CHAPITRE X
Dernières années de François. — Son retour à Sainte-Mariedes-Auges. Ses dernières prédications. — Annonce de sa fin prochaine. Son testament.— Sa mort — Ses obsèques.— Sa
canonisation.— 1224 à 1228.
Depuis sa stigmatisation jusqu'à sa mort, la vie de saint François peut se résumer en deux mots : la souffrance et l'amour. Quand il revint à Sainte-Marie-des-Anges, pâle, défait, cachant en vain les blessures sacrées de ses mains et de ses pieds, ses frères crurent voir un vivant crucifix. Malgré sa langueur et les douleurs incessantes que lui causaient ses plaies, le zèle du salut des âmes le fit bientôt sortir de cette retraite, et pendant une partie de l'hiver de 1224 à 1225, il allait ou plutôt se faisait porter de ville en ville à travers l'Ombrie, guérissant les infirmes du corps et de l'âme, poursuivi de la vénération des peuples, et se bornant souvent, pour toute prédication, à répéter d'une voix affaiblie, mais toute brûlante d'une divine charité: " Jésus-Christ, mon amour, a été crucifié."
Dans son humilité, il croyait n'avoir rien fait pour Dieu et pour le prochain ; il se
ion
regardait comme un serviteur inutile il disait à ses frères : " Commençons, mes frères, à servir Dieu Notre-Seigneur, car jusqu'ici nous avons fait bien peu de chose. " Depuis plusieurs années déjà, il avait résigné ses fonctions et son titre de supérieur général des Frères-Mineurs, que ses infirmités rendaient trop pesants pour lui. En conférant son autorité au frère Pierre de Catane d'abord, et ensuite au frère Elie, il leur avait dit avec une simplicité céleste qui lui venait directement du cœur doux et humble du Sauveur : M Mon Père et mon très-cher Frère, je vous reconnais pour mon père et mon seigneur : je confie à vos soins la garde de mon âme, et je vous promets humblement tout respect et toute obéissance comme à mon vrai ministre. Je vous prie et vous conjure, par le Dieu vivant et véritable, de vouloir bien confier à un de nos compagnons la charge de me commander et de prendre soin de moi ; je lui obéirai inviolablement en tout comme à vous-même ; car, à cause du grand profit et du mérite de l'obéissance, je désire avoir toujours avec moi mon supérieur et d'être sans cesse en sa présence. " Et comme il avait dit, il fit jusqu'à la fin.
Son amour pour son Sauveur Jésus-Christ semblait croître avec ses souffrances ; ses ravissements étaient continuels ; sa vue achevait de s'éteindre dans les larmes brûlantes que lui arrachait la Passion de Notre-Seigneur, et son bien-aimé se montrait également si plein d'amour pour lui, qu'il semblait jouir sans interruption de sa présence. Il communiait fréquemment et avec tant de dévotion qu'on le voyait devenir semblable à un homme enivré après avoir reçu l'Agneau sans tache, et souvent son action de grâces s'achevait en une ardente extase.
Sa tendresse pour ses frères, sa miséricorde pour les pécheurs étaient sans bornes. Plus il participait aux souffrances et à la sainteté de Jésus-Christ, plus il participait aussi à sa bonté : la lettre suivante adressée par lui au Elie, et lui donnant des conseils pour le gouvernement de l'Ordre, est un monument admirable de cette charité toute divine :
" Que Dieu te bénisse ! Je te déclare selon mon pouvoir que si quelque chose semble s'opposer à ce que tu aimes Dieu, que si quelqu'un des frères, ou autre, te contredit, irait-il jusqu'à te frapper, tu dois regarder tout cela comme une grâce et volonté divine
et non point autrement. Aime qui te traite de la sorte, n'exige de personne que ce que le Seigneur te donnera. Je connaîtrai que tu aimes Dieu et moi, son serviteur et le tien, si tu agis de telle façon qu'il ne soit au monde aucun frère qui, ayant failli autant qu'il pouvait faillir, puis ayant levé les yeux sur tes yeux, ne se retire sans avoir reçu la grâce de ta miséricorde, demande-la-lui. Et vint-il mille et mille fois devant toi, aime-le plus que moi, et ainsi tu le ramèneras au bien. À toute âme égarée sois miséricordieux. S'il advient que les frères apprennent le manquement d'un frère, qu'ils ne lui en fassent ni lionte ni reproche. Mais qu'ils aient à son endroit grande mansuétude et qu'ils tiennent son péché secret : aussi bien ce ne sont pas les sains et les robustes, mais les débiles et les infirmes qui ont affaire au médecin. " Si le pécheur n'implore pas miséricorde, demandela-lui !" Cette parole de saint François est une des plus célestes qui soient tombées des lèvres mêmes d'un saint : c'est le terme dernier et sublime de l'humilité et de la charité. Elle est sortie directement du cœur de Jésus- 'Ohrist. Heureux le frère Elie s'il se fût toujours souvenu de cette lettre de son Séraphi-
loi
que Père ! Mais il l'oublia dans la suite ; son grand talent de gouvernement, sa foi, le souvenir des conseils et des prédictions de saint François, qui lui avait annoncé ce qui lui arriverait s'il ne s'humiliait point, tout cela fut impuissant contre l'orgueil de son esprit et son humeur altière. Deux fois déposé de sa charge pour ses infractions à la Eègle du saint Fondateur, il quitta l'Ordre qu'il avait longtemps gouverné et édifié, fut excommunié par le Pape, auquel il refusa de se soumettre, et mourut enfin, repentant et publiquement réconcilié avec l'Eglise.
