CHAPITRE YII
Barbaries moskovitflS. — Massacres du 27 février 1861. — Cérémonie^; | funèbres. — Discours de Pabbé Deguerry à Paris. — AljolitioD de I la Soci('ié agronomiqne. — Hynwies polonaises. — Lutte provoqot^ > I»ar le rprrutement commenc«* le 15 janvier 4863. — Adresse des oa-
vrif'v^ polonaijs aux ouvm'ots de France. — Proclamation du CoiTiiî cciiir il lie Varsovie. — Dictature de Langiewicz. — I! est arrêté par rAulnchu. — Insrectioii en S:mi()f»itie, en Litvanie eldans les Riithénies. — Oukase d'Alexandre il. — Système d exerminatioa, — Impassibilité de i'Kurope,
En dépit des promesses soit-dîsant libéralos el ('mancipalrices, les massacres ne cessaient d'ansanglanter la Pologne. L'Europe s emut de la barbarie moskovite, et toutes les opinions furent unanimes à flétrir la politique tzarienne. Dans la Poloirne, comme dans le reste de TEurope^ on célébrait les funérailles des victimes mortes le 37 février. Outre les innombrables blessés, cinq moururent mr le coup : c'étaient trois catholiques, un pro-
BISTOIRE DB POLOGNE
lestant et un juif. Eh bien, dans li s églises catholiques, comme i;iris ies temples protestants ou dans les synagui^ues, ces difîérenles relii^ions semblaient être confondues, lorsqu'il s agissait ie prier pour les âmes des martyrs de la férocité moskovite. Parmi plusieurs cérémonies, nous mentionnerons ici celle qui aut lieu à l'église de la Madeleine à Paris. Voici Tadmirable discours que le vénérable curé, le chanoine Deguerry, improvisa, à cette occasion, le 46 mars 4804 :
Ploralus et uiutaliis iiuiltiH.
* De grands gémissements et beaucoup de larmes. »
(Evangile de SaîfU'Maihteu)
et Mes frères, vos âmes sont pleines de vivs et profondes émotions ; elles sont pleines de gémissements, pleines de douleurs et pleines de larmes. Yollà pourquoi je vous adresse les paroles du Saint-Evangile : il y eut de grands gémissements et beaucoup de larmes : Uhttatus et pîoratits mnltus f
c( Vous savez pourquoi ces gémissements qui sont dans vos iîmos sont pleins de larmes, Ce sont des événements (|ui sont connus, (lofit NOUS savez los iin^ et les autres les détails... Vous savez cet amour de la patrie, ne cessant jamais d'être ardent en vos compatriotes; vous savez ces manifestations simples, naturelles, produites par Tamour de la patrie; vous savez ces foules, ^'agglomérant, mais ne voulant être que pacifiques et n'ayant pos d'autre intention que celle d'être pacifiques ; vous savez ces foules sortant de l'église, la bannière de la patrie déployée à tous les yeux, cette croix, qui semblait venir du ciel et qui disait : A qmouT / Et cette foule immense qui se prosterne... Vous savez al{)rs l'événement terrible, cette charge que j'ap|)ellerais V)arl)are, si l'esprit qui préside à cetto auguste cérémonie no m'interdisait pas des paroles de cette nature; vous savez cette foule troublée, saccagée, le sang répandu ; vous savez ces corps relevés sanglants ; vous savez ensuite ces protestations adressées; vous savez le convoi de ces augustes victimes; vous savez cet ordre s'établissant par le fait de vos compatriotes et des plus jeunes, au milieu de là grande ville, la force armée éloignée, honteuse en quelque sorte du rôle qui lui était imposé ; \ous savez cette marche funèbre, ces corps portés à leur dernière demeure; vous sa\ez que quelques-uns des membres les plus augutes de votre patrie, traversant la voix publique en
HISTOimB DB POLOGNE
même temps que la foule, lui recommaudaieat la Iroide dignité, vous savez tout cela.,.
c Eh bien! nous venons vous dire qu'en ce jour votre cause a remporté une solennelle et décisive victoire. Û faut donc ici un mot pour votre cause» un mot l our la vérité, un mot aussi pour la grande victoire que vous venez de remporter, victoire pour les destinées de la Pologne !...
» Votre raiise, quelle est-elle? Klle est sacrée, votre cau>e. Pourquoi donc. ? parce que tout ce qui t^sl selon Dieu, est sacré; parce que tout qui est conforme à la jitMisée du Dieu est sacré, de uièiiie que tout cela est saint... Ou est-ce qu'une chose sainte?.,. C'est une chose qui est selon la pensée de Dieu. Or, votre cause renferme la famille et la patrie... Est-ce que Dieu ne veut pas la famille et la patrie? Qu'est-ce que la famille? L'établissement de Dieu. Qu'est-ce que la patrie ? La réunion d'un certain nombre de familles. Le divin Sauveur a aimé sa patrie... Vous savez qu'un jour, la voyant près d'être la proie de calamités immenses, il a pleuré sur elle; il n'a pleuré que trois fois : sur 1 aunlié, sur sa patrie, sur riunnanité.
» Je vous le dirai en (pielques paroles siuipies et en peu de paroles : voire cause est sainte, parce que votre cause, elle est la cause de la famille et de la patrie. La patrie! Qu'est-ce donc que la patrie! C'est le culte des aïeux, le souvenir de leurs combats, de leurs vertus ; la patrie, c'est rillustration des grandes familles; la patrie, c'est la transmission des nobles sentiments; la patrie, c'est le souvenir de la victoire, quand des choses fameuses ont été faites et accomplies par elle, quand elle a écrit son nom en caractères ineffaçables dans les annales de l'Église, et la vôtre a écrit son nom en caractères ineffaçables dans les annales de l'Église. Savez-vous qu*est-ce que votre patrie?... C'est le souvenir d'un peuple qui ne s eilacera jamais de celte terre tant que cette terre conservera des sentiments nobh^s et généreux. Ah ! (jifil est doux le souvenir de la patrie pour ceuv qui eu sont éloi^MHVs et qui, sur la terre étranizère, entendent résonner à leur oreille quelques mots de la langue maternelle qu'on ne parle pas sur cette terre étrangère 1 On éprouve alors une émotion profonde qui saisit, un t ransport dont on n'est pas le maître. C'est ma patrie qui parle 1 La Pologne n'a-t-elle pas pas écrit son nom dans les annales de l'Église I N'est-ce pas elle a sauvé l'Église au xvit* siècle, qui a arrêté le torrent de la barbarie et lui a opposé un obstacle infranchissable, au moment où elle s'avançait avec une impétuosité telle, qu'on pouvait
HISTOIRE DE POLOGNE
croire que tout «Stait perdu? C'est la Pologne^ c'est Sobieski» votre grand aïeul, votre grand concitoyen, c'est lui qui a îtàt reculer le croissant.
» Voyez comme elle est belle, votre patrie ! Voici des dëputëfl de votre nation deniaiidant à u?i i)a|)0 des reliques pour Notre pays, et le pape répondant : J)es reliques? mais la Polof^ touÈ entière est une relique !... Magniiique témoi^^nage I ne croîs pas que jamais rËglise ait porté en si haute estime une nation par un pareil langage : oui, votre patrie tout entière est une relique ; et c'est pour cela qu'elle est impcVissable, autant que sainte et sacrée ; vos aïeux, invincibles parce qu'ils étaient unis, ne partaient jamais pour les iimnortels combats, où ils ont illustré le iioiu (le la INtloirrie, sans emporter a", ec eux un peu de la terre de leur pays. Ils \oulaient toujours avoir queltjues parcelles de cette terre, quelques :jrains de poussière de celle terre, et ils demandaient que quand on couvrirait leur dépouille mortelle, on répandit sur elle ces grains de ix>ussière de la terre de la patrie qui avait été appelée sainte, qui avait été appelée une grande relique par le pape. Et comment cette patrie ne serait* elle pas chàre, comment ne serait-elle pas aimée de toutes les puissances du coBur humain, cette patrie qui, avec la nation irauçaise, s'est immortalisée par les services qu'elle a rendus à l'Église !
Nuu> avuiia dit (juc vos coinpatriolcs. dans ces deraiers temps, avaient remporté une {^^aiide et (lécisi\ e victoire. Nous dirons pourquoi elle est décisive. Une grande vicioire I... voyons, qu'est-ce que c'est qu'une grande victoire remportée? Sont-ea des ennemis abattus, renvers(\s ? Sont-ce dos torrents de sang répandus, des villes incendiées? Ce n'est rien de tout celaé Qu'est-ce donc qu'une grande victoire? C'est quand l'ennemi est vaincu, désarmé, subjugué par la puissance morale, bienau'» froment forte que celle des armes. Alors c'est une véritable \ iefoire; alors, la cause qu'un soutient est victorieuse : c'est pour cela (lue nous vous déclarons \ainqueurs dans cet é\ énement dont nous célél)i;ons, en ce liKiment, la victoire. Voyez les premières lettres des noms de ces illustres victimes appendus sur ces murs : ce sont des martyrs, ce sont aussi des vainqueurs, car martyr veut dire vainqueur. Oui, nobles victimes dont noué honorons la mort, le sang a été répandu, la foule a été âiq>ersée, j(>tëede côté et d'autre... et vous avez vaincu I... Vous avez forcé 1 ennemi à vous resfarder avec une certaine soumission à votre voiunlu , ii d compris qu il idilail cûder, qu'il [allait s'arrangef
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avcr \ ou>. ot c'est >(>u> oe rapport que vousauv. été viclorioux.
» Eh bien! supposez, qu'armé»^ contre armén», ardeur euiUro ardeur, glaive contre glaive, munitions contre munitions, puissance matérielle contre puissance matérielle, vous eussiez succombé sous le nombre, vainqueurs par le courage, est-ce que vous aurieE eu une victoire pareille à celle que vous venez de remporter? Et alors même que vous eussiez triomphé matériellement, vous Tavez fait dans d'autres circonstances, et magnifiquement; mais comment voulez -vous que le petit nooère triomphe toujours contre le jjrand? Quand il s'agit d'employer la force iiiatcrielle, il faut des miracles, des prodiges, Dieu ne les donne pas l i jours : d'ailleurs il voulait vous faire pass<»r parles grandes épreuves, jvdr les grandes victoires, il \nulai' vous faire remporter une de ces éclatantes victoires ((ui a[jpHrtiennent autant au ciel qu'à la terre. Mais le tl février 1864 \ ou> avez vaincu, car on écoute vos plaintes, vos réclamations, ou écoute vos observations. Tous vos droits, sans doute, n^ont pas été reconnus, mais enfin quelque chose Ta été, et c'est un fait immense. Ce quelque chose, c'est la victoire des premiers chrétiens. Ils ne combattaient pas non plus avec le glaive contre le glaive; ils acceptaient le feu, ils acceptaient le fer, et ils ont vaincu tout cela. Est-ce vrait il y a donc une force dans cette arme de la réclamation pacifique. Sans doute cela vous coûte, à vous. Polonais, à vous, pleins d'ardeur, à vous, qui voulez lutter et ([ui, certes, lutteriez volontiers si c'était à pareil nombre. Que dis-jc à panul noiuhre! vous lutteriez volontiers, hn^siez-vous encore moins nombreux. Sans doute, il vous en coûte de combattre avec des armes pacifiques; mais prenez-v garde, il faut ({ue vous vainquiez; or, les armes pa ci H ({ues sont les plus redoutables, car elles sont les seules invincibles.
» Ainsi, vous avez remporté une grande victoire, plus grande que celle dont vous vouliez célébrer Fanniversaire du 25 février 4834, car la victoire dont vous vouliez célébrer Tanniversaire i n'a pas servi au triomphe de votre cause, tandis que celle que vous venez de remporter a abouti au triomphe de votre cause!
» Vos modèles, les martyrs des premiers siècles de l Églisp, ont-ils jamais dit : i\om avons vei'sè assez de sanif et répandu assez de lanncs ; qiunid vous lèverez vous et jnyet ez-vous uutir causa? Notre ]i(itie)ire est à bout!,.. Non, ils n'ont jamais dit cein, et pen(iaut trois Mccles ils ont rer;u le coup de la mort. Quand triompiierez-vous, messieurs?... je ue le sais pas; mais je sais que l'auiour de la pairie est vil dans vos cœurs, et je .
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«ais que, ne sf^parant jms raïuoiir de la j)atrie do l'amour du Christj cet amour est invincible ; que, si je ne puis assigner l'heure de votre triomphe, je puis afïîrmer votre triomphe.
