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LA BATAILLE DE BATOCHE

Cet endroit avait été le quartier-général de Riel et de sa bande de rebelles depuis le commencement. Sous la direction de Dumont, qui possédait une certaine intuition naturelle des opérations militaires, il avait été constamment fortifié par des retranchements et des épaulements et l’on savait maintenant que la résistance serait désespérée. Le 9 mai, on eut l'expérience de ce fait. L'endroit fut bombardé et partiellement environné, mais après une journée de combat aucun progrès réel n'avait été fait. Le général envoya l’ordre de resserrer toutes les lignes de communications pour le cas où l’on aurait besoin d'aide; il envoya lord Melgund à Ottawa avec des messages importants et avec l'entente que si les affaires devenaient plus sérieuses il reviendrait de Winnipeg, et il campa durant la nuit sous le feu continu de l'ennemi. Le jour suivant se passa à échanger des coups de fusil et les rebelles firent un léger mouvement en avant. Le troisième jour, on fit une reconriaissance afin de découvrir exactement la position de l'ennemi et se préparer à l'attaque finale. Le 12, commença un mouvement en avant qui se termina par une charge, laquelle passa à travers les épaulements de l'ennemi, emporta d'assaut ses quartiers, se répandit en triomphe dans les rues du village ; 47 rebelles furent tués et 163 blessés. Riel se rendit trois jours après. On l’envoya aussitôt captif à Régina entre les mains des autorités civiles.

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La bataille fournit une intéressante révélation de l'élan et du courage des volontaires canadiens, tout comme les trois jours précédents avaient démontré jusqu'à quel point le désir souvent exprimé par le général Middleton d'éviter autant que possible les pertes de vie parmi ses troupes avait mis leur patience à l'épreuve. Cinq furent tués y compris quatre officiers, et vingt-cinq blessés, y compris deux cfficiers, durant le dernier jour de combat. Les honneurs de la journée sont dus au colonel Williams de Port-Hope. Brave jusqu’à la témérité et impulsif jusqu'à l’imprudence, il avait conduit la charge finale et conquis une réputation durable grâce au succès de cette charge. Environ deux mois après, il mourut des suites d'une fièvre et d'une inflammation cérébrale qui avait attaqué son système déjà affaibli par les misères, et sa nature sensible à l'extrême en face de la critique et de la discipline nécessaire dans les camps. Un monument à Port-Hope exprime l'appréciation populaire en faveur du “ Héros de Batoche ” tandis que dans le public sa mémoire a été couronnée du laurier de la célébrité.

Malheureusement, comme c’est parfois le cas, l'événement a causé beaucoup de discussion et il importe de dire un mot ici à ce sujet. La responsabilité d'avoir ordonné la charge est en grande partie le point à résoudre, bien que cela ne semble pas devoir affecter le mérite du colonel Williams. S'il a obéi aux ordres en marchant et s’il a devancé les autres, le résultat lui fait grand honneur. Si, sans avoir reçu d'ordres, ou si eñ anticipant sur les ordres, il a conduit ses hommes dans un fol élan vers les retranchements des rebelles, alors il a assumé une responsabilité que les officiers subalternes n'aiment pas d'ordinaire à prendre et, dans le service régulier, n’osent pas prendre. Les conséquences de la charge auraient pu être différentes de ce qu'elles ont été, et dans ce cas, la position d’un officier ayant agi ainsi aurait été très désagréable, quelle qu’eut été sa bravoure.

Le lieutenant-colonel George T. Denison, l'un des officiers Îles 2]

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mieux connus de la milice canadienne et un homme dont l'opinion fait autorité, prend une attitude quelque peu extraordinaire dans un volume qui a beaucoup attiré l'attention de notre public, * en disant que “ l'on a tenté de déprécier le mérite de Williams en s’efforçant de répandre l'opinion qu'il avait agi d’après les ordres du général Middleton et du colonel Van Straubenzie en engageant l'action générale.” Il continue en disant que cette charge a eu pour effet, non-seulement de gagner la bataille mais encore de mettre fin à la campagne.

C'est une nouvelle idée que de prétendre que l’obéissance sur le champ de bataille doive être flétrie comme une faiblesse. Outre cela, cependant, il est difficile de voir comment la réputation du colonel Williams pourrait souffrir sérieusement du fait que l’on prétendrait qu'en conduisant la charge il a agi sous les ordres de ses supérieurs. S'il a été téméraire et impulsif au point de mener cette charge sans avoir reçu d'ordres, comme le colonel Denison le croit d'après la preuve qu'il a devant lui, alors sa réputation doit reposer sur le succès suivi de sa mort, ce qui entraine l'impossibilité de critiquer un acte qui, il faut le répéter, aurait pu avoir des conséquences sérieuses et toutes différentes. Les déclarations officielles concernant l'affaire sont suffisamment explicites. Le général Middleton, dans son rapport du 31 mai 1885, dit que:

