LOYAUTE ET DESTINEE DES CANADIENS
Il n’en faut pas chercher les raisons bien loin. Si, d'un côté, la Grande-Bretagne n'évaluait pas à leur pleine valeur les terres incultes du continent où elle possédait déjà un enjeu considérable, si elle ne importance future de certains endroits et des fron-
pouvait prévoir l tières qui lui échappèrent, d'un autre’côté, elle maintenait ses droits sur d'immenses régions de territoire. Si, quelquefois, ses hommes d'état
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ne pensaient guère à certains intérêts canadiens ou à ses droits territoriaux ou en parlaient à la légère, ils n'étaient pas plus blâmables que plusieurs politiciens du Dominion même qui en ont fait autant depuis. S'il existait des souvenirs de la négligence anglaise et de pertes occasionnelles de territoire due à la diplomatie, il y avait aussi dans le cœur de tous les sujets britanniques du Canada, des souvenirs de luttes pour la vie, le foyer et la patrie, dans lesquelles ils avaient combattu côte à côte avec les troupes anglaises, depuis le temps où la mère-patrie épuisée les avait avec peine conservés, en 1812 et 1814, à travers les troubles de 1837, les incursions frontières des deux années suivantes, l'affaire du Trent, lorsque des milliers de soldats anglais avaient été envoyés dans les provinces pour les défendre en cas de guerre, la période des invasions féniennes et les événements de
la première rebellion Riel.
Le maintien et le développement du sentiment loyal avaient
encore d'autres raisons d’être. L'influence d’une tendance héréditaire envers les institutions monarchiques chez les Canadiens-français ainsi que l’ardent sentiment personnel d’allégeance chez les loyalistes des autres rrovinces, eurent un effet marqué chez leurs descendants. Quant à la question personnelle, elle reçut une grande impulsion par l'accession au trône de la reine Victoria, par le respect ressenti pour la vie, les œuvres et la souvenir du prince consort, et par la visite de S. A. R, le prince de Galles au Canada en 1860. Ce dernier événement est d’une importance et d’un intérêt directs. Le jeune prince accompagné du duc de Newcastle, secrétaire colonial, et d’une suite nombreuse, visita tous les principaux endroits du Canada, et il reçut, à Halifax, St. Jean, Québec, Montréal, Toronto et autres places, des ovations qui démontrent amplement la force de la loyauté envers les institutions britanniques.
Un autre facteur important fut la présence, l'influence et la personnalité des gouverneurs généraux. Lord Durham est reconnu
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comme le père du gouvernement constitutionnel au Canada. Lord Metcalfe et lord Dalhousie sont acceptés, même des critiques Îles plus hostiles et les plus antagonistes, comme des hommes d'honneur et de grands principes. Lord Elgin futun modèle de manières courtoises et de conciliation habile en administration. Lord Monck fut un des principaux promoteurs de la Confédération. Il fit même plus que la constitution n'eut permis dans des circonstances ordinaires, en insistant sur son adoption. Sir Howard Douglass et Sir John Harvey, dans les provinces Maritimes, furent des modèles d'administration soignense et honorable. Lord Lisgar, ainsi que ses prédécesseurs et ses successeurs, donna à la société et au peuple du nouveau pays, des exemples pratiques et utiles des meilleures principes de la vie, coutûmes et manières de la bonne société anglaise. Lord Dufferin, par son éloquence et sa popularité, contribua beaucoup à la consolidation et à la promotion du sentiment britannique et canadien dans les provinces séparées géographiquement.
Pendant que les années s’écoulaient et que le siècle s’avançait, d’autres forces extérieures se faisaient sentir. La création de la Ligue de Fédération Impériale à Londres, et les discours annuels d'hommes comme lord Roseberry, M. W. E. Forster, M. Stanhope, lord Brassey, sir John Lubbock (lord Avebury) et autres de la nouvelle école de politique impériale, dissipèrent plus d'un nuage de doute qui avait assombri l'esprit mêmé des canadiens loyaux, quant à l'attitude de l'Angleterre envers ses colonies. Le joug misérable, dû à l'école de la petite Angleterre, qui pesait sur les épaules de l'empire et en empêchait l’unification, perdit graduellement, en grande partie du moins, son influence néfaste. De meilleurs hommes furent mis à la tête du bureau colonial et, finalement M. Chamberlain, dont les fautes doivent être oubliés, à cause de sa croyance ferme et honnête dans l'avenir de l'empire comme facteur
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important dans la marche du monde, obtint cette position et un pouvoir qu'il n’hésita pas à manier.
