CHAPITRE XIX
Élection de Jean Sohieski au tiùiie de Pologne en 1674. — Ses victoires contre les Turks en Podolie et en Ukraine. — Intrigues de la reine Marie- Kasimire d'Arquieu. ^ F&usse politique de Louis XIV. — L'empereur d'Aulricliîs Léopol et le pape Innocent XI implomt le secours de la Pologne contre les Ottomans. — Délivrance de Vienne |»ar Sobîeskl en i683. — NouTelles expéditions en Moldavie en 1686 et 1691. — Mori de Jean Soliieski en 1696.
Après la mort du roi Michel^ et pendant l'interrègne, la noblesse fut appelée à élire le nouveau chef de la république polo*' naise. L*évéque Michel Florian Gzartoryski convoqua la diète pour le 45 janvier 1674, et cette assemblée décréta que la diète
d'élection aurait lieu le ^0 avril.
La izloire iiui loja il lissait sur la Pologne à la suite de tant de cauipaijnes nuMiiorables éveilla rambition des prinees de FEiirope, et di\-sept candidats se présentèrent h)i\ suilrai^es do la (Hôte, l'armi les Français se trouvaient les ducs do Vcndùme et de Soissons, et le prince de Condé.
Les débats et les intrigues se pitiiongèrent près d'un moii^au
niSTOIRK UK POLOGNE
camp d'élection, lorsque, le 49 mai, Stanislas fablonowski, pala* * tîndela RuSvSio-RouLr(* L(M)pol), ami et comi)aj2;non d'armes de Sobicski, prononra un fliscoms, en disant (|no i)orsonno ivôtail plus diiîno du tfùno (jiu* S:»l)i»'ski. Cinq palalina's se levant comme un son! homme, s"(M-i-i('r(Mif après ce disconrs : « Vire Jenn Sohieski! on nom périrons, on il sera notre roi! » El le 21 mai Jean III Sobieski fui proclamé roi dos Polonais, granddur de Litvanie, de Ruthenie et de Prusse.
Les Turks et les Tatars, profitant de l'absence de Sobieski sur le Dniester et le Pruth, menacèrent de nouveau la Pologne. Aussi après avoir'juré à Warsovie les pacta contenta^ le 5 juin, la diète et les électeurs proposèrent au nouveau roi de recevoir l'onction sacrée et la couronne desPiastset dos .laizellons : mais i! répondit à tous : « Les (l(''i)enses et les piéparatifs d'un couioiineni;int s'accordcml mal avec les dangers d'une invasion étrauLTre. Kii de telles circonstances le casrpie ira mieux à mon iront (jue le diadème. Je sais bien pourquoi les Polonais mOnt mis sur le trône. Ce n'est j)as pour représenter, c'est pour combattre. Ma mission (\<t de faire la guerre aux Turks : c'est ma consigne de roi. Je la remplirai d'abord, à plus tard les fêtes î » Bussy-Rabutin ne flattait pas, il était vrai et juste quand le 44 juin 4674 il écrivait ces paroles : a Quand je serais maréchal de France, duc et pair, enfin tout ce (pie je devrais être aussi bien que les autres, je regarderais toujours Sobieski à cent piques audessus de moi . »
Le i'I août Muï Sobieski se met à la téte.de ses troupes, bat les Turks en Podolie, et hiverne en Ukraine. Puis il arrive à Léopol, qu'il fortiGe. Au mois d'août 1675, une nouvelle armée musulmane, plus forte que la précédente, fit une nouvelle invasion. La petite armée de Sobieski campait dans la vallée tout près de Léopol, appuyée aux montagnes qui couvraient son arlilierie. Le 24 août une tempête de neige et de grêle, venant des Karpates, porta l'ouragan sur le camp de$ Osmanlis. Cette miraculeuse apparition de la neige dans la canicule produisit un effet mer\'eilleux sur les Polonais et effraya les Turks. Sobieski en profita, culbuta tout sur son |)assage et arriva à temfx f iour dégager Trembovvla, illustrée par l'héroïsme de madanie ('Jir/anovvska. Cette femme sublime, épouse du comintUidant de la |>l;»ee. apercevant rii(»<itn!ion de son mari, prêta livrer la place aux Turks, s'arme de deux poignards, arrive dans la salle du conseil, et déclare à son mari qu'elle tuera quiconque parlera de la reddition. Par cette conduite elle ranima les esprRs, et
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• sVlanra sur lc> riMn|»ai ls lurino. Pou Hi» jours après, la prcscace de Snbitski ôiiuiznait I tMinouii do la placol
La l'oloirnc. (K'îivrôo onooro uno fois, onvoyait dos dôputalions au libëratour de la républicpio. Joaii 111 se trouvait, dos lo 9 novembre, dans ses terres de Zolkiew^, et ou )e pressait de venir enfin recevoir la couronne quMt avait si bien méritée.
