‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 156 sur 289 · FA - Ë · texte numérisé non relu

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lui fallait s'assimiler des éléments nouveaux, tout en développant une politique créatrice dans le genre des réformes modérées.

Ses efforts pour créer un mouvement d'idées nouvelles furent vigoureusement secondés par son puissant adversaire, M. George Brown. Celui-ci est peut-être le caractère le plus vigoureux et solide qui figure dans les annales du Canada. Consciencieux et sincère à l'excès, il manquait néanmoins de tact et n’embrassait qu’une faible étendue des questions politiques. Des convictions profondes qui commandent le respect portent quelque fois à l'intolérance, aussi ce qui le rendait fort et faible en même temps provenait de sa manière impérieuse et de sa volonté de fer. Comme journaliste, à la tête du Globe, de Toronto, il était naturellement une puissance dans la province; comme chef de partisans inflexibles durant plusieurs années à la Législature, il exerçait un grand pouvoir dans la politique. Les bornes restreintes de ses idées affaiblirent son influence. ‘Suivant lui, le Haut-Canada était tout, et les provinces-unies ne pouvaient lui être comparées.

Le Haut-Canada étant protestant, disait-il, conséquemment les intérêts protestants devaient dominer en politique et dans la législation de la province. Le Haut-Canada étant anglais, les intérêts anglais, opposés aux intérêts canadiens-français, devaient dominer dans l'administration. Par l'acte de l'union, la représentation avait été déterminée, sur une base de population égale, dans les deux Canadas, quoique le Bas-Canada, à cette ér9que, eut une population de beaucoup plus forte que l’autre province. Cet état de choses était renversé, M. Brown adopta pour principe la représentation basée sur le chiffre de la population ; naturellement, les Canadiens-français s'y opposèrent et déclarèrent que cette politique était antagoniste à la race canadienne-française et à la religion catholique. Les membres du parti libéral qui le suivaient furent alors connus sous le nom de Cear Grits, autrement dit les purs et, durant les années qui suivirent, cette

attitude devint une forte carte entre les mains des tories dont le parti commençait à être désigné sous le nom de conservateur. L'alliance des libéraux aux Canadiens-français avec les grifs leur causa un tort énorme. Baldwin et Lafontaine avant 1854, étaient dégoutés de la politique; leurs successeurs furent battus et perdirent le pouvoir; plusieurs des libéraux modérés ou disciples de Baldwin, comme on les appelait, se joignirent aux conservateurs.

Ces événements amenèrent la formation d'un gouvernement le coalition, en septembre 1854 Sir Allan McNab, le chef des tories, devint premier ministre ; l'honorable À. N. Morin, l'ancien chef libéral du Bas-Canada, fut le procureur général représentant cette province, et l'honorable John A. Macdonald, même charge, comme représentant de Haut-Canada. Il n'est pas difficile de découvrir qui était le chef réel de ce ministère. Comme dans toutes ses autres coalitions, M. Macdonald ajoutait à sa phalange des hommes peu connus dans la politique, afin de favoriser ses propres desseins. Le premier indice d'un changement dans la condition du parti fut la sécularisation des “ réserves du clergé.” Cette question avait pris plusieurs tournures depuis que sir John Colborne avait créé un vif mécontentement en dotant le Haut-Canada de quarante-quatre presbytères, en 1836. Par un acte impérial passé en 1840, le nouveau gouvernement des provinces unies avait le pouvoir de disposer des fonds perçus par les ventes antérieures des Réserves et de remettre les deux-tiers de ces sommes à l'Eglise d'Ecosse, en Canada. Les terres non encore employées, s'élevant à 1,800,000 acres, devaient aussi être vendues, la moitié des recettes allant aux Eglises d'Angleterre et d'Ecosse, dans les proportions ci-dessus mentionnées, et l'autre moitié affectée au cuite et à l'éducation religieuse du peuple en général. Ce compromis dont lord Sydenham était le père, fut accepté avec joie; on se flattait d'avoir ainsi réglé une question qui avait beaucoup compliqué

les affaires, lors des troubles.

Cependant, le problème ne pouvait être résolu tant qu’il y aurait dans la province un agitateur pouvant tirer profit d’une question semi-religieuse ou de l'esprit agité d'un peuple démocratique qui ne pouvait souffrir de voir les fonds publics utilisés pour des fins de religion, quelles qu'elles fussent. Durant huit ans, après le réveil de cette question en 1846, elle tourna en faveur d’une complète sécularisation, et ces débats entrainèrent le chute de plusieurs gouvernements, ainsi que le morcèlement des partis, et rendirent les luttes publiques plus intenses. Finalement, le 9 mai 1853, le Parlement impérial passa un acte transférant le contrôle de cette affaire à la législature provinciale, et le 17 octobre 1854, M. Macdonald présenta | une mesure de sécularisation générale. Les presbytères établis à cette époque ne devaient pas être dérangés et on fit certaines dispositions relativement aux veuves et aux orphelins du clergé. Dès qu'on vendrait ce qui restait des Réserves, les recettes devaient être payées aux townships où ces terres étaient situées, pour des fins | d'éducation et d'amélioration locales.

En même temps que cette mesure passait à l’Assemblée, M. L. T. |

Drummond introduisait un bill pour modifier la tenure seigneuriale dans le Bas-Canada. Personne n'était mieux préparé pour entreprendre cette importante réforme. Ce poticien occupe un large place dans l’histoire du Canada, tout en restant, pour ainsi dire, dans l'ombre. Il avait beaucoup d'adresse, était fort populaire dans le Bas-Canada, parmi les Canadie- français et les Anglais, un fait assez rare à cette date. Quant à son éloquence, elle était de beaucoup plüs effective que celle de certains personnages placés audessus de lui dans l'esprit public. Il avait été eminent comme juge. Il prononça un discours des plus appropriés, lorsque l’on proposa d’abolir un vieux système dont l'usage était devenu inutile etembarrassant, mais non pas à un si haut degré que les critiques le représentaient. Cette mesure fut acceptée des deux chambres, par d: bonnes majorités ; elle était

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REFORMES POLITIQUES ET PROGRES EN GENERAL 35t

présentée dans le but de mettre une fin aux privilèges, droits et redevances de féodalité dans le Bas-Canada, pour libérer le paysan, aussi bien que le seigneur, de diverses obligations devenues incommodes à tous et dont on ne voulait plus se servir, d'un commun accord.

Il y eut un tribunal pour le réglement des questions se rattachant au nouvel état ae choses, et pour la distribution d’une indemnité seigneuriale qui atteignit par la suite le montant de £650,000. Telle fut la fin de deux questions qui avaient causé la discorde parmi les politiciens, et dérangé l'harmonie des partis, tout en ayant envenimé les polémiques déjà assez violentes depuis quelques années. IL fallait donc en finir une fois pour toutes, et l’'empressement de John À. Macdonald à faire face à l’inévitable, démontre sa sagacité sans affecter la logique de sa position. Il ne fut pas un tory de l’école Sherwood ou de Strachan: s’il l'eut été il ne serait certainement pas arrivé aux grands résultats qui ont marqué sa carrière. Sherwood et Strachan employèrent tout leur temps pour arriver à occuper une petite place dans la vie publique et l’histoire nationale ; Macdonald vécut à une époque où les conditions étaient différentes et il s'adapta À ces conditions—il suivit l'exemple de Disraeli, en Angleterre, à la tête du parti tory.

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