CHAPITRE IX
Second voyage de Saint François au mont Alverne. — Il reçoit les sacrés stigmates de Jésus-Christ. — Authenticité de ce prodige.— 1224.
François, âgé de quarante-trois ans, fut poussé par l'esprit de Dieu à quitter une fois encore Sainte-Marie-des-Anges, et à gagner la hauteur solitaire du mont Alverne, où le Seigneur Jésus-Christ lui devait imprimer le dernier sceau de sa divine ressemblance. Il partit du monastère vers le milieu de l'année 1224, emmenant avec lui le frère Léon et le frère Masseo ; les pieds nus. le corps exténué, mais l'âme enivrée d'espérance et de joie céleste, il parvint, non sans peine, à cette retraite sauvage, presque inaccessible, dont les roches fendues rappelaient le Calvaire, et qui allait être, en effet, le Calvaire de ce parfait imitateur de Jésus crucifié.
J'avais d'abord pensé à raconter moi-même d'après les récits des divers historiens de saint François, les circontances de ce prodige qui couronna la vie du serviteur de Dieu, prodige incomparable, qui surpasse tous ceux
dont la vie des saints nous a transmis la mémoire, et dont l'authenticité est si invincible, que, pour le révoquer en doute, il faudrait renoncer à toute certitude historique. Mais, après y avoir mûrement refléchi, j'ai pensé qu'il valait mieux me horner à traduire purement et simplement le récit que nous a laissé saint Bonaventare. C'est la parole d'un saint, d'un successeur de François d'un contemporain, puisqu'il connut le Bienheureux dans son enfance, et qu'il fut, dit-on, guérie d'une maladie mortelle par l'attouchement de ses mains stigmatisées : c'est la parole de celui qui mérita, après son bienheureux Père, le surnom de Docteur séraphique.
Ecoutons donc cette parole deux fois sacrée, à cause de la bouche qui l'a prononcée, et de la merveille d'amour qu'elle raconte :. il faut une âme céleste pour redire de si célestes mystères.
Voici ce qui se trouve au chapitre treiziède la vie de saint François, par saint Bonaventure :
" L'homme angélique François avait accoutumé de ne se jamais reposer en la pratique du bien, et comme les esprits céleste sur l'échelle de Jacob, tantôt il montait vers Dieu,
tantôt il descendait vers son prochain. Il avait appris à partager avec discrétion le temps accordé à l'homme pour mériter la vie éternelle, de sorte qu'il en donnait une partie à ses frères, non sans un gain laborieux, et qu'il consacrait l'autre aux paisibles élans de la contemplation. Aussi, lorsque, selon l'exigence des temps et des lieux, il s'était employé à procurer le salut des âmes, il fuyait le trouble des multitudes, et cherchait le secret de la solitude et les endroits recueillis, afin de vaquer plus librement à Dieu, et de secouer la poussière qui se fût attachée à lui dans le commerce des hommes.
" Or, deux ans avant de rendre son âme au Ciel, guidé par la Providence, après maints travaux endurés, il fut conduit en un lieu élevé et solitaire, appelé le mont Alverne. Ayant commencé à jeûner durant quarante jours, selon sa coutume, en l'honneur de saint Michel archange, enivré à plus longs traits des douceurs de la contemplation, et dévoré d'une plus ardente flamme d'amour, il sentit affluer et se presser dans son âme le torrent des inspirations célestes. Il était porté en haut, non par l'élan d'un curieux scrutateur de l'ineffable Majesté, digne d'être opprimé
par la gloire, mais par le zèle du serviteur fidèle et prudent, jaloux de rechercher la volonté de son Dieu, à laquelle, d'une ardeur souveraine, il désirait en tous points se conformer.
" Une voix de Dieu l'avait intérieurement averti qu'à l'ouverture du livre des Evangiles, le Christ lui déclarerait ce qu'il agréait le plus en lui et touchant sa personne. Ayant donc prié avec une ferveur particulière, et pris sur l'autel les saints Evangiles, au nom de la sainte Trinité, il les fit ouvrir par son compagnon, homme saint et religieux (c'était le frère de Léon). Et, comme le livre ouvert trois fois présenta toujours la Passion du Seigneur, l'homme de Dieu compris qu'ayant imité le Christ en ses actions, il le devait aussi imiter dans les afflictions et les douleurs de sa Passions, avant qu'il eût à sortir de ce monde Bien que, par les austérités de sa vie passée et par sa constance à porter la croix du Seigneur, son corps fût réduit à une extrême faiblesse, loin de s'effrayer, il s'anima d'un plus viril courage à la souffrance du martyre. Car il était embrasé d'un immense incendie d'amour pour le bon Jésus, semblable à dés lampes de feu et de flammes, rÉhé-
mente charité plus puissante que la puissance des grandes eaux.