Le 30 janvier 4676, Jean lU arriva à Krakovie, assista aux cérémonies funèbres de Jean II Kasimir et de Wladîslas IV, et le i février il fut couronné dans la cathédrale de Krakovio. Sa loinuio, Marie-Ka^imire, nian|uiso <rArtiuieii, lui ôi^alouionL
Malien* tant do désastres, los Turks re\inronl à la charge, crnyanl S »l)i(»ski tout occupé rlo sa royauté. Les Ottoman? reiiiontaiont, à marches forcées, los rives du Dniester, au mois d'août l()7(i. Le roi des Polonais arrive sur le champ de lintaille, et le 49 septembre attaque 1 ennemi à Zurawno, sur le Dniester. Lo 2!9 septembre et le 8 octobre eurent lieu des combats sanfçlanU. Le 44 octobre, Sobieski, à cheval, parcourt les fronts des lignes et s*ëcrie : « Camarades ! je vous ai tirés de pas plus mauvais que celui-ci. Qiiel([u'un croit-il par hasard que ma této 80 soit affaiblie, parce que vous y avez mis «ne couronne? » A celte voix si ('()iinii(\ l'armre se raniiiic, oL los iiiusuhaans troabl(»s néchis<(Mit. Sans risijuor unedornière l)ataille, le grand \izir demande la pai\, ol lo 17 octobn* elle est sii^née à Znrawno. Celte paix efl'ara san< retour les hunuliations du traiti^ do Uuczai;, du 18 octobre ItiT^î, consenti par Michel. l)e[)uis celle époque los peuples de l'I^uropo, dans leur reconnaissance, ont appo!(' In Pologne le boulevard de la chrétienl(». Par l'article H du traité, les Lieux-saints, à Jérusalem, protégés spécialement par la Pologne, furent remis aux franciscains, et les schismatiques furent éloignés.
Voici comment la Gazette de France de ce temps rendait C()m[)te de ces événements : « Ceux de la jXKstérité <jui liront dans riiistoire de la l'oh^irue les campairnos do celte année, ne pourront ^'imaginer (lu uii l'oi, nuniqnant do toutes sortes de >< r(Mji >. i-t lii-ant tnule >a lorluno do >a prudence et do sa \aliMir, ait eu lo couraLie do se cam|)er. a\" • ou 'kOOO lionunos, à onze lieues de 1oO,000 Turks et Tatars; «pi'il ait vu le bonheur de les empêcher pendant six semaines d entreprendre l attaque do ses avant-postes ; qu'il ait pu enfin vaincre dos ennemis si puissants par sa merveilleuse conduite, réduisant les infidèles à une fuite si précipitée, qu'ils firent en une seule
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nuit, dan< lour retraite, plus de chemin qu'eu trois jours pour venir ailat[(i(T Sa Majest(^ Polonaise !... »
Voici maintonanf rommont Thistorien ih Sot)io?ki, le comte dt' Sai\an(l\ , appivcie les résultats des victoires des Polonais pour le reste de l'Europe. « Ce que Jean Sobieski était pour son pays, la nation polonaise Tavail été pour le reste du inonde. Les {peuples, dans leur reconnaissance, la nommèrent avec raison le boulevard de la chrétienté. Gommept dire en effet ce qui serait advenu, si les Ottomans, alors au plus. Jiaut point de leur splendeur, ne s'étaient pas usés trente ans, comme le dragon sur la lime, au glaive de la Pologne ; s'ils n'avaient pas été empêchés par cette guerre obstinée de tourner toutes leurs forces sur les Vénitiens ou sur les Ini[)ei laux: pendant la longue conflagration (ie rOccidont? Maîtres do Bude et do pros([ue toute la Honirrie, il-i n'avaient qu'un pas à faire pour éoras(M* rAutr icho nu Vcmi^o. ilientôt ils le voudront. Jlais.ia face du monde sera changée : la paix régnera en Europe; Achmet Kiuperli n'aura pas survécu au traité de Zurawno, et Jean Sobieski sera toujours plein de vie. »
Ce fut le 30 novembre 4676 que le marquis de Béthune ap-* porta à Sobieski, à Zolkiew, les décorations de Saintr-Michel et
du Saint-Esprit, de la part de Louis XIV.
Pendant (jue cela se passait dans le midi de h\ Pologne, la conduite équivoque du tzar de Moskovie, au nord, donnait des inquiétudes aiix Polonais. Pour se garantir doue d'une noiivolle inva>ioii d;» co cùlé, Michel Czartoryski et Kasimir-Jean Sapiolia furent envoyés à Moskou. Là, le 47 août 1678, fut signée une trêve qui devait durer jusqu'au mois de juin 4693. Le tzar restitua à la Pologne quelques places de la Ruthénie Blanche, et promit de payer deux millions de florins.
Au milieu des préoccupations causées par la politique exténeure, les ennemis intérieurs aigrissaient l'esprit du roi. Marie- Kasimire remplissait le palais et la république de ses complots ou de ses intrigues. Sobieski avait la ^ olonté de suivre la politique de Louis XIV à l'endroit de l'Autriche. S'il eut agi dans les vues du roi do Fi ance, il aurait pu réparer les pertos qu'il avait t'iit'.s du rol('' do la Turcpiio, ot ébranler la puissance de TAutnche si fatale à la Pologne, Mais le roi subit rinHuenco ot les ^'onseils de Marie-Kasimire ! La Turquie était tellement elfrayée, que lorsque Tambassadeur de la Porte Ottomane vint en Polo- Pïe, en juin 4684, portant des propositions nouvelles dans une bourse de brocard d'or, cet ambassadeur se jeta le visage contre
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terre en s'écrianl qu'il remerciait !o ?nind Dieu et Mahomet fyon prophète de la grâce qu'il lui avait faite de lui laisser voir la face d*uii si grand roi l
Le marquis de Bëthune, ambassadeur de France à Warsovie, eKcitaît, par ordre de Louis XIV, Tekeïy et les Honj;rois contre l Aul riche, et en mars 168?, les Honj^rois formèrent une alliance avec la Turcfuie. I.nuis \IV |)iir\mi a incdro Sobieski dans ses inlénMs. La reslilMimn ',\ la PoloL^ne de la Podolic et de Rainienieç, juMlu'ici aux mains des l iii ks. dcNail iMi-c le [)rix de ce service; mais de vaines susceptibilités de la rcuiu Marie-Kasimire iirunl échouer m projet.