» Un illustre général, qui n'est plus de ce monde, qui faisait partie, en 4838, d'une des grandes assemblées de la France, que j'ai souvent vu au pied de cette chaire^ disait un jour dans une autre enceinte : « Qua la Pologne gàrde la religUm, la foi^ et tàt m tard êUe sera eauioée!... » C'est que dans la religion, messieurs, il y a un principe de vie, il y a un principe d union, \uus le savez, et que ce que la religiou a uni, on ne le divise pas. Or, quand ou n'est pas divisé, on reste, quoiqu'il advienne, le maître des situations. H faut du temps, peut-être, pour arriver à une victoire définitive. Ou'importe I continuez à exprimer votre pensée. N'entendez-vous pas de tous côtés les transports (le l'Europe, quia salué de ses acclamatigns lanouvelle de votre victoire?... N'entendez-vous pas qu'elle s'unit à votre cause encore plus que lorsque vous la défendiez les armes à la main ? N'entendes-vous pas arriver des quatre points du monde les marques d'assentiment, les félicitations, les encouragements dont on vous couronne aujourd'hui? Voyez ce que peut produire une protestation calme et froide. C'est beau de voir tous les employés du gouvernement se retirant, et faisant par leur retraite cette niai^'nilique manifestation : Non, nous ne voulons pas sertnr i tniqiiitù, et c'est une iniquité de courber un peuple dans l'esdavage^ dans la servitude. Nous ne vonlons pas commettre riniquité^ en être les complices ! C'est beau d'avoir ainsi protesté, protesté par la prière, protesté par les larmes, protesté par le cœur.
» Un jour, nous vous disions dans une autre enceinte : C'est un état bien douloureux que l'état d'éloignement de la patrie; mais cet état est encore plus douloureux quand ceux qui sont éloignés de leur patrie manquent de choses nécessaires à Texistence, quand ceux qui sont éloignés de leur patrie sont enchaînés par la maladie. » Nous vous disions cela et nous ajoutions : « Offrez à Dieu vos douleui^, les gémissements, la détresse de • vos malades, puis, assistez vos malades, secourez-les, faites tout ce qui est en votre pouvoir, à votre disijusition pour leur être utiie?^ ; soyez c hnritables, soyez vertueux ; Dieu protège la cause de ceux qui pratiquent la charité et la vertu. » Eh bien, nous vous répétons aujourd'hui : protestez contre ceux qui ont osé s'appeler vos maîtres, lorsqu'il ne doit y avoir qu'un maitre ; protestez par des moyens de paix ; protestez par votre union, l'uaion triomphe toujours de la force ; protestez par vos prières,
S<t aiSTOIU DB l»OLOGKC
par VOS vertus, par votro charité iriuiuelle. Soypz unis; aimez-, vous les uns les autres; ne soyez qu'une seule famille; que les | pîii< forts soutiennent 1m plus faibles; que ceux qvà ont de la fortune la partagent avec eaux qui n'en ont pas; que ceux d'entre tous auxquels le bon Dieu a donné cette position de fortune sachent bien qu'il ne la leur a donnée que pour la partager avec leurs frères; soyez unis dans Tamour de la patrie; soyez unis dans Vamour du Christ qui a pleuré sur sa patrie.
» Dites-moi, lorsque les grandes basiliques de votre pays s'élevaieulde la terre, est-ce que ceux qui les construisaient pensaient qu'ils y viendraiont prier seuls? Non, ils travaillaient pour le^ iioîiérations futures. Supportez donc le poids du jour. Ïp> peuies, U'S privations; travaillez à conquérir voti-e patrie, et dit^vous : « Qu'importe que je la revoie ou que je ne la revoie pas ; des générations viendront après moi qui la verront et eo jouiront. »
» Je termine par un trait tiré de l'histoire de l'Église, qui m'est d'ailleurs suggéré par votre propre histoire : Une jeune fille fut amenée dans Tarène. Les juges qui l'avaient condamnée à mort l'avaient condamnée à être dévorée par les bètes. On la porta
dans l*àrène; un Mon y entre, il la regarde. 11 s'arrête d'abord, il s'approche d'elle, ensuite lui lèche les mains et se couche à ses pieds.
» 0 P0I0L710 ! il y a plus d'un siècle que (jar les divisions intestines, bien plus que par la force de ceux qui se constituaient alors tes ennemis, tu es entrée dansTarène du martyre. Plusieur? fois tu as essayé de briser tes fers, et plusieurs fois on t'a domé des promesses, sur lesquelles tu devais compter. Noble Pologne! 1 toi, tu as toujours rempli les promesses que tu iaisais ; tu as | toujours donné ton sang, comme cette jeune fille, comme cetts | jeune martyre ; tu es dans Tarène,' tu ne peux plus briser tes fers pour les jeter à la tète de ceux qui en ont chargé tes bras ; tu ne peux plus lutter contre le lion qui te regarde et qui semble • te menacer de sa férocité. Il te regarde, mais il ne s'apprête plus à te dévorer. Un cri de réprobation retentirait sur sa té\e : il te regarde, il s approche de toi, il écoute ta plainte, il st iiible a >uloir accorder quelque chose à ta soutfrance. Noble Pologne! in | verras tomber tes liens dans quelques jours, dont je ne sais pas le nombre. Le lion viendra lécher tes plaies, baiser tes pieds | meurtris. L'Europe, qui aujourd'hui, te regarde, s'unira à toi, \ et alors tu continueras ta grandeur, et tu élèveras les mains au | ciel, en disant : O Christ^ par qui j'ai vaincu, soyes életnells^
ment adoré : à vous la gloire, la reconnaissanoe,* à voua Tamourl Ainsi soit-il. »
Après les massacres de février, rénouvelës au mois de mars, le tzar abolît, le 5 avril 4864, la Société agronomique. Le peuple fut frappé de stupeur à la nouvelle de cet acte arbitraire, et les iîusses recommencèrent leurs massacres le 8 et le 9 avril. N'ayant aucun moyen de défense, les Polonais prostestèrent, par leurs chants et knirs prières dans les églises : ils croyaient ainsi lasser la barbarie. C'était alors qu'ils firent entendre plusieurs hymnes patriotiques et religieux. Deux de ces hymnes seront à jamais populaires. Les paroles de la première furent composées par le poète Alofs Felinski, en 1845, et la musique par Charles Kurpinski. L'incertitude enveloppait encore à cette époque Tavenir de la Pologne. Le second hymne fut composée par Camille Uieyski, en 4846, à l'occasion des massacres de Galicie. Le premier commençait en polonais par les mots : Bq^ ço$ Poûke, le second par ceux de Z dyniem pozarow»
Seigneur Dieu, toi qui, durant tant de siècles, enioiiras la Pologne de splendeur, de puissance et de gloire; toi qui ia couvrais alors de i(m bouclier tutelaire, eu détournant d'elle, les maliieurs dont on voaiuit l'accabler.
Seigneur 1 prosternés devant tes autels, nous t'en conjuronSy Daigne conserver noire chère patrie!
Seigneur Dieu, toi «jiu, plus lard, ému de notre chute, as protégt; les coriibatlam^ pour la plus ^^ainte des causes; loi qui voulais avoir l'univers pour triiioin (Je leur couraj^e, et faire grandir leur gloire au seia iiièine de ieui>^ calamités.
Seigneur I proslernës devant tes autels, nous l'en conjurons. Daigne conserver norre chère patrie l Seigneur Dieu, rends à notre Polo^^ne son antique spltiuleiir, fertilise nos champs et nos plaines dcvasu-es par une guerre injusic; que le bonheur et la liberté fleurissent à jamais parmi nous. Dieu dai<'n6 apaiser Ion courroux et cesse de nous ep r o u ve r . " Seigneur I prosternés devant tes autels, nous t'en conjurons. Daigne conserver noire chère patrie !
Dieu, dont le bras Juste biise en un clin d*œil les^sceptres 4es mattrès du monde, mets à néant les desseins perfides de nos ennemis, réveille l'espérance dans chaque âme polonaise.
Seigneur I prosternés devant tes autels, nous l*en conjurons. Rends-nous notre patrie, rends-nous notre liberté I IHea tr໫aintt partes divins miracles, éloigne de nous les cala* aités el les horreurs des champs da bataille, daigne unir tes peuples
H1ST01RB DE POLOGNE
]iar le ncead de la liberté, el plaee-lea sous ie sceptre de Fange de la paix.
Sei^n^nr, prosterné*;, devant tes autel?, noin fon coDjuroiiSy Reods-Dous noire patrie, rends- nous notre liberté!
Z DYMBII POZAROW.
Arec la famée des incendies et du sang de nos frères, oetle Toix sVlève vers toi. Seigneur, Cest une plainte terrible, c'est un dernier soupir. De pareilles prières font blanchir les cheveux. Nos prières ne sont ))l us que des gémissement?. La couronne d'épines s'est (îxée sur notre Iront comme an signe de ta colère. Nos mains suppliantes s'élèvent vers toi,
Kt nous, nous regardons dans le ciel si de ses hauteurs cent soleiU ne tomberont pas pour ronfondre nos ennemis! Tout est tranquille dans l'azurdes cien^: comme toujours, l'oiseau libre y voltige. Alors, dans l'égarement liorriMe <îu doute, avant que notre foi ne se réveille, nos lèvres blasplièm^nl, bien que nos coîur:» saignent. Aussi, Juge-nooS d'après nos e«purs, et non d'apriVs nos paroles I
Combien de fois ne nous as-tu pas fustigés? Et nous, avant i\nr i sanij de nos dernières blessures ne fût séché, nous nous écriions de nouveau : « 11 s'est laissé llechir, car il est notre Vère^ il est notre Seigneur ; » et, de nouveau, nous nous relevons plus sincères dans, notre confiance. Ki cependant, ;iven ta volonté, l'ennemi iiuiis écrase de nouveau. Son rire, comme une pierre sur noire poitrine, nou> crie : Où est donc ce Dieu, leur Père?
Seigneur, Seigneur î le monde a horreur des choses terribles que le temps nous apporte. Le fils a tué son père, le frère a toë son frère. Il y a parmi nons des masses de Gains. Mais, 6 Seignenr, ils sont innocents, bien qu'ils aient reculé notre avenir; d'autres démons ont travaillé avec enx. De ton glaive flamboyant, punis seulement la main qui les a dirigés.
Regarde, dans le malhenr, nous sommes toujours les mêmes. Gomme les oiseaux des bois qui vont reposer dans leurs propres nids, nous nous élevons vers toi, vers les étoiles, par la prière. Préserve-nons, par ta main piternelle; promets^nons de voir ses futurs bienfaits; que le parfum de la fleur du martyre nous endorme, que l'aaréoleda martyre nous entoure t
£t, avec ton archange en tète, nous courrons à la lutte sanglante, et, •sur le cœur palpitant de Satan, nous enfoncerons ton étendard victorieux. Nous ouvrirons nos cœurs à nos frères égarés ; le baptême de la liberté lavera leur faute. Alors, le vil blasphémateur entendra notrs réponse : U y avait, Uy aun Dieu ! Amen.
Ces saintes paroles furent jugées erimineUês par les mosko- > vîtes ; et ceux qui les cbantaieni étaient inipitoy ablemeot mas*
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sacrés dans les églises. A la suite de ces profanations, le clergé polonais dut fermer et sceller les églises. Toutes les classes de la
société, sur toute la surface de l'ancienne Pologne de i772, se re\ étirent de deuil. Les moskovites exaspérés déclarèrent le U octobre 4864 le pays en état-de-siége, en commettant les exactions les plus aiVreuses. Mais coinmr le j)a(riotisine des Polonais acceptait tout, (Haut persuadés qu'ils (iniraient par vaincre, Alexandre II, conseillé par des fanatiques russes et par des renégats polonais, voulut priver la Pologne de la partie la plus vivace de ses habitants; en conséquence il ordonna une pro$~ cription^ couverte du nom de recrutement. Cinq mille jeunes chrétiens et trois mille Israélites, indiqués nominativement, devaient être saisis nuitamment dans tout le royaume et tran^ portés au fond de la Moskovie et du Kaukase.
Voici le texte des instructions secrcics du gouvernement moskovite, sur ce recrutement exceptionnel.
Warsovie, 0 décembre 1862.
Le directeur de la cammmion de HrUérieur^ aux gouverneurs
civile du royaume,
<i ... Le conseil d'administration du royaume, après avoir pris connaissance de mon rapport, dans lequel j'examinais les moyens les plus efficaces pour exécuter l'ordre suprême signifié
dans le rapport adressé par le luini^ire de la iruerre le 5-47 septeiiibre dernier, à Son Altesse hupériale le i^rand-duc Constantin, lieutenant du roi, touchant le recrutement partiel qui doit s'opérer dan^ le royaume de Pologne, sur des bases exceptionnelles^ a noLilié ce qui suit :
« Considérant que les personnes qui devront s'occuper de » choisir les recrues d'après des listes nominales, faites dans » ce bui, doivent posséder une connaissance approfondie, non- » seulement de la situation des conscrits, au point de vue de » la famille et de la nation, de leurs occupations, mais encore » de leur conduite en matière politiq^ue [l'un des principaux 3» objets de ce recrutement étant de se débarrasser de la partie » de la population qui contribue, par sa conduite, à troubler » l'ordre public), les personnes qui sont ciiaigëes de cet acte )) seront :
p l^ans les villes de Gouberaies ; le gouverneur civil, le cou-
»• tBlller de k flaetion roiKtaire et de police, ie chef militair» m » m adptnt^ et le préfet de la ville;
» Dans les districts : le chef du district, un adjoint désigné » •spécialement pour le recrutement, le commandant de la gen- « darmerie locale. En cas de t^esoin, les maires et les présidents » des villes pourront être appelés à donner les renseignements » nécessaires. »
« Lo rou^ril {l'iftinHhisl m( lut) déclare en ontre que chaque district fip\ ra fournir un ror'aïF) noml>ro <lo recrues prises, avant tout, parmi les individus qui a ont pas de résidence et d'occupations fixes, et surtout mal notés par leur conduite dans les derniers événements, sans avoir égard si une Tîtle ou ane croyance fournira, par rapport k sa population, (^us ou moins de recrues que telle autre ville ou confession.
