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PRÉFACE
PRÉFACE
Si une histoire populaire est toujours une œuvre délicate» la diflScidté s'accroît quand il s'agit de mettre les faits et gestes d'un peuple sous les yeux d'un autre peuple. Le livre d'une nation contient ses plus chères traditièns, est la base du plus solide enseignement. La patrie étant considérée comme un milieu providentiel qui nous a été destiné pour aider à notre développement, son histoire recueille et transmet les efforts des générations , en éclairant et le but à atteindre » et le chemin a parcourir. Quand on écrit pour des compatriotes, il y a une foule de choses qui peuvent rester Mus^ntendues , qui <mt d'autant moi ns
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besoin d'être dites qu'elles vivent dans Tâme de chacun. Écrit-on au contraire pQur une autre nation, il est souvent malaisé de savoir ce qu'il faut ou non expliquer, ce qui intéressera ou non ceux k qui Ton s'adresse.
La fraternité qui, depuis des siècles, lie la Pologne à la France, cette sympathie familiale qui, en stucun temps, n'a permis que l'une fût indiflTérente à ce que ressentait l'autre, est sws doute uii motif 4'espérer que le peuple français prêtera Toreille et ouvrira son cœur aux récits des grandes vie* ttires et des malheurs plus grands encore de la Pologne.
Il y a des années, mou père avait songé à tirer de ses leçons, au Collège de France, les parties pii il avait plus spécialemeat traité de l'histoire de sa nation. 11 chargea de ce travail un de ses amis, M. Armand Lévy. ^extrait fait sous ses yeux et sur ses indications fut ensuite revu par lui-même. Son départ, lors de la guerre d'Orient, pour Cons-
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tantiuople, où il mourut (1855), fit ajourner cette publication que je présente aujourd'hui sous le titre : Hi$toire populaire de Pologne.
Mon père avait corrigé Tlotroduction» le chapitre des Tartares et celui des Jagellons, et refondu en entier celui d'Iwan. Les notes qui ont été mises à la suite de chaque chapitre précisent ce que sou* vent un coup d'œil d'ensemble n'avait pii qu'indiquer, de sorte que notes et chapitres se complètent, les chapitres donnant surtout l'idée, l'esprit de chaque période historique, et les notes les détails nécessaires. En ajoutant un chapitre sur nos deux dernières insurrections nationales, j'ai pris soin de marquer, entre crochets [ ], les passages empruntés à mon p^e sur la révolution de 1830,
Il est beaucoup question de la Russie* Mais il n'est pas plus possible de faire l'histoire de Pologne sans s'étendre sur les Russes, qu'il ne l'est de faire celle de France aans: y longuement parler de l'Angleterre. Comment s'étonner d'ailleurs de la
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place qu'occupe la Russie dans une histoire de Pologne» quand l'ambassadeur de Russie» Pozzo di Borgo, dans un mémoire adressé, en 1814» à l'empereur Alexandre» disait :
« La destruction de la Pologne, comme nation» forme presque toute Thistoire moderne de la Russie. »
II a été indispensable» pour faire comprendre des situations aussi extraordinaires» de dépeindre les procédés atroces du gouvernement russe; mais ce ne fut jamais sans plaindre profondément la nation russe» selon cette parole que mon përe prononçait, en 1844» dans la chaire slave de Paris :
« Nous qui sommes de ce peuple qui se consume dans la lutte contre la Russie» nous qui continuons ces générations dont le poète GarczyndLi dit c qu'elles descendent les unes après les autres» a comme les victimes dans une fournaise ar- < dente» » nous avons eu le courage de dire que nous n'avons pas de haine pour la Russie. La Rus«
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sie a besoin de nous ; la Russie ne pourra jamais secouer son joug sans la Pologne ; la Pologne et la Russie ont besoin de la Bohême, et nous tous, nous avons besoin de la France. »
LàDISLAS MlCKIEWlGZ.
Paris, !•' septembre 1866.