Fière de son élévation. Mai io-Kasimire avait formé le déàir de visiter la France pour déployer son luxe royal. Dans cett« Yue, elle demanda à Louis XIV d'honorer son père d^une duchépairie, et de la recevoir elle-même avec le cérémonial égal à celui ({u'on avait déployé pour la reine d'An^h^terre. Louis XIV lit la Faute de refuser l'une et l'autre demande en disant : cf Je sais la ililVérence i\inm doit faire entre une reine héréditaiiv rl iiiip l'eine ôhM'iive. ('etto n^ponse iinpoliticjue piijua au \if Siil)io"^ki, mais ^t^'lout sa leiaine, qui jura de si» vcnizer de cet outrage gratuit. Elle amena le roi Jean lllà conclure une alliance avec l'Autriche contre la Turquie, alliance diamétralement opposée à la politique de la France et de la Pologne. Le pape Innocent XI (Benoit Ode^calchi) approuva complètement les projets de la reine élective.
Pour mieux tromper le cabinet de Warsovie et pour tirer parti des ressources de la Pologne, et pour profiter de la terreur qu'inspirait aux Turks le nom de Sobieski, les cours de Rome et de Vienne firent des [)i'i)messes éphémères de faire épou?(r au prince Louis-Jaques Solticsivi rarcliiducliesse Marie-Antuinette, fille de Léopold, héritière de la couroîiiic (THspagne par le chef de sa mère; par ce moyen on espéiail aussi de rendre héréditaire la couronne de Pologne dans la famille autrichienne.
Plusieurs seigneurs polonais s'élevèrent contre ces intriînies en disant hautement : «t Jamais nous n'avons voulu des princes du sang d'Autriche pour chefs, et nous prendrions les armes afia de conserver leur joug à nos frères de Hongrie, de Kroatle, de Moravie et de Bohème? Les Turks vont soumettre à leur empire le cours entier du Danube! que nous importe? Quand, il y a deux ans, l'empereur pouvait espérer que l oraiie fondrait sur nous; quand il pou\ait croire que la M'islide passerait sotis la loi de l inlidèle, vola-t-il aux armes? Non, il nous refusa dure-
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ment ses secours ; et aujourd'hui nous lui (trierions les nôtros, alors que le Grand Seigneur nous propose une paix éternelle I Les Turks après tout ne sont pas nos ennemis nécessaires ; ils ont au midi des proies meilleures à dévorer : nos éternels enne-
mis sont r Autriche, lo BiaiHlchourir et la Moskosic. uni osé faire des traités pour iiarta.iïer la république, tjui ne [H'u\eiit s'agrandir qu'à nos d('4)ens. Aussi nos pères ont- ils cultivé pardessus tout ramitié de la Franco, la France, (|ui, placée à trois cents lieus de nous, peut toujours nous défendre, nous opprimer, jamaisl £t c'est cette alliance tutélaire que nous foulerions aux pieds pour nous jeter dans les bras de princes qui sont doublement nos ennemis, car ils en veulent à nos institutions autant qu'à notre territoire! Notre liberté est de mauvais exemple pour tous les Slaves qu'ils tiennent assujettis. Voyez si notre cabinet s'est jamais a{)[)roché des leurs sans se montrer bientôt despotique; on peut prédire à coup sur (pi'en devenant leur ami, tout autre qu'un roi tel que le notre serait devenu déjà l'ennemi de la liberté. »
Le marquis de Vitry, ambassadeur de Louis \IV à Warsovie, promit alors de l'argent et les titres de duc et pair au père do Marie-Kasimire ; mais celle-ci répondit qu'il était trop tard» C'est sous de tels auspices ([ue fut conclu à Warsovie, le 34 mars 4683, entre le roi Jean 111 et l'empereur Léopold 1«% un traité d'alliance offensive et défensive.
LHndolent Léopold I^^**, abandonné des princes de l'empire, implore le secours de la Pologne. Son ambassadeur Wilczek, le nonce du pape, Pallavicini, se jettent aux pieds de Sobieskî. L'un s'écrie : « Sire, sauvez l'empire ! » L'autre ajoute : « Sire, faites plus encore, sauvez la chrétienté I »
Le prince Charles, duc do Lorraine, ouvrit la campagne dès le 6 mai 4682, Lubomirski, avec (juatre mille Polonais, était s(ni^ ses ordres. Le grand-vi/ir Kara-Moustapha évitait, dépassait les forteresses, et niarcliail directement sur Vienne. L'empereur Léopold perdit tôte et courage. Le 40 juillet, avec toute sa eour il quitta sa capitale, et soixante mille habitants suivirent l'exemple de cette honteuse fuite. Cependant le général ijtahrem* berg restait avec quatorze mille hommes de garnison.
Le 44 juillet une nuée de musulmans se répandit autour de Vienne en forme de croissant. Les assiégés étaient aux abois. L'empereur écrit de Passau, le 3 août, une lettre des plus pressantes à Sobieski, et pendant que l'empereur et sa femme Kléonore, grosse de six mois, élevaient des plaintes contre leurs
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(■onseiilors et contre les jésuites, (jui les avaient poussés à la |HM-(>fiiii<iii (h'> Hongrois, unis TiuinuiAi hui aux Tuik-, pendant • lue le iiuii (^ui-^ «le Vitrv, arnbassadeur rie Fi ance en Poloi^ne, nolitiail à Louis \IV que Textrènie embonpoint de Jean lll ne lui permettrait pasdese mettre en c2(mpagno;Sobieski quitta ie 45 août Rrakovie, et partit à la tête de vingt-cinq mille Polono-Lit^ vaniens et trente bouches à feu, commandés par Martin Kontski.