» Comte Kkller. »
Avant l'accomplissement de cette" infernale machination, les Polonais croyaient encore qu'il s'agissait d'un simple recrutement^ et ils publièrent l'écrit suivant :
A ceux qui Hraut aîteinU par la cùnscriptwn, un mot d'adieu.
I«r janvier 1863.
c Vous serez enrôlés non sous votre véritable drapoau, mais sous celui de la Russie. Nous avions espéré que la dëlivraoce du pays précéderait et empêcherait cè nouveau recruteaieat. Dieu ne Ta pas voulu. Nous devons, non pas nous plaindre, mais travailler à ce que cette conscription soit la dernière.
» Vous qui en serez les victimes, le pays vous accompagnera de ses prières et de ses vœux. Vous ne renierez pas votre patrie; vous garderez, au contraire, profondément enraciné dans vos C(purs le sentiment national, et \om servirez partout où vous le pourrez la cause de la Polotrne. •
» La Pologne vdus demande ce sacriQce, et c'est le plus grantl que vous puissiez lui offrir. U est beau sans doute de cueillir, par une résolution hardie, la palme du martyre; mais il est plus diflScile et plus glorieux de vivre, loin de sa patrie, d'une vie de sacrifices continuels et sans cesse renouvelés, sans laisser fléchir sa foi et son patrioUsme. C'est là ce que le pays vous demande.
» Vous laissM derrière vous des mères, des sœurs, des fenuaes
^4amiiéM au wnmge anticipé ; des enfante détenu» erphellne;
ne craignez rien pour elles ni pour eux ; le pays les prendra sous
sa protection ; \o<< enfants deviendront ceux de la nation, et seront élevés par elle comme ils Tauraient été par vous, dans des sentiments de liberté et de patriotisme, »
Le gouvernement russe, effrayé de cette résignation, y répondit par des violences inouïes, et il adressa à ses subordonnés les instructions suivantes :
Warsovie, 12 Janvier i6t)3.
< Les maires, les commissaires de police et les bourgmestres auront Fœil sur la conduite de toute personne n'ayant pas d'occupation fixe, et surveilleront attentivement les agitateurs, soit 'i 11 ils résident dans la localité, soit qu'ils viennent du dehors. Au premier signe inquiétant, ils doMont être livrés au ciief du district >ou au commandant de la gendarmerie. Les autorités sont investies à cet égard d'un pouvoir discrétionnaire.
n II est défendu de laisser célébrer aucun service religieux en eommëmoration de faits historiques ou d'anniverseires natio* Baux ; de laisser prier pour les condamnés ou pour les personnes mortes en prison ou dans Texil ; de laisser chanter dans les églises les hymnes défendus par le gouvernement impérial et royal.
y» Toute manifestation extérieure d un caractère national sera empêchée soit par la persuasion, soit par la force. Toute espèce d'illuminations, non autorisées sur (pjehpie point (pie ce soit, seront iiuiiiédiatement si»:nalées par la police à la gendarmerie qui punira ceux qui les auront allumées, et ceux qui se seront opposés à ce qu'elles fussent éteintes.
1» Les costumes nationaux et vêtements de forme insolite sont de nouveau défendus. Les récalcitrants seront immédiatement arrêtés et livrés d'abord au tribunal de simple police, puis en^ voyds, s'il y a lieu, au district ou au commandant de gendarmerie.
» Tous emblèmes nationaux et inscriptions ayant un caractère
public, seront immédiatement effacés. La plus grande surveillance sera exercée sur tous les écrits, placards, brochures non autorisés, et sur toutes les [Personnes soupçonnées de concourir à leur propagation ou seuloment d'en avoir on leur pos>(vsion»
» A la moindre iniraction, à la moindre observation sur ie
m HI§TOIftS DE POLOGNK |
présent arrêté, les délinquants ou récalcitrauts smmi saisis ci livrés à l'autorité militaire. » i
La nuit du 15 janvier 4 863 fut indiquée pour effecluer oetfal proscription à Warsovie et dans le reste du pays. En liaice de lal
désolation universelle, les victime-; saisies furent enchaînées et| traîiuHV tlans les casernes n daris la citadelle au milieu des cris» des larmes, des malédiclinn^ leur^ f;niiilles. Et cepeiiihint le journal uiliciei du gouvernement rud^e publier l'article 6m*-i vaut : I
« Le 45. de une à huitlieures du matin, le recrutement s'est , effectué à Warsovie dans un ordre et une tranquillité parfaite. On n'a pas eu à rencontrer une résistance même isolée, et depuis trente ans il n'y a pas eu d'exemple que les recrues aient montré tant d'empressement et de bonne volonté; dans les salles de l'hôtel-de-ville et la citadelle, où les conscrits sont provisoirement placés, ils témoignent les meilleures dispositions*
» Beaucoup d'entr'eux se sont plaints des machinations do parti d'action et des prétendues autorités de ce parti qui, de la voie d'un travail honnête, les a jetc-^ dans celle de Foisiveté et d illusions cliiinéritjues, les privant amsi de leur unique source de revenu, ))]aintes qui sont d'accordavec les aveux faits devant la Cour-Martiale.
» Beaucoup de conscrits ont aussi exprimé leur satisfaction de ce que à Vécole d'ordre qu'ils trouveront dans le service militaire, ils pourront s'aflhuicliir de l'oisiveté, de la vie inoccupée qui leur pesait, aujourd'hui surtout oii la diminution des années du service et le changement dans la manière dont on traite les soldats, mettent dans de tout autres conditions ceux qui entrent dans les rangs iiiiliUni t s. Un grand nombre de personnes désignées pour le recrutement et qui, absentes pour le moment, ignoraient le jour de la lovée, ou pour d'autres raisonSi n'avai(Mit ])as été trouvées à la maison, se présentent volontairement (levant raulorité.
» Le lendemain même du recrutement, 49 individus se soat ainsi présentés (sur 7 à 800].
n n se trouve même des volontaires. Les mesures represnves préparées à Warsovie par les autorités civiles et militaires, pour le cas de désordres, n'ont dû nulle part être employées.
» La conduite de la troupe et de la police a été exemplaire, et le résultat si satisfaisant de cette importante opération dans la capitale fait espérer 'que le recrutement s'accomplira de la
UibTOlRË DE POLUUNB 369
mAme manière dans les provinces, et que, là aussi, les tentatives des anarchistes, pour provoquer des troubles, resteront sans résultat. »
A cette (>rra<ion, le comte Chaiio> do Moiitaleuibert dit dans sa récente brochure : ^( Cette iroiitle de poi^^on lit déborder le calico. Ce que n'avait encore pu exciter aucun des attentats commis depuis deux ans à Warsovie et ailleurs, a été l'œuvre du scribe anonyme qui a écrit ce mensonge dans sa feuille oflicieile. Sa main ve^nale a mis le feu aux poudres. Cet outrage cynique à la douleur et à la pudeur publiques prendra rang dans l'histoire à coté de ces outrages à la pudeur des femmes, qui donnèrent le signal à Rome de l'expulsion des Tarquins et des Dëcemvirs ; à Palerme des vêpres siciliennes. Honneur immortel au peuple que l'injure morale révolte plus que tous les supplices matériels; qui j)cut tout sul)ir, tout endurer, hormis Thypocrisie officielle, hormis le mensonge promulgué en son nom et pour >on compte. Esclave, soit ; mais esrkuc reconnaissant et satisfait, non ; esc1a\e ifui se laisse {ciiritcr d èlre libre et heureux, non, mille fois non. liarrotté, bâillonné, tlagellé, déporté, soit encore ; mais sous l'entrave, sous le bciillon et sous le knout, le Polonais veut au moins que le monde 1(^ sache victime et jamais complice de la servitude. La mort et la ruine ; tous les désastres et toutes les tortures plutôt que l'adhésion silencieuse au mensonge couronné et impuni 1 »
De son côté, le Comité central national qui, avec son pouvoir occulte, siège toujours à Warsovie même, poussé à bout, répandit la proclamation suivante, en réponse aux nouvelles provocations du généreux et magnanime réformateur, Alexandre II.
Warsovie, 18 janvier 1863.
a Polonais,
a Ce désastre ne nous fait pas reculer ; nous allons hardiment en avant, remplis de confiance en Dieu et en la sainteté de notre cause.
Le Comité central national ne s^est pas dissous, il existe continuellement, fort, et animé d'autant plus de zèle, que la situation du pays exige de sa part une plus grande activité et énergie. Notre drapeau n'est pas tombé et ne tombera pas ; ralliez-vous, frères, autour de lui avec d'autant plus de force et d'ardeur que l'ennemi écrase et opprime davantage.
» Ne perdez pas courage, redoublez au contraire d'énergie.
370 UJSTOIEE DE POLOGNE
Qoe reimaini, dans ges projets crimiiielfl ultArieurg, troavo en vous une résistance vigoureuse et bérorque, et il ne prendra plus de recrues.
» Polonais ! appuyeft-vous les uns aux autres, pitr votre coa-
ra^re, votro (If'soueiueiit, votre audace, et nous le jurons,, nous ne vous al)au«louuerons pas, nous persévérerons jusqu à la lin et vous vaincrez. '
» Le Comité cent ml national proclame tout le pays en f^tal exceptionnel ; il ordonne à tous les vc^ritables fils de la patrie de ?e di^fendre Jusqu'à la dernière extrémité, fut-ce individueUemenl contre le recrutement ; il leur ordonne de délivrer ceux qai ont été déjà saisis par les Moskovites, et de donner asile à ceux qui i se cachent.
» Il met hors la loi tous les complices polono-russes, qui ont pris part à Taccomplissement de recrutement à Warsovie, et
tous ceux qui, jusqu*à présent, ont prêté la main, ou dorénavant
la prètt^roat aux actes criminels de 1 in\asion. Il est permis à chacun de mettre à exécniiufi sur eux ce jup:ement et cette sentence sans encourir aucune responsabilité devant Dieu et ia patrie! »
La lutte, commencée le 45 Janvier à Warsovie, éclata dans le reste du pays le 2i janvier.
Nous avons déjà prouvé par les dates et par les actes authen^ : tiques que de tout temps, la noblesse et les propriétaires vaulaûint améliorer le sort des paysans; cas projets, inspirés par la justice, ont été incessammenl entravés par les machinations des trois puissances copartageantes. Mais quand les Polonais entreprirent, en 1863, une lutte armée tout inégale et presque iinpossible qu'elle était; provoquée par les violences mosko- Nites, à l'instant même ils ont publié une déclaration solennelle, irrévocable et définitive qui accoi*dait Témani ipation complète des j)aysaus, en les rendant propriëlaiies des terres qu'ils possédaient, et sans qu'ils eussent à indemniser les m\^' Voici la proclamation et le décret en question :
* Warsovie, fS janviar IM.
« Le gouvernement usurpateur, rendu furieux par la résis^ tance de la victime qu'il torture, a résolu de frapper un coup décisif en déportant plusieurs milliers des plus braves et des plus vaillants défeiiseurs de la patrie, en leur faisant endosser
HISTOIRK Pi> POLOGN8
rvBifonne Mtoné des lloskovitee, et en le» eondidsaat eux
confins de l'empire, pour les vouer à une misère et à une dedtruction sans remède.
» La Pologne ne veut pas, ne peut pas se soumettre à cette violence et à cette dégradation, sijn< o->a\ er do résister. Elle serait déshonorée devant la postérité, âi eiie âe soumettait sans tenter un effort énergique.
» Ce jour étant le premier jour d'une résistance ouverte, le commencement d'une lutte sacrée, le Comité cenircd national proclame tous les iils de toute l'ancienne Pologne, libres et égaux, sans distinction de croyance et de condition. 11 prodamot en outre, que la terre occupée auparavant par les iM)i)ulation8 agricoles ou fief, pour des faisances ou pour une rente, devient désormais leur libre propriété, sans aucune restriction. Les propriétaires reccvronl uac indemnité du trésor public. Tous le? paysans et laboureurs qui assisteront les familles de ceux qui mourraient au <ervire de leur pays, recevront des C(>n('es- Bioiis de terres de propriété nationale, sur celles qui seront reprises à l'ennemi .
