‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 254 sur 289 · ETES · texte numérisé non relu

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aujourd'hui. Kliles se rapportaient à la plainte formulée que la restriction de l'enseignement religieux dans les écoles de Manitoba en faisaient virtuellement des écoles protestantes. “Si tel est le cas,” s'écria-t-il, sous le couvert d'écoles publiques on continue à maintenir les écoles protestantes et l'on force les enfants catholiques à fréquenter ces écoles protestantes; je le déclare, et puissent mes paroles être entendues de mes amis et de mes adversaires par tout le pays, ce serait bien l'argument le plus fort que l’on pourrait invoquer en faveur de l'intervention, car les eatholiques se trouveraient les victimes du traitement le plus infâme.” Un peu plus tard, toutefois, lorsque le sympathique chef libéral visita la province manitobaine, il refusa de dire ouvertement si sa supposition était fondée ou non. LA CRISE MINISTERIELLE ET L'ORDRE REMEDIATEUR

À partir de ce jour du mois de janvier 1895, où le jugement du conseil privé impérial fut reçu à Ottawa, les incidents se multiplièrent rapidement, le ciel politique se chargea de plus en plus, la discussion devint plus ardente sous tous ses aspects, constitutionnel, religieux, politique. La question avait pris une telle gravité que seul un grand homme d'état comme sir John Macdonald aurait été en mesure d’apaiser les esprits et de tirer la paix de ce chaos. Mêmes les plus grands talents et la plus grande perspicacité n'auraient servi de rien sans le tact et le savoir-faire dont sir John était doué au plus haut degré. Le cabinet renfermait des hommes de grande habileté, mais ils ne possédaient pas la combinaison de facultés qu'il aurait été nécessaire de mettre en jeu en ce moment, et la désorganisation alla toujours croissant, D'autre part, ils avaient dans la personne de M. Laurier un adversaire dont le charme personnel exerçait une influence sans cesse grandissante, un homme chez qui le talent et le tact se trouvaient réunis à un degré inconnu depuis l’époque de sir John Macdonald lui-même. Cependant, les ministres canadiens-français

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anglais n’en voulaient point. Les lutte divergentes devinrent bientôt vives au point de se manifester publiquement sous toutes les formes. Finalement, au mois de mars 1895, on s'entendit au sujet de ce qu’on appela un ordre rémédiateur. Cet acte enjoignait au gouvernement de la province, en vertu des termes de la constitution et de la décision du conseil privé, d’avoir à satisfaire aux justes griefs de la minorité manitobaine et de rétablir les droits et privilèges qui lui avaient été enlevés en matière d'éducation; et ce sous peine de législation fédérale dans le même sens.

Sir Charles-Hibbert Tupper, ministre de la Justice, aurait voulu qu'en même temps qu'on émettait cet ordre, on fit des élections générales, et il est fort probable que si son avis avait été suivi le parti conservateur n'aurait pas subi l'échec de 1896. On ne voulut pas l'écouter, et la démission qu’il donna un peu hâtivement, en conséquence, ne fut pas acceptée. Le Manitoba refusa obstinément d’en passer par l’ordre rémédiateur, et dans les premiers jours de juillet une crise ministérielle éclata Messieurs J. A. Ouimet et A. K. Angers, ainsi que sir Adolphe Caron, démissionnèrent. Il s'ensuivit une grande confusion; puis M. George F. Foster, chef du parti conservateur aux Communes (sir Mackenzie Bowell étant le leader au Sénat) annonça, le 9 du mois, que messieurs Ouimet et Caron avaient retiré leurs démissions ; qu’on allait entrer aussitôt en négociations avec le gouvernement manitobain en vue d'effectuer un règlement ; et que si on n'arrivait à aucun résultat satisfaisant par ce moyen, on demanderait à la chambre au mois de janvier suivant de voter une loi rémédiatrice. Pour la moment la crise était passée, bien que le calme ne fût qu'apparent et que l'air couvât la tempête,