De plus il n'y avait jamais eu, jusqu’à la confédération, d'opinion publique une dans les provinces, qui aurait pu comprendre ou ressentir les incidents passagers de la négligence ou de l'ignorance anglaise. Le peuple en Canada n'appréciait pas mieux la valeur de l'Amérique. Britannique que leurs concitoyens des îles britanniques et les événements ci-haut relatés ne firent guère d'impressions durables sur eux. D'un autre côté les Etat-Unis étaient toujours près d’eux, s’apprêtant à les englober bon gré malgré. L'annexion fut toujours le rêve choyé des chefs américains mais la certitude du résultat, la croyance à la destinée, ainsi que la haute opinion que l’on entretenait sur la supériorité des institutions américaines, leur fit commettre l'erreur de se servir de la coercition plutôt que de la conciliation. La République eût-elle essayé d'un système amical et eût-elle maintenu le rôle d’un voisin magnanime et sympathique, le Canada anglais d'aujourd'hui devenait presque une impossibilité, non pas absolue mais plus que probable.
Si on laisse de côté la période de réciprocité qui fut, cependant, marquée d’une série prolongée d’'ennuyeux efforts pour son abrogation, l’histoire des relations américaines avec les provinces britanniques est loin d’être amicale. Depuis la guerre de 1812, on n’y voit que disputes à propos de territoire, dissidences quant aux pêcheries, irritations dans les négociations de traités, complications en matière de tarifs. Le Canada, province ou confédération, a sans doute eu ses torts parfois, et a paru être un obstacle au progrès et à l'entreprise des chefs américains, mais sa position difficile de nation jeune, petite, séparée et luttant pour ses droits, semble, même dans ces cas, mériter certaine considération. Donc, pour bien comprendre la loyauté des Canadiens en l'an 1900, il ne faut pas oublier leur participation, maintenant historique, à la guerre Sud-Africaine, leur enrôlement public,
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sous le drapeau de l'empire, qui peut être militant aussi bien que paisible, et les relations des provinces avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Le sentiment qui a finaiement prévalu, et qu'apporte avec elle la Puissance du Canada dans le siècle qui s'ouvre plein d'espérance et de prospérité progressive, est à la fois simple et compliqué. Il est simple parce que son but, son caractère et son application locale sont foncièrement canadiens. 11 est complexe quant à sa tendance impérialiste croissante chez une population de langue anglaise. Il est compliqué d'avantage par l'existence d'un peuple canadien-français, résigné, mais ne désirant pas de changement, loyal aux liens actuels, mais absolument indifférent, sinon opposé au développement de relations mieux définies et plus suivies, Il est curieux en ce qu'il combine les tendances et sympathies démocratiques américaines avec la loyauté à la Couronne anglaise, laquelle croît d'année en année avec la vie et la règne de la reine Victoria. Il est important, par le fait que les Canadiens détiennent le pivot tenant au territoire et à la puissance de l'empire britannique, et que non-seulement l'unité du système impérial, mais même le contrôle britannique de l'Atlantique et du Pascifique dépendent de la continuation de leur loyauté.
L'histoire du Canada, pendant les 400 ans qui ont précédé la Confédération, est donc de nature à assurer à l'avenir une perspective de succès équitable et raisonnable. Les annales de son peuple révèlent une combinaison de caractères propres aux origines française et anglaise qui devrait être une garantie de force pour l'avenir, comme elle a été, dans le passé, une source de progrès matériel et national. La position qu’occupe le pays, par son étendue, ses ressources, son unité et ses facilités de transport autant que les hautes aspirations de sa population, devrait être, une source de richesse et de commerce dans l'avenir. Les qualités de la loyauté historique d'antan, envers la province, le pays et l'empire, devraient lui assurer une place de plus
en plus importante. Le Canada aux Canadiens, dans l'empire, et contre la reste du monde, paraît être le définition exacte du sentiment populaire dans la Puissance à la fin du XIXième siècle,
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