» Aux armes donc, Polonais, Ijtvaniens, Ruthëniensi L'heure de notre commune délivrance a sonné; la vieille épée est sortie du fourreau; le drapeau sacré de notre commune patrie est dé^ ployé I
» Considérant que le gouvernement usurpateur a toujours différé de rendre les paysans francs-tenanciers, malgré le vœu général du pays ; considérant en outre que les pro|)riétaires ont droit à une indemnité pour k perte des rentes, faisances, etc., il est décrété ce qui suit :
» Art. Toute terre occupée, sous qtieîque titre que ce soit, faisances, renie ou autrement, par les petits fermiers, ainsi que toutes ses dépendances, devient, à dr^terde ce jour, la libre propriété du tenancier^ sang aucune obligation de rente ou autre^ excepté le devoir de payer les taxes et de servir la patrie.
» Art. Les précédents propriétaires recevront une indemaité sur les fonds nationaux par le moyen d'un capital garanti par la nation.
» Art. 3. Le montant de l'indemnité et la nature du cafMtal
seront établis par un décret spécial.
» Art. 4. Tous les oukases, ordonnances, lois, etc., publiés par le crouvprnenK'ui usui pâleur sur i'accensement des paysans, sont déclarés nuis et sanâi valeur.
HISTOIRE DE POLOGKE
Art. 5. Le présent décret s'a[)pli4ue non-seulement aux j piMjiriétés privées, mais encore aux terres de la couronne, aux terres concédées par la couronne, aux biens d'Église, etc.
» Ar(. L'cxccutioa du présent discret est contiëe par le Comité central national, agissant comme gouvernement natioBai provisoire, aux che£s militaires et aux chefe des palatinats. »
Dans chaque lutte, les Polonais tournent toujours leurs yeux vers cette France, pour laquelle ils ont versé leur sang ; vers cette France qui est leur espérance... Accablés par les malheurs, ruinés par les excès moskovites, les Polonais, dans un élan généreux et fraternel, vinrent au secours des ouvriers eoloonîafs de France, et à leur obole, ils joignirent ces paroles :
WarsoTÎe^ 27 janvier 1863.
Les ouvriers de Wareovie a/ux ouvrière Français.
« Salul, frrres Franrais î Nous savons (|ue chez vous beaucoup de fabriques sont fermées, que le coton manque et qu'un grand nombre d'ouvriers sont sans travail ; et nous avons appris que chacun, en France, s'impose pour ses frères plus pauvres ; alors, nous aussi, nous avons rassemblé, à la hâte, ce que nous avons pu. Nous vous renvoyons. C'est peu, mais nous ne pouvons le faire ouvertement. Pourtant cette offirande même, vous la recevrez cordialement, car c*est ToiTrande de frères pour leurs frères. Et, il y a longtemps que nous sommes frères : cela même n'a plus besoin d'être prouvé. Nos aïoux et nos père4S ont combattu avec les vôtres sous le màmo (lrai)ea»i.
» Nous >\ mi^athi-^ons «rautant plus a\oc vous que nous souffrons beaucoup nous-mêmes. Vous, du moins, vous ave^ votre patrie !...
» Nous avions beaucoup souiïert, et depuis bien des années ; mais nos maux étaient arrivés à leur comble. Vous avez su comment les Moskovites, il y aura, bientôt deux ans (le %1 février 4864), se sont rois à nous massacrer dans Warsovie. Cëtait grande douleur de ne point essayer même de se défendre ; mail nous avons montré que nous n'avons pas peur de mourir.
)) Alors le tzar de Moskovie, vo\^nt que nous nous laisserions ■ exterminer plutôt que d abdiiiuer notre nationalité, et que nous aimons de tout notre cœur notre mère la ])atrie, pour laquelle nous soiiiines prêts à \orser la (iernière goutte de notre sang» commenta à nous promettre réforme^^
HISTOIRE POLOGNE
» Bien que îaeaiicoup d'ontre nos anciens et parmi la jeunesse n'y crussent pas, cependant les citoyens notables nous conseillèrent de choisir une délëi^alion de Warsovie qui dît aux Moskovites ce dont nous avions besoin. Nous écrivîmes donc à nos notables pour leur donner notre parole que nous ferions tout sacrifice et que nous ofiririons notre poitrine aux balles, afin qu'on nous rendit notre nationalité, nos lois et aussi notre armée polonaise absolument.
» A ces paroles de nous, le tzar de Moskovie et son lieutenant Gortscliakoff répondirent le 8 avril 1861, en tuant dans les mes, par centaines, les hommes, les femmes et les enfants qui chantaient Thymme Boze cos Polske : a Dieu saint! protège la Pologne ; rends-nous la patrie et la liberté ! » Ils nous ont emprisonnés par milliers et torturés ; ils ne nous ont pas même permis de prier pour la patrie ; ils nous ont mis à mort dans les églises ; ils ont jeté des femmes respectables dans les cachots ; ils ont bétonné les enfants, et nous, la rage dans le cœur, nous dûmes attendre encore !
» Au milieu de ces malheurs, il s*est trouvé des hommes indignes pour conseiller de prendre tous les bons Polonais, sans distinction d'ilire, ni jde profession, ni de rang, et de les transporter comme recrues jusqu au Imul de la Moskovie. Nous pensions que c'était seulement une menace; mais il y a quelques jours, au milieu de la nuit, les Moskovites ont fait irruption dans les maisons ; ils ont arraché du lit des hommes qui dormaient, sans s'occuper de savoir si c'étaient des pères de famille ou de jeunes fils, nourrissant leur mère. Us ont enlevé chacun, surtout ceux qui aimaient le plus la Pologne, et ils les ont chassés vers la citadelle, où ils les tiennent enfermés.
» Nous avions juré, il y a deux ans, qu'il arriverait malheur aux Moskovites, si leur tzar ne nous tenait pas parole. Nous avions déjà |)erdn beaucoup de temps à vouloir obtenir pacifiquement des améliorations. Tous sentirent dans notre nation, que les promesses du gouvernement moskovite sont mensongères. Alors, criant : Vengeance à Dieu, jeunes ou vieux, nous allons à un combat désespéré. Nous quittons les ateliers et les fabriques et nous marchons à la mort.
1» Les Moskovites s'acharnent contre nous : ils ont des armes; il leur vient des renforts. Vous n'ignorez pas, frères Français, que nous aurons beaucoup de sang à verser, car nous n'avons ni soldats, ni armes, m poudre à canons ; mais nous comballrons volontiers, jusqu'à la mort, car vivre ainsi dans une horrible ser-
HISTOIRB PB POLOGIIB
vitiide, c'eut impossible. Notre cause est bonne et juste; nous WHU aidons nous-mêmes et Dieu noiia aide, si personne ne vient à notre secours.
» Vous ayant dit, frèree Français^ ce qui se passe chez nouSi EOus VOUS prions d'être toujours nos amis.
» Recevez notre embrabàeiaent fraternel. »
La luttr san>ilante se ]K»ur>uivait toujours; de milliers de vichines loinlijiitMil, et lOccidont officiel^ comme à toutes les t'jHxjiH's pn'OMlfMites, restait impassible. .. Mais le courage du ^ou\ rrneiiH'iit national fêtait au-dessus de la barbarie des un? et (le 1 inditféreDce des autres, et il publia une nouvelle circulaire !<' I^''- mars 1863.
Parmi les patriotes qui se sont distingués sur tant de points différents, Marian Langiewicz, après avoir commencé la guerre avec cinquante compagnons, fut toujours victorieux dans douzl combats et finit par réunir autour de lui une dizaine de mille combattants. Les Cours copartageantes, étonnées et effrayées de la durée de la lutte, semèrent la discorde et se trouvèrent ainà aidc'os par des misérables ambitions personnelles de quelques Polonais, afin de rompre l'union (jui avaiC existé. Pour y mettre un ternie, on recours à la dictature.
Mais cet état des choses ne dura (jiie dix Jours, car le dicla- | leur Langiewicz, au moment où il franchissait la frontière galicienne, pour aller rejoindre un corps de volontaires qui Faltendaient, fut arrêté par les Autrichiens, et interné en Moravie. Alors le Comité central national reprit sa pleine autorité.
Au milieu de ces événements, le mouvement national ne cessait de se propager sur les bords de la Yistule, et la Litvanie, poussée k bout par les Moskovites, appela tous ses enfants à participer à la lutte suprême.
Nos lecteurs ont déjà vu ([ue la noblesse litvano-rulliénicano a\ait j>ris l'initiative en 1857, dans la ([ueslion de l éniancipation d(*s paysans. En 18G2 et 1863, elle cherchait à agir sur Tesprit des niasses; mais 1*^ tzar fit emprisonner, déporter ou fusiller plusieurs propriétaires qui .abandonnaient leurs terres aui paysans.
Èniin, pour jeter la discorde et la haine^ et qu*aucun acconi' modement fût à jamais impossible, le tzar eut recours à un Doa« veau stratagème.
Pour célébrer Tanniversaire de Témancipatîon du % mars
9iaT01ilS DE POLOQMK
1864 1 ordonna nu clergé schismalique de prononcer des discours uniformes, ayant pour but d'exalter la magnanimité et les iibéralités du souverain orthodoxe, et, à cette occasion, les popes avaient pour mission d'obtenir, par la force ou par la ruse, la signature des paysans, au bas d'une adresse, dans laquelle ils renieraient leur religion et leur nationalité litvano-ruthé-' aïonne, et déclareraient qu'ils aspiraient à dexGnir moskovites et orUwdo.res,
Quant à l'AcJressf\ f lie devait être écrite directement à l'Empereur et à son nom personnel, en ces termes :
« Nous soussignés, en présence du Dieu très-haut et très- » juste, réunis dans son temple au jour solennel et à jamais 9> mémorable de notre délivrance de Tesclavage, attestons, par 1^ le présent écrit, et jurons à notre très-miséricordieux libéra- » teur, le grand Tzar et empereur Alexandre-Nicolaévitsch, que » des hommes pervers nous ont calomniés devant lui en disant » que nous ne voulions pas vivre et mourir soii:^ riiulorilé de » notre Tzar, d'éternelle uiémoire, de notre bien-aimé père Alexandre II et de ses successeurs; au contraire nous voulons )) rester inséparablement unis à la Russie, notre sœur dans la » foi, et n'avoir rien de commun avec la Pologne et les Polo- » nais.
» ce 49 février (3 mars v. s.) 4863. »
« On aura soin de faire signer cette Adresse par tous ceux qui savent écrire; ceux qui ne savent pas écrire devront faire
une croix en présence du desservant ou de son diacre.
» Les Adresses doivent être envoyées le même jour du doyen par les popes, pour être ensuiti^ remises à r('Vi^qne, (jui, de son côté, les fera parvenir aux '-;ouverneurs généraux, chargés de les transmettre à TEmpereur.
» Le texte de ces Adresses peut être modifié dans la forme; l'essentiel ne consiste que dans le sens et non dans Texpression plus ou moins éloquente. »
On voit, d'après ce qui précède, que ce consentement volontaire et spontané était obtenu par cet esprit machiavélique qui est l'essence de la politique moskovite. Ensuite, on f>résentait a l Europe ces i)ièces extorquées, en les donnant comme le témoignage de Vtnnutir et du dévouement au Tzar, et comme la preuve du renoncement des paysans à leur nationalité. Qui ^^nore que les paysans polonais, comme ceux de tous les pays, sont déliants, et qu'ils n'apposeraient pas leurs signatures au
HISTOtftE DB POLOGNE
bts d'un écrit quelconque sans savoir sa véritable portée. Les paysans qui ne savent ni lire ni écrire ne purent pas signer et ne voulurent même pas apposer leurs craix^ donc ces prétendues signatures et ces croix étaient ToBuvre des employés sou-
.doyës ; et comme sous le gouvernement russe, toute observation, rf^t'lainalion ou protestât ion sont repoussëes ou punies, le
silence juismT fut donc une oblijzation. Malirré ces faits, l'Europe officielle et di])Umalique^ ainsi que quelques écrivains officieui russes ou étrangers, en publiant sur la Russie des données historiqueêy géographiques^ statisti^^, elhnographiqueSj croient ou feignent de croire au,x documents ofkiels émanant des chancelleries russes.
Mais comme ces moyens n'étaient pas encore suffisants pour semer la division entre les deux classes, on mit en vigueur un
système qui devait anéantir les fortunes grandes ou petites,
sans apporter d'amélioration réelle dans la condition des paysans. Va\ con<( ( jiHMu e, l'administration russe devait exercer une influence immédiate sur les classes pauvres. L'oukase du 13 mars 4^63, fut produit dans les circonstances que nous venons de signaler.
Puis, afin de couronner l'œuvre par un coup décisif, le gouvernement russe voulut suivre l'exemple donné par TAutricbe en 4846, dans les massacres de Galicie; il ordonna donc leur application en Litvanie et dans les Ruthénies, ce qui se trouve consigné dans les instructions confidentielles suivantes :
c JH^ iU4ii Wilno, n féviîer (6 mars n. s. } 1863. » Au commandant de district N, JV.