11 Tandis qu'il était soulevé et ravi en Dieu par les ardeurs de ses désirs séraphiques, transformé, par la force de sa compasion, en Celui qu'un excès de charité avait conduit au plus affreux des supplices, un matin vers la fête de l'Exaltation de la sainte Croix (qui se célèbre le 14 septembre), priant sur le flanc de la montagne, il vit un séraphin, qui avait ses ailes toutes resplendissantes de feu et de lumière, descendre de la hauteur des cieux. Et, d'un vol rapide, étant parvenu près de l'homme de Dieu, entre ses ailes apparut la ressemblance d'un homme crucifié, avec les mains et lus pieds étendus en forme de croix, et attachés à la croix.
11 A ce spectacle, il fut saisi de stupeur, et son cœur frémit d'une joie mêlée de douleur. Il se réjouissait de ce que cette vue avait d'aimable, se voyant regardé par le Christ sous la forme d'un séraphin, pendant que le tourment de la croix comme un glaive perçait son âme d'une douleur compatissante. Son étonnement était extrême en présence d'une si mystérieuse vision, sachant que l'infirmité de la Passion ne se pouvait accto-
der avec l'immortalité d'un esprit séraphique. Enfin, à la lumière du Seigneur, il en connut le sens caché, et comprit comment l'ami du Christ se devait tout entier transformer en la similitude de Jésus crucifié, non point par le martyre de la chair, mais par un feu tout spirituel.
81 Cette vision, en disparaissant, laissa dans son cœur une ardeur merveilleuse de signes et d'empreintes. En effet, tout aussitôt, dans ses pieds et dans ses mains se manisesta la marque des clous, tels qu'auparavant il les avait vus en la ressemblance de cette homme crucifié. Ses mains et ses pieds semblaient percés au milieu par des clous dont la tête était visible en la partie intérieure des mains et en la partie supérieure des pieds. La tête des clous aux mains et aux pieds était ronde et noire ; leurs pointes 'longues, courbées, et comme rabattues, sortaient de la chair, et la dépassaient. Son côté droit, qu'on eût dit percé par une lance, portait une cicatrice rouge, d'où découlait souvent un sang sacré qui humectait sa tunique et ses autres vêtements.
" Le serviteur de Dieu, songeant que ces stigmates, si magnifiquement imprimés dans
Isa chair, ne pourraient demeurer inconnus à fses plus intimes compagnons, et, d'autre part, [[appréhendant de publier le secret du Sei- Jgneur, fut agité d'un grand doute, à savoir [s'il révélerait ou tairait cette vision. Il manda donc quelques-uns de ses frères, et, leur exposant en termes vagues et généraux le sujet de ses incertitudes, il leur demanda conseil. Or un frère, nommé l'Illuminé (c'était celui qui l'avait acccompagné en Orient), et véritablement illuminé par la grâce, comprit, à l'émotion où il vit le saint, qu'il s'agissait de quelque merveille : " Mon frère, lui dit-il, sachez que ce n'est pas pour vous seul, mais aussi pour les autres, que les mystères du ciel vous sont dévoilés. Aussi devez-vous craindre que, celant ce que vous avez reçu pour le profit de plusieurs, vous n'ayez à rendre compte à Dieu du talent enfoui. "
" A ces paroles, le saint, tout ému, bien qu'il ne cessât de répéter : " Secretum menm mïlv. Mon secret est à moi, " raconta l'apparition céleste, non sans beaucoup de crainte, ajoutant que celui qui lui était apparu lui avait révélé des choses qu'il ne découvrirait à personne tant qu'il vivrait. Et il est à croire que les discours de ce sacré séraphin
en forme de crucifié, furent si divins, qu'il n'est sans doute pas permis aux hommes de 1er; tiauuire en leur langage.
