LA PROTECTION EST POPULAIRE
Quoiqu'il en fut, tout n'était pas absolument comme on l'aurait
cru ; il y avait, à tout prendre, des ombres dans ce tableau de brillants
succès. Aux yeux de l'opposition, qui demeurait dans la zone froide
depuis des années, par suite de la mauvaise grâce des électeurs, ces
nuages prenaient des apparences opaques, couvraient le soleil et le
firmament au point que la parti libéral s’imagina qu'il fallait appli-
quer un remède énergique pour guérir la plaie fiscale, politique et
sociale, Il y avait certainement des motifs pour justifier le pessimisme
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dela part de l'opposition, tout comme il y avait d'excellentes raisons pour la confiance et l'optimisme du parti ministériel. L'exode des Canadiens aux Etats-Unis avait continué et dans le cours des années, en était arrivé à se chiffrer par des centaines de mille jeunes gens entreprenants et énergiques ainsi disparus.
La population du pays n'avait pas augmenté très rapidement— seulement d'environ 500,000 entre les années 1881 et 1891. La dette publique s'était accrue considérablement sous le régime des fortes dépenses nécessitées par la construction du chemin de fer Pacifique Canadien et l’approfondissement des canaux. Les cultivateurs souffraient beaucoup des effets du tarif McKinley de 1890 et pour le
moins, une iudustrie agricole importante
la production de l’orge-avait été virtuellement ruinée. La réciprocité des tarifs qui selon ie promesse faite par sir John Macdonald en 1878 devait amener torc ‘ment la réciprocité du commerce, n'avait pas encore atteint ce but et l'on disait que les cultivateurs mouraient d'envie d'avoir à leur disposition le grand marché américan de 60,000,000 d'âmes. La vie n'était pas aussi facile qu'elle l'avait été, et la crise financière de 1803 alors prochaine projetait son ombre ; le peuple du Canada la sentait peutêtre inconsciemment comme on la devinait ailleurs On prétendait que la corruption battait son plein; on disait que le monopole était triomphant chez les propriétaires des manufactures protévées, et le résultat net du tarif, disait-on, était la mise au pillage du pays au détriment des consommateurs,
À ces opinions extrêmes, les conservateurs opposaient le fait du progrès réel visible par tout le Canada dans l’ensemble, l'abondance des recettes, la politique d'expansion des voies ferrées, la dépense de $125,000,000 pour les travaux publics necessaires durant une douzaine d'années de pouvoir, la production du marché indigène pour le producteur local, l'amélioration du crédit national, le prestiswe du Canada à l'étranger, le développement du Manitoba et du Nord-Ouest. Dans
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