» Il est inutile (H cinbarrassant de faire affluer ici une foule de gens suspects. 1) ailleurs, les j)aysans ne se soucieraient pas d'aller les prendre et les conduire ici de troj) loin, et beaucoup sont délivrés ou s'échappent en route; il faudrait donc y remédier et encourager les paysans à se conduire en fidèles sujets de rSmpereur.
1» C'est pourquoi vous êtes autorisé à payer à votre quartier même les récompenses promises pour les rebelles et les gens suspects amenés ; vous pouvez même, si vous en voyez la nécessité, élever la récompense à peu près dans la latitude suivante, à savoir : Trente roubles (lîO francs) pour un chef; dix roubles (40 francs), pour un officier de rebelles ; cinq roubles
HISTOIRE DE POLOGNE
(^O francs) pour un ï^^entillhomme ordinaire; troif^ roubles (12 francs) pour un rebelle pris en armes; deitœ roubles (8 francs) pour les suspects retenus au chef-lieu; un rouble pour un juif ou pour un paysan. »
» Pour Son Excellence le gouverneur général militaire^ Faide de camp de S. M. l'Empereur, Nazimoff L
» Le Chancelier ScHouMANorp. »
l>epuîs lors, un grand nombre d'actes semblables, épouvantaient la Pologne et l'Europe, et les Polonais, de leur cùLé, ne cessaient de protester et de combattre pour leur jialrie.
Entre les mois de mars ef do septembre 4863, i)lusleiirs puissances étrangères échangèrent des Notes diplomatiques, relatives à la question polonaise» et qui n'eurent aucun résultat. Le mëmorabie discours prononcé par Tempereur Napoléon III, le S novembre 4863, n'obtint pas, non plus, la solution désirée. L.'année 4864 vit, partout, le droit et la justice succombant sous la force et le despotisme des partageurs de la Pologne et de leurs complices. Au milieu de ces désastres, la voix de la relii^ion se fait entendre avec clarté et courage. Nous nous ferons un devoir de donner place à quelques actes émanant du clergé catiiolique.
Dès le 6 mars 1863, le pape Pie IX prononça une allocution en faveur de la Pologne. Le 22 avril, il écrivitune lettre digne et franche à Alexandre II. Le 31 août, il prononça une nouvelle allocution et fit célébrer, à Rome, le 480e anniversaire de la délivrance de Vienne par les Polonais (48 septembre 4683). A la suite de ces allocutions, quelques évéques de France ont pu* blié de mandements en faveur de la Pologne. Parmi ces mandements, il en est un, qu'on a particulièrement distingué. Cet acte, pa[ le fond et la forme, digne de figurer à c()té des écrits (le IJossuet, explique si bien la question polonaise politique et religieuse, que nous le produisons ici en entier, en le recommandant à la méditation du clergé de tous les pays, des publicistes et des hommes d'État.
Voici le mandement sous forme de leUrêpoitorak de Mgr Frédéric, G. F. M. BE Marguertb :
« Il y a quelques semaines, Nos très-chers Frères, s'accomplissait, à Rome, une grande solennité de prière et d'expiation. Elle avait pour but principal d'apaiser la justice de Dieu, et d implorer sa miséricorde au miiieu de$ épreuves et des pérUâ
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incessants de l't!glise« Mais en même temps, il s'agimil di célébrer un glorieux anniversaire : la victoire remportée par Jean Sobieeki, ie 48 septembre 4683^ sur les Ottomans déjà maîtres des remparts de Vienne; l'Allemagne, l'Europe, la chrétienté tout entière sauvées d une dernière invasion de barbares, la croix triomphante, le mahométisme pour jamais arrêté dans ses roii(|nètes et ses proirrès. Pie IX avait eu cette belle inspiration, et sur le mandement apostolique du 31 août 1863, ronvoqtiant les tidèles à la solennité, il avait écrit de sa propre main ces paroles qui expriment bien tout ce que sa pei^ renferme d*active sollicitude et son cœur de tendre sympathie pour une nation magnanime et cruellement opprimée.
> La volonté du Sainl-Père est que, dans cette circonstance, » on fasse des prières plus spéciales pour l'infortunée Polo- » gne, qu'il voit avec douleur devenue actuellement un théfttrs » de massacre et de sang. Le peuple polonais qui a toujours été » catholi(|ue et. pour ainsi due, ie boulevard de la chrétienté » contre l'inva-Mn de Terreur, mérite assurément qu'on s'as- )> s(!cie à ses douleurs, et (in un prie particulièreiuent pour lui, » afin qu'il ««oit délivré des maux qui l'affligent, et que, ne per- » dant jamais le caractère distinctif qui l'a toujours honoré, il » reste Mêle à la mission que Dieu lui a donnée de garder, de
maintenir intact et inviolé, avec l'assentiment unanime de » ceux qui composent la nation^ l'étendard de la foi catholique » et de la religion de ses pères. »
« Ce touchant appel du Souverain Pontife a été entendu, et la comniémoration du 4i septembre (480* anniversaire) s'est fini te avec un immense éclat. L'image miraculeuse du Sauveur, (pK» l'on conserve dans la chapelle de la Scala-Santa^ et qui n en soi t qu'aux jours des crises suprêmes, a été promenée triomphalement dans les rues de Home et portée à la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Là, le Saint-Pero est venu, entouré de tout le Sarré-Collé|:e, suivi [)ar plus de cent mille calhoiiques, ace lamé avec enthousiasme comme le défenseur de la Pologne. Dans cette ovation, la France était représentée par ses soldats sous les armes, et la Pologne elle-même, par une procession toute composée de ses fils, chantant dans leur langue proscrite, les litanies des Saints, et appelant sur leur patrie les seooms de Dieu et la maternelle bonté de Marie qu'ils aiment à saluer Reine de Pologne^ grande^têcheeee de LUwmiê, Quel spectacle ! Quelle éloquente protestation contre les oppresseurs 1 Quelle Cïonsolation ei quelle gloire pour les vicUmed) Rome, c'est le
HISTOIRE DE POLOGNE 379
CQBur de rbumanité, : Pie IX, c'est le cœur de TÉglise. Quand donc Rome et Pie IX priaient ensemble pour çe peuple héroïque, c'étaient Fhnmanité et l'Église qui unissaient leurs voix,
qui enlaçaient leurs mains sur sa tête pour bénir ses coiiiiiats et ses ^oulii ances. pour témoigner hautement que sa cause mérite les sympalliit's el les prières de toutes les âmes catholiques, de tous les cœurs honnêtes et généreux.
» Tel est N. T G, F., le sens de cette éclatante manifestation» Nous voulons nous ^ associer; c'est rinclinatioii de notre cœur, et c'est aussi notre devoir; car, sur l'arène sanglante où le peuple polonais se débat dans Teffort d'un désespoir sublime, il y a d'un c6té et contre lui, les intérêts égoïstes, la force brutale, le schisme et l'hérésie; de l'autre et pour lui, les intérêts, les droits les plus sacrés de la reconnaissance, de la justice et de la foi. C'est de ce côté-la imus devons nous ranger avec Pie IX, et aveç nos collègues dans 1 episcopat,
(c Parcourez les annales de la Pologne, vous lirez à chaque page ses titres impérissables à la reconnaissance de l'Église, a Yoilà mon fils, disait un jour Sobieski ; je l'élève pour le » service de la chrétienté. » Dans ce beau mot, le grand homme a résumé toute l'histoire de son pays, sa mission providentielle, le génie de sa race, l'àme de sa nationalité, la raison mémo de son existence. Ce j)euj)lo scMuble n'a\oir vécu et ne vivre encore que pour le service du Christ et de son Église. Comme la France, il en a toujours été l'intrépide chevalier. A Theuro présente, et depuis un siècle, il en est, avec l'Irlande, le généreux martyr.
» Placée à l'avant-garde du catholicisme, n'ayant point de frontières naturelles, se mouvant dans un cercle immense qui embrassait la plus grande partie de l'Europe, la Pologne a combattu, pendant mille ans consécutifs, pour repousser et dompter ridoliUrie, l islamisme, l'hérésie et le scliisme grec. Sans parler d'autres peuples du Nord, les Tatars seuls l'envahirent quatre-vingt-deux fois. Sa lutte contre la Turquie mahométane fut un duel de géants qui dura finS^ de trois siècles. Le j)rot(^stantisme planta sa tente sur cette terre essentiellement catbolique; il ne put s'y fixer* Il n'aurait même pas alfermi sa domina-
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tkm sur plusieurs royaumes voisins, et la Koekovie schismatiqiie refoulée eonstaïuiiieiit par les Polonais, depuis cinq siècles, ne ssraii jamais devenue un danger pour l'Eglise, si la sentinelle du catholicisme n*ëtait tombée victime d'un attentat sans
exemple dans Thistoire. La Pologne fut assassinée, mais non pas vaincue.
» En défendant los frontières de la civilisation, la Pologne versa dos torrents de sanir. A ce titre seul, elle méritait déjà que le pape Paul V répondît à ses ambassadeurs qui lui remettaient des trophées conquis sur les barbares et demandaient, en retour le don de quelques reliques. « Pourquoi me demandee- » vous des reliques t Ramassez un peu de votre terre, il n'y en » pas une parcelle qui ne soit la relique d'un martyr ! i» Mus les veines de ce peuple-victime ne s'épuisent jamais. Après ce sang répandu sur les champs de batailles, il donnera le sang de Pholocauste et de l'expiation: après les combats, il aura sa couronne d'épines et son calvaire; c'est-à-dire, toujours 1 immolation, toujours le sacriûce, toujours le dévoûment. Voilà son rôle dans la famille des peuples! \ dila le secret de ses épreuves et le >i eau de ses grandeurs ! C'est la pensée admirablement exprimée par un de ses poètes (Sigismond Krasinski). « Les » nations, dit-il, sont voulues de Dieu et conçues dans votre » grâce, 6 Jésus-Christ l à chacune d'elles, vit une idée pro- » fonde qui vient de vous, qui est la trame de ses destinées, » Or, parmi les nations, il en est qui ont la mission de défendre Y la cause de la vérité et de la beauté célestes, de racheter les n crimes du monde et de lui donner un évangélique exemple, » en portant de longs jours leur lourde croix sur la route » inondée de sang, jusqu'à ce que, par une lutte sublime, ellfô » aient inspin^ aux hommes une idée plus divine, une charité » plus ^aiiiie, une plus large fraternité, en échange du glaire » (|u on a plongé dans leur poitrine. Telle est votre Pologne, ô » Je'Mis-Christ î w
» Ainsi, dans la balance où Dieu pèse les destinées du monde, la Pologne n'a pas seulement apporté le poids de sa vaillante épée, elle a mis encore le poids de son martyre, et c'est là, sans contredit, son plus grand service, son œuvre la plus féa>nde. En effet, la justice divine s'exerce sur les société comme sur les hommes, et les sociétés n'ayant pas une seconde vie audelà du tombeau, c'est ici-bas que leurs crimes sont punis et leurs vertus récompensées. Mais Dieu a fait les nations guéris- Mblês, Quand elles ont péché, elles peuvent obtenir le pardua
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du ciet^ 6n fi'appropriaiit les fruits du mystère de la Croix, par la douleur et par le sacrifice ; elle's peuvent se purifier et se régénérer dans le baptême laborieux de la pénitence; elles peuvent aussi acquitter les unes pour les autres la dette de 1 expiation, selon cette doctrine de saint Paul. « Toutes les nations sont cohéritières^ men^res d'un même corps^ participantes uu même titre des promesses que Dieu a faites en Jésus-Christ, far VÉvangile, » (Ëph. III. 4-6.] Admirable unité de toutes les nations dans la vérité et la charité I Elles ne sont que les parties distinctes d'un même corps, et c'est la même âme qui les anime. Dès lors, il est évident qu'il ya entre elles solidarité, flux et reflux de vie, écliange fraternel de mérites. Si donc vous regardez^ l'infortunée Pologne dans ces lumières que projettent l'Évangile et la Croix, sur les destinées providentielles des peuples; son martyre vous apparaîtra cormiie un sacerdoce, sa couronne d'épines comme une auréole de gloire, son sang comme la pourpre de la plus belle des royautés; la royauté du dévouement. Choisie de Dieu par une vocation spéciale pour continuer dans ses membres la passion de Jésus-Christ, elle est toute meurtrie, toute déchirée, elle est tout entière offerte en holocauste ; mais le prix magnifique de son sacrifice : c'est la rédemption temporelle des sociétés. Ah ! quelle immense valeur auront devant le Dieu juste et miséricordieux, tant d'épreuves et do torl lires subies avec une foi si vive et un si grand cœur, tant de privations, tant de souffrances inoiiies et si chrétiennement acceptées ! Oui, nous le croyons, le sang de la Pologne monte au ciel, il y éteint les foudres allumées par les longues, prévarications de i'Ëurope, et, un jour, il redescendra sur les peuples amis de la victime, même sur les indifférents et les persécuteurs, en pluie de grâces et de bénédictions. Ce sang, uni à celui du Rédempteur, est unp prière et un pardon I
» Le sentiment seul de la reconnaissance, N. T. G. F. sttf<firait à expliquer, et, s'il en était besoin, à justifier les voeux unanimes du monde catholique pour le triomphe et la résurrection de la Pologne. Hais dans* cette question, il } a plus que des services à reconnaître : il y a une grande iniquité sociale à répdier. L'Ëglise le sait et ne Toublierd jamais, car e)le n'est
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pa8 moins Adèle tu calte de la jusl^e qu'à celui de la recoiw 1 naiflaanee. Pour les bienfiûU* reçus, elle a la mémoire du eœur; pour le droit opprimé^ elle a la persévérante énergie de ses '
prutistations.