Au moment où saint François lui écrivait la lettre que je viens de citer, Elie était enco- Te dans la pureté de la vie religieuse, et la tendresse profonde qui remplissait son cœur pour le serviteur de Dieu le maintenait dans l'amour de Jésus-Christ, dans la pauvreté et l'humilité d'un frère-mineur. Il aimait François comme un fils et le soignait comme une mère. Sur ses instances, le saint consentit enfin à se reposer. On le transporta dans une cellule très-pauvre, près de Saint-Damien, où sainte Claire et ses sœurs lui préparaient de leurs mains les remèdes indiqués par les médecins. Il y demeura pendant quarante jours
itô
avec les frères Masêeo, Ruffln, Léon et Ange de ïtieti, ses ordinaires compagnons. Pais il revint à Sainte-Marie-des- Anges, où il resta languissant et malade pendant toute la fin de Tannée 1225. Ses frères, voyant ses forces décliner et sachant qu'ils l'allaient perdre prochainement, le contemplaient avec une vénération et un amour toujours croissants. " Oh ! s'écrie l'un d'entre eux, Thomas de Celano, son premier historien, comme il leur apparaissait beau, splendide et glorieux dans l'innocence de sa vie, dans la simplicité de ses paroles, dans la pureté de son cœur, dans son ardent amour de Dieu et de ses frères ! " Sa patience était inaltérable, et il répondait à ceux qui lui demandaient comment il pouvait supporter d'un cœur et d'un visage joyeux les douleurs cuisantes de ses yeux et de tout son corps : " La gloire que j'attends est telle, que toute peine, toute maladie, toute humiliation, toute persécution, toute mortification, devient pour moi une cause c^p joie. " C'est pourquoi, dit saint Bonaventure, il ne considérait pas ses souffrances comme des peines, mais il les appelait ses sœurs.
Vers la fin de 1225, il profita d'un court moment de convalescence pour se faire trans-
porter en quelques endroits de TOmbrie ei des provinces voisines, afin d'y gagner encore des âmes à Dieu. C'est dans cette dernière course apostolique qu'il guérit à Bagnara, en Toscane, un petit enfant de quatre ans atteint d'une maladie mortelle. Quand il l'eut guéri, il s'écria, dit-on, en rendant grâces à Dieu : " O buona ventural ô l'heureuse aventure" L'enfant, qui s'appelait Jean, en garda le nom : il devint plus tard saint Bonaventure.
François passa à Assise, dans le palais do l'évêque, qui le soignait avec une tendresse filiale, les premiers mois de l'année 1226, qu'il devait achever dans le ciel. Vers le printemps le frère Elie le fit transporter à Sienne, espérant qu'un climat plus doux apporterait quelque soulagement à son infirmité ; mais son état ne fit que s'aggraver, et ses souffrances devinrent si violentes, qu'il semblait sur le point de mourir. Ses frères, désespérant de sa vie, l'entouraient en pleurant ; lui, toujours humble et tendre, leur disait avec une angélique simplicité: "Mes chers enfants, ne vous ennuyez pas de la peine que vous prenez pour moi ; car Notro- Seigneur vous récompenspra, en cette vie et
iti
en l'autre, de tout ce que vous faites pour son petit serviteur. "
Un de ses chers fils, craignant de le voir expirer au milieu d'une de ses fréquentes défaillances, lui dit en larmes: "Bénisseznous, mon Père, nous et tous les autres frères que vous avez enfantés à Jésus-Christ, et laissez-nous quelque mémorial de votre volonté dont les frères puissent garder en tout temps le souvenir pour le plus grand bien de leurs âmes. "
Alors le Bienheureux, abaissant ses regards sur ses enfants, leur dit : " Appelez-moi frère Benoît de Piratro, afin que je vous bénisse. " C'était celui qui servait toujours le saint dans sa maladie et qui disait la messe en sa présence.
Il arriva sur-le-champ, et François lui dit : u Ecrivez, prêtre de Dieu, comment je bénis tous mes frères qui sont dans mon Ordre et qui seront jusqu'à la fin du monde. Mon infirmité m'empêchant de parler longuement, je fais connaître en peu de mots ma volonté et mon intention à tous mes frères présents et futurs, comme la bénédiction et le testament dont ils devront garder le souvenir. Que les frères s'aiment les uns les autres comme je
les ai aimés et je les aime. Qu'ils chérissent toujours notre Dame la Pauvreté et ne s'écartent pas de ses lois. Qu'ils soient toujours fidèles et soumis aux prélats et aux clercs de la sainte Eglise romaine ; qu'ils soient bénis et gardés du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. "
Le frère Elie, apprenant l'aggravation de
l'état du bienheureux Père et se souvenant
que Dieu lui avait révélé la mort prochaine
de son serviteur, ne douta plus que le terme
fatal et glorieux ne fût arrivé ; il accourut en
toute hâte à Sienne, et, sur le désir exprimé
par François, il le fit ramener à Assise, dans
le palais de l'évêque, où il arriva mourant.