Le %1 août, ils atteignirent fierno (Brunn). Le 24, les troupes alliées se groupent et se soumettent au roi des Polonais. A cette occasion, Voltaire écrivait dans son histoire : a L'empire était là tout entier, il n'y manquait que l'empereur. i>
Le Danube fut franchi du 5 au 9 septembre à Krems et à Tula, et Ton se remit en route. Le 11, Sobieski et ses bra\es occupèrent les hauteurs de Kahlemberp: (Monl-Chau^ e; qui doiuiiient Vii^nne à l'ouest. Entouré dos principaux chefs de rarmée, il fit une reconnaissance. Voici ce (pril en dit dans une lettre coiilideutiello, immédiatement adressée à la reine Marie-Kasimire :
« ... Les généraux alliés m'a\ aient assuré qu'aussitôt que nous aurions franchi ie mont Kahlenberg, les difficultés seraient aplanies, que le chemin de Vienne ne serait plus qu'une pente douce le long des vignobles. Arrivés ici, nous avons d'abord aperçu Timmense camp des Turks, puis Vienne qui se dessinait dans le lointain ; mats les champs qu'on m'avait annoncés, ce sont des forêts épaisses, des précipices affreux, et une immense montairne ([ui s'élève en face et dont personne n'avait parlé. Nous sninnies en conséquence obliiiiés de clianger notre ordre de balaill(\ de faire la guerre à la manièi e de Maurice Spinola et autres qui s'avancent à la sccvra, i^agnent peu-à-pen du terrain. Toutefois, humainement parlant, et en mettant d ailleurs tout espoir en Dieu, un chef d'armée qui ^'a pensé ni à se retrancher ni à se concentrer, mais qui a jeté son camp, comme si nous étions à cent lieues de lui, est destiné à être battu. Déjà le commandant de Vienne nous a aperçus, puisqu'il lâche des fusées et tire sans cesse. Quant aux Turks, ils ont l'air de von* loir défendre le défilé; je vais m'y rendre, car il s'agit de savoir s'ils n'y "Ont pas fait quelque retranchement, ce qui serait flclu Les \ ivres et tourrai:os (pi on devait fournir ne l'ont pas été; cependant la populalion est de très-bonne volonté. Les bataillons d'inlanterie aileuiande qui ont été réunis à la notre servent avec une docilité ipio je n'ai jamais vue dans les miens. Nos troupes re^jardeut d un œii de convoitise le camp desTurl^i et paraissent impatientes de s'y établir. »
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Le 42 septembre 4683, on comnjonra par cëiéhror la messe ; les électeurs, les princes se pressèrent pour Fentendro ; elle fut îiervie par Jean Sobieski. A îienoux tout le temps sur les marches de l'autel, la téte inclinée, les mains en croix, le héros priait avec ferveur; i! communia, puis il se releva pour arm»r elievalîer le prince Jacques son fils et dit : Marchons présentemont avec assurance, Dieu nous assistera ! »
Sobiesivi, lial)ill(' à la polonaise, cou\ oï l d une colle de mailles en acier poli parsemée de petites croix d'or, monté sur un cheval alezan, se lit iie\aiu"(M' pnr un écuyer puilanl un lumclier à armoiries. v\ par un eM>riL.'nr (|ui, pour faire reconnaître i() place où se trouvait le roi, avait attaché un panache au bout de sa lance.
La bataille commence. Le grand-vizir doutait encore de ra|>proche de Tarmée polonaise. Le khan des Tatars s'écrie : « Sobieski est à leur tète l » Ces paroles remplissent le vizir d'inquiétude et de terreur. Les Polonais, exaltés par la victoire, poussent en avant et arrivent sur les (glacis dn camp. Déjà ToHI ardent du roi mesure la profondeur des lii^nes ennemies. Il cltei clie à en démêler le cùLé iaible, el prononce ces mots : « Ils sont perdus! »
Le roi ordonne au duc de Lorraine d atlacpier l)I•ll'^(pIement H'i c^ ^l^i^ Inndis que lui-même va renverser ces masses i urarilées. Le bouclier homérique de Sobieski brille à travers les fumées de la i)oudre à canon el des |)oussi6res soulevées, et <lonne signe que Sobieski est toujours là où le danger est immifient. Les Turks le reconnaissent enfin; ils voient que celait bien Sobieski en personne. Son nom vole de bouche en bouche, glace tons les courages. Tons répètent : « Par Allah, il est avec les siens I » A six heures du soir, Sobieski arrive le premier au quartier du grand-vizir, qui avait fui. Après ôtre demeuré quatorze heures à cheval, le roi descendit et s'endoiniit au })ied d'un arbre. Ainsi fut délivrée la cité impériale après soixante jours de tranchée ouverte 1
Les Polonais eurent à déplorer la mort glorieuse d'Urbanskî, Modrzeiowski, Woyna, Stanislas Potocki et plusieurs autres; parmi les gravement bléssés étaient Doenhoff, AVielnpoîski, 7amoyski, Stanislas MalachowskifZbrozek, Dobczyc, Félix Potocki, Paai fiorzewski, Elie Chodzko et autres.