" Après que le véritable amour du Christ eut ainsi transformé son ornant en sa propre image, l'homme angélique, ayant passé dans la solitude quarante jours selon son dessein descendit de la montagne, vers la fête de saint Michel archange (le 29 septembre), avec l'image du Crucifié, figuré non point par la main de l'artiste sur la pierre ou le bois, mais décrite sur des membres de chair par le doigt du Dieu vivant. Et, sachant " qu'il est bon de garder le secret du Roi, M le saint, qui avait la conscience du secret royal, cachait autant qu'il le pouvait ces empreintes sacrées. Mais comme il appartient à Dieu de révéler pour sa gloire les grandes choses qu'il opère, lui, l'auteur secret de ce prodige, se plut à le manifester par plusieurs miracles, afin que leur éclat démontrât la puissance céleste que renfermaient les stigmates.
" Quant à François, tout en s'étudiant à cacher le trésoi qu'à force d'amour il avait découvert dans le champ de Dieu, il ne le put si bien faire que quelques-uns ne vissent
les stigmates de ses pieds et de ses mains, malgré son attention à tenir ses mains toujours couvertes et à marcher avec des chaussures. De nombreux frères, absolument dignes de foi par leur manifeste sainteté, les virent pendant qu'il vivait, et, pour éloigner l'ombre d'un doute, ils affirmèrent avec serment qu'il en était ainsi, ayant vu et touché ces stigmates glorieux. Plusieurs cardinaux les virent comme eux, grâce à la familiarité qu'ils avaient avec le saint : ils rendirent en paroles et en écrits témoignage à la vérité, et célébrèrent cette merveille par les proses, les hymnes et les antiennes publiées en son honneur.
" Le saint pape Alexandre, prêchant au peuple, affirma devant un auditoire considérable de frères où j'étais moi-même présent, que ces saints stigmates, il les avait vus de ses propres yeux durant la vie du saint. Enfin, à sa mort, plus de cinquante frères, la vierge de Dieu très-pieuse, Claire, avec ses sœurs, et d'innombrables séculiers les virent également, et la plupart d'entre eux les baisèrent avec vénération, et les touchèrent de leurs mains, afin que rien ne manquât à la fore© du témoignage.
" Il se mit un tel soin à cacher la blessure du côté, que de son vivant nul ne la put regarder qu'à la dérobée. Un frère qui lui rendait des soins assidus le pria de quitter sa tunique pour qu'il la secouât, et, grâce à cette pieuse industrie, il vit et considéra la plaie, où il posa légèrement trois doigts, reconnaissant tout à la fois, par le tact et par la vue, la grandeur de la blessure. A la favreur du même artifice, un autre frère, son vicaire, en fut également témoin. Enfin, comme son compagnon (c'était le frère Léon), homme d'une très-parfaite simplicité, lui oignait un jour les épaules pour le soulager en ses infirmités, il laissa glisser sa main le long de son dos et rencontra par hasard cette sainte blessure, ce qui causa au malade une vive douleur. Aussi depuis lors il porta des vêtements qui, montant presque sous les bras, couvraient la plaie du côté. Les frères qui les lavaient ou qui nettoyaient sa tunique, qu'ils trouvaient teinte de sang, ne purent se tromper à des marques si manifestes, et après sa mort il leur fut donné de contempler, avec une foule d'autres, et de vénérer ce prodige, qui resplendit en toute son évidence. "
Tel est le récit de saint Bontventure, racon-
tant dans ce simple et céleste langage des saints le prodige du crucifiement de saint François. Quand on songe qu'il vit et connut le saint dans son enfance, qu'il écrivit cette histoire au milieu des compagnons et des témoins encore vivants de sa gloire et de ses souffrances (1), et qu'elle fut publiée dans le chapitre général de Tordre des Mineurs en l'an 1263, trente-sept ans à peine après la mort de saint François, ce récit d'un contemporain et d'un saint devient à lui seul une preuve invincible de la réalité du prodige. Mais combien d'autres témoignages viennent se joindre à celui de saint Bonaventure !
Ce sont d'abord les premiers historiens de saint François, Thomas de Celano, un de ses fils le plus chers, qui fut pendant treize ans le confident de ses secrets et le témoin de sa vie, qui, par l'ordre du Pape, écrivit son histoire dès l'année 1229, c'est-à-dire trois ans après sa mort, et dont saint Bonaventure ne fait guère qu'abréger le récit ; puis, les trois compagnons du saint, les bienheureux frères
(1) Entre autres les frères Ruffin, Léon et Masseo; qui ne moururent qu'en 1270, 1271 et 1280.