Là, le saint Patriarche, aveugle comme Isaac,
entouré comme Jacob des fils de son amour,
étendit ses bras l'un sur l'autre en forme de
croix pour les bénir tous. Il demanda sur
quel front reposait sa main droite ; on lui
répondit qu'elle était sur frère Elie : " Je le
veux ainsi, dit-il; mon fils, je te bénis en tout
et par-dessus tout. De même que sous ta
main le Très-Haut a augmenté le nombre de
mes frères et de mes enfants, ainsi je les
bénis tous avec toi et en toi. Que Dieu, le
souverain Seigneur de toutes choses, te bénis-
se dans le ciel et sur la terre. Pour moi, je te bénis autant et plus que je ne le puis ; mais que Celui qui peut tout fasse en toi ce que je ne puis. Je prie Dieu qu'il se souvienne de ton travail et de tes œuvres, et qu'il te donne part à la récompense des justes ; que tu trouves toutes les bénédictions que tu souhaites, et que ce que tu demandes dignement s'accomplisse. "
Ensuite saint François, sentant approcher le jour suprême, demanda à être porté à Sainte-Marie-des-Anges, berceau de son Ordre qui devait être le lieu de sa mort ; car, dit saint Bonaventure, il voulut rendre le souffle de|la vie mortelle là où il avait reçu le souffle divin de grâce. Quand le cortège à la fois triomphant et funèbre fut arrivé dans la plaine qui s'étend devant les murs d'Assise, le saint fit tourner vers la ville le brancard sur lequel il était porté par ses frères, et, versant d'abondantes larmes, il se souleva avec effort et la bénit par ces prophétiques paroles : uSois bénie de Dieu, ville fidèle à Dieu, parce que beaucoup d'âmes seront sauvées en toi et par toi. Les serviteurs du Très-Haut habiteront en grand nombre ton enceinte, et,
parmi tes habitants, beaucoup de justes seront choisis pour le royaume éternel. "
La ville d'Assise a vu depuis et voit encore de nos jours s'accomplir et fructifier en son sein cette bénédiction du plus illustre de ses enfants ; elle s'en est toujours souvenue, et, pour n'en jamais perdre la mémoire, elle fit élever, après la mort du saint, une chapelle à l'endroit même où il prononça ces paroles, et les fit graver sur le frontispice.
Parvenu à Sainte-Marie-des-Anges, saint François fit avec une douce sérénité les derniers apprêts de sa mort. Avant de quitter Assise, il avait écrit à sainte Claire et à ses filles pour leur faire ses adieux. Il se souvint de cette autre chrétienne qu'il avait connue et aimée à Eome, et appelant un de ses compagnons, il lui dit : " Tu sais, mon frère, comment la dame Jacqueline de Settisoli fut toujours et est encore fidèle et dévouée à notre Ordre et à moi-même. Je pense donc que ce lui sera une consolation si tu lui fais connaître l'état où je suis, la priant de m'envoyer de ce drap de couleur de cendre, et aussi de ce manger oui s'appelle à Eome mortarole, mêlé d'amendes, de iqjel et d'autres épices. ': C'est afnsi que François prêt à mourir et se
souvenant de la parole du Sauveur : " 11 est plus doux de donner que de recevoir, " exerçait la charité, avec une touchante délicatesse, envers la noble Romaine qui l'avait accueilli, en lui demandant une dernière aumône.
La lettre fut écrite comme le saint l'avait dit. Or, pendant qu'on cherchait un frère pour la porter à Rome (j'emprunte ici le naïf récit des trois bienheureux compagnons témoins de ce qu'ils racontent), on frappa soudain à la porte du monastère, et voilà venir dame Jacqueline accourue en toute hâte pour visiter le bienheureux François. On alla prévenir le saint qu'elle était arrivée de Rome avec son fils, munie de quantité de choses. " Père, que ferons-nous ? la laisserons-nous entrer jusqu'à vous ? " Car, par une expresse volonté de François, il était ordonné que nulle femme ne pénétrât dans le cloître.