» ('omment son appui serait-il refusé à la Polocrne? Après l'huiuaiiil'', lieu de plus irrand dans Tordre naturel , rien de plus sacré qu'une patrie, rien de plus ciier à noire cœur. Tous les jours, pour une patrie, on sacrifie joyeusement sa vie et sa famille. Eh bieal voilà un peuple dont le territoire a été partagé sept fois, au gré de la violence et de la trahison 1 voilà un peuple qui est tourmenté, depuis un siècle, par des persécutions sans nom 1 On a réduit ses enfants à ne manger que le pain noir de Texil ou de la servitude; ses foyers, ses autels^ ses tombeaux ont été profanés, sa langue nationale traitée comme une langue étrangère, son corps et son âme broyés! Ce peuple n'a plus de patrie ! Mais de teiiip> on temps, malgré le poids de ses chaînes, malgré l'enlèvement et le massacre de ses iils, l'incendie de ses villes, la destruction de ses forteresses, malgré le fracassement de ses os, et le morcellement de ses cliairs : il se li'\e (lao-i sa majesté de peuple; il revendique, à la face du ciel ei de la terre, ses droits honteusement violés; il combat et il prie pour qu'au moins ses cendres reposent dans un tombeau libre, à côté des cendres de ses pères. Certes ! la cause qu'il défend n'est-elle pas juste et sainte? Faut^il s'étonner qu'à ce spectacle le monde tressaille d'admiration et de pitié ; que tous les regards saluent; que toutes les mains applaudissent; que tontes les voix protestent? Surtout, faut^il s'étonner qu'audessus tles réclamations oni^'ielles. des déclarations diplomatiques, des démonsti'ations populaires; au-dessus du cri indiîrné de la conscienr»^ humaine, s'élève le cri et le génusM inent de l'Église? Ah! l'Église est mere; et les nations en détresse trouvent un abri sous son aile, au même titre que les pauvres, les abandonnés, les esclaves du globe, que le droit et la faiblesse soient persécutés : là est l'Église; qu'il s'agisse d'un peuple ou d'un enfant !
« Sans la justice, a dit saint Augustin, que seraient les em- » pires de la terre, si ce n'est de vastes brigand^esl » (ilemoto juêtitia, qui sunt régna, nin maana kUroemiat de Givit* Dei, IV, 4.) Ainsi a toujours pensé l'Eglise, Elle ne reconnaît qu'une loi morale, une et la même d'homme à homme, et de peuple à peuple, (-onséqueunnent, elle n'admet pas, elle n'admetlra jamais que la force fonde le droit, ni que les exigences
et les calculs do la polit njno, et de ce qu on est convenu d'appeler la raisitii ,rKiatj puissent jusiificr le vol d'une province ou d'un royaume; et, quand le meurtre d'une nation a été commis, elle le réprouve avec plus d'énergie encore que le meurtre d'un homme; car ces deux crimes ne diffèrent qu'en un seul point : le premier est mille fois plus énorme. « Au lieu 1» de quelques larmes, dit un éloquent écrivain (le P. Gratry, » prêtre de l'Oratoire); au lieu de quelques gouttes de sang, » mettez ruisseaux de larmes et fleuves de sang I »
» D'après ces principes incontestables, le partage de la Pologne, en 1772, est un crime de lèse-nation, un scandale européen. « Ce partage me désespère, disait Marie-Thérèse d'Au- » triche, c'est une tache à mon règne, n Elle ajoutait : « Le » droit crie contre nous; je n'ai jamais été plus tourmentée de » ma vie, et j'ai en quelque sorte honte de me voir. » liniin, lorsqu'elle eût signé, presque malgré elle, l'acte de spoliation, elle écrivit ces paroles prophétiques : « Longtemps après ma » morty on verra combien il en coûte d'avoir foulé aux pieds » ce qui a toujours été regardé comme juste et comme sacré )» parmi les hommes 1 » Et/ en effet, la Providence est intervenue pour exercer contre l'Europe coupable des représailles solennelles. De là cet état de trouble et d'anarchie; de là ces crises terribles dont la périodicité accuse un mal intérieur et chronique, un désordre analogue à la iu|iture d un \ aisseau essentiel dans un corps ori^anisé. Telle est la c()n\iction des hommes de foi, des hommes de génie, des hommes d'État. « Su{)primer une nation dans le système européen, disait le » comte de Maistre, c'est quelque chose comme vouloir sup- » primer une planète dans le système solaire, c'est mutiler » l'Europe c'est vouloir enlever un bras au corps social euro- ^ péen. » Alexandre pi*, empereur de Russie, avouait et ne se lassait pas de répéter : « que le partage de la Pologne, était un » attentat dont les conséquences morales n'avaient cessé de » peser sur l'Europe, et dont l'homme et la justice demandaient » la réparation. » Le roi Louis XVIII, écrivait à son tour. « Le )) partage qui raya la Pologne du nombre des nations, fut le )) prélude, en [lartie la cause, peut-être, et. jusqu'à un certain » point, Texcuse des bouleversements auxquels i Europe depuis » a été en proie. »
» Ces aveux, et ces repentirs, N. T. C. F., sont demeurés stériles. Les châtiments providentiels eux-mêmes n'ont eu d'autre effet que d^aggraver le joug d'oppression qui accable la
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r(il.)-nt\ A IVpoqno de la spoliation, Catherine 11 publiait snr la tolérance de pompeux manifeste?, et signait en même teiii[)5, des édits secrets, ordonnant d'exterminer jusqu au nom de cotte inforimiée nation. Après les ori^es révolutionnaires, la Russie changea d'altitude ; elle se posa dans le inonde, comme la puissance amêerfooiriee par «ceUence, comme le boulevard inébran* lable et le dernier asile des principes qui soutiennent les trônes et font vivre les soclëlës. Pour justiâer ce rôle, elle déploya tous les artiBces d'une politique où Tastnce de Tesprit grec dissimule les violences du caractère tatar. La Tzarine dit à l'Europe : « Reîrardez, les traces de la Révolution française, sont » partout fumantes sur votre sol. Partout des foyers de cons- » piration, des laboratoires d'anarchie, où les sectes anti-so- B ciales rêvent et préparent dans l'ombre la ruine des pou- » voirs légitimes et de tout ordre européen. A chaque instant, » de nouvelles commotions viennent soulever les peuples et » renverser les plus anciennes dynasties. Or, moi seul, je suis i » assez jeune, assez forte pour résister victorieusement à ce \ » torrent dévastateur, n est vrai, j'ai asservi la Pologne ; mais : » n'est-elle pas, du moins, ne pourrait-elle pas devenir une » arme dangereuse, entre les mains de la révolution? Plaignez » ses malheurs, mais comptez sur ma générosité, je saurai lui » duiiaor la mesure de liberté appropriée à ses besoins. D'aîl- » leurs, ne vaut-il pas mieux sacrKior une seule nation que de , » compromettre, en la sauvant, 1 ordre et la tranquillité de » toute l'europo*^ » I » Ce langage était habile. Il trompa les hommes d ordre, et j un grand nombre de catholiques. L'illusion fut même si protonde que le jour sinistre jeté par les derniers événements n'a pu la dissiper tout à fait. £h bien ! non I la Russie n'est pas l'ennemie de la BèvoluiUm; elle en est la plus puissante auxiliaire. Comparez, en effet, ces deux formes monstrueuses de rorgueil humain, révolté contre Dieu : le despotitm et la dèmagogù; et vous saisirez entre l'un et l'autre d'étranges ressemblances. B» partent du môme principe, ils réalisent les mômes œuvres de destruction ; ils aspirent au même but ; leur principe, d'abord, est cet instinct violent et rusé que saint Augustin a nommé: « la rage de la domination innée au nrur de l'homme. » Le despotitm r en appelle à lordir; et la démagogie^ à la liberté; mais pour tous deux, ce n'est là qu'un prétexte et une vaine formule ; \ ils frappent comme Dioclétien, ils mentent comme Julien, et leurs oeuvres sont les mêmes, les voici ; Mépris des traités, abo-r
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lition de toutes les lois divines et humaines, ëtouiïement de la liberté des âmes, anéantissement de l'individu, idohUne de l'État, destruction de toute justice réîiiilière, violation continue de la propriété et de la famille, écrasement des résistances, dans la terreur et dans le sang. Gomme le principe et les œuvres, le but est commun. C'est la ruine du droit au profit de la force; c'est le nivellement absolu et universel, c'est par-dessus tout, le renversement de l'Église catholique, seule puissance capable de vaincre toute espèce de tyrannie, qu'elle vienne d'en haut ou d'en bas, qu'elle s'appelle César ou la Convention*
Donc le de^potime ne peut rien pour la défense et le rétablissement de l'ordre véritable : l'ordre moral et religieux. Que l^s esprits et les cœurs droits le comprennent enfin et ne laissent plus ralentir, par de chimériques espérances, l'ardeur de leur dévouement à la cause de la Pologne. Ce sont ses oppresseurs-partai^curs qui ont fait chez elle la rèi^olntion^ en détruisant sa constitution religieuse, politique et sociale, qui comptait mille années d'existence et de gloire immortelle. Quand donc la Pologne se soulève, ce n'est point une révolte, mais une etmire-révolution. Quand elle combat pour son indépendance ei l'intégrité de son antique territoire, elle n'attaque pas, elle se défend. Le droit crie toujours en sa faveur, et son triomphe tarirait la source la plus féconde peut-être des malheurs de l'Europe, et laverait cette tache (Tinfamie dont parlait Marie-Thérèse, et qui a rejailli sur toutes les nations chrétiennes.
y) A son tour, la dhiuKynjie ne peut rien pour la liberté. Le patriotisme qu'elle inspire n'éveille que les passions égoïstes, les instincts lîkhes et miels. Hostile à toute autorité. ])rincipalement à l'autorité relii^ieuse, elle divise, au lieu de réconcilier et d'unir; elle ne délivre que pour opprimer ensuite; elle déshonore et perd les causes les plus justes et les plus glorieuses, dès qu'elle y intervient; elle détruit toujours et n'édiûe jamais* Oh I heureuse la Pologne si elle échappe à cette d&astreuse in- 0uence; si, malgré sa faiblesse et la puissance de ses ennemis, elle s'obstine généreusement à refuser, jusqu'à la fm, le concours qui lui est offert, la main qui lu! est tendue par la révolution. Sa force invincible, c'est la justice de aa cause; c'est aussi l'énergie de sa foi.
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» Un des hëros de la Pologne répondait un jour aux persécuteurs de son pays : « Vous pouvez m'ôter la vie, mais il n'y a » point de despote assez riche pour me corrompre, ni assez puis^ » sant pour m'intimider. » Un autre a dit cette magnifique pa* rôle : « Moi qui aime la liberté plus que tous les biens de ce » monde, j'aime la foi catholique plus encore que la liberté. > A de tels accents, vous reconnaisses ce patriotisme que le Saint- j Esprit a glorifié dans la personne des Machabées, et querHomme- ' Dieu a consacré par ses larmes; vous reconnaissez aussi les sentiments qui animent en ce moment mémo les lésions poionaise>. Certes ce sont des héros chrétiens, ces soldats (jiii se confeasenl. reçoivent i'iùicharistie avant d'aller, calmes et jo\eu\, otîiir leurs poitrines aux balles ennemies. Ils ont pour étendard l'image de la sainte Vierge^ pour écusson un crucitix, j)()iir en de ralliement : Jcsm et Marie; pour chant de guerre des hymnes sacrés, pour témoins ou secrets complices, tous ces pontifes, tous ces prêtres qui prient avec eux dans les camps et dans les églises \ en deuil, qui savent comme eux affronter Texil et les tortures, qui les bénissent au départ, saluent leurs triomphes et enchan* tent leur agonie en leur montrant la patrie immortelle, et en leur disant au cœur : iVon, la Pologne ne périra pas^ puisque vous mourez pour ellef », » Combien la foi est encore vivante dans l'âme de ce peuple! j
Et pourtant cette foi est aux prises depuis un siècle, avec iiae j puissance colossale, avec ce schisme moskovite (]\ir Gi^ goire XVI, dans une allocution célèbre, dénonçait comme l'ennemi le plus perfide et le plus dangereux de l'Église^ et qu'il accusait (V attentats sacrUéges^ de mensonge Sffstématique^ de fraude héréditaire^ (avita fraude). Quelle guerre atroce et raffinée'! Quelle longue série d'inhumanités et de bassesses, pour enchal. ner la double ruine du catholicisme et de la Pologne. Eh bien) La Russie a-t-elle vaincu t Sans doute, elle a obtenu quelques tristes défections, de lamentables apostasies : tout ce que la ruse pouvait surprendre, tout ce qui était à vendre à prix d'argent, tout ce que la force a pu briser, tout ce qui a été subju- | gué par la peur, s'est détaché de l'Église pour aller extérieure- j ment au schisme. Mais après ces conquêtes partielles, et plus | apparentes que réelles, les Tzars ont vu avec colère, que la Po-
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lognc demeurait catholique par le principe intime de sa vie, par le fond de ses entrailles, et que sa foi étant indestructible* sa nationalité ne pouvait s'absorber dans l'unitë de leur empire, ni sa race slave, se confondre avec le mongolisme et les multitudes courbées, corps et âme, sous leur double sceptre politique et religieux. De cette conviction désolante pour l'orgueil du despotisme résulte par intervalle uu redoublement de bai barie. C'est ainsi que nous assistons anjoiirrrhui à un drame effroyable : l'exécution d'un peuple tout entier. La Russie n'a pu se l'assimiler : elle voudrait l'anéantir. Ho\e insensé! ce n'est pas la mort qui approche, c'est la résurrection.