Maintenant laissons parler le héros. Yoici ce que Sobieski écrivit à Harie-Kasimire des tentes du viâr et de Vienne t
t Seule joie de mon âme, charmante et bien-aimée Mai leUe I
^ » Dieu soit beni i\ jamais ! Il a (loimé la Mctoirv à nolro n;h tion, il lui a donné un inompli,^ t,.|, <j„e |os siècles i>ass(ts n'en vu•on^Jamal^(l('somblahh^ Toiito I arlillenV, tout le camp des mustiluians, (les nchcs<(s iiilinies, nous sont tombés dans ies mains Les apiMoch.'s de la ville, les champs d'alentour sont couverte des nuM is i\v I armée inlidèle, et le reste fuit dans la conflterni. tion Nos gens nous amènent à tous moments des chamem.des muleu, des bœuls, des brebis, que l'ennemi avait avec liri eteri outre une mulUtude innombrablcde prisonniers. De plus il nou> amve un grand nombre de transfuges, la ,>lupart renégats bien habillés et bien montas. La vicloire a < lé si std>ite et <i ( xtraordmaire, que, dans la ville comme dans noire camp on était toujours en alarmes ; on cro> ait voir l'ennemi revenir Vloui moment il a laissé, on poudre et munitions, pour la valeur d'un mulion de florins.
» J'ai été t<«moin cette nuit d'un spectacle que j'avais désiré depuis longtemps. Nos gens du train ont mis le feu aux poudres en plusieurs endroits ; l'explosion a ëté comme celle du jimement dernier, cependant sans blesser personne. J'ai pu voir en cette occasion de (|uellc manière les nuages se forment dansfatmosphère ; m us c'est une mésaventure : ii v a là certainemeol pour plus d un demi-million de perle.
» Le vizir a tout abandonné dans sa fuite ; il n'a -ardé nue son habit et son cheval. C'est moi qui me suis établi son héritier car la plus grande partie de ses richesses me sont tombées dans les mains.
» Avançant avec la première ligne, et poussant le vizir devant moi, j ai rencontré un de ses domestiques, qui m'a conduit dans les tentes de sa cour privée; ces tentes occupent à elles seules un espace grand comme la ville de Warsovie ou de Lrunol Je me suis emparé de toutes les décorations et drapeaux ( u on a œutume de porter devant le vizir. Quant au grand étendard de Mahomet, que son souverain lui à coniié pour cette guerre ie l'ai envoyé au saint-père par Talenti. De plus, nous avons deViches tenlesde superbes équi|)a-es, et mille autres hochets fort beaux et fort riches. Je n ai pas encore tout vu; mais il n'vapas decODil^ara.son avec ce que nous avons vu à Chocim. Rien que ouatie ou cinq carquois montés de rubis et de saphirs équivalent seuls a (piekpies imlliers do ducaU. Vous ne me direz donc pas mon cœur, comme les femmes tatares k leurs maris, lors( .,'ils reviennent sans butin iTun^spa, un yuerner, puisque tn ne m'as
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I rien rappoHé ; car il n'y a que Ihomme qui se met en avant qui
; peut attraper quelque rhose.
>J'ai aussi ud cheval du vizir avec tout le harnais. Lui-mémo aëte poursuivi de fort près; mais il a échappé. Son kibag, ou
' premier lieutenaEt, a été tué, ainsi que nombre d*autres des jTiiicifiaux officiers. Nos soldats se sont emparés de beaucoup (lo sabres montés en or. La nuil a mis (in à la poursuite; et (J ailleurs, tout en fuyant, les Turks so défenfhMil avec acharnement. A tout cet éirard, ils ont fait la plus hello rctirade dn momie. Opendant, les janissaires ont (M(M)iibiiés, dans ieà trauchéos et la nuit on les a tous taillés eu pièros.
« Tels étaient l'orgueil cl la présomption des Turks, que tandis qu*uno partiede l'armée nous présentait la bataille, u|'e autre
' donnait Tassant à la ville. Aussi avait-il de quoi fournir à tout cela. Je les estime sans les Tatars, à trois cent mille combattants; d'autres ont compté trois cent mille tentes ; ce qui composerait un nombre d'hommes au delà de toute pi uportion connue. Pour moi, je compte à pou près cent mille tontes ;car ils occupaient trois caïups immenses.
« De{)uis deux îiuits et un jour, s'en empare ([ui veut; ceuxmôrne de la ville >oiit venus prendre part au butin; je suis sOir quils en ont pour huit jours. Les Turks ont laissé en fu\ant beaucoup de captifs du pays, surtout des femmes, mais après en avoir massacré tout ce qu'ils ont pu. Il y a donc par confisquent beaucoup de femmes tuées; mais aussi beaucoup ne sont qno blessées, et elles peuvent encore se rétablir. J'ai rencontré hier un enfant de trois ans, un charmant petit garçon, à qui un de ces lâches a hideusement fendu la téte par la bouche. Le vizir s'était emparé, dans un des châteaux de Tempereur, d'une très-belle autruche vivante ; mais il lui a aussi fait couper la t^te: pour qu'elle ne retombât point au pouvoir des chrétiens. Il est impossible de d(''tailler tous les raffinements de luxe que le vizir réunissait dans ses tentts. 11 v avait là des bains, des petits jardins avec des jets d'eau, des garennes à lapin, enfin jusqu a un perroquet à qui nos soldats ont fait la chasse, mais qu ils n'ont pu saisir.
D Aujourd'hui, je suis allé voir la ville; elle n'aurait pu tenir au delà de cinq jours. Le palais impérial est criblé de boulets ; ces immenses bastions, crevassés et à moitié croulés, ont un aspect épouvantable; on dirait de grands quartiers de roc.