Le bienheureux répondit : "Il n'est pas loisible d'observer cette règle à l'endroit d'une telle femme. Voyez quelle foi et quelle ferveur l'ont attirée ici de pays si lointains ! " Elle entra donc, toute en pleurs et en affliction, devant le bienheureux François. Par une grande merveille, elle apportait le drap
de couleur de cendre pour la tunique, et toutes les choses mentionnées dans la lettre, comme si elle l'eût reçue. Elle dit aux frères : 11 Mes frères, comme je priais, il me fut dit en esprit: Va et visite ton frère François, va vite, ne tarde point, parce que si tu tardes tu ne le trouveras plus en vie. Porte-lui du drap pour la tunique, des épices pour un certain manger, et, en outre, beaucoup de cire pour faire des cierges et aussi de l'encens." Or toutes ces prévisions étaient décrites en la lettre, l'encens excepté. Il advint de la sorte que Celui qui envoya le Saint-Esprit aux Rois Mages, pour leur ordonner d'aller, avec leurs présents, honorer le Fils de Dieu le jour de sa Nativité, ordonna pareillement à cette dame noble et sainte d'aller honorer son trèsaimé serviteur au jour de sa mort, que dis-je ? au jour de sa très-véritable nativité.
Elle apporta donc le mets que le saint avait demandé ; mais il en mangea bien peu à cause de ses continuelles défaillances, indice de mort certaine. En outre, elle composa un grand nombre de cierges pour être allumés devant son très-saint corps. Les Frères firent également la tunique où il fut enseveli un peu plus tard, et le bienheureux leur
enjoignit qu'ils eussent à la coudre au-dessus de lui après sa mort, comme un dernier signe de sa très-sainte humilité et de souveraine pauvreté.
Ceci se passait le vendredi 2 octobre, avant-veille de sa mort. Le lendemain il partagea entre les Frères, qui priaient et pleuraient autour de lui, un pain sur lequel il avait fait un sig*ne de croix ; puis il fit approcher Bernard de Quintavalle, son premier disciple, le fils aîné de la grande famille franciscaine, et le frère (Egide, son troisième disciple (Pierre de Catane, le second, était déjà retourné à Dieu) : " Venez, mes fils bien-aimés, leur dit-il, venez, mes premiers-nés, que je vous bénisse avant de mourir. " Et il les bénit d'une bénédiction spéciale. Vers le soir, ayant reçu du Seigneur un peu de force pour léguer à ses frères un dernier enseignement, il dicta son testament, que nous rapportons presque en entier, parce qu'il fut la suprême effusion de son amour, et parce qu'il retrace avec un accent inimitable les commencements de sa vocation et les premiers pas de son Ordre dans le monde.
Testament de saint François
" Le Seigneur m'a donné, à moi, frère François, de commencer ainsi à faire pénitence. Lorsque je vivais dans le péché, il me semblait pas trop amer de voir des lépreux. Mais le Seigneur m'a amené lui-même au milieu d'eux, et j'ai exercé à leur égard les œuvres de miséricorde. Puis, lorsque je les quittai, ce qui m'avait semblé amer se changea en douceur pour mon âme et mon corps. Après cela, je demeurai peu dans le monde et je sortis du siècle.
11 Le Seigneur me donna une telle foi dans ses églises, que je l'y adorais en toute simplicité et lui disais : " Nous vous adorons, ô très-saint Seigneur Jésus-Christ, ici et dans toutes vos églises qui sont dans tout l'univers, et nous vous bénissons de ce que par votre sainte Croix vous avez racheté le monde."
11 Ensuite le Seigneur m'a donné, et il me donne encore une si grande foi en ses prêtres, qui vivent selon la sainte Eglise romaine, à cause de leur ordre, qu'alors même qu'ils me persécuteraient, je voudrais encore avoir récours à eux. Quand j'aurais une sagesse
égale à celle de Salomon, si je me trouvais avec les prêtres les plus médiocres de notre époque dans les églises où ils résident, je ne consentirais pas à prêcher contre leur volonté. De plus, je veux les craindre, les aimer, les honorer, eux et tous les autres, comme mes maîtres. Je ne veux pas considérer en eux la piété, parce qu'en eux je vois le Fils de Dieu et qu'ils sont mes seigneurs.
11 J'agis ainsi parce que je ne vois rien de sensible en ce monde du Fils Très-Haut de Dieu, si ce n'est son corps très-saint et son sang, qu'ils prennent eux-mêmes et qu'ils ont seuls la mission de donner aux autres. Or je veux que ces très-saints mystères soient honorés et vénérés en toutes choses, et qu'ils soient placés en des lieux tout à fait choisis. Je veux aussi qu'on recueille et qu'on ramasse avec soin les très-saints noms du Seigneur et ses paroles écrites, toutes les fois qu'on les trouvera dans des endroits inconvenants, pour les mettre en une place convenable.
;' Nous devons honorer tous les théologiens et ceux qui nous annoncent la très-sainte parole de Dieu, comme ceux qui nous donnent la respiration et la vie.
" Quand le Seigneur m'eut confié le soin
de mes frères, personne ne me montrait ce que je devais faire ; mais le Très- Haut luimême m'a révélé que je devais vivre selon la Règle du saint Evangile. Je la fis écrire en peu de mots et simplement, et le Seigneur Pape me la confirma. Or ceux qui venaient à moi pour embrasser ce genre de vie donnaient aux pauvres tout ce qu'ils avaient. Ils se contentaient d'une tunique qu'ils rapiéçaient au dedans et au dehors selon leur volonté, avec une corde et des habits de dessus, et nous ne voulions rien de plus. Nous autres clercs, nous disions l'office comme les autres clercs ; les laïques disaient : Notre Père.
