‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 143 sur 289 · SIR CHARLES METCALFE COMME GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

SIR CHARLES METCALFE COMME GOUVERNEUR

Le nouveau gouverneur avait fait son apprentissage en gouvernant des millions d'hommes aux Indes, et des populations moins nombreuses aux Antilles. (C'était un homme entêté, comptant sur luimême, patriote et consciencieux, devoué au service de son souverain, et ayant quelque chose de l’ancien esprit de sincérité et de loyauté. Mais il était désespérément étranger aux aspirations démocratiques, dépourvu de sympathie envers tout ce qui pouvait toucher ou menacer

un élément quelconque de la prérogative royale, et il était en

L'HONORABLE SIR OLIVER MOWATT, G.C.M.G., LL.D. L'HON.SIR FRANK SMITH Premier Ministre d'Ontario, 1872-96 Sénateur du Canada

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conséquence, très enclin à accepter les vues du parti tory. Comme gouverneur responsable à la Couronne, il fit son devoir librement et courageusement ; comme gouverneur responsable au peuple, il échoua complètement. Néanmoins, comme un grand nombre de ses prédécesseurs, on ne pouvait guères le blâmer. Il ne mérite certainement pas d'être condamné avec cet aplomb et cette assurance qui caractérisent les écrivains politiques de son époque, et assez souvent ceux de l'époque actuelle, lorsqu'ils commentent son caractère et sa carrière. Pour lui, la Couronne voulait dire l'Angleterre et l'Empire. Comme serviteur de son pays, représentant de son souverain, il se considérait tenu de faire ce qui devait le mieux sauvegarder leurs intérêts ; comme les gouverneurs précédents, peut-être à l'exception de lord Durham, il considérait que pour préserver ses intérêts et le maintien du lien colonial, il fallait maintenir tous les pouvoirs ou prérogatives que la Couronne possédait encore.

En prenant résolument cette attitude, il se trompait à tous les points de vue de l'expérience qui fut acquise plus tard; mais il n’était ni anti-patriote, ni méchant, ni coupable de tyrannie, ni digne des injures dont il fut abreuvé par les journaux et les politiciens radicaux et libéraux, durant les deux années suivantes. Dès le principe, il n’y eut aucun doute quant à son attitude et ses opinions. Sir Charles arriva en 1843 et déclara bientôt qu’il avait l'intention de garder le patronage entre ses propres mains, et de faire les nominations officielles sans consulter son Conseil Exécutif. Il remplit bientôt certaines positions vacantes, et le ministère Baldwin-Lafontaine résigna immédiatement. M. Draper reprit les rênes, une élection générale eut lieu, et le gouverneur et son Conseil tory furent soutenus par une assez bonne majorité. Durant les deux années qui suivirent, une discussion bruyante et continue eut lieu sur ce sujet dans les deux parties de la province, et beaucoup dé lumière fut jetée sur la question, en dépit du ton violent pris par un grand nombre de ceux

qui discutaient, . Vers le même temps, sir Charles Metcalfe fut élevé à la pairie—une compensation vraiment légère pour le courage avec lequel il avait fait son devoir à tout hasard, et en dépit des souffrances que lui causaient un cancer qui lui mangeait la figure, et qui détruisait sa vie lentement, mais sûrement, Il ne voulut pas accepter le soulagement que lui eut procuré sa retraite, et fut soutenu durant de longs mois de souffrances intenses, par l’idée qu'il comprenait la situation du Canada, et qu'il était, plus qu'aucun successeur possible, en mesure de maintenir l'autorité de la Couronne. A son point de vue, cela était indubitablement vrai, et il avait pour lui, au plus haut degré, l'appréciation et l'admiration de ceux qui étaient opposés au gouvernement responsable—y compris l'appui d'un observateur aussi perspicace et d’un polémiste aussi vaillant que le docteur Egerton Ryerson, LE GOUVERNEMENT DU COMTE D'ELGIN

