LA FIEVRE DE SPECULATION DE
Les principaux événements de l’histoire contemporaine du Manitoba ont été la fièvre de spéculation de 1880 et la question des écoles. Le premier découlait d'un état de choses possible seulement en un pays très neuf, durant une période de prospérité, et résultait d'une augmentation soudaine de la valeur des terres, suite de la construction projetée du che ain de fer canadien du Pacifique. C'était comme si les esprits restes longtemps dans l'indifférence et dans l'ignorance même des choses, avaient eu soudain, certaine nuit de 1880, la vision d'une province grande et grandissant au delà de toutes les bornes possibles et raisonnables. Des gens qui ne connaissaient rien, et qui 1e s'étaient jamais occupés du futur de la zone à blé de l'Ouest, parurent tout à coup se rendre compte de son existence et de ce qu'on en
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pourrait tirer en construisant un chemin de fer à travers son étendue fertile. La lampe d’Aladin n'était rien comparé à ce facteur nouveau dans le développement de la province. Des groupes de population, des champs de blé, des villes, de grandes industries, la richesse en perspective éblouissaient les yeux des capitalistes. La fièvre de spéculation qui s'ensuivit eut un caractère essentiellement américain. Le prix des lots à bâtir à Winnipeg s'éleva bien au-dessus de ce qu’on demandait pour des terrains aux centres des villes de Montréal et de Toronto. Toutes sortes d'affaires furent lancées, dans les autres provinces aussi bien que sur les lieux mêmes. Des villes grandes et petites poussèrent (sur le papier) comme sous l'effet d'une baguette magique, et des milliers de personnes dans l'Ontario surtout, se défirent de bons placements et engagèrent toutes leurs épargnes, hypothéquèrent même leurs biens, pour s'assurer la propriété de terrains dans des villages de prairies dont les emplacements avaient à peine été délimités.
Le dénouement ne se fit pas attendre. Pendant un temps tout marcha bien et les entreprises publiques furent poussées avec vigueur. La population s’accrut quelque peu et les capitaux affluèrent dans le pays. La propriété foncière prit de la valeur dans tout le sud de la province. Mais dès l'automne de 1882 la fin arriva, la bulle creva et les millionnaires en perspective de la veille se trouvèrent en réalité des pr'létaires. Nombre des colons devinrent insolvables, les banques souffrirnt de fortes pertes, et le Manitoba subit un rude échec. Puis surv . . les troubles de 1885, sur le Saskatchewan, qui eurent leur contrecoup sur la province de la prairie en affectant défavorablement sa réputation et son crédit et qui contribuërent pour leur part à retarder le mouvement de colonisation de son territoire. Peu à peu, toutefois, les affaires se rétablirent ; la richesse de son sol et la qualité de son blé s'imposèrent graduellement à l’attention du reste du Canada ; lentement mais sûrement la construction du Pacifique lui assura une
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grande prospérité en faisant connaître la province à l'étranger, en y amenant de nouveaux colons, en facilitant le transport des produits, en la faisant entrer dans le champ des intérêts nationaux et du progrès général.