" Nous demeurions assez volontiers dans les églises pauvres et abandonnées : nous étions des hommes sans si voir et soumis à tout le monde. Je travaillais de mes mains, ma volonté est encore de travailler, et je veux d'une manière bien arrêtée que mes frères se livrent à un travail honnête. Que ceux qui ne savent pas travailler apprennent, non par le désir de retirer un prix du travail, mais pour le bon exemple et pour éviter l'oisiveté. Si l'on ne nous donne pas le prix de notre travail, ayons recours à la table du Seigneur
en allant demander j'aumone de porte en porte.
" Le Seigueur m'a révélé une manière de saluer ; elle consiste en ces paroles : " Que le Seigneur vous donne sa paix ! "
" Que les Frères se gardent bien d'accepter les églises, les maisons et autres choses faites pour eux, à moins ^qu'elles ne soient conformes à la sainte Pauvreté que nous avons embrassée dans notre Règle, et alors même, demeurous-y comme des étrangers et des voyageurs.
" J'ordonne invariablement, en vertu de l'obéissance, à tous mes frères, en quelque lieu qu'ils soient, de ne point oser demander aucun privilège en cour de Rome par euxmêmes ou par une personne intermédiaire, soit pour une église, soit pour un lieu quelconque, soit sous prétexte de prédications, soit sons prétexte de se mettre à l'abri de la persécution. S'ils ne sont pas reçus dans un endroit, qu'ils s'en aillent dans un autre pour y faire pénitence avec la bénédiction de Dieu...
(; Et que les Frères ne disent pas: " C'est là une autre Règle." C'est un souvenir que je vous laisse, ce sont mes avis, mes exhorta-
fciona, môïi testament, que moi, François, votre tout petit frère, je vous donne à vous, mes Frères bénis, afin que nous observions plus catholiquement la Règle que nous avons vouée au Seigneur. Que le ministre général, tous les ministres et gardiens, soient tenus par l'obéissance de n'ajouter ni retrancher à ces paroles quand ils liront la Règle.
" Que celui qui aura mis ces choses en pratique soit comblé dans le ciel de la bénédiction du Père céleste, le Très-Haut ; qu'il soit sur la terre comblé de la bénédiction de son Fils bien-aimé, du très-saint Esprit consolateur, de toutes les vertus rdes cieux et de tous les Saints. Pour moi, frère François, votre tout petit frère et serviteur dans le Seigneur, je vous confirme, autant que je le puis intérieurement et extérieurement, cette bénédiction. "
Ayant achevé, avec le secours visible de Dieu, de dicter ce testament tout céleste, saint François dit à ses chers fils: " Adieu, mes enfants, je vous dis adieu à tous ; je vous laisse dans la crainte du Seigneur ; demeurezy toujours, le temps de l'épreuve et de la tribulation approche. Heureux ceux qui persévéreront dans le bien qu'ils ont commencé !
Pour moi, je vais à Dieu avec un grand empressement, et je vous recommande tous à sa grâce. "
Suivant son désir, frère Léon et frère Ange chantèrent en chœur le cantique du soleil et de la mort, et, sentant approcher cette mort bienheureuse et libératrice, le saint leva lea mains au ciel et dit avec une joie extrême : u Qu'elle soit la bienvenue, ma sœur la mort ! "
Il demanda qu'on lui lût la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ selon saint Jean, et, l'heure suprême étant venue, il se fit dépouiller de sa tunique et déposer sur la terre nue. Alors il croisa ses mains sur sa poitrine, récita d'une voix affaiblie la psaume CXLi du roi-prophète, et quand il eut dit ce dernier verset: "Délivrez mon âme de sa prison, afin que je puisse vous glorifier: voilà que les justes attendent votre jugement sur moi, " il rendit le dernier soupir et s'alla réunir à Dieu dans le ciel. C'était dans la nuit du samedi 3 octobre au dimanche 4, vers une heure du matin. Il avait quarante-cinq ans d'âge et vingt ans de vocation.
Au moment même où il expira, un grand nombre de ces alouettes qu'il aimait et qu'il
invitait à chanter avec lui les louanges de Dieu, s'en vinrent voler sur le toit de Sainte- Marie-des-Anges et doucement gazouiller comme pour célébrer sa gloire dans le ciel. Le frère Augustin, ministre provincial en la terre de Labour, vit son âme monter au ciel sous la forme d'une étoile resplendissante. A Bénévent, il apparut à Guido, évêque d'Assise, qui retournait au mont G-argan, et lui dit " qu'il sortait du monde pour s'unir à Jésus- Christ". Il se rendit présent à plusieurs autres de ses enfants.
Les religieux lavèrent et embaumèrent son corps, lequel fut embaumé, dit Thonas de Celano, plus encore par les parfums célestes que par les essences de la terre. Selon Salirnbené de Parme, frère Léon, qui était présent lorsqu'on rendait à ce corps sacré les derniers devoirs, lui dit *' qu'il semblait comme un crucifié descendu de la croix ". Son cœur et ses entrailles furent enlevés et déposés dans l'église de Sainte-Marie-des-Anges ; p is son CDrps, revêtu d'une tunique neuve ouverte au côté du cœur, fut placé sur de riches tapis et exposé à la vénération du peuple.