» Toutes les troupes ont bien fait leur devoir ; elles attribuent a Dion et à nous la vicloii e. Au momeiit où renneini a coin-
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mencé de plior (et 1»' plus grand choc » eu lieu là où je me trouvaU, vis-à-vis le vizir), toute la cavalerie du reste de Tarmée 8*e$t portée vers moi à Taile droite, le centre et Taile gauche ayant déjà fort peu à faire; j'ai vn alors accourir M. de Bavière, le prince de Waldeck et autres; ils m*enibrasssient, ils me baisaient le N isLiLce; les gémVaux bairîaient les mains et les pieds; les soldats, les oliiciers à pied et à cheval, s'érriuicnt Ah! unser hrarc loniff! Ah! notre vaillant roi. Tous ui obéissaient encoi e mieux que les miens.
« Ce n'est que ce matin que j*ai revu le prince de Lorraine et M. de Saxe ; nous n'avons pas pu nous rencontrer hier, parce quMls étaient à Textréme gauche ; je leur avais donné (luolques escadrons de nos hussards, commandés par le maréchal de la cour, le chevalier Jérôme Lubomirski. Le commandant de la ville SlahrcinbiM g est aussi venu me voir aujourd'hui. Tout cela m'a embrassé rii im UonriaiiL le nom do >iiu\ (»;ir.
» J'ai été dans deux églises où le peuple m'a baisé les mains, les |)ieds, les habits; d'autres, qui n'y pouvaient toucher qui» de loin s'écriaient : Ah! doimez-nous à baiser- vos mains victorieuses! Ils avaient Tair de vouloir crier vivat: mais ils étaient retenus par la crainte des officiers et autres supérieurs. Cependant un gros du peuple fit entendre une espèce de vivat! k remarquais que les supérieurs allemands le voyaient de mau* vais œil ; aussi a[)rès avoir dîné chez le commandant, me hâtai-je de quiller la ville et de revenir au camj). La foule m'a reconduit jus(tu'au\ port(s. Je vois (jue Stahreiaberg est en mauvais.» intelligence avec le maLri>tral (K* la ville. En me recevant, i! ne m'a ju'ésenlé auenn des enijtlou's civils. L'empereur ma iàil savoir qu'il était à deux lieues d'ici...
» Mais voilà ïe jour qui commence à poindre; il faut que je finisse cette lettre. On ne me laisse plus la faculté d'écrire et de jouir [)lus longtemps de votre aimable téte-à-téte.
)) Nous avons p(M\lu beaucoup des nôtres <iaii> hi bataille. Parmi les étrangiMs, le prince de ('roy a été tué, son ]rèree?t bIe-<<'\ et ils ont encore perdu quelques autres personnages de marque.
» Il padre d'Aviano m'a embrassé un million de fois dans l'effusion de sa joie ; il prétend avoir vu pendant la bataille une colombe blanche planer sur nos armées. Nous nous mettons en marche dès aujourd'hui pour poursuivre l'ennemi en Roni^no. Les électeurs m'ont dit qu'ils m'accompagneraient.
MibTOlAE iHÙ POLOGNE i07
» C'est vraiment um^ ande bénédiction de Dieu. Honneur et gloire lui en soient rendue à présent et à janiais !
» Dès que le vizjr se fut n[HH\n (ju il ne pouvait ])îus tenir, il (it appeler ses fils auprès; de lui, et se mit à pleurer comme un <Milaiil. Il dit ensuite au khan des Tatars : « Sauve-moi si tu paix! )) Le khan lui rëpomlit : « Nous le connaUêOiM bien, k roi de Pologne ; il est impassible de lui résister; smgeons phUôt à mtutirerde là! »
9 Nous avons des chaleurs si accablantes, que nous n'existons plus qu'à force de boire. On vient de découvrir encore une grande quantité de munitions de guerre. Je ne sais \ raiinent pas ce qui leur sera resté, et avec quoi ils feront la campagne. Jo rerois dans ce moment le rapport que l'ennemi a abandonné une quinzaine de pelil> (anonsdans sa fuite.
0 Je suis au niumeni de monter à cheval pour marcher en Hof)?rie, (^t j'espère, comme je vous l'ai dit en vous quittant, \<m re\oir à Stryi. Que Wyszynski y fasse réparer les cheminées et préparer les apparSements.
» Cette lettre est la meilleure gazette, et vous pouvez vous en servir à cette fin en prévenant que c'est la lettre du roi à la reine.
»Les prino0S de Bavière et de Saxe (Maximilien-Ennnanuel et Jean Georires III) sont décidés à me suivre jusqu au bout du nioiiuL. Il nous faudra doubler le pas pendant les trois premières lieues, à cause de rinsu()p()rtal)le infection des cadavres, tant d'hommes que de chevaux et de chameaux.
« J'ai écrit au roi de France; je lui ai dit que c'était à lui particulièrement, comme an roi très-chrétien, qu'il me convciiaii (Jo faire mon rapport de la bataille gagnée et du salu( de la chrétienté.
» L'empereur Léopold est à deux lieues d'ici. Il descend le Danube en chaloupe; mais je m'aperçois qu'il n'a pas grande envie de me voir, peut-être à cause de l'éticpielte. Il se presse d'arriver à Vienne pour faire chanter le Te IJeum : \ oilà pour- 'jiioi je lui cède la plac(>. Je suis fort aise d'éviter toutes ces ei^réinonies; on ne nous a régalés que de cela juscju'à ce jour. Notre Fanfan (Jacrpies Sobieski ■ (\st brave au dernier point.
