martin de Nevers. C'est là (ju'il mourut le 46 décembre iCul. Son cov[)> lut Irausporté à Krakou(\ et son C(i3ur fut dépose au iuud <lu mausoUn^ élevé dans l é^^disi^ de Sain (-Germain des Pn^ à Paris. Un l)asrelief en cuivre d'un beau travail représentant la mémorable bataille de Beresteczko de 4054, orne ce mausolée. Lorsque la terreur de 4793 détruisait les monuments des premiers rois de France élevés dans cette miMne éii^lise, elle respecta la statue de Jcan-Kasimir jmrco qu'il était Polonais I
HISTOIRE DE POLOGNE iOa
GHAPllHE XYIII
EJt'Cfion (lu iirince Miclicl Wisniow i(M;Ki au Irôno do PdIoi^iio — Les Talars »>t les Kosaks t^nvaliissciU l.i l'olocrne. — Victoires de Jean Su- Lieski ùKuluza et à Chocim. — Mort du roi Michel en 1C73.
Pendant son roi^ne, Jean-Kasimir fut blâmé; !es soii;nt>urs rappelaient despote, parce ({ue ce roi, honnête homme, disait la vérité; on Taccusait de despotisme, car îl ne savait pas nfiëna^er les mauvaises passions : mais quand il eut abdiqué, on devint juste ; Fabdication a cela de commuu avec la mort! Aussi la noblesse, sentant la perte qu'elle avait faite, décida le % mai 4669, dans la diète d'élection, ([u'un roi de Pologne n'aurait [)lus le droit d'abdiquer ni dénommer un successeur.
Trois candidats se présentèrent aux suffrages des Polonais : It^prmce de Condé, })ère du duc (TKnîrbien; PhilippjB-Guillaume, prince do Neubourir. et Clrarlcs (h* Lorraine.
Lcpriiicr de (^ondé échoua dans ses prétentions niali2;ré l'appui du primat Nicolas Prdzmowski, et de Jean Sobieski, qui avait quitté l'Ukraine pour venir grossir le parti de ce prince. Les suffrages se trouvèrent donc partagés entre le prince de Neuhourget le duc de Lorraine; mais ie 4 9 juin, dans les plaines de Wola, le nom de Alichel, prince Wisniowieçki, retentit pour la première fois et fut répété prestpie unanimement.
Michel, étonné de cet honneur inattendu, se sauva du champ d'élection; on le poursuivit et on le fit roi malgré lui. Il n'avait pour toute forlune que trois mille francs de rente que lui avait lét^ués la reine Marie-Louise ; le père de Mic!i< I ii\ait sacrifié sa ibrlune dans les guerres contre les Kosaivs, les T^itarsel les Mosko\ itcs. Ln irloin» (hi père et la pauvreté du fils turent donc un titre de plus pour la petite et pauvre noblesse qui voyait en Michel un égal dans un roi. Le château royal de Warsovie, où devait régner le nouveau souverain, était tellement dégarni par les rapines des Suédois et des Brandebourgeois, que plusieurs seigneurs se réunirent pour le meubler conveuablement.
Michel fut couronné à Krakovie le 29 septembre 4669; la diète qui suivit le couronnement fut très-orageuse. Les Kosaks et les Turks, profitant de l'état précaire où .se trouvait la Pologne, l'envahirent en juillet 467Ï. Sobie^iki rallie ses amis et arme ses
HISTOIBK DE POLOGNE
paysans, forme une troupe de six mille hommes; mais dès le i9 août les Turks s'omparôrent de Timportanle place de Kamienie<:-
IVxloIski, l(* iî scphMiihro ils assiô.i^riTiU Lt'opol et Buczar. Dans 4T>-> ci! ( (nwtjinros cnliqius Sobioski dt'ploie les rossoiirces xMi ji<Mii(> uiililairo ol liont <^n (H'Iicc les lii»t'iiis talares ol iniisuliiianos. Lo 15 ()rlol)ro Sobicski surprtMvl I euJuniH [irî'S de Kaluza itMilre Str\ i H Ilalicz), le poursuit, tue ou fait prisonniers quinze mille liomme»'; il arrive (le\ant un groupe nombreux do ses concitoyens, ])ères (ie famille, jeunes femmes, prôtres, nobles, que les Mahométans emmenaient en escla\ âge. (iOs infortuné étaient au nombre do vingt mille. Leurs chaînes tombent, et ils bénissent leur libérateur.
Mais Sobieski ne se repose pas apr^»s ses triomphes. Le gros (le Tannée turke élait sous LéopoL el le siillan canipail à Buczav, au-dessus de .Iazlo\vi(M'. Le héro-^ puiunais dérobe sa marche, se iiliss(^ à travers \v< î'ivièpes. l'oiid à riiiipioN i-lc sur v.c, cauip enivi"é de plaisirs el de piliaiio, \ seiue la Ici reur, yvénf tfe jus- ([u'aux tentes imi)énale8, et s tuupare du quartier lueiue de 2»eâ femmes.