Chacun put alors le contempler suivant sa dévotion "Son visage défait et sans éclat
pendant sa vie apparaissait, dit le frère Elie, d'une beauté ravissante, brillant d'une candeur merveilleuse, et rejouissant quinconque le regardait. Srs membres, auparavant roidis par la souffrance, étaient redevenus flexibles et se prêtaient à toutes les positions, comme le corps d'un enfant tendre et délicat, " On voyait dans ses pieds et dans ses mains des clous noirs comme du fer, merveilleusement formés de sa chair ; ils y étaient tellement adhérents que, poussés d'an côté, ils avançaient de l'autre, comme des nerfs durs et d'une seule pièce. Rien n'empêchait plus de voir la plaie de son côté, qu'il cachait avec tant de soin pendant sa vie, cette plaie que la main de l'homme n'avait pas faite, et qui ressemblait à l'ouverture du côté du Sauveur d'où sortit le sacrement de notre rédemption. ►Sa couleur rouge et ses bords repliés, dit saint Bonaventure, la faisaient paraître comme une très-belle rose.
Le même saint rapporte que parmi la foule innombrable des fidèles qui vinrent baiser les mains et les pieds de François, on remarqua un chevalier de grande réputation, nommé Jérôme, incrudule comme l'apôtre saint Thomas après la résurrection : comme lui, il
examina et toucha du doigt, avec plus de curiosité et de hardiesse que tous les autres, chacune des plaies du saint corps, et il devint, à dater de ce jour, un des témoins les plus ardents de la réalité du miracle.
Thomas de Celano, auquel j'aime à emprunter le plus possible son récit parce qu'il fut le témoin oculaire de ce qu'il raconte, dit que, durant toute la nuit suivante, les Frères- Mineurs chantèrent autour du corps de leur bienheuieux Père des psaumes et des hymnes avec une si grande jubilation d'amour, qu'on aurait cru assister à une fête angélique dans le ciel plutôt qu'aux funérailles d'un homme. " Le lendemain matin, poursuit-il, le peuple d'Assise se rassembla avec tout le clergé, et levant le corps sacré du lieu où il était trépassé, au chant des cantiques, au son des trompettes, ils le portèrent vers Assise avec mille honneurs. Chacun prit des rameaux d'oliviers et d'autres arbres, et, célébrant avec solennité ces obsèques sacrées, à la lumière de mille flambeaux, et d'une voix haute et sonore, ils lui rendaient le tribut de leurs louanges. Les fils portaient leur père, et le troupeau suivait e pasteur, qui s'en ^nt allé au Pasteur universel.
" On arriva au lieu où lui-même avait fondé la religion et l'ordre des Vierges-Sacrées et des Pauvres-Dames. Ils le déposèrent dans l'église de Saint-Damien, asile des filles qu'il avait acquises au Seigneur. On ouvrit la petite porte par laquelle les servantes du Christ avaient coutume de communier au très-saint Sacrement. On découvrit l'arche qui renfermait le trésor des vertus célestes, je veux dire la litière où était porté par quelques hommes celui qui en portait tant ci'autres. Et voilà que Claire, resplendissante de mérites, la mère et la première plante de cet Ordre, vint avec ses filles voir leur père, qui ne leur parlait plus et ne devait plus revenir vers elles, parti pour d'autres contrées. Et les yeux fixés sur lui, avec mille soupirs, avec de profonds gémissements et des torrents de larmes, elles s'écrièrent d'une voix étouffée : " Notre père, notre père, que ferons-nous ? Que deviendrons-nous? "
" Ainsi partagées entre la tritesse de sa mort et la joie de sa gloire éternelle, elles baisaient ses mains étincelantes, c'est-à-dire ses stigmates. Puis on éloigna le saint corps de ce lieu, et la porte se ferma pour ne plus s'ouvrir à de si grandes douleurs. "
Le cortège de deuil et de victoire continua sa route du monastère de Saint-Damien à l'église de Saint-Georges à Assise. C'est là que saint François avait été formé à l'étude des lettres chrétiennes, qu'il avait prêché la première fois ; c'était là qu'il devait reposer pour quelque temps, jusqu'au jour où la piété des peuples lui eut élevé un sanctuaire digne de sa sainteté. Sa dépouille mortelle y fut placée dans un sépulcre de marbre, et un riche tombeau reçut les restes précieux du pauvre de Jésus-Christ.
Le frère Elie, son vicaire et son successeur, s'empressa d'annoncer sa mort aux supérieurs de l'Ordre, et aux frères répandus dans toutes les nations chrétiennes. Cette lettre, écrite au lendemain même du départ du saint pour le ciel, dans toute l'émoi ion de la première douleur, est la plus belle et la plus touchante des oraisons funèbres, et mérite d'être rapportée en entier.