Plus tard Jean III cr rivait encore :
'>... Les Turks oiu défendu quelque temps leur camp et leurs tonte?;. Au moment où ils les eurent xivacuées, je fis publier la peine de mort contre tout cavalier qui descendrait de cheval et tout fantassin qui s'écarterait des rangs : nous nous attendions
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à toul moment à voir revenir l'ennemi sur nous, dès que nous serions disséminés pour le pillage. Bientôt la nuit est survenue,
on ne se voyait plus , alors les soldats ont alliniK^ les lkiiiil>eaux tiirks, (»t c'est avec leur secours qu'ils ont coiiiiiiiMict^ à i-horchor et |Mllt r, surlDuf olliciers qui avaient des valets à leur suife ou (les ^^ens assez (iëtt i m iiés [>onr [)as se laisser arracher les lentes une fois qu'ils les avaient occupées... Ces valets se sont emparés la nuit rl'une quantité de betlos chosi^s qui se trouvaient dans l(s tenles du vizir. On avait beau en détendre rentrée, ils faisaient une ouverture du côté opposé et emportaient ce qu'ils voulaient. Un petit Kosak, marmiton d'un enseigne, a apporté à son maître pour plus de quatre mille ducats de bijoux...
» Je vous envoie, mon amie^ la liste des munitions qu'on a
prises dans le camp turk, et dont nous devons l'aire le partage. Outre les prisonniers et les étendards nous avons pris .«;oi\anlP canons de 48 livres, soixante de 24, cent cinquante de niuuulie calibre, quarante niorl u^rs, neuf mille chariots de munitions, ua million deux cent cintjuante mille tentes, cinij millions do livres de poudre. C'est une chose inconcevable que l'immensité de leurs préparatifs et des trésors qu^ils y ont prodigués. Notez que la moitié avait déjà été gaspillée par notre armée^ car on n'a commencé à faire la liste qu'après trois jours de pillage. Jusque-là) chacun prenait ce qu'il voulait. On a brûlé trois fois plus de poudre qu'il n'en est resté... Quant à mon butin, il n'y a pas moyen de tout écrire; mais les choses principales sont: une ceinture de diamants, deux montres de diamants, quatre ou cin(î couteaux fort riches, cinq carquois de rubis, de saphirs et de perles fort riches ; des couvertures, dos lapis et mille autres iiai^titoîles, des fourrures de martres zibelines, les plus belles du monde. Il y a beaucoiq) de ceintures en diamants parmi les soldats : je ne conçois pas ce ((ue les Turks en voulaient faire, car ils n'ont pas l'habitude d'en porter; peut-être voulaient-ils en parer les dames do Vienne qui seraient tombées en leur pouvoir...
» Au moment où la déroute a commencé, le vizir est entré dans sa tente et a ordonné à sa suite de se saisir de tous les sacs d'argent. Aussi y avait-il des transfusées (pii apportaient avec eux jusqu'à deux et trois mille ducats. J'ai nne cassette d'or massif, dans la(|iii*lle soîit enlei inées trois feuilhs d'or de l'épaisseur .d'un parchemin. Ces fouilles sont coinertes de (ïpivvA qui ont l'air d'être cabalistiques. C'est daiàs celle casselU'
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ton
que je garde l'imago do la i^nlnle Vierp:o dont vous m'avez fait présent. Quant au grand trésor, il est imposi^ible d'apprendre ce qu*ll est devenu ; je suis arrivé le premier dans les tentes du vizir, et je n'ui vu personne s*cn e[ni)arer. 11 faut ou qu'il ait été distribué aux trouprs, ou ([u*on no nous Tait pas encore amené, ou qu'il ait été envoyé sur les derrières avant la bataille. »
Toute la chrétienté, les rois, les princes, les iiommes distingues en tout ,irenre s'empressèrent d'écrire à Sobieski pour le félicittT <i'une victoiri» si extraordinaire. ÏI nous suffira de citer ici pour exemple une de ces lettres. Voici connnent la reine de Suède, Christine, ûHe de Gustave-Adolplie, et retirée alors à Rome, écrivait au roi des Polonais :
« C'est un grand et digne spectacle que celui qui a été donné au monde par Votre Majesté dans cette mémorable et glorieuse journée, pour laquelle le saint-siége et l'univers tout entier vous doivent tant, ([uo c'est une obligation personnelle pour tout chrétien d'applaudir à votre iiloir© et de témoigner sa joie. Dans cet heureux jour Votre Majesté s'est montrée digne non-seulement de la couronne de Pologne, mais de celle de l'univers. L'empin^ du monde vous serait du si le ciel l'eût réservé à un seul potentat. J'ose dire (pie personne ne met a plus haut prix que moi votre gloire, vos travaux, votre dévouement, votre victoire sur les maîtres de l'Asie, et je m'en fais gloire ; c'est que personne n'a mieux connu les dangers (]ue nous avons courus, mieux jugé la ruine et l'extermination dont cette formidable puissance nous menaçait. C'est à Votre Majesté, après Dieu, que désormais tous les autres rois doivent la conservation de leurs royaumes. Moi, qui ne possède plus de royaume, jo me reconnais redevable a vos exploits de ma \ ie, de ma liberté, tii' mon repos, ce bien que j'estime au-dessus de tous les empires de la terre. Je dois pourtant avouer mes torts envers \m si grand roi que Test Votre Majesté. Je suis tourmentée de la passion de l'envie, mal d'autant moins tolérable (lu'il m'est plus nouveau. Je n'ai envié jusqu'à ce jour aucun de mes contemporains. Votre Majesté seule m'est un objet d'envie, m'apprend que je suis sujette à ce sentiment, dont je me croyais entièrement incapable. Âu reste, ce que j'envie à Votre Majesté, ce n'est ni sa couronne ni ses trophées : ce sont ses privations et ses dangers, c'est le litre de libérateur de la chrétienté, c'est la gloire et la satisfac litiu d avoir, on peut le dire, donné la vie et la liberté à vos amis et à vos ennemis, car c'est là ce que
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VOUS avez fait. Puisse Dieu, seul digne prix des actions héroï<|ii( vous tenir compte de vos travaux dans çe monde et
(lan> 1 : uiIl ! Il li ) il quo lui (lui pulsso dignement vous ré-
Mtlis iH'ndaiil c|uo Sobii'>ki rccrvaU dos truioi*:naij:es (^clalanls ot (le si loiu de hi l»arl des iummuiuo^ (\\n n'tHiùcnt inniams que très-indiroctiMiiont pnr \<\ \ni\^^M\co i^\\mm\m\ quHh' reconnaissance devaient éprouver e(Hi.\ (|ui lui dovaicMit diroftomonl 6t immédiatement leur salut? Voyons mainleiiaat comment se conduisit Léopold l»^"- ei sa cour.
