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CHAPITRE XXVIII

Revue du progrès général

ANS une contrée où les traditions populaires sont principalement D) empruntées aux anciens pays; où l’histoire, jusqu'aux récentes générations, se compose de luttes intérieures entre des races rivales et des drapeaux différents, et où les développements modernes sous le rapport de l’administration constitutionnelle et le bienêtre public a été soumis à la lente pression des antagonismes de race et de religion—l’exercice de la liberté et la pratique du gouvernement responsable ont naturellement passés par des expériences surprenantes. Ajoutez à cela es territoires presque sans limites et inconnus, les difficultés des transports et du commerce, la concurrence d'un puissant voisin situé au sud et pas toujours amical, l'immigration, durant un demi siècle, de centaines et de milliers d'individus, différent les uns des autres par leurs goûts, leurs aspirations politiques, le degré de l'instruction ou de l'ignorance, et l'étude de cette situation devient de plus en plus remplie d'intérêt et d'importance.

Avec le XIXième siècle commença l’histoire constitutionnelle du Canada. Pour un sujet britannique, un électeur de la fa du même siècle il semble difficile de ce rendre compte de la situation de ces choses d'autrefois. Les journaux, très peu nombreux, n’exerç-ient qu'une mince influence. Les livres étaient rares, ouvrages de mince valeur, d’une genre peu propre à jeter de la lumière sur les problèmes du jour. La population du Bas-Canada était enveloppée de traditions et de coutumes qui remontaient loin dans le passé et, sous le drapeau

britannique, nourrissait les idées et l’idéal de la France de Louis XIV.

aussi bien que les souvenirs du temps de Montcalm et jusqu’à l’époque glorieuse de Frontenac. Les gens des provinces anglaises n'étaient encore que des colons isolés imprégnés des souvenirs nuageux d'une lutte terminée depuis longtemps pour le roi et pour les institutions du pays; implacablement hostiles à toutes les tendances démo-

cratiques ou républicaines ; préjugés, naturellement et inévitablement, contre les radicaux de l'Angleterre qui avaient contribué à ruiner la lement ca:e royale dans les Treize Colonies et contre les Français de Quérécen- bec, qui avaient été pendant si longtemps les ennemis traditionnels tre des de l'Angleterre et les adversaires déclarés de la suprématie britanements nique dans l’\mérique du Nord. Pour eux, tous les nouveaux venus, le bien- qu'ils fussent des Loyalistes de date récente arrivant des Etats-Unis, de race ou des immigrants sortis plus tard des vieux pays, étaient suspects nement comme étrangers ou indifférents à leurs propres sacrifices et à leurs nantes. croyances politiques les plus sacrées. Aux yeux des Canadiens-Fran- Fe diffi- çais, tous les immigrants étaient également antipathiques vu qu'il était HISSAnE virtuellement certain que ce devaient être des étrangers à leur race et seu à ieur religion.

les uns k L'EVOLUTION DES PARTIS CANADIENS degré devient Dans cette singulière masse d'intérêts divers et de sentiments hostiles tomba le levain d’un système constitutionnel et parlementaire. elle du Il ne s'est pas développé du dedans. Il n’a pas été le résultat de même l'évolution populaire ni même du désir populaire. Les Canadiensde ces Français l’acceptèrent comme partie externe de leur nouvelle situarc” ient tion, comme un apanage politique de la conquête; tandis que les è mince Loyalistes des autres provinces n’en voulaient réellement pas et bblèmes auraient probablement été satisfaits, pendant de longues années iditions encore d’avoir de bons governeurs avec des aviseurs locaux raisonnalrapeau blement compétents. (Cependant, ces derniers apprirent comment s XIV.

en faire usage lorsqu'ils l’eurent obtenu et ils étaient plus ou moins

familiarisés avec les principes fondamentaux d'une législature et d’un gouvernement libre. Mais, lorsque l’augmentation de la population amena les diverses opinions politiques et les diverses personnalités en conflit avec les Loyalistes, le résultat inévitable. s'en suivit et une classe dominante se vit aux prises avec un peuple dominateur qui tenait plus au présent qu’au passé, plus aux fantômes de la liberté qu'aux souvenirs de loyauté, plus à une part du gouvernement du pays qu’à la justice abstraite des hommes qui avaient, dans une grande mesure, fait le pays ce qu'il était. Dans le Bas-Canada, comme il a été démontré ailleurs, la Législature devint bientôt une simple arme offensive contre tout ce qui était britannique ; et l'institution externe, mise au service d’un peuple qui comprenait l’autocratie mieux que les principes les plus simples de la liberté et qui n’avait pas même pratiqué les rudiments les plus élémentaires du gouvernement municipal autonome, fut adaptée aux exigences des animosités de race avec une facilité qui fait honneur à la vivacité de perception du Canadien- Français tout en offrant un exemple des préjugés de race du peuple. De ces conditions ont surgi la rebellion de 1837, ies troubles de 1849 et les luttes de 1860 à 1870. | Au commencement du siècle le torysme dominait; à la fin du siècle c'est la démocratie qui gouverne. Lequel des deux valait le mieux? L'écrivain ordinaire dira sans hésiter que le règne du peuple, par le peuple, est la devise accréditée de son siècle et que c’est le seul principe équitable de gouvernement. Mais l'admission du fait que le gouvernement populaire est juste et sage en 1900 n'empêche pas de voir que, dans des conditions tout-à-fait différentes, d’autres formes et d’autres systèmes de gouvernement peuvent avoir été sages et convenables pour cette époque. Le gouvernement par une caste dans les provinces anglaises et aux jours où cette caste représentait la population loyale et les pionniers du pays, et où elle gouvernait

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