" Avant de commencer je soupire ; comme
les eaux qui débordent, ainsi le gémissement
de mon cœur. Hélas ! ce que je redoutais est
tombé sur moi comme sur vous, et ce que
j'appréhendais est arrivé jusqu'à moi et
jusqu'à vous, parce que le consolateur est 11 H
loin de nous ; et celui qui nous portait comme des agneaux dans ses bras est parti au loin dans une région étrangère. Cher à Dieu et aux hommes, il a été reçu au séjour de la iumière, après avoir enseigné à Jacob la loi de vie et de science, et donné à Israël le testament de paix. Réjouissons-nous à cause de lui, et pleurons sur nous-mêmes, que les ténèbres environnent en son absence et que couvre l'ombre de la mort. La perte est pour tous, le péril pour moi seul, délaissé comme je suis au plus épais de l'obscurité, pressé de mille soucis et accablé de douleurs sans nombre.
w' C'est pourquoi je vous supplie, mes frères, de partager ma douleur qui n'a point de mesure, comme je partage la vôtre, parce que vous êtes demeurés orphelins et privés de la lumière de vos yeux. Oui, en vérité, elle était une lumière, la présence de notre frère et père François, et pour nous, ses amis et ses familiers, et pour ceux que leurs mœurs et leur profession éloignaient de nous. Il était la lumière envoyée par la lumière véritable qui illumine les hommes assis dans les ténèbres de la mort, afin de diriger leurs pieds dans les voie* de h paix, Comme le soleil au
plu* haut de sa courte, îi ëoteïvm leurs cœurs, et embrasait leurs volontés du feu de son amour, prêchant le royaume de Dieu et ramenant les cœurs des pères à leurs enfants et les insensés à la prudence des justes : dans le monde entier, il a préparé au Seigneur une génération nouvelle. Au loin, dans les îles, son nom s'est répandu, et toutes les contrées ont admiré les merveilles de ses œuvres.
" Ne vous attristez donc pas outre mesure, mes fils et mes frères, parce que Dieu, le père des orphelins, versera sur nous ses saintes consolations. Et si vous pleurez, pleurez sur vous-mêmes et non pas sur lui ; car au milieu de la vie nous sommes dans la mort, tandis que lui a passé de la mort à la vie. Réjouissez-vous, puisque, avant de nous être enlevé, comme un autre Jacob, il a béni tous ses enfants et leur a remis toutes les fautes qui auraient été commises ou pensées à son égard.
" Je vous annonce une grande joie et un prodige tout nouveau. Depuis le cours des siècles, il ne fut jamais ouï, excepté dans le Fis de Dieu, qui est le Christ-Dieu. Longtemps avant sa mort, notre frère et père apparut crucifié, portant en son corps cinq plaies, vé-
ritables stigmates du Ohiist | ses mains et ges pieds étaient percés par des clous qui les traversaient de part en part, dont ils conservaient les cicatrices, et montraient la couleur noire des clojis. Son côte, qui semblait ouvert par §la lance, jeta souvent du sang, Tandis que son âme vivait encore dans son corps, il n'avait nulle beauté ; son visage était défait ; tous ses membres, en proie aux plus cruelles douleurs, étaient roidis par la contraction des nerfs, comme sont d'ordinaire les hommes morts. Mais après sa mort, sou aspect apparut d'une beauté ravissante, brillant d'une candeur merveilleuse et réjouissant quiconque le regardait. Et ses membres, auparavant roides, devinrent flexibles et se prêtant à toutes les positions comme le corps d'un enfant tendre et délicat. Bénissez donc, mes frères, devant tous, le Dieu du ciel et de la terre ; louez-le de sa miséricorde ; ayez en mémoire notre frère et père François pour la louange et la gloire de Celui qui l'a exalté parmi les hommes, et glorifié devant les anges. Priez pour lui, comme il nous l'a demandé, et priez-le lui-même, afin que Dieu nous fasse avec lui participer à sa grâce. Amen
" Le quatre des noues d'octobre, jour de dimanche, à la première heure de la miit précédente, notre frère et père François est allé au Christ. Vous donc mes très-chers frères, à qui cette lettre parviendra, suivant l'exemple du peuple d'Israël, alors qu'il pleura Moïse, Àaron, ses chefs illustres, donnez cours à vos larmes, privés des consolations d'un père incomparable : car encore que ce soit unTdevoir de piété de se réjouir avec François, ce ne l'est pas moins de pleurer François, attendu que, loin de mourir, il est passé aux l'êtes célestes, emportant avec lui le trésor de ses mérites. La piété pleure aussi François, parce que celui qui entrait et sortait comme Àaron, qui nous départait de son trésor les choses nouvelles et anciennes, et nous consolait en toutes nos tribulations, a été enlevé du milieu de nous, et voilà que nous sommes orphelins et sans père. Mais, comme il est écrit : " À toi le pauvre a été délaissé, tu seras à l'orphelin un aide et un secours, " priez tous, nos très-chers frères, que, le vase de terre ayant été brisé dans la vallé des lils d'Adam, le souverain artisan daigne en tirer un autre avec honnuer, lequel soit établi sur la multitude de notre famille, et, comme un vérita-