» II est raconté, N. T. C. F., que Saint-Stanislas, évéque de Krakovie, ayant été tué à Tautel (le 8 mai 1079) et son corps mis en (nèces, les membres épars se rejoignirent miraculeuse* ment au bout de trois jours. Or, la Pologne a toujours yu dans ce prodige, le s} raboIe de sa destinée. Gomme le corps du martyr, elle a été partagée et démembrée par ses persécuteurs ; un jour, elle doit être reconstituée en un corps intact, exempt do toute cicatrice, plein de jeunesse et de force.
» Nous lis m- au<ïsi dans la rie de mini Venref^lnff, roi Polocfvr, qu'il aimait à aller, pendant les nuits d iaver, visiter le Sacrement, dans les éizlises. Son serviteur le suivait et se plaignait des fatigues du chemin ; il tremblait de froid, et ses pieds étaient meurtris : a Mettez vos pieds dans les traces des miens, lui dit le roi, et vous serez soulagé. » Le serviteur le fit, et il sentit bientôt une douce chaleur sortir de la glace foulée par les pieds dû roi ; et il ne songea plus qu'à bénir le Seigneur» Touchante image de ce qui arrive aux Âmes généreuses et confiantes qui marchent à la suite de Jésus-Ghrist.
» Ces deux traits expriment tous les vœux que nous devons offrir pour la Pologne. Prions donc N. T. C F. pour le triomphe d'une cause défendue par le martyre et bénie par Pie IX. Prions pour la délivrance et le rétablissement de cet antique royaume, (Mnineniment catholi<|ue. Mais, s'il entre dans les desseins de Dieu de prolon^rer le temps de l'épreuve ; deuiandons pour nos frères persécutés la grâce de conserver toujours cette pureté et cette simplicité de la foi qu'aucune séduction ne peut cor-rompre, qu'aucune violence ne peut abattre. Ah 1 sans doute, il en est un grand nombre encore qui doivent souffrir, qui doi^ vent mourir ; mais dans cette nuit froide et sombre qui les enveloppe, dans cette voie sanglante où ils marchent, qu'ils posent leurs pieds sur les empreintes, sur les vestiges sacrés du Sau-
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veur, et leur cœur s'échauffera aux flammes de ce cœar divin et ils seront consolés.
(Id suivent les prescriptions et les prières pour implorer dans toutes les églises et chapelles du diocèse le secours du Seigneur en faveur de la Pologne ; à commencer le 43 novembre, féte de saint Stanislas Kostka, l'un des patrons de la Pologne, et à lire la présente lettre pastorale dans toutes les églises le dimanche qui en sui\ra la réception.)
» Donné à C.hàlon-sur-Saône, le 21 octobre 4863, fêle de Saint-Jean de Kenty, protecteur de la Pologne.
f FRÉDÉRIC.
£vèque d'Autun, Cbâlon et Maçon.
Par mandement de^ monseigneur : GâRDETTB, chanoîDei - chancelier.
La lutte polonaise se prolongeant et TËurope abandonnant • la Pologne, la Russie a cru devoir s'adresser au Pape Pie IX en lui demandant de jeter son anathème sur les Polonais. A cet
effet, le Sll avril 4864, Tenvoyé russe à Rome pria le pape d'agir dans ce sens. Le i)ape non-seulement refusa, mais profitant d'une solennité, prononça au Collège de la Propagande, le 24 avril, railoeution >ui\ciiite:
cf Le sang des faibles vi des innocents crie vengeance devant le trône de rÉteniel contre ceux qui le répandent. Et, de nos jours, ne voyons-nous pas aussi un sang innocent versé dans un pays catholique, dans l'infortunée Pologne, où cette même religion catholique, pour laquelle saint Fidélis donna sa vie, est û cruellement persécutée.
» J*aurais voulu ne pas en parler avant le prochain consistoire ; mais je crains, en gardant plus longtemps le silence, d'attirer sur moi la punition céleste annoncée par les prophètes à ceux qui laissent commettre l'iniquité. Je ne veux pas être forcé de m'écrier un jour en présence du juge éternel : Va^ naiti quia tacui. Malheur à moi si je me taisî La fête d'aujourd'hui me rappelle que, de nos jours ausiji, il est des martyrs qui souffrent et meurent pour la foi!...
» Je me sens inspiré et ma conscience me force d'élever la voix pour condamner un potentat, dont je ne tais le nom, en ce moment, que pour le nommer dans un autre discours, et dont l'immense empire s'étend jusqu'aux régions byperboréea->
HISTOIRE DE POLOGNE
nés!... Écoutez! voici ce puissant potentat qui ose aussi s'appeler faussement, Catholique d'Orient, et n'est qu'un schisiiiiifique rejeté du sein de la véritable Église, et qui oublie le jui^enient de Dieu qui l'attend pour ses forfaits. Ce potentat, dis-je, perdécute, avec une féroce cruauté la nation polonaise, et il a entrepris Tœuvre impie d'extirper la religion catholique dans toute la Pologne, et d'y introduire de force le schisme. 11 opprime et tae tous ses sujets catholiques qu'il a poussés par ses rigueurs à rinsurrection, il extirpe le catholicisme, il déporte des [K>pulations mitières dans les contrées sauvages, où elles se voient privées de tout secours religieux, et les remplace par des aventuriers schismatiques. 11 persécute et ma->uLTe les prêtres de cette nation catholique ; il les arrache forcément à leur troupeau ; d'autres sont condamnés aux travaux forcés, ou à des punitions infamantes; d'autres enfin sont exilés. Heureux sont encore ceux qui ont pu fuir et qui maintenant errent sans asile, sur la terre étrangère!
» Les églises sont profanées, d'autres sont fermées à cause de ^ l'absence des prêtres. £nfin, cet arrogant potentat et tout héthé-* rodoxe et schismatique qu'il est, il ose s'arroger un pouvoir que le vicaire du Christ ne possède même pas. Après avoir arraché à leurs diocèses, exilé et tenu en captivité, depuis un an, nos fîls bien-aimés, l'archevêque de Warsovie et l'évêque de Wilno, il ose encore les dépouiller de leur juridiction, légalement instituée ])ar moi! Il semble ignorer qu'un évêque catholique sur son siège ou dans les catacombes, est toujours ie même et que son caractère est indi'K bile.
» En jetant l'opprobre contre de tels actes, nous ne pouvons nullement donner par là un encouragement à la révolution européenne. Je sais bien distinguer la révolutîen socialiste, du droit légitime et de la liberté raisonnable de la nation polo^ naise qui lutte pour son indépendance et pour le salut de la religion.
» Si je proteste contre ce potentat, c*est pour soulager ma
conscience. En flétrissant les persécuteurs de la relii;ion catholique, je remplis un devoir sacré de notre conscience à nous tous. Voilà pourquoi j'ai flù vous faire part des tristes nouvelles reçues de cet infortuné pays, pour lequel nous devons redoubler do prières. Prions donc le Tout-Puissant d éclairer le persécuteur du catholicisme et de ne pas abandonner les victimes qui, condamnées par lui, périssent au milieu des déserts glacés sans avoir le moyen de se réconcilier avec Dieu, £n conséquence
UISTOIAE D£ i^ÛLOGNB
nous donnons notr© WnWîctîon apostolique à tous ceux qui^ dan? la journée d'aujourd iiui auront pi lë pour la Pologne. PrioM pour elle! »
Grandf^ fut la culèn^ do la Russie, mais afin d'atténuer la portée de cet acte, à jamais nM'inorable, elle obtint, qu'un journal de Rome, la CivUtà Caltolica^ publiée par les Jésuites, insérât cette même ailocution sous le travestisBement suivant :
< IlesteD Europe un souverain puissant, mais non-catholique, qui, prenant texte d'une rébellion inconsidérée d'une partie de ses sujets, cherche à extirper jusqu'à la racine, dans celte partie de ses États, la foi catholique. Empêcher et réprimer cette injuste rébellion est dans son droit, comme c*est aussi le droit sacré de ses sujets, même égarés, de professer librement leur foi.
» Non, ce n'est pas en poursuivant le catliolicisnie que l'on afl'ormit la Inh-liti' aux priiu'os de la terre ; la fidélité e>l la fille * de la justice (jue l Éiilise catholique ordonne à ses fds de rendre intégralement à toutes les autorités légitimes. Non-seulement il est injuste, nuus contraire aux intérêts politiques de poursuivre la religion catholique pour dompter une rébellion. On nous apprend de plus aujourd'hui un acte de persécution qui dépasse tout ce qu'ont fait anciennement les ennemis les plus acharnés du christianisme; ceux-là même qui faisaient conduire les chrétiens au supplice n'ont jamais songé à se substituer aux pontifes en donnant ou enlevant la juridiction spirituelle.
» Un m'annonce aussi qu'un évéque catholique a été privé de sa juridiction sur son diocèse, comme si l'autorité spirituelle pouvait être soumise à un pouvoir temporel, quelque élevé soitil. Prions donc aim que Dieu éclaire ce souverain ; prions encore afin que les pauvres catholi(pies, enlevés de h nr s maisons et de leurs paroisses et conduits en exil dans une terre inhospitalière où ils n'ont plus de secours que celui de leur ange gardien, restent fidèles à la confession de Jésus-Christ 1 »
Le pape Pie IX, étonné de voir ses paroles si audacieusement altérées, protesta dans une autre solennité, et prononça à Saint- Jean* de-Latran, le 34 juin 4864, les paroles suivantes:
<t Cette fois, je ne vous dirai, mes frères, que quelques pa« rotes brèves et simples : brèves, à cause de la saison; simples afin d'empêcher qu'elles ne soient altérées el dénaturées par des
passions diverses en sens divers^^suivant le eaprioe des uns ou
la malice des autres.
» Co li e-t l as sans un dessein digne de sa céleste sapjesse que Dieu a permis que, durant notre pontiiicat, un nombre aussi considérable de ses serviteurs obtînt Thonncur d'élre élevé sur les autels : il a voulu noua engager à imiter leurs vertus. £t, pour ne parler que des saints dont nous célébrons la gloire dans notre réunion d'aujourd'hui, ils nous enseijgnent à tous, et sur-^ toutà ceux d'entre nous qui sont revêtus du caractère sacerdotal, la voie que nous devons suivre dans ces jours de tribula* tions et d'épreuves. Le vénérable Canitius nous apprend à unir le zèle à Tinstruction, afin que nous puissions non-seulement combattre avec courage les ennemis de notre religion, mais que nous sachions encore confondre un à un les arguments à l'aide (les(|uels ils s'ellbrcent de défendre leurs erreurs, La vénérahle Marguerite Âlacoque nous inspire Tamour envers Jésus-Christ, à la gloire duquel toutes nos actions doivent se rapporter. Enfin, le saint précurseur nous enseigne quelle force nous devons op- , poser aux orgueilleux de ce monde, aux maîtres de la terre* ^ )» Quant à nous, combattons son orgueil; car Porgueil, la vanité et la sup( rbe ont fait misérablement dévier du droit chemin plusieurs personnes même honorées de dignités ecclésiastiques, et auxquelles I huiiidnité aurait dù servir de bouclier contre les suggestions de l'antique serpent.
