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LES MARCHES NATURELLES

Montmorency près de (Québec

roi le libéra et qu'il lui devint possible d'aller au secours de ses colons, il se trouva en présence de l'une des plus terribles tragédies de l’histoire, car il ne restait plus qu'un petit nombre de squelettes ambulants qui avaient moins l'allure de l'homme que de la bête.

Ces misérables avaient d'abord été ravis de leur liberté dans l'air embaumé de la belle saison, au milieu d'une abondance de vivres frais, sans compter la manne des fruits sauvages. Lorsque le bétail eut diminué, le temps devint lourd, il ne paraissait rien sur la mer, la chaleur, très intense, se changeait en coups de vent d'automne qui balayaient l'île comme une table rase. Il n'y avait pas d'arbres. Alors survint l'idée de la désertion, puis un désespoir muet, la mélancolie

noire de l'isolement, le sourd murmure des passions parmi ces hommes

sans morale ni religion ni scrupule. Ils se battirent e: cherchèrent à se tuer les uns les autres. Les ouragans, les grains meurtriers, les torrents de la pluie mêlés à la force du vent, s'abimaient sur .ette île exceptionnelle parce qu’elle est la plus exposée aux fureurs de l’Atlantique. Comment ont pu survivre quelques uns de ces hommes ?— c'est merveilleux—pourtant ils ne sont pas tous morts. De la Roche retourna en France avec les tristes débris de son monde et, voyant sa fortune, sa santé anéanties, le cœur ne put y tenir, il s'éteignit bientôt après.

À la même époque’ un officier de marine de Rouen, nommé Chauvin, et un marchand de Saint-Malo, appelé Pontgravé, avaient tenté l'établissement d’un poste sur les rives du Saint-Laurent dans le but de se procurer des pelleteries. Ils obtinrent du roi certains privilèges ou monopoles et commencèrent ce qui est devenu par la suite une entreprise considérable. Le poste en question situé à la sortie du Saguenay ne fut rien du tout en tant que colonie agricole. On y laissa seize hommes l'hiver de 159), mal pourvus, ignorants, destinés à mourir de froid et de faim—comme les pauvres gens du marquis de la Roche agonisants à la même heure sur l’iie de Sable. Au retour

du printemps, les traiteurs revenant de France, trouvèrent deux ou trois des hivernants réfugiés chez les Sauvages—c'était tout ce qui restait de la colonie. Le trafic des fourrures n'en continua pas moins, mais on ne fit plus de tentative d'établissement fixe ou permanent.

Sur d’autres points bien éloignés et différents du tout au tout avec les nôtres, le continent avait été exploré et réclamé par plus d'un pouvoir, Balboa, découvrant l'océan Pacifique, avait démontré que l'Amérique ne formait point partie du continent asiatique, Cortez, Pizard et Ponce de Léon avaient conquis ou réclamé pour l'Espagne les empires du Mexique, du Pérou et les vastes clairières de la Floride. L'’Angleterre possédait un ou deux pied-à-terre en Virginie; Port Royal était à la veille de naître et l’Acadie allait devenir un nom historique sur les rivages de la présente Confédération.

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