LA QUESTION DE LA MER DE BEHRING
Après le traité de Washington, qui mit fin aux disputes angloaméricaines pour quelques années, survinrent les troubles à propos des pêcheries de l'Atlantique qui auraient été réglés par le traité de 1888, négocié par M. Joseph Chamberlain, sir Charles Tupper et l'honorable Thomas F. Bayard, si l’arrangement conclu eut été ratifié par le Sénat américain. Puis la question de la mer de Behring surgit à son tour; les Etats-Unis demandaient pratiquement le contrôle absolu de la chasse du phoque sur la côte du Pacifique et le droit d'empêcher les anglais de chasser dans cette région. Le vraie raison de cet acte doit être imputée aux prétentions de / A/askan Seal Company, corporation américaine très riche et très influente, qui demandait le monopole de la chasse dans cette région; la raison avancée fut l'empêchement de la chasse en pleine mer, pour prévenir l’extermination de la race. Ia commission d'enquête nommée par la
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Grande-Bretagne et composée de feu sir Géorge Baden-Powell, M.P., et du professeur George M. Dawson, d'Ottawa, réfuta facilement ce dernier point. Le rapport des commissaires démontra d’abord clairement que le danger de l'extinction de la race n'existait pas, et que, eut-il existé, il était prouvé que la compagnie de l'Alaska et les chasseurs américains n'étaient guère les gens à qui l'on dût confier le bienêtre de cette intéressant amphibie.
Un traité fut conclu en 1892 par lequel la question fut soumise à l'arbitrage. Le tribunal qui siéga à Paris donna gain de cause sur toute la ligne au Canada et à l'Angleterre. Le Canada était representé par sir John Thompson, premier ministre du Canada, l'un des arbitres angais sir Charles Hibbert Tupper, agent anglais et M. Christopher Robinson, C. R., de Toronto, l’un des conseils anglais. Ce tribunal accorda des dommages pour les saisies de navires britanniques qui avaient eu lieu dans les eaux du Pacifique, laissant à plus tard le soin d'en déterminer la valeur. Après une longue controverse, ce point fut aussi réglé par une convention qui siéga à Washington, en 1806, et près d'un demi-million de dollars furent distribués aux chasseurs canadiens en compensation de leurs pertes.
Cependant d'inévitables troubles de frontière avaient surgi en Alaska com:ne résultat de l'achat de cette région de la Russie en 1867 et de l'avortement des négociations d'un traité deux ans plus tard. La question est compliquée et il est impossible d'en donner les détails, ici. En 1870 on fit des efforts à Washington pour régler ce différent. Finalement en 1892, un traité fut signé, en vertu duquel un arpentage conjoint ou coïncident de la région en litige devait être fait afin de délimiter la ligne frontière. Cependant, malgré les efforts continus du Canada, es Etats-Unis ne prirent aucune décision définitive jusqu'à ce que, en 1896, la découverte de l'or dans la région du Yukon britannique rendit ce territoire tout-à-coup fameux, et donna à la question une importance nouvelle tout en la compliquant. Alors la
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République demanda un règlement ; ces demandes augmentaient en proportion de la population qui envahissait le territoire eu litige et à mesure que croissait l'importance de la région aux yeux avides du peuple américain. Le gouvernement Laurier fit de grands efforts, en 1897, pour référer la question à l'arbitrage, conformément aux termes de l'arbitrage du Vénézuéla. Mais les autorités américaines refusèrent à moins que le fait d'avoir colonisé et occupé certains points dans ce cas, ne fut considéré comme impliquant le droit de proprieté—en d'autre termes, ils refusaient l'arbitrage à moins qu’on leur concédât ce territoire à l'avance. La question en est là à la fin du siècle. DIPLOMATIE ANGLAISE ET AMERICAINE
Cet aperçu sommaire des relations diplomatiques entre la Grande- Bretagne et les Etats-Unis, quant à ce qui regarde le Canada nous révèle des choses d’une importance vitale pour le pays, et en indique davantage. Il démontre clairement la négligence de la mère-patrie quant à ce qui avait trait au territoire de l’Amérique-Britannique ; il indique une ignorance grossière de la valeur de ce territoire, non pas, peut-être, contre nature, si on réfléchit aux responsabilités grandes et croissantes du Royaume-Uni et aux divagations insensées de l’école de Manchester autrement nommée la petite Angleterre, mais, cependant, répréhensible ; il indique un désir de maintenir la paix entre l'Empire et la République, qui fait plutôt honneur aux sentiments de parenté de l'Angleterre qu’à sa politique ou à sa connaissance des Etats-Unis. 11 révèle, de la part du Canada, quoique jeune encore, un désir de tout endurer plutôt que de soupçonner la bonne volonté et les bons offices de la mère-patrie. Il mortre, plus tard, le désir de faire prévaloir ses vues dans les négociations et le règlement des traités, droits acquis par la présence de M. John Macdonