‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 242 sur 289 · S ÈS DES | LE · texte numérisé non relu

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sa vie, mais l’homme qui aurait dû lui succéder au pouvoir était son ami de vieille date et son bras droit—sir Charles Tupper. Ses travaux pour la Confédération et pour la construction du chemin de fer Pacifique Canadien, ses luttes en faveur de la politique nationale, sa place au premier rang, à côté de sir John Macdonald dans le combat contre la réciprocité illimitée, tout le désignait comme le chef légitime du parti. Mais il était retourné à Londres er qualité de Haut-Commissaire ; plusieurs croyaient qu'il ne tenait pas à la position ; il n'avait pas de siège au parlement; et il ne manifestait aucun désir d'être nommé chef. En conséquence, divers groupes du parti mirent leurs favoris en nomination. Le principal Grant se prononçait en faeur de sir Charles Tupper, de même qu’un grand nombre d’autres; M. Chapleau insistait sur la nomination de sir John Thompson, dont il vantait avec raison les aptitudes; Ze Monde et autres journaux français faisaient valoir les longs services de sir Hector Langevin, insistant sur le fait qu'il était le chef reconnu du parti dans Québec; il était question de M. (plus tard sir) W. KR. Meredith, qui, depuis de longues années, dirigeait l'opposition conservatrice dans la Législature provinciale d'Ontario ; on faisait valoir les titres de M. D'Alton McCarthy dont les talents et les opinions imnérialistes effaçaient la mémoire des anciens différends avec le parti Finalement, on annonça que le gouverneneur-général, après une conférence avec sir John Thompson et l'honorable J. J €. Abbott —qui avait été le chef conservateur au sénat et qui était connu comme un homme très versé dans la science constitutionnelle et irès capable comme administrateur—avait demandé à ce dernier d'accepter le poste de premier ministre.

La composition de son ministère fut en grande partie la même que celle du ministère précédent et sa tâche n'était pas facile. Les actes de corruption et les calomnies qui entourent inévitablement une administration de quatorze ans d'existence tombèrent comme une

COMMERCE, TARIFS, RECIPROCITE ILLIMITÉE sAr

avalanche d’accusations et de dénonciations durant la première session qui eut lieu sous la direction de M. (qui devait bientôt être sir) John Abbot dans le Sénat et sous celle de sir John Thompson aux Communes. Cette avalanche entraîna sir Hector Langevin hors du ministère : sir Adolphe Caron dut combattre pour défendre son existence politique ; M. J. G. Haggart et M. J. À. Chapleau eurent à répondre à des accusations sérieuses. Ce fut la session la plus ardue depuis la confédération et certainement la plus désagréable. Elle révéla l'existence d’une certaine insouciance dans quelques ministères et de beaucoup de corruption dans la vie publique, mais elle n'amena aucune preuve de malnonnêteté personnelle ou de corruption contre les ministres. En attendant, on avait fait le recensement du Dominion et il accusait une augmentation de population de 3,686,000 en 1871, à 4,324,000 en 1881 et à 4,829,000 en 1891. Un “emaniement des sièges et de la représentation était donc devenu nécessaire et, en avril de l'année suivante, sir John Thompson introduisit une mesure à cette fin qui fut finalement adoptée après d'amères dénonciations de la part de l'opposition comme étant un “ gerrymander” et un plan pour “étouffer délibéremment la voix du peuple.”

Dans l'intervalle, les reliquats de la lutte politique de 1891 avaient amené deux événements importants. Le jour qui avait suivi les élections générales on publia une longue lettre de M. Edward Blake, adressée à ses commettants de Durham-Ouest quelque temps avant le jour de l'élection. Cette lettre expliquait minutieusement, sinon toujours clairement, ses raisons pour se retirer de la vie publique et pour refuser de se porter candidat au parlement. Elle dénonçait la Politique Nationale avec force détails et dans les termes les plus sévères et faisait du présent et de l'avenir du pays un tableau tellement sombre que ce document était le véritable triomphe du pessimisme dans le fond et dans la forme. Puis l'auteur abordait le sujet de

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la réciprocité illimitée et déclarait qu’elle donnerait au pays les avantages d’une mesure de libre-échange plus grande que tout ce que l'on pourrait obtenir autrement dans ce sens; qu'elle favoriserait les intérêts les plus importants du Dominion et ses industries les plus considérables et les plus naturelles ; qu’elle amenerait l’affluence des capitaux et de la population, en un mot, qu’elle donnerait au pays ses principaux besoins—des hommes, de l'argent et des marchés. Mais cela entrainerait également, déclarait-il, des droits differ- | entiels contre le Royaume-Uni et le reste de l'univers; cela ferait d'énormes brêches dans le revenu et produirait un immense déficit qui | ne pourrait être comblé qu’au moyen d'impôt direct—et il considérait celui-ci comme impossible dans les conditions existantes de l'opinion publique : cela exigerait, ‘“ dans l’ensemble, au moyen d’une corven- | tion, et dans bien des cas, pour les besoins de la cause, l'assimilation en substance, dans leurs particularités principales, des tarifs” du Canada et des Etats-Unis ; il faudrait, de tout nécessité que ce fut un arrangement permanent afin de conserver le crédit financier et les intérêts industriels et cela était impossible sans le contrôle du tarif canadien par le Congrès américain —dans lequel le Dominion “ aurait beaucoup moins d'influence pour effectuer ou prévenir les changements qu'il n’en aurait s’il formait plusieurs Etats de l'Union.” Il

terminait par une présentation élaborée, savante et parfois logique de

toute la question dans la campagne récente par les mots suivants :

‘“ La tendance en Canada vers le libre-échange illimité avec les

Etats-Unis, des droits élevés étant maintenus contre le Royaume-Uni

serait vers l'union politique ; et plus le plan réussirait, plus cette ten-

dance serait forte, tant en raison de la communauté d'intérêt, du

mélange des populations, des relations commerciales et sociales plus

intimes, de relations fiscales frisant la dépendance que cela créerait

avec les Etats-Unis, à cause de l’isolement plus prononcé et de la

divergence qu il produirait en ce qui concerne la Grande-Bretagne ; et

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Le Commandant Botha se rendant à l'infanterie montée du Canada

aussi, et surtout, grâce aux inconvénients qui naîtraient du maintien du traités et aux appréhensions qu'il entretiendrait au sujet de son abrogation.”

Ce document tomba comme un coup de tonnerre sur le parti libéral. S'il eut été publié aussitôt après avoir été écrit, et avant Îles élections, il est probable que sir John Macdonald eut eu la plus forte majorité dans l’histoire de la politique canadienne. Quoi qu'il en soit, la présentation de la vraie question dans toute sa nudité froissa la loyaute inhérente au libéralisme canadien et ouvrit les yeux à plus d’un avocat honorable du programme que sir John Macdonald avait dénoncé en des termes que ses adversaires avaient considérés comme ét: at tout simplement l'écho des pensées et des craintes d'un partisan. Le résultat pratique se fit sentir dans les élections partielles qui eurent lieu en 1892, causées par le fait qu'un certain nombre de députés avaient perdu leurs sièges, et dans lesquelles les conservateurs balayèrent tout avec d'écrasantes majorités.

Durant cette période, un autre incident dans l’histoire de cette agitation fiscale et commerciale se produisit. Conformément aux promesses qu'il avait faites au peuple durant les élections, le gouvernement canadien organisa, après de longs délais de la part des autorités américaines, une conférence pour y discuter les relations internationales. MM. James G. Blaine et J. W. Foster répresentaient les Etats-Unis et M. Mackenzie Bowell, sir John Thompson et M. G. E. Foster, le Canada. Après une longue discussion—février 1892— sur les questions de commerce et de réciprocité, il fut impossible de s'entendre. M. Blaine insistait absolument sur l'admission libre en Canada des produits manufacturés aux Etats-Unis et déclara qu'un arrangement ne pouvait être effectué qu'en rendant le tarif uni-

forme dans les deux pays et en assimilant le tarif canadien (contre la Grande-Bretagne, &c.} à celui des Etats-Unis. “Les déclarations des

négociateurs américains étaient très explicites et figurent dans un

document officiel* signé par les négociateurs canadiens et apostillé par sir Julian Pauncefote, l'ambassadeur britannique à Washington, dans les termes suivants: ‘“J'approuve la minute ci-dessus des procédés.”

Ce fut la fin de l'agitation en faveur de la réciprocité illimitée ou de l'union commerciale. Les chefs libéraux retournèrent à la voie plus sûre de la simple dénonciation du tarif et préconisèrent un commerce généralement plus libre. Ce programme fut énoncé dans une Résolution présentée aux Communes par sir Richard Cartwright le 16 février 1893. Durant l’année suivante, le 28 mars, le même chef présenta une autre motion qui constitua nominalement le programme fiscal des libéraux aux élections de 1896: ‘Que les intérêts les plus chers du Canada exigent l'adoption d'une saine politique fiscale laquelle, sans commettre d’injustice envers aucune classe, favorisera le commerce domestique et étranger et hâtera le retour de la prospérité chez notre population ; qu’à cette fin le tarif devrait être réduit aux besoins d’un gouvernement honnête, économe et efficace ; que l'on devrait en éliminer le principe de la protection envers des industries particulières au dépens du public en général, et qu’il ne devrait être imposé que pour des fins de revenu seulement ; qu'il devrait aussi être ajusté de façon à rendre libre les objets nécessaires à la vie, ou à ne peser que légèrement sur eux, et à favoriser un commerce plus libre avec l’univers--principalement avec la Grande-Bretagne et les Etats- Unis.” Ces motions furent naturellement rejetées par des votes de parti, mais elles indiquaient clairement le changement graduel de l'orientation politique.

Le 20 juin 1893, une Convention des libéraux avait eu lieu à Ottawa pour définir la position du parti et elle avait proclamé des principes semblables à ceux qui sont exposés dans la motion ci-dessus. Les Résolutions adoptées déclaraient que le tarif du Dominion

* Documents canadiens de la Session, volume 26, numéro 52, 1892,

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“devrait être basé, non comme il l'est maintenant sur le tarif pro-

tecteur, mais sur les exigences du service public ;” elles dénonçaient la politique nationale comme ayant engendré des monopoies, des syndicats et des coalitions, diminué la valeur des terres agricoles, chassé les gens du pays et entravé le commerce; elles proclamaient que la protection était ‘radicalement malsaine et injuste envers la masse du peuple ;” affirmaient qu'il était nécessaire de faire subir au tarif des changements qui offriraient ‘un soulagement substantiel et l'allégement des fardeaux qui écrasent le pays.” Il y était aussi question de l'opportunité d'obtenir la réciprocité, du succès de l'ancien traité de 1864, et de la conviction où était le parti de la possibilité d'obtenir une mesure équitable qui comprendrait ‘ une iiste bien choisie d'articles fabriqués.” Durant les trois années suivantes, cependant, la réciprocité disparut en grande partie des discours et des écrits des libéraux et aux élections de 1896, bien que les extraits ci-dessus constituassent le programme nominal de l’opposition, on en entendit encore moins parler et il ne fut plus du tout question de la réciprocité du genre illimité D'autres affaires avaient surgi et la lutte se fit sur ces questions. Cette fois la victoire fut en faveur du libéralisme et de laurier. Durant ies quatre années de régime libéral qui suivirent, la réciprocité ne revint sur le tapis qu'une seule fois. On fit un effort pour obtenir quelque arrangement de ce genre durant les réunions de la Haute Commission Conjointe qui eurent lieu à Québec et à Washington en août, septembre et octobre 1898. Cette conférence avait cependant été saisie d’autres questions d’une haute portée et elle termina ses travaux sans en arriver à une décision définitive. En tant qu'il s'agissait des relations commerciales entre le Canada et les Etats-Unis, le gouvernement de sir Wilfrid Laurier constata, comme celui de sir John Macdonald avant lui, que la réciprocité ne pouvait être obtenue à des conditions compatibles avec le maintien honorable de la situation que le Canada

occupe dans l'empire britannique. Une union commerciale telle que celle qui avait été proposée par M. Blaine en 1892 était encore possible en tant qu'il s'agissait de la République, mais son acceptation était encore impossible pour un gouvernement canadien. Durant l'année 1898, une nouvelle phase dans le développement du Canada, de nature à l’éloigner des Etats-Unis et à le rapprocher de la Grande- Bretagne, fut inaugurée par l'établissement d’un tarif de préférence en vertu duquel les marchandises anglaises sont admises à 25 pro centum de moins que les produits étrangers. Les élections’ générales eurent lieu le 7 novembre 1900 maintenant a pouvoir du gouvernement Laurier. Au cours de la lutte on fit à peine mention de part et d'autre à l’idée jadis importante par-dessus tout, de la réciprocité, les

.deux partis admettant tacitement que le principe de la protection

était essentiel à l'état actuel du développement canadien.

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HISTOIRE des progrès de Manitoba durant les années qui suivirent le soulèvement du fort Garry et l'admission de cette jeune province dans le pacte féderal, le 15 juillet 1870, est

familière à tous les Canadiens. La lenteur avec laquelle la petite ville prit son essor, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, sur l'emplacement et autour du vieux fort qui avait vu tant de combats déplorables depuis et avant les jours de lord Selkirk ; l'installation du chemin de fer du Pacifique Canadien, puis la croissance rapide de Winnipeg qui atteignit 40,000 âmes ; l'envahissement des cultivateurs qui se répandirent dans les vastes plaines fertiles allant à perte de vue dans la direction de l'ouest : la phénoménale fièvre de spéculations si caractéristique des développements et de l'expansion des choses dans l'Ouest, qui s’empara de la nouvelle province en 1879 et 1880, qui engouffra les ressources de milliers de personnes d'Ontario, sous prétexte de ventes de terres ou de villages imaginaires, là où les arpenteurs n'avaient pas même passés ; la réaction qui s’en suivit, puis la reprise régulière, persistante, d'un mouvement rationel vers le progrès qui se manifesta en temps voulu—toutes ces choses, nous en avons entendu parler assez souvent.

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