Le gouvernement manitobain n'avait aucunement l'intention d'affaiblir sa position et de gâter ses chances de succès dans les prochaines élections provinciales, et en même temps de perdre l’occasion qu'il avait de nuire au parti conservateur à Ottawa, pour le simple

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amour de la paix publique. En conséquence il ne voulut rien faire. Les rumeurs de dissensions au sein du cabinet continuaient d’aller leur train, et le 11 décembre, l'honorable N. Clarke Wallace, contrôleur des Douanes, et chef des orangistes canadiens, résigna son portefeuille. Quelques semaines plus tard, le gouvernement manitobain donna avis aux autorités fédérales clairement et définitivement qu’il ne consentirait en aucune façon au rétablissement des écoles separées sous quelque forme que ce fût, puis il en appela au peuple. Le gouvernement remporta une victoire éclatante en janvier 1806, et le 27 février, la nouvelle chambre, par un vote de 31 contre 7, protesta contre toute tentative d'intervention du gouvernement fédéral dans son organisation scolaire. Entretemps, le parlement fédéral était convoqué, le 2 janvier, et avis était donné de l'introduction sous peu d’une loi donnant effet à l’ordre rémédiateur. Mais à peine la rentrée des chambres avait-elle eu lieu qu'une nouvelle crise ministérielle beaucoup plus sérieuse éclata. Sept ministres: George E. Foster, John G. Haggart, W. B. Ives, W. H. Montague, A. R. Dickey, J. F. Wood et sir Charles-Hibbert Tupper, démissionèrent le 5 du même mois. SIR CHARLES TUPPER ET LES ELECTIONS DE 1896

C'était le dénouement nécessaire de perpétuelles divisions et d'un travail de désorganisation qui s'était poursuivi depuis longtemps. Sir Mackenzie Bowell n’était guère de force à tenir ensemble des ministres divisés d'opinion et antipathiques personellement l’un à l’autre, et ce en face d’une crise politique sur une question nationale très complexe. Administrateur des plus habiles, homme d’une intégrité parfaite, il aurait été le premier à se refuser les aptitudes d’un grand chef. La crise dura quelques jours, et la conclusion en fut que sir Charles Tupper, qui peu de temps auparavant était revenu d’Angleterre pour faire adopter la projet d’une compagnie de transatlantiques rapides, résigna sa charge de Haut Commissaire, entra dans le ministère et devint le leader à la chambre des Communes. Peu de temps

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après, en effet, l'ile du Cap-Breton l'élisait pour son représentant. C'était là un acte courageux et généreux de sa part, et la tâche qui s'imposait à lui aurait pu effrayer un homme moins jeune et plus ambitieux que lui. Les autres ministres se rallièrent au gouvernement, et bientôt le parlement put reprendre la discussion du bill rémédiateur, comme la promesse en avait été faite, le 11 février.

Dans les premiers jours de mars, Sir Charles Tupper proposa la seconde lecture du projet de loi, et le 27 avril suivant, la retraite de sir Mackenzie Bowell et le choix le sir Charles Tupper pour premier ministre, furent annoncés. Entretemps, sir Donald A. Smith, l’honorable Alphonse Desjardins et l'honorable A. R. Dickey étaient députés à Winnipeg en vue de chercher à effectuer un règlement de la question des écoles, Mais ils échouèrent dans leur mission, et malheureusement pour le parti conservateur, sir Charles Tupper ne réussit pas davantage à faire voter la loi rémédiatrice par le parlement. L'opposition fit de l’‘“ obstruction ” jusqu’au jour fixé par la loi pour l'expiration du parlement et la date des élections générales. L'administration Tupper fit les élections en grande partie, bien que contre son gré, sur cette question, et fut défaite complétement. M. Laurier devint premier ministre, et en novembre 1896, la nouvelle administration libérale du Dominion et le gouvernement manitobain firent un réglement que le parti au pouvoir déclara être satisfaisant et final, mais que l'opposition qualifia de farce.

