LORD SELKIRK ET SON ŒUVRE
C'était un homme supérieur sous plus d’un rapport. Orgueilleux et indépendant par tempérament, rigide et inflexible dans ses résolutions, vigoureux et enthousiaste dans son programme, il était très bien
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doué pour être l'un des pionniers de la colonisation. Ses premiers essais avaient passablement réussi dans l'ile du Prince-Edouard : mais il avait échoué dans ses tentatives pour établir une grande propriété qu’il avait achetée dans le Haut-Canada. Finalement, il tourna son attention vers le nord-ouest et résolut d'écrire son nom en grandes lettres dans l’histoire de cette contrée. Après avoir étudié l’état des affaires, là et à Montréal, il se convainquit que la compagnie de la Baie d'Hudson deviendrait la maitresse de la situation et résolut de s'attacher à sa fortune. En 1811:il acheta une quantité prépondérante du capital-actions—environ {40,000 sur 4100,000 —et obtint des directeurs, parmi lesquels il comptait beaucoup d'amis et de parents, une concession de 116,000 milles carrés de territoire à condition qu'il établirait une colonie et fournirait à la compagnie des travailleurs à mesure qu’elle en aurait besoin. Telle fut virtuellement la fondation de la province actuelle du Manitoba.
Lord Selkirk amena immédiatement un navire chargé des fermiers de la duchesse de Sutherland, et après divers dangers et difficultés, il atteignit le confluent des rivières Rouge et Assiniboine où, près de l'emplacement de la ville actuelle de Winnipeg, la colonie de la rivière Rouge fut établie. Durant les années qui suivirent, des colons et autres qui vinrent les rejoindre de temps à autres souffrirent de toutes les misères dont peuvent souffrir des pionniers. Les hommes de la compagnie du Nord-Ouest considéraient le sol comme leur appartenant, et tous les moyens qu’une forte compagnie peut avoir à sa disposition pour ennuyer des adversaires, furent employés à mesure que l'occasion s’en présentait et finirent par provoquer une escarmouche en 1816 alors que le gouverneur Semple qui agissait au nom de lord Selkirk, et un certain nombre de ses colons, furent tués par une bande armée d'hommes du Nerd-Ouest.
Ce fut un incident typique, bien qu'extraordinairement violent, du conflit qui exista dans toute l'étendue du nord-ouest durant les
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premiers vingt ans du XIX'* siècle entre les deux grandes compagnies. Dans le cas dont il s'agit, cependant, le lion qui dormait dans la personne du comte de Selkirk se réveilla, et bien qu'il fut encore convalescent d’une maladie, il obtint un détachement de 80 soldats et deux petits canons. Avec cette troupe, il partit en toute hâte de Montréal, vers les grands lacs, et à travers la solitude, il s'empara de l'agent principal et de plusieurs associés de la compagnie du Nord- Ouest qu'il envoya à York pour y subir leurs procès sur diverses accusations de meurtre, de vol et d'incendie. Naturellement, ils ne furent pas trouvés coupables, à p reille distance de la scène du crime, et vu les conditions irrégulière. le leur arrestation; mais la leçon avait été bonne, et durant les quelques années qui suivirent, jusqu'à ce que la compagnie de la Bail d'Hudson eut absorbé sa rivale en 1821, il y eut plus de paix et de tranquillité dans la vaste région qu'elles se disputaient.