ble Machabée, nous conduise au combat. Et puisque prier pour les morts est chose salutaire, priez pour son âme au Seigneur. Que chaque prêtre dise trois messes, chaque clerc le psautier, les frères laïques cinq Pater ; que les clercs fassent la vigile des morts en commun. Amen. "
Suivant les ordres du frère Elie, et quoique Dieu eût manifesté par des signes certains la gloire de son serviteur, les Frères-Mineurs prièrent donc pour leur père François. Quelle qu'ait été la sainteté d'un homme mortel, l'Eglise veut, en effet, qu'on prie pour son âme jusqu'à ce qu'elle ait déclaré elle-même, par la voix infaillible de son Chef, que cette âme est entrée dans la félicité des élus. Ce décret du Souverain Pontife ne se fit pas longtemps attendre. Le pape Grégoire IX avait été l'ami, le protecteur de saint François, et le témoin de sa vie merveilleuse et crucifiée. Toute l'Italie, toute la chrétienté retentissaient du bruit de sa sainteté et de ses miracles. Les délais ordinaires des béatifications et des canonisations furent donc abrégés ; moins de deux ans après sa mort, le 16 juillet de l'année 1228, le Pape s'étant rendu à Assise, assisté des cardinaux, qui,
pour la plupart, avaient connu François comme lui, entoure des malades que le serviteur de Dieu avait guéris, des pêcheurs qu'il avait convertis, d'un peuple immense qu'il avait édifié, au milieu des acclamations et des larmes universelles, décerna au Pauvre de Jésus-Christ la gloire des autels, par ces solennelles paroles :
" A la gloire de Dieu tout-puissant, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, de la glorieuse Vierge Marie et des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et à l'honneur de l'Eglise romaine, nous avons résolu, du conseil de nos frères et des autres prélats, d'inscrire au catalogue des Saints le Bienheureux père François, que Dieu a glorifié dans le ciel, et que nous vénérons sur la terre. Sa fête sera célébrée le jour anniversaire de sa mort. "
Les cardinaux et les Frères-Mineurs répondirent par le Te Deum, le peuple par des chants de triomphe. Le Pape descendit de son trône et se prosterna devant le tombeau de celui dont il venait de proclamer la sainteté. Les prélats et les assistants l'imitèrent, et le cercueil ayant été découvert et placé au milieu du sanctuaire, le Pontife célébra la
messe en sa présence. Tous les Frères-Mineurs, portant des flambeaux et des branches d'olivier, formaient une couronne autour de l'autel.
Par un acte suprême d'humilité, saint François avait exprimé le désir d'être enseveli dans un terrain situé à l'orient d'Assise, où l'on exécutait, dit-on, les criminels, et qui, par ce motif ou par un autre, s'appelait la colline d'Enfer. Le pape Grégoire IX se rendit en ce lieu après la cérémonie de la canonisation, et y posa solennellement la première pierre d'une église somptueuse qui devait abriter jusqu'à la fin des temps les reliques du serviteur de Dieu. En même temps il décréta que la colline d'Enfer se nommerait désormais la colline du Paradis. Grâce aux offrandes qui affluèrent de tous les points du monde chrétien, les travaux marchèrent si rapidement, que l'église basse fut terminée en moins de deux années, et que le corps de saint François y put être transporté avec une solennité sans pareille le 26 mai 1230, jour de la Pentecôte. L'église tout entière, avec le monastère attenant, fut entièrement achevée et consacrée par le pape Innocent IV, en 1243. Le manastère fut
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sacré par excellence, et l'église reçut le titre de chapelle papale. Merveille de magnificence et d'architecture, elle attire encore l'admiration des hommes, et recouvre depuis plus de six siècles la dépouille mortelle du petit Pauvre de Jésus-Christ,
Sanctifiée par le souvenir et par les reliques de son cher et illustre fils saint François, Assise est devenue et restée une ville sainte. Mais la mémoire et la vertu toujours agissante du grand serviteur de Dieu ne sont pas renfermées dans l'enceinte de sa cité natale. Elles vivent, fleurissent et fructifient dans le monde entier. Ses trois Ordres, répandus par toute la terre, la fécondent et la vivifient depuis six cents ans, comme des sources intarissables et bienfaisantes qui ne disparaissent en un lieu que pour aller jaillir ailleurs et porter avec elles la vie spirituelle et divine. Les nations peuvent, si le démon les y pousse, se priver de leurs bienfaits et les tarir en leur sein, mais elles ne les peuvent supprimer ; car le Seigneur a promis à saint François que ses trois Ordres dureraient autant que l'Eglise et le monde : or les promesses de Jésus-Christ sont infaillibles et ses
pàvùlrn m pm%mi pas, Im ûU et iea âUes ds saint François vivront donc, comme le nom de leur père séraphique, jusqu'au jour mystérieux et inconnu où, les destinées du mondu étant accomplies, .tout sera consommé dans les flammes vengeresses de la justice et dans les flammes bienheureuses de l'éternel amour.