‘“ Deux compagnies du Midland, soixante hommes en tout, sous le commandement du lieutenant-colonel Williams, furent déployées sur la gauche et marchèrent jusqu'au cimetière et les grenadiers, forts de 200 hommes sous le lieutenant-colonel Grasett, . . . prolongeaient la ligne vers la droite, le goième formant la réserve. Les Midland et les grenadiers, conduits par les lieutenants-colonels Williams et Grasett, le tout commandé par le lieutenant-colonel Van Straubenzie,

* Soldiering in Canada. Par le lieutenant-colonel George T. Denison. George N. Morang & Compagnie

(Limitée) Toronto,

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LE NORD-OUEST ET LA REBELLION DE 1885 sit

qui dirigeait la brigade, s’élança alors en avant, en criant, et repoussa l'ennemi en dehors des épaulements au front du cimetière et du ravin situé à droite de celui-ci.”

Le général raconte ensuite d’autres incidents de l'action et ajoute finalement que les lieutenants-colonels Williams et Grasett “ furent particulièrement remarqués par moi à cause de la vaillante manière dont ils conduisirent et encouragèrent leurs hommes à gauche, élan, par élan, jusqu'à ce qu'ils eussent atteint les maisons dans la plaine—le premier ayant commencé l'assaut.”

Le général ne semble avoir éprouvé nul désir de diminuer les lauriers conquis par Williams en cette occasion, et il lui donne distinctement la première place dans le rapport cité plus haut. Dans une autre dépêche datée du 30 décembre, il parle de sa mort en termes sympathiques et dit que cette perte a privé le Canada de l'un de ses meilleurs hommes et l’a privé lui-même d’un ami dévoué et sincère. Le colonel Van Straubenzie sous sa propre signature,* a déclaré ‘qu’à l’occasion de cette charge sur les épaulements de Batoche, le 12 mai dernier, j'ai ordonné au regretté colonel Williams en termes très péremptoires et très clairs d'avancer à la charge, avançant en même temps moi-même à la tête de la ligne d'attaque.” Le lieutenant-colonel C. A. Boulton, qui fut témoin oculaire de la bataille, dans son volume Reminiscences of the Rebellion parle aussi de l’ordre d'avancer donné par le colonel Van Straubenzie et dit qu’il a vu lui-même l'élan rapide des

Midlanders à gauche et des grenadiers au centre, mêlés au goième. FIN DE LA CAMPAGNE

Il semble donc raisonnablement clair que le colonel Williams a pris les devants dans la charge finale et qu'il a été suivi de près par le colonel Grasett ; que les deux officiers obéissaient aux ordres du

colonel Van Straubenzie: que celui-ci, comme commandant de la

* Mail de Toronto, Lettre publiée en article de fond le 24 juillet 1885,

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brigade, suivait le plan d'opérations déjà tracé par le général Middleton. L'action elle-même n'était que la vaillante conclusion d'un mouvement arrangé avec soin et conduisant à ce résultat —et il semble en conséquence aussi difficile de comprendre comment le colonel Williams, avec ses soixante ou soixante-dix hommes, aurait pu victorieusement mettre fin à la campagne en obéissant à l’ordre de charger à Batoche, qu'il le serait de comprendre comment la mention du fait qu'on lui avait ordonné de le faire pourrait nuire à sa réputation.

Le reste de la campagne peut être brièvement passée en revue. Le 24 mai, le général Middleton arrivait à Battleford; deux jours plus tard, Poundmaker et ses chefs se rendaient ; le 30 le général, avec des mitrailleuses, de l'infanterie et de la cavalerie, partit en bateau à vapeur pour aller aider à Strange au Fort Pitt; quelques jours après, des troupes distinctes sous les ordres de Strange et d'Otter, avec de la gendarmerie à Cheval de Prince Albert et un corps d'hommes sous les ordres du général lui-même, convergeaient de divers points sur la piste de Gros-Ours. Après une rude chasse à travers une région extrêmement difficile, la poursuite fut abandonnée et ce fut que le 2 juillet que le chef indien vint lui-même se rendre volontairement. Le soulèvement était terminé. Les volontaires fatigués et râpés retournèrent dans leurs foyers et, à Montréal, Toronto, Halifax et d’autres endroits, ils furent l’objet d'ovations qui méritent plus qu’une simple mention et qui firent germer le patriotisme dans plus d'un cœur jusque-là chancelant dans sa foi en l'avenir du Canada.

Riel, après un long procès—qui eut lieu durant une controverse aigüe soulevée par suite du fait qu'il était d'origine partiellement française et censé être catholique de religion—fut pendu à Régina le 16 novembre. La majesté de la loi et le sens commun de l'ordre national furent ainsi sévèrement affirmés comme ils auraient du l'être quinze

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