(AToté de V auteur.)
Léon, Ange et Ruffin, qui, chargés simplement de compléter le récit de Thomas de Celano, ne refont pas l'histoire de la stigmatisation, mais en parlent incidemment comme d'un fait trop connu pour qu'il soit utile de le raconter à nouveau.
C'est encore le frère Elie, vicaire général de l'Ordre, et premier successeur de François, qui, annonçant la mort du saint Patriarche par une lettre circulaire adressée à tous les supérieurs et Frères-Mineurs des diverses provihces, parle en ces termes de ses stigmates:
" Je vous annonce une grande joie et un prodige tout nouveau. Depuis le cours des siècles il ne fut jamais ouï, excepté dans le Fils de Dieu, qui est le Christ-Dieu. Longtemps avant sa mort, notre frère et père apparut crucifié, portant en son corps cinq plaies, véritables stigmates du Christ ; ses pieds et ses mains étaient percés par des clcus enfoncés de part en part, dont ils consc raient les cicatrices, et montraient la couleur noire des clous. Son côté, qui semblait ouTort par la lance, jeta souvent du sang. "
OYjst enfin et par-dessus tout le témoignage du vicaire infaillible de Jésus-Christ, le
émoignage de la sainte Eglise romaine, que ml vrai catholique ne peut rejeter ici-bas, ;ans craindre d'être rejeté un jour de l'assemblée bienheureuse des élus.
Le cardinal Ugolini, l'ami intime, le conseiller de saint François, et le protecteur de >on Ordre, devenu Pape en 1227, sous le nom de Grégoire IX, canonisa le serviteur de Dieu en 1228, deux ans après sa mort. Or, en L237, cet illustre Pontife, ayant appris qu'un religieux dominicain avait osé nier publiquement et en chaire le prodige des stigmates de saint François, écrivit et publia à ce sujet trois bulles pour protester avec indignation contre cette fausseté et faire cesser ce scandale ; et il y attachait une telle importance, qu'une de ces bulles fut adressée par lui à tous les fidèles de l'Eglise de Jésus-Christ.
Dans cette dernière, le Pape disait : " Nous croyons inutile de vous exposer dans ces lettres les grands mérites qui ont conduit à la céleste patrie le glorieux confesseur saint François, puisqu'il n'y a guère de fidèles qui n'en soient informés : mais nous avons jugé [ju'il convenait de vous instruire tous plus particulièrement de la merveilleuse et singulière faveur dont il a été honoré par Notre-
Seigneur Jésus-Chrit, qui est la gloire et là splendeur des saints. C'est qu'il a reçu, pat une vertu divine, pendant sa vie, des stigmates au mains, aux pieds et au côté, lesquels y sont demeurés après sa mort. La connaissant ce certaine que nous et nos frères les cardi* naux en avons eue, aussi bien que de ses autres miracles, certifiés authentiquemenl par des témoins très-dignes de foi, a été le principal motif qui nous ait porté à le mettre au catalogue des Saints, de l'avis de nos frères les cardinaux et de tous les prélats qui étaient alors auprès de nous.