Mais la patience humaine a des bornes, et vers la fin de 1845, lord Metcalfe retourna en Angleterre pour y mourir. Son successeur durant une courte période, fut le comte de Cathcart, puis, en 1847, vint le comte d’Elgin. Comme lord Durham, cet administrateur réellement éminent possédait la rare faculté de saisir tous les fils d'une situation embrouillée ; de donner une forme tangible à un chaos d'opinions opposées, de sentiments honnêtes, d'antagonisme quasi patriotique. Grâce à sa sureté de coup d'oeil, et à l'impartialité de son esprit, il put comprendre que, bien que Lafontaine eut joué avec les brandons de la discorde au commencement de sa carrière et quoique que Baldwin put avoir éprouvé une sympathie modérée pour les rebelles dans un grand nombre de leurs griefs, ces hommes avaient cependant atteint la maturité de leur jugement; leurs intentions étaient honnêtes, et leur fidélité au lien britannique sincère. Il sut comprendre que, bien que Draper fut apparemment en antagonisme irrémédiable avec les désirs d'une majorité quelque peu flottante du peuple, et que McNab fut un adversaire sincère et avoué du

gouvernement populaire, l’un était un homme de talent, honorable et patriote, et l'autre, un citoyen dont le pays avait toute raison de s'enorgueillir à cause de sa sincérité et des services indéniables qu'il avaitrendus. Il se rendit compte de l'existence de l'amour de la liberté parmi les libéraux, sentiment tout à fait étranger, et au-dessus des principes si redoutés de la démocratie américaine ; chez les tories, un amour du pouvoir qui était tout à fait étranger et supérieur au simple désir d'occuper les positions lucratives et honorifiques.

De plus, les libéraux avaient repris le pouvoir en Angleterre, et ils étaient disposés à risquer une perte possible de prérogatives britanniques et de pouvoir nominal en retour de l'avantage d’être déchargés d’une responsabilité onéreuse et de mettre la paix dans les colonies. Ses instructions furent en conséquence rendus plus élastiques, ses pouvoirs plus étendus, et on lui donna de la latitude pour exercer les talents naturels et les facultés d'observateur et d'homme d'Etat, bien plus qu'on n’en avait jaimais donné à d’autres auparavant. Ces faits sont à l'honneur du libéralisme anglais en cette occasion, ils ne le placent pourtant pas à l'abri du soupçon, quant au mobile de cet acte. Que cela ait bien tourné et que cela ait encouragé la loyauté en élargissant les limites de la liberté, rien n’est plus vrai, mais il est également vrai que ce mouvement faisait partie d’une tendance générale à relâcher les liens'de l’unité impériale et à encourager le développement de l'indépendance coloniale, ce qui est suffisamment prouvé par la correspondance de lord Elgin durant cette période. *

On en était alors au commencement de la suprématie de l’école de Manchester et, bien que dans ce cas particulier, le mal ait produit un bon effet, c'était un mal qui aurait pu ruiner l'empire, cependant il faut rendre justice à quelques-uns des tories qui se sont opposés au gouvernement responsable en Angleterre, parce qu’ils craignaient l'indépendance, ainsi qu'aux libéraux qui l'ont accordé parce qu'ils ne * Walrond's Life and Letters of the Earl of Elgin, and Kincardine.

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craignaient pas beaucoup la possibilité de l'indépendance.” Jusque là, la rolitique britannique n'avait que rarement influé sur les questions d'administration coloniale, et chaque fois, en touchant des questions de détail seulement. Sur le grand principe du maintien de la prérogative du gouverneur et du refus d'un gouvernement responsable complet, les partis anglais avaient été unis. Maintenant, ils se divisaient po. un temps, quitte à se fusionner après environ vingt ans d’indifférence réelle envers les affaires coloniales —programme qui laissait les colonies faire à peu près tout ce qu’elles voulaient.

Lord Elgin, censé être conservateur en politique, pouvait passer pour ce que l’on voulait, tant les gens en étaieut arrivés à ne plus compter sur les prédilections individuelles de ce genre. Sir Francis Bond Head avait été annoncé comme un libéral anglais et avait fortement soutenu les tories canadiens; sir Charles Bagot était un conservateur, mais avait tenu les rênes avec beaucoup d'équité; lord Metcalfe lui-même avait été annoncé conime libéral dans la politique anglaise. De fait, le noveau gouverneur se voyait au dessus de ces distinctions, ou bien il avait décidé de ne pas être iafluencé par elles. Et il trouva un facteur qui lui fut très favorable. Les gouverneurs précédents avaient entrevu les affaires canadienres dans un mélange inextricable de programmes et d'idées en conflit avec un seul principe clairement visible à la surface agitée—le principe tory de l'opposition aux innovations démocratiques. Les libéraux n'avaient pas su exactement ce qu’ils voulaient, ou, si dans un cas exceptionnel, il leur était arrivé de comprendre ce qui était requis et comment on pouvait l'obtenir, ils n'avaient pas de médiateur autorisé pour présenter leurs vues, pas de résumé lucide de leurs opinions, pas de projets pour l'approbation populaire.

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