D'après sa teneur générale, le caractère non-confessionnel des écoles était garanti; des mesures étaient prises pour l'enseignement: du français dans les circonscriptions où les parents en exprimeraient le désir et aussi pour l'enseignement de la religion catholique durant certaines heures aux enfants de cette confession. Québec continua à manifester du mécontentement, et au mois de mars 1897, le pape publia une encyclique ordonnant aux évêques de la province de cesser toute manifestation d'opinion jusqu’ à ce que Sa Sainteté eût

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fait une étude complète de la question. La conclusion fut la délégation de Mgr. Merry del Val au Canada en qualité d'ablégat papal, et virtuellement la disparition de la question de la politique canadienne à la suite des consultations de ce prélat avec l’épiscopat canadien

et son retour à Rome.

ES contingents armés que le Canada envoya prendre part au L conflit sud-africain, en 1899-1900, étaient le résultat et non pas la cause de l'impérialisme parmi 1 ous. Le sentiment qui se manifesta pour la guerre, ainsi que dans les autres parties de l'empire, était le réveil d’une loyauté existante à l'état latent et non pas, par conséquent, la cause de ce qui se produisit alors avec l’expression d'un dévouement manifeste envers la couronne et l'empire. Toutefois, la guerre eut cette utilité que rien autre chose n'aurait pu faire ressortir l'effet de ce sentiment impérial aux yeux des observateurs superficiels ou des critiqueurs hostiles ; elle fit monter à un diapason qui dépassait nos rêves la note de l'enthousiasme pour l'empire; elle rendit possible, dans l’ordre politique, la transformation de pieux désirs en une action pratique ou en changement de vues administratives; elle nous donna la certitude de pouvoir organiser les défenses de l'empire et de rendre visible aux yeux du monde un système d'union qui semblait assez vague et indécis jusque là. POSITION DU CANADA DANS L'EMPIRE En tant que le Canada y est concerné, son action semble avoir été en partie inspirée par la fierté militaire que produisit le spectacle de nos milices durant l'insurrection de 1885 ; en partie comme conséquence du développement de l'esprit canadien qui est en soi local et privé, néanmoins, et ce qui est curieux, cherchant à faire connaître le pays au dehors et particulièrement sensible à l'opinion et l'approbation britannique ; en partie, encore, le résultat d'une véritable loyauté

parmi le peuple pour les institutions de la mère-patrie et envers la

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couronne, telle qu'impliquée dans la personne et le prestige de la reine; en partie à cause de l'orgueil blessé par l'invasion des Boers dans le territoire britannique et l'aspect de la mère-patrie menacée par les pouvoirs hostiles. A la surface, ce dernier motif était le principal et à la fois le plus visible. Iln’existait pas d'acte antérieur justifiant l'offre de troupes au gouvernement impérial. Au temps de la guerre de Crimée les Canadas-Unis avaient simplement voté une certaine somme d'argent pour les veuves et les orphelins de ceux que s’enrôlaient dans le rooième régiment. Lors de l'affaire du Trent, des incursions féniennes, de l'insurrection du fort Garry, la rebellion de la Saskatchewan, les volontaires abondaïent, mais la lutte avait lieu sur le sol canadien et pour notre défense personnelle, NOUS OFFRONS DES TROUPES

A l’époque de la guerre du Soudan, en 1885, un détachement de volontaires et de voyageurs canadiens, aux gages du trésor impérial et enrôlé à la demande des autorités britanniques, s’etait rendu sur la Nil avec l'expédition de lord Wolseley, sous le commandement de lieutenant-colonel F, C. Denison, mais notre population n’y attacha que peu d'intérêt et la chose passa sans créer d'émoi. Un contingent assez considérable était parti également de la Nouvelle-Galles du Sud au milieu de l'enthousiasme de cette colonie. Il n’y a pas de doute que ces ‘“ précédents ” eurent de l'effet chez nous en 1899, cependant une cause plus grande existait, comme nous l'avons dit, dans le développement des idées militaires qui s'était manifestées à la suite des batailles de 1885 dans le Nord-Ouest et des privations, souffrances et pertes endurées et subies par nos soldats en cette circonstance.

