LES CHEFS TORIES
Les événements démontraient que le parti tory s'était sacrifié en supportant le bill d'Union. Il comprenait qu'une assemblée sortie d'une part de la population française faisant usage de son vote pour la première fois depuis la rebellion, et d'un autre côté, dans la Haut- Canada, élue par le prestige dont jouissaient leurs adversaires qui passaient pour avoir gagné tous leurs points en Angleterre, ne pouvait que former une majorité hostile à leurs personnes et à leurs principes. C'était le cas, naturellement ; aussi la chambre que rencontra le vaillant chef tory, l'honorable W. H. Draper, comme premier ministre, étaitelle surtout radicale et française. Le ministère, si toutefois on peut lui donner ce nom, était composé de M. Draper, les honorables R. B. Sullivan, S. B. Harrison, Dominick Daly, C. R Ogden, J. H. Dunn, C. D. Day, H. H. Killaly, et le dernier mais non le moindre, l'honorable Robert Baldwin.
Une pareille combination de solides et zélés tories, sauf un seul libéral de poids, M. Baldwin, et sans aucun représentant français, n'inspirait guères confiance à la nouvelle assemblée. Le fait même de cet arrangement démontre combien peu on comprenait et de quelle manière vague on pratiquait les vrais principes du gouvernement responsable, En somme, le gouverneur-générale était encore son
propre premier ministre et il se cramponnait toujours avec tenacité au pouvoir qu'il croyait être essentiel aux intérêts de la mère-patrie, et aux liens britanniques. Il ne pouvait croire qu'il fut de son devoir de renoncer aux prérogatives de la Couronne relativement aux nominations et à la composition de son Conseil Exécutif en faveur d'aucun ministre ou groupe de ministres qui devaient dans les circonstances existantes être responsables à un parti dans l’Assemblée qui sympathisait avec la récente insurrection, et dont quelques-uns des chefs semblaient opposés aux principes du lien colonial que le gouverneurgénéral jurait de sauvegarder comme il était de son devoir de le faire.
La position devenait difficile. Durant son court passage au pouvoir, lord Sydenham avait temporisé, et nul doute qu'il avait imaginé, pour faire face à cette situation des moyens qu'il ne put jamais appliquer. Sir Charles Bagot fit un peu plus que cela lorsque le conflit inévitable entre son Exécutif Draper et la Chambre eut lieu, et lorsque Baldwin démissionna ; il forma un Exécutif sous la corduite conjointe de L. H. Lafontaine, et de Baldwin lui-même. C'était un ministère libéral avec une représentation française raisonnable et, avec l'expérience des années qui suivirent, le gouverneur, les ministres eussent pu s'arranger de façon à le faire durer pendant quelque temps. Mais, enfin de pareilles conditions ne pouvaient exister et, en attendant, sir Charles Metcalfe arriva sur la scène.