Lord Selkirk eut à souffrir ensuite des condamnations pour emprisonnement illégal, mais il avait mis fin à toute intervention dans sa chère colonie. Il ne pouvait cependant vaincre les obstacles que la nature lui opposait et bien qu’il apportât à plusieurs reprises à ses colons des approvisionnements de vivres, de grains de semence et d'instruments aratoires à ses propres frais, ils eurent à endurer des misères inouïes, du froid exceptionnel, des inondations, de la famine, et un fléau extraordinaire de sauterelles qui dura deux ans et détruisit tout vestige de récolte et de produits alimentaires sur pied. En fin de compte, les colons et leur courageux patron réussirent à s’en tirer, et bien que leurs progrès fussent lents, ils devinrent chaque année de plus en plus certains de leur sort. Lorsque lord Selkirk mourut en 1820, il pouvait prévoir que son succès était pour le moins probable, bien qu'il soit douteux que le père du Manitoba ait prévu les vastes champs de blé doré de l'avenir, le sifflet de la locomotive dans les solitudes de son temps, ou le bourdonnement du trafic dans une grande ville,
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LA COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON ET LE GRAND OUEST 3ot
là où il avait logé dans leurs pauvres huttes, les premiers colons grelottants sur les rives de la rivière Rouge.
À mesure que les années s’écoulèrent, la colonie augmenta en importance, et le fort Garry devint le quartier général de la 11 compagnie de la Baie d'Hudson qui, en 1836, acheta pour £84,000, ‘À le terrain concédé à lord Selkirk, en 1811. Graduellement la population fut augmentée par les trappeurs et les chasseurs français et par les métis issus des mariages des Français avec des femmes indiennes, et dont le nombre atteignit avec le temps, des milliers d'âmes. Sir ‘ George Simpson assuma le contrôle d'une grande partie des affaires de la compagnie après qu'elle eut absorbé la compagnie du Nord- Ë Ouest, et pendant 35 ans, à partir de 1821, il fut l'esprit dirigeant du th | nord-ouest. Il organisa les intérêts de la compagnie, explora et l étendit ses vastes territoires, concilia les affaires en confit, et fit régner un vigoureux contrôle personnel sur toutes choses. Durant cette période, les voyageurs et les explorateurs étaient certains de trouver aide et appui à chaque fort ou factorerie de la compagnie, tandis que la masse des transactions et les profits de celles-ci augmentaient continuellement. Un réseau de postes de traite fut con- 1h stitué à travers le continent et, lorsque le gouverneur se retira, en 1856, la compagnie de la Baie d'Hudson, avec 152 établissements | réguliers et plus de 3000 employés permanents, dominait la vie poli- | tique religieuse et sociale du nord-ouest.
Des progrès constants avaient été faits en même temps pour acquérir le monopole du commerce des fourrures sur la côte du : Pacifique. Des forts avaient été établis, des routes tracées et entre- d
À tenues, les Indiens avaient été conciliés et employés. En 1847, le gouverneur de la compagnie, à Londres, informait lord Grey, Secrétaire Colonial, qu’il était prêt à “entreprendre le gouvernement et la ni: colonisation de tous les territoires appartenant à la Couronne dans |
l'Amérique du Nord, et à recevoir une subvention en conséquence.
Bien que cela fit honneur à son ambition et à sa confiance en lui-même, une proposition aussi vaste ne pouvait guère être accueillie par les autorités; mais l'année suivante, une proposition plus modérée qui impliquait l'administration de la Nouvelle-Calédonie et la concession de l’île Je Vancouver, sur promesse de colonisation, fut acceptée après un débat considérable dans la Chambre des Communes.
L'esprit dirigeant de la compagnie, dans ce qu’on appelle maintenant la province de la Colombie-Britannique et les Etats de Washington et Orégon, était durant ces années, le vigoureux et intrépide sir James Douglas. De même que Simpson dans les régions centrales de l’ouest, il surgit du fusionnement de 1821, devint chef facteur de la région du Pacifique en 1842, établit un poste de traite à l'endroit qui se trouve actuellement la ville de Victoria, dans l’île de Vancouver, et en 1851, devint gouverneur de l’île sous les ordres de la compagnie. En 1859, les autorités impériales reprirent cette région parce que la compagnie n'avait pas rempli son engagement relatif à la colonisation, mais Douglas retint sa position de gouverneur de l’île ainsi que de la terre ferme qui devait dorénavant être appelée la province ou colonie de la Colombie-Britannique.