Un autre facteur, plus important en ceci comme en plusieurs autres cas, était l’œuvre opérée par la Ligue de fédération impériale du Canada après 1885. Cette organisation, ainsi que ses chefs, avaient continuellement, par des discours, des brochures, des articles de revues, des correspondances dans les journaux, attiré l'attention

des Canadiens sur les changements qui se manifestaient parmi les hommes publics de la Grand-Bretagne au sujet des affaires de l’empire ; pareillement sur le fait que l'école de Manchester de triste mémoire agonisait, et que M. Goldwin Smith était seul à prêcher dans la désert la doctrine des apôtres de la décadence. On nous montrait les rares Canadiens arriérés dans la croyance d'un Etat indépendant, encore fidèles à la vieille mode de Manchester. On nous faisait voir la grandeur de l'empire dans son étendue, sa population, ses ressources, son pouvoir, et dans les services qu'elle rendait à l'humanité, Enfin, ôn disait combien il était désirable et nécessaire de former une union plus étroite de tous ces éléments.

Le résultat des travaux de la Ligue* en Angleterre et en Canada se fit sentir indirectement sur plusieurs points importants et contribua beaucoup à mettre en relief l'esprit impérialiste qui a fini par se manifester ouvertement et à poursuivre sa marche. Le Canada prit part à l'exposition Indienne et Coloniale de 1886, à la conférence impériale de 1887, à l'organisation de l’Institut impérial, à la conférence coloniale de 1894 à Ottawa, et dans plusieurs mouvements au sujet des télégraphes sous-marins, de la poste impériale à deux sous, des tarifs impériaux, des lignes de steamers reliant tout l'empire. Pourtant la question militaire ne fut pas agitée, on la repoussa plutôt. Les chefs de la Ligue, à Londres, Melbourne, Toronto, en étaient tous effrayés parceque le sujet se présentait trop en avant de l'opinion public et pouvait nuire à la principale considération du plan proposé. Les événements de 1899 n'en sont que plus remarquables à cause de cela.

N'est-ce pas un des événements les plus curieux de l’histoire que ce conflit du Sud-Africain qui devait créer en Canada et en Australie une brusque manifestation d'intérêts conjoints, semblable à ce qui

* En sa qualité d’officier actif de la Ligue durant presque toute son existence en Canada, l’auteur est en position de connaître ce qu’elle a fait et de l'influence qu'elle a exercée.

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s'était passé dans le nord des Etats-Unis lors du soulèvement du Sud. La guerre ayant éclatée dans un Etat qui menaçait le territoire de l'empire, il n'en fallut pas davantage pour provoquer le sentiment de loyalisme, comme en 1861 lorsque le Canada fut menacé à la suite de l'affaire du 7rent et en 1866 par les bandes féniennes, sans néanmoins nous attirer aucun signe de sympathie de la part des colons austra-' liens; de même en 1878, en voyant les Russes tenter l'invasion de l'empire des Indes; et encore dans la crise de Pendjeh, où ni le Canada ni l'Australie ne songèrent à s'émouvoir. La même placidité régna en 1879 pendant la guerre du cruel Cetywayo au Natal. Mais l'embroglio du Transvaal eut de l'effet en Canada dès le début parceque c'était une lutte de race dans le genre de celles que nous avions subies plus d'une fois et d'où nous étions sortis victorieux. Le demêlé diplomatique entre M. Chamberlain, le président Kruger et sir Alfred Milner était par conséquent, suivi avec anxiété et l’on parlait beaucoup, ça et là, d'enrôlement volontaire en cas d’hostilités ouvertes, tout en pensant que la campagne serait courte et de peu d'importance.

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