PREMIER CABINET DE LA CONFEDERATION
Le premier ministère se forma d’après son systême d'assimilation, composé en partis égaux d'hommes qui avaient été jadis soit libéraux soit conservateurs. Pour maintenir ce gouvernement il eut l'habilité, par la vertu de la conciliation et de ses calculs, de combiner la grande majorité des Canadiens-français et d'imprimer un mouvement aux idées conservatrices dans leur province qui dura au moins vingt ans.
On disait que le ministère était une coalition, mais George Brown, chef des libéraux du Haut-Canada, ne voulait rien avoir à faire avec le nouveau “sir John,” pas plus qu'avec le vieux‘ John A."* Sa volonté agressive, peu accommodante, ne souffrait ni supérieurs ni égaux dans le conseil et, bien qu’obligé durant quelques temps, de
“Dès avant 1850 où il était dans la vie publique, jusqu’à la confédération où la reine le décora de la croix de chevalier de l’ordre du Bain (K. C. B.) M. Macdonald était désigné partout comme ‘“ John A.’ et cette appellation populaire s’étendit d'année en année à mesure que l’affection pour sa personne grandissait dans le public, Après 1867, il n’y avait qu’un seul ‘‘ sir John,” de l'Atlantique au Pacifique. Le nom de famille était superflus.
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coopérer avec Macdonald dans le cabinet, ce qui aida les arrangements de la confédération, il le quitta le plus vite possible et reprit son ancienne habitude de n'avoir aucun rapport avec le seul personnage qu'il regardait comme son rival, Dans son refus d'accepter le cabinet fédéral de 1867 comme une coalition représentative, Brown fut appuyé par M. A. A. Dorion et quelques-uns des anciens chefs libéraux de Québec, et le noyau d'une opposition au parlement et d’un futur parti libéral du Dominion fut ainsi formé.
Naturellement, sir John Macdonald n'avait jamais eu le dessein de faire de son ministère un véritable ministère de coalition, ni même de le conserver comme tel nominalement pendant un certain temps. Son intention était de former tous les partis et tous les hommes publics disponibles en une organisation forte et unie, capable de gouverner d'une main ferme, de maintenir des principes vigoureux et bien définis, de prévenir toutes les expériences de faiblesse et d'inefficacité qui avaient précédé la confédération, d'harmoniser les éléments hostiles qui autrement tireraient chacun de leur côté et mettraient en danger le bon fonctionnement de la nouvelle constitution ; de donner plus d’étendue à l'exercice de ses propres facultés de chef de gouvernement. Dans un espace de temps relativement court, son programme réussit, et en dépit des conventions libérales, et des efforts désespérés de George Brown dans le G/obe de Toronto, le parti conservateur devint une organisation compacte avec le premier ministre, représentant à la fois virtuellement sa tête, sa façade, et son programme.
Le premier cabinet du nouveau Dominion fut composé en grande partie d'hommes qui avaient travaillé énergiquement en faveur de la confédération, et qui, en conséquence méritaient la confiance du nouveau premier ministre. Ce n'était pas chose facile que de le constituer et le simple fait relaté dans les ouvrages historiques canadiens qu'un ministère fut formé le 1er juillet 1867, par sir John Macdonald
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avec une liste spécifiée de collègues, jette peu de lumière sur les diff. cultés qu'il dut rencontrer. En pareil cas, il n’est pas rare qu'il y ait surplus d'hommes disponibles, et il suffira de dire que l'on s'étonna quelque peu de l'exclusion du docteur Tunner et de D'Arcy McGee— les détails n’en ont pas été connus. Cependant la nécessité de donner à chaque province une représentation convenable, de laisser la place ouverte pour l'admission de représentants du Manitoba, de l'ile du Prince-Edouard, et de la Colombie-Anglaise, d'accorder aux électeurs irlandais une certaine considération et de reconnaître aux protestants des Cantons de l'Est de Québec le droit à la représentation, étaient le roc contre lequel le cabinet nébuleux faillit se briser durant la semaine qui précéda le 1er juillet.* Enfin on évita ce résultat, le docteur Tupper et son ami McGee retirant leur candidature, ayant été des premiers auxquels on avait songé, et amenant ainsi la possibilité de donner aux Canadiens-Français un autre représentant. Le ministère se trouva constitué comme suit et fut appuyé aux élections subséquentes par une bonne majorité.
Premier Ministre et Ministre de la Justice, sir John A. Macdonald, Ministre des Finances, hon. A. T. Gait,
Ministre des Travaux Publics, hon. William McDougall, Ministre de la Milice, sir G. E,. Cartier,
Ministre des Douanes, hon. S. L,. Tilley,
Ministre de l'Agriculture, hon. J. C. Chapais,
Ministre des Postes, hon. Alexander Campbell,
Ministre de la Marine et des Pêcheries, hon. Peter Mitchell, Ministre du Revenu de l'Intérieur, hon. W. P. Howland, Président du Conseil hon. A. J. Ferguson-Blair,
Receveur Général hon. Edward Kenny,
Secrétaire d'Etat, hon. H. L. Langevin,
Secrétaire d'Etat pour les Provinces, hon. A. G. Archibald.
* Renseignements donnés à l’auteur par sir Charles Tupper et autres survivants de la période de la Confédération,
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Parmi ces membres, Macdonald, Galt, Cartier, Campbell, Langevin Chapais et Kenny avaient été conservateurs, et McDougall, Tilley, Mitchell, Howland, Archibald et Ferguson-Blair avaient été libéraux sous des conditions antérieures dans leurs provinces. De fait plusieurs de ces derniers continuèrent pendant un certain temps à s'appeler libéraux et à considérer leur ministère comme un cabinet de coalition. Les événements des dix années qui suivirent la formation de cette administration furent très importants pour le développement du Canada.
Ceux qui ressortent le plus, à une exception près, sont l'entrée des autres provinces dans la confédération, l'insurrection au Nord- Ouest, le traité de Washington, et les développements qui ont amené la politique nationale. Nous en avons parlé ailleurs dans cet ouvrage. L'exception fut en grande partie un mouvement politique, mais un événement qui exerça une grande influence sur l'avenir du Canada —la question de chemin de fer Pacifique Canadien de 1872,qui est décrite par les partisans libéraux comme un scandale et par les partisans conservateurs comme une calomnie, Elle tenait en réalité à l'une et à l’autre. Et parmi toutes ces questions et tous ces problèmes, l’œuvre vitale de l'organisation nationale se continuait sans arrêt.
Des élections générales eurent lieu en 1872, et le gouvernement de sir John Macdonald fut soutenu bien qu'avec une majorité réduite, Il avait subi des revers dans Québec et Ontario, revers dûs en partie au fait que la santé chancelante de sir George E. Cartier amena des erreurs dans l'administration des affaires des anciennes provinces, et en partie à l'inpopularité du traité de Washington dans la province d'Ontario. On éprouvait et on exprimait beaucoup de crainte au sujet du coût du chemin de fer projeté du Pacifique Canadien. Cependant, la Nouvelle- Ecosse et le Nouveau-Brunswick compensèrent les pertes subies ailleurs, en assurant aux conservateurs la victoire la plus complète.