M Comme donc nous souhaitons fort que cela soit cru de tous les fidèles, nous prions et exhortons votre piété en Notre-Seigneui Jésus-Christ, vous enjoignant, pour la rémission de vos péchés, de fermer les oreilles a tout ce qu'on pourrait vous dire de contraire et d'avoir pour ce saint confesseur une vénération et une dévotion qui vous le rendenl favorable auprès de Dieu, afin que, par ses mérites et par ses prières, le Seigneur vous fasse la grâce de prospérer en ce monde ei d'être éternellement heureux en l'autre. "
La seconde bulle du pape G-régoire IX adressée à l'évêque d'Olmûtz, qui avail
Icueilli le religieux dominicain contempur des stigmates de saint François, se terinait par ces sévères paroles :
'* ... N'ayez pas la hardiesse de répandre ivantages des faussetés contre le privilège îs stigmates, accordé par la bonté de Dieu >ur la gloire de son serviteur ; mais, au conaire, appliquez-vous soigneusement à le ndre célèbre en Allemagne comme il Test ms les autres pays, vous persuadant bien ae le saint homme a été honoré de ces stiglates pendant qu'il vivait, que plusieurs arsonnes les ont vus, quoiqu'il s'efforçât mjours de les cacher par le mépris qu'il dsait des louanges humaines et par son ttention à contempler les choses célestes, et u'enfin, lorsqu'il quitta cette vie pour aller a ciel, ils furent exposés à la vue de tout le londe. "
Un peu ^plus tard, en l'an 1255, le pape Jexandre IV, qui avait aussi connu saint rançois, adressa à tous les évêques au sujet e la sainteté du serviteur de Dieu une bulle ù se trouvent ces paroles :
"... Comme toutes ces merveilles seraient .'un long détail, nous voulons seulement ous remettre devant les yeux les admira-
blés marques de la Passion du Sauveur qu'une main céleste imprima sur le corps du saint homme pendant qu'il vivait. Des yeux fort attentifs ont vu, et des mains fort sûres de toucher ont senti que dans ses mains et dans ses pieds il y avait très certainement des clous bien formés ou de sa propre chair ou d'une autre matière nouvellement produite ; et il s'efforçait de les cacher pour éviter la gloire qui lui en serait revenue de la part des hommes. Après sa mort, on vit ouvertement à son côté une plaie qu'une main d'homme n'avait point faite et qui ressemblait à celle du Sauveur... Au reste, ce n'est point en nous conduisant par des fables et des chimères que nous vous assurons des stigmates de saint François ; car il y a longtemps que nous en avons une parfaite connaissance, Dieu nous ayant fait la grâce d'avoir une étroite liaison avec le saint homme lorsque nous étions de Ja maison du pape Grégoire IX, notre prédécesseur... Ainsi, qu'on ne fasse plus de peine à François, puisqu'il porte en son corps les marques du triomphe de Jésus-Christ... Qu'aucun homme ne soit assez hardi et assez téméraire pour violer ou pour contredire cet écrit, qui contient ce que nous défendoïïs, ce
que nous confirmons et ce que nous voulons.
- Si quelqu'un présume d'y porter atteinte, qu'il sache qu'il encourt l'indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul. "
Cette même année 1255, le pape Alexandre III écrivit au Frères-Mineurs pour leur recommander et leur ordonner au besoin de ne
. jamais abandonner le mont Àlverne, témoin de la stigmatisation de saint François, et d'y entretenir à perpétuité le monastère fondé du vivant même du saint ; ordre superflu, d'ailleurs, car, dès la mort du bienheureux, ce sommet désert et sauvage devint pour tous les fidèles, un lieu de grande dévotion et de perpétuel pèlerinage. On venait prier et pleurer où avait prié et pleuré saint François ; une église spacieuse recouvrit bientôt la {place à jamais sacrée où il avait reçu les stigmates de Jésus-Christ dans l'embrassement mystérieux du séraphin crucifié. En 1265, une armée de plus de mille Frères- Mineurs y vint ; sous les ordres de saint Bonaventure, assister à la bénédiction cette église, que sept évêques consacrèrent sous le titre de Sainte-Marie-des-Anges et de Saint-François, et depuis ce jour* le courant
de foi et d'amour qui porte vers ce sanctuaire la foule des pèlerins ne s'est ni arrêté ni ralenti.
Enfin, et cette preuve suprême suffirait a elle seule pour toute âme chrétienne, le pape Benoit XI ordonna que la fête des Stigmates de saint François fût célébrée dans tous les couvents des Frères-Mineurs le 1Y septembre de chaque année, et le pape Paul V étendit cette fête au monde catholique tout entier.
Tous les témoignages qui fondent la vérité historique, se réunissent ainsi pour donner une certitude absolue au prodige des stigmates de saint François : témoignage des saints, des bienheureux et des Papes, tous contemporains et témoins du miracle qu'ils affirment, témoignage infaillible de l'Eglise catholique apostolique et romaine ; témoignage du désert et des rochers, qui se sont couverts, à dater de cet événement merveilleux, des mille fleurs de la vie monastique ; témoignage des siècles, qui s'en sont transmis l'un à l'autre et qui en gardent encore le vivant souvenir ; et tous ces témoignages réunis forment un faisceau indestructible que tous les bras coalisés de l'hérésie et de l'incrédulité ne pourront jamais briser ni même waffaibïir-