» Prions le Très-Haut de daigner nous accorder, à moi, à vous, mes frères, et à tout le clergé catholique d'imiter avec constance les vertus dont je viens de vous faire mention. »
Le tableau des dernières années que nous venons de tracer, sans exagération et nous appuyant toii^ours sur des actes au* thentiques, partant de sources opposées, prouve victorieusement que le système du cabinet de Pétersbourg cherchait toujours à provoquer la lutte. Il est donc évident que les Polonais, les LiUaiiiens et les Ruthéniens d(îfendaient leur cause sainte et légitime, mais n'attaquaient pas. Leurs paroles et leurs écrits en font foi; ils s épuisaient toujours en avertissements et en conseils, pour obtenir la justice et rentrer dans leurs droitSi mais Alexandre II répondait : <( Il n'y a que la terreur pour gouverna la Pologne I » Et le vice-chancelier Alexandre (rortschakolf, appuyant ce système, ajoutait : « Nous ferons de la Pologne un monceau de cendres et de ruines. Le gouvernement de mon auguste maître est venu à se convaincre qu'il n'y a plus
UlblUlRE DE POLOGNE
qu'une politique à suivre envers les Polonais : la politique d'extermination î... »
Et l'Europe ne devrait pas ignorerfquo les siècles passent, sans ;i[i[H>ri«M' la lijinii're chez/'les Tataro-Mosk()\ itc-^, et que ces peuples n uni jai!i;ii> menti à leur origine barbare. Tout se modifie, tout pruirresse dans le monde^iiiai> eii>: suivent invariablement leur svstème d'envahlssemenl, de destruction et de la transformation des peuples slaves, essentieilement Européens» en peuples asiatiques, immobiles dans leur instinct sauvage. Dans les quinze siècles derniers, nous prendrons dix noms au hasard, et qui sont comme la personnification du système tataromoskovite, de son but, de ses tendances, de sa traditionnelle et sanguinaire barbarie. C'est Thistoire qui parle, c'est la grande voix de la postérité qui prononce un jugement par des mots qui sont des stigmates. Ces souverains sont marqués au front par un surnom que les contemporains et la postérité leur onl appliqué comme la punition de leurs crimes, et que l'histoire, certes, n'a pas inventé :
Attila, le Fléau de Dieu (390-453).
Gengis-Khan, YflxtermiiuUeur (4450-4^27).
Batou-Khan, le Ravageur {^^00-^^76).
Tamerlan, le Destrucl^ur (4 336-1 405).
YvAN m, le Crtitfi (4 440-4 505).
YvAN IV, le Terrible (1529-1584).
PiEURK I*-'"^, VExtirpateiir (1672-1725).
Paul l«r, le Fou (1754-1801).
Nicolas le San</«i/Miire (1796-1855).
Alexandre II, le Terroriste (1848-18..}-
Malfîré les sympathies que l'Europe témoigne à la Pologne, car jamais nation ne ïni ^aluee par plus (Funanimilé, et malgré (les vdMix universels, l'Europe cependant attend. Attencèrat-elle pour secourir cette alliée de son âme, que la Pologne ne soit plus qu'un moaceau de cendres, de ruines et l'ossuaire des martyrs!...
En 4846, le martyr de Sainte-Hélène prononça oes mémorables paroles : « Le premier souverain qui, au milieu de la mè- » lëe, embrassera de bonne foi la cause des peuples, se trou- » vera à la téte de toute l'Kurope et pourra tenter tout ce qull
» voudra. Alors, à la laveur des lumières universellement ré- » pandues, lui sera-l-il permis de rêver pour la grande famille » européenne, Tappiication du Congrès américain ou celle des
» amphyctions de la Grèce : et» quelle perspective alors de » force, de grandeur, de puissance, de prospérités. Quel grand » et magnifique spectacle I »
. Depuis cette époque il s*est écoulé quarante-huit ans, et on attend encore ravèncment du soiiveruiii prédit... Le mal général augmente, et la Pologne, en particulier souffre plus que jamais et plus que toute autre natiorudité. Aussi son unique refuge est-il Tespoireu Dieu et elle peut dire, aveclsaio: a L'année de ma rédemption est venue. U est vrai, j'ai regardé autour de moi et au loin, et je n'ai pas vu venir le secours. J'ai cherché, et il ne s'est rencontré personne pour m'aider. Alors, j'ai dit : Mon bras, soutenu par la main de Dieu^ me sauvera, et c'est mon indignation qui m'a secouru 1 »
Il nous a semblé que, comme couronnement de notre travail, nous devions inscrire ici les noms des Français qui se soûl dévoués de cœur et d'intelligence à la cause polonaise (enlre les années 1861 et 48Gi). Des talents de premier ordre, vont consacré leurs plumes éloquentes, comme orateurs, publicistes, poètes, etc. Un fait bien digne de remarque, c'est que ces sympathies appartiennent à des religions différentes, à des opinions diverses : en un mot, à des hommes qui n'ont pu s'unir qu'en cette circonstance I Inscrivons donc ces noms et qu'ils voient dans ce souvenir historique un témoignage de la reconnaissance des rulôiiais : *
Abeilhou. L. J. Alary. A. Allier. Louis Alloury. L. l. A. Armand d'Ambraine. Constant Améro. Isidore A miel. L. André. Amédée Andrieu. L'abbé Ansaul t. Apiauainë. Kugone d'Arnoult. J. Ascher. Aristide Astruc. Aubry Foucault. Félix Aucaîgne. Philibert Audebrand. Audley. Yictor Auger. Henri Augu. Alfred d'Aunay. Eugène d'Auriac.
Arthur Baignières. Philippe Baillard. IL Barbedette. Auguste Bari>ier. A. Barlatier. Odiilon Barrot. Marins Baudard. Alphonse Baumann. L'abbé A. Bayle. A. Beaufils. S.Bedarride. Louis Bellet. Madame Louise Belly. Louis Belmontet. Bernard. Samuel * Henrv Berthoud. Evariste Bertulus. Edmond Bizonnet. F. Blanc. Victor Blanc* Madame Maria Bonin. Alexandre Bonneau. L. B. Bonjean, Borau. B. J* Borédon. Antoine Boudin. Mgr Boudinet,
ntSTOIlR M POLOGNB
ëyécpie d*Amienft. A* Bouffier. BouUauli. Madame Geneviève Bourgeois. A. Brëmond. Alfred Briosne. Brizard. H. de Broca.
E. de Broise. Ferdinand Burier.
Alj)hon<5p dç Calonne. Julo<; Canonire. Clément Caragiiol. A. Carie. Hippolyte Caslille. Augustin Cauchin. J. M. Cayla. Ghabaud. Ad. Gbaisëa. L. ChalUer. L'abbé Gbantôme. J. GhantreL Auguste Gharlier de Steinbach. L. Chenu. G. F. Ghevë. A. Chrétiens. Ch. Colniance. Félix Col>on. .kan-Baptisto Coquillo. Laurent Coppons. Antliime Corbon. V. de Courmence^l. Auguste Grochey Lesmarette. Cucheval-Clarigny.
G. Damotte. Damour. Dandin-Glavaud. Edouard Dangin. Franr çois Banville. Darblay. Mgr G. Darboy, archevêque de Paris. Jérôme David. L'aljbô Desjuerry. Mpr Dolalle, évéque de Bodez. ThéodcH f^ Delamarre. P. Delaruelle. Deiavault. Taxile Delord. Denis. Madame Fanny Denoix des Vergnes, L'abbé Désorges, . N. Desligny. Mgr F. Donnet, cardinal, archevêque de Bordeaux» Ernest Dottain. Ernest Dréolle. Mçrr P. de Dreux-Brézé, évêqne de Moulins. Henri Dron. Alfred Dubois, Georges Du Chaylanl. Duclos. Paul Ducos. H. DnfTorL. Louis Dul ic. Mgr A. Dupanloup, évéque d'Orléans. P. Dupré. Robert Dutertre. A. Dutrône. J. M. Duvault>Blochet.
Emouf. Henri d'Erville. Camille Etiévant. A. Escande. L'abbé Jean-Marie Eymat.
L. Favro. Lo R. P. Félix, de la Compagnie de .T(^sus. Joachim Ferran. Constant Ferrari. Xavier de Fontaines. Ë. de Fontanbert. de Fonlenav (de POrnio'. Eugène Forcade. Alexandre Foucher de Carcil. L'abbé Freppol. Victor Frion.
Madame A. GaëL Gagne. Valentin Gallot. Gard. Charles Garnier. Joseph Garnier. A. Gault. Gavois. Madame A. Genton. L. Gérin. Albert Gigot. A. Girard. Paul Girard. René Girard. J. H. Gonzalle. G. Gounouilhou. Madame Carola Gras deBagnoIs. Le R. P. Alphonse Gratry de l'Oratoire. Henri Grignon. L'abbé C. Grison. Augu-te Gruson. Henri Guasco. Adolphe GuérouU. L'abbé Alexandre Guettée. Louis Guibert. L'abbé A. Gutbiin.
Charles Hautberg. Léonor Havin. Théophile Herlin. Maurice
Hermann. Louis Hervé. Joseph-Etienne Horn. Adolphe Huard. Adrien Huard. A. P. Huason.
HISTOIRE D£ POLOGNE 395
Gnetave Janicot. E. Jobard. Léo Jouberl. G. Jourdan. Louis
Jouixlan. A. Jousc. Louis de Juvigny.
Jules Labbé. Emile de la Bëiollière. E. Laboiilaye. Lacaille. Ulysse Ladet. Ladevèze. Achille Lafon. Anatole de La Forge. Henri de La Garde. F. Gr. Lajehannière. Auguste TAllour. A. Lambert, devis Landard. Pierre Lanfrey. Louis Lapierre. Sâvinien La[juiàle. Victor de Laprade. Jean Laïucqiic. Henri Lasserre. Ferdinand de Lasleyrie. L'abbé A. Latour. P. M. Laurent (de TArdèche). P. S. Laurentie. Achille de Lauzières. Léonce de Lavergne. André Lavertujon. Alexandre Laya. V. Le Breton .de la Hazre. Lecesne. De Lécuyer LaPapotière. H. Lefebvre. C. Lefebvre. Antoiim Lefeb\ re-Ponlalis. Armand Le François. L. Legault. Louis Léger. Ernest Legouvë. Lemercier de Neuville. G. Lenormand. Louis Le Normand. Le R. P. Louis LescoBur, de l'Oratoire. Madame Hermance Lesguillon. G. Le Tessier. Armand Lévy. Lieutaud. M. S. Lion. P. Lissillour.
Léon Magnier. Aimé Malespine. Kvarislo .M an lui. Marchai. Henri Martin. J. Massicault. Mgr F. de Marguerye, ëvèque d'Autun. y. de Mars. Paulin Mathieu. Albert Maurin. J. Mayer. Charles de Mazade. G. Mazuré. J. B. Mége. Th. Mercier. L'abbé G. Mermillod. L. Méry. J. B. Métivier. Jules Micheîet. Alfred Michiels. Achille Millien. J. Moncla. J. Mongrenier. Charles de Montalembert. Alfred Montégut. A. Maillard. Jules Moureau, Charles de Moiiy.
A. Nadaud. S. A. L le prince Napoléon. Nardon. Auguste Nefftzer. Eiumanuel de Noailles. Nouguier.
Emile Odelin d'Ernault. D'Ornant. F. Orse.
Paul Parelon. Eugène Pi llolan. Léon Pelvey.Le R. P. Gliarles Perraud, de TOratoire. L'abbé Henry Perreyve. T. Perrin. Ernest Perrossier. Alexandre Pey. Auguste Picot. Auguste Pillet. Pinot. Mgr G. Planlicr, évèque de Nimes. Léon Plée. Edouard Plouvier. G, P. Poncet. J. G. Ponzio. Constant Portelette.
Pradal.
Edgar Quinet. .
Armand Ravelet. P. J. Raymond. B. Raynaî. J. H. Rédarez
SaiuL-Rëmy. Elias Régnault. Henry de Uiancey. A. Rigaùlt. Victor-Henri de Rochetin. A. de Rolland. H. Rouméguère. E. Roux. Roux-Ferrand.
at6 histoire: de Pologne
Saint-Marc Gtrardin. H. de Sainlnlullien. Gharies de Saint- Noxant. Sanlais dit V^iltance-Angéris. B. Sarrans, jeune. Gharies
gauvestre. IMi. (le S(^JTiir d'Airuesseau. Georges-Soiiznour. E. Semgueiicl. P. KayaiuîKi Si^uourel. Sirtema de Grovestius.
Jules Tessier. Edmond Texier. Henri Tbéry. David de Thiais. Henry Thiers. Paul Thureau Dangîn. L^abbé A. Tilloy. Victor Tourvieille.
Vaillant. Charles VauLKniin. Alexis Vavîn. Pierre Véron. Veuillot, Philippe Vigne. Joseph Vilbort. Eugène Viiiedieu. Prosper Villefranche. Théophile Vinet. Auguste Viquesnel. Athanase Yossier. H. Vrignault.
B. Wagner. J.-J. Wciss. Louis Wihl. Charles Woinez.
Getto liste est, assui enient, iincomplète ; nous espérons que dans les éditions ultérieures, les unii»ions >eiont réparées, si les intéressés veulent bien nous envoyer leurs noms.
Nos recherches n'eussent pas été dilliciles si nous avions voulu tracer les noms de ceux qui ont écrit et parlé contre la Pologne. Us eont cinq. Que voulez-vous qu'ils fassent contre troti-eefU vingt-cinq?
Paris> août 1864.
Lé. — Ch.
FOBST* — m, HT STÉR. M A. |I0V«8T»
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