Ce ne fut que ie H septembre, lorsque tout le danger était complètement passe, que Lëopold arriva à Vienne. 11 délibéra lonj^lemps avant de savoir comment il devait saluer le hëros qui venait de sauver son empire. Le duc de Lorraine, étouffant son ressentiuient pour Sobieski, qui l'avait fait débouter du sceptre de Pologne, s'écna : » Sire, saluez, votre sauveur san« cénMiMide v\ le< bi a.^ ouverts! »
Fatmui' di' i r^ misérable^ diseii>sioii> d'étiquette, Jean 111 voulait repartir sans voir rHinpnfur, iur.-qu'il fut déridé ipie les deux monanjues se verraient eu plein champ. Kn eliet le bï sej>tembre, eut lieu celte enii e\ uo à Schwechat, à deux lieues de Vienne, sur la roule de Prcsbotirg.
Les deux souverains s'approchaient chacun du côté opposé, et quand ils se trouvèrent à une petite distance, Sobieski, voyant que l'etnpereur ne faisait aucun mouvement, lève son bras pour caresser sa grande moustache; l'empereur, croyant que c'était pour ôler ie bonnet à la polonaise que portait le roi, mit alors la main à son tricorne et se décou\ril, après avoir balbutié (|uel(|ii('- mois (ie rrcoiin.i i- ance d un air embarrassé. Le n)i ItMiclin alors à soîî bouiiol mais sans Toter, et dit <i'une voix calme mais forte à pouvoir être entendue de tout le luutulo : « Mon frère, je suis bien aise de vous avoir rendu ce petit service! » Ensuite, prenant son fils Jacques par la main, il i^" présenta à Léopold en disant : « Voilà mon fils, que j'ai élevé pour la chrétienté! »
L'empereur inclina à peine la tète et ne répondit rien. Outré de la morgue autrichienne, Sobieski tourna la bride de son cheval et dit : « Je xnh rejoindre le ^rm de Tannée; j'ai donné ordre à mes géuéraux de vous la montrer, s*il vous plaît de la Noir. »
Le leiKi'-iiriin, Li'Opold envoyant une épéo riclmmont mnnîi'f" au prince Jacques, lui écrivit uuo ietti-e d'excuse, ou li aitiibiiuit
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SOU eniLarras h la stupour quo lui nvait ransoo ia vue de son [>pro. siiM^ciir (le son (Mnpiro. Sobii^ski. poiii- no rion devoir à Lc;tjt(il(l. le 19, (les cadeaux plus l'icluv^ (pio ceux quo
son lils el les izénéraiix polonais avaient reçus de l'empereur.
Malirré tous les déi^oùls qui l'entouraient, Sobieski crut devoir piMiii» rmililèiromont de sa victoire, etil poursuivit les Oitomans vil Hongrie. Le 7 octobre, il fut surpris à ParLan et battu, mais i^' 9) il répara brillamment cet échec à Gran. Cependant les Polonais, abandonnés par TAutriche, prirent la route des Kari^ates, au milieu des neiges et essuyant des pertes plus sensibles ciue celles qu*ils avaient essuyées pendant toute cette campagne. Le roi Jean 111, en pusant par Lul»()\\ la dans la slaruslic polonaise de Spiz (Zips), ariisa a Kiakn\ le décembre i()83.
Aini>i se vérilièrent les pic\isiuus de ceux (pii avaient juré de ne jamais croiie au })ei (ide cabiuctdeVieuue.il n'était plus '{ueslion du mai iaiie du prince Jacques avec rarchiduchcâse, et les ministres autrichiens refusaient jusqu^aux vivres, logement et solde aux troupes polonaises qui restaient encore pour protéger l'Autriche !
Pendant cei)t ans les Viennois célébrèrent Tanniversaire de ces événements, niais particulièrement le 4 4 septembre, jour de
lasoitdisant arrivée triomphale de Léopold I Malgré ce mensouiîe officiel, cet anni\ ersaire parut encore inopportun à rempcreur Josoph II, ffui Tabolil eu 17H3!
k^'s lAclictés et les iiiKiiiités se sont reproduites à toutes les n»*><jues comme les umllieurs de la Poloi,'ne. Des écrivains à l'aijos ont insulté à ce pays quand ses ennemis le menaçaient et l (jp))rimaient. Mais si nous avons à déplorer souvent les écrits
les faits relatifs à une cause qui intéresse toute l'humanité, nous nous faisons un devoir de citer les écrivains, à quelque opinion qu'ils appartiennent, (piand ils rendent justice à la Po- Id^e et aux Polonais. Ainsi Af . Charles de Montalombert publia.* dans le journal Y Avenir de 1831, un article à propos tl»* rani.; w jsaire de la (l(''li\ rance de Vienne, et lorscjue les ï">ijvelles de la cliutt^<ie V\ arsovie n éiaienl pas encore connues il l'iins.
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