Le roi Michel, a me faible, esprit indécis, ne sut pas proliter des victoires de Sobieski, et prenant conseil de sa faiblesse ci des hommes qui envient la gloire de Sobieski, il signa le 48 octobre, à Buczaç mémo, une paii honteuse pour la Pologne. Sobieski, [)lus navré des malheurs de la patrie que des injustices dont il était Tobjet, se l etira dans ses terres i)Our y attendre des jours nieilleurs, e'est-à-dire Toceasion de se dévouer, de donner son saiiLT p')iir la l'oloi^ne. Louis XIV lui avait otlertune relraile dans ses Etals, une duclH'»-pairip et le balon (ie uuuéclial <lo France ; mais Sobieski semblait pressentir les destinées qui l'attendaient, et il refusa.
P(Midant cet intervalle ie désordre intérieur augmentait et les confédérations se formaient pour se combattre. Un jour, un pauvre gentilhomme, dans une diète convo([uëe ad hoc à Warsovie en janvier 4673, prit la parole et déclara quil avait dimportan* tes révélations ù faire ; ([ue la ))atrie avait été vendue aux inlidèles, qu'un homme avait livré Kami('niec-Podolski moyennant dou/(» millions de llui ins, et que cet homme était Jean Sobi(*<ki !
A ce nom, l'assemblée se lève indiu:née. Kilo demande tjue ie calomniateur soit jug(*. Sohic^ski accourt à A\'ai>o\i(\ La convocation seclKHiL^e en m\v diète n'^iiulière. Le calonmialeur confessa sa calomnie, et dit qu une somme de deux mille llorins (1,300 francs), et la promesse de n'être pas abandonné l'avaient
HISTOIKE DC POLOGNE
port(* à cet attontat. \a'< sei.miours ipii av aient conspiré ramj)è- HMil aux piods do St^l'ic^lxi. La diciv lu: cln^o le 1 » .i^ril. On <!('( lara la rupniro <lu traité de Buczag, el un so prépara à une Doii\ellc campai^ne.
Le ii:rand-vizir, Akhmet Kiuperli, fut donc do nom oan ohllirtî (le porter en avant les troupes qu'il avait rap|>elëes sur le Danube, et le sultan lui-mémo s'avança aussitôt vers ce Oeuvc. Sept pools furent jetés sur le Dniester.
Après bien des difficultés, trente mille Polono-Litvaniens se trouvèrent réunis. Sobieski commanda en chef ;«Martin Kontski avait sous ses ordres rartillerie. Los Turks, retranchés derrière Chocim, étaient prêts à soutenir l atlaquo désespérée dos chrétiens. Ce joiir-là (10 noveiiihre UiT i , \ cille île la Sainl-AIaitin do Tours, le tem[)s était aUrouv : la neige liunî>ait à flots. A pied et IcNihre à îa main, cou\ert de IVimas. Suhii^^ki iriiidaitsos l>raN ('s, o! vn [leu d'instants l'étendard de la croix, Laigle-blanc do l^ulogneet le cavalier-blanc de Litvanie flottaient sur les hauteurs
(du camp escaladé. Vingt mille musulmans tombent soit sur la grève, soit dans les flots rapides et à demi-glacés du Dniester.
! Sobieski s'était saisi de Tétendard vert de Hussein, présent du sultan, que le vainqueur envoya comme un hommage au chef de TÉglise, èt qui orne aujourd'hui encore les voûtes de Saint- Pierre à Rome.
Sobieski, maître de la Moldo-Walaquie, était en pleine marche pour planter sur les hunls du l)anul)e les drapeaux de la Pologne, lor*S(pie Mii'vint lonl-à-coup la nouNolIe de la inoi t du roi Michel, arrivée à Léopol la veille même de la bataille de Chocim 1
Voici comme parle de cette mémorable bataille l'éloquent historien de notre héros, l'ami et le défenseur généreux de la Pok« gne, le comte N. A. de Salvandy : « Parmi les combattants l'était signalé^ aux côtés du grand-hetman, son jeune beau-frère le comte Maligny*la-Grange d*Arquien : il ne peut se tirer un coup de canon dans aucun coin du monde sans qu'un Français ne rencontre pour en jouir. Les Polonais oiitouraient le frère (le madame Sobieska, en le fr^lieilant do la gloire que saint Martin de Tours el Jean .>i)bi(»ski s'étaient acipiise. Mn(l(\-;tes ùans la victoire, {m< en rapportaient 1 huuneur à 1 apuiiu de France et au grand-lietinan.
» De cette immense armée ottomane qui tenait la Moskovio, la Pologne, la Hongrie, l'Allemagne en alarme, rien ne restait que le château de Chocim et des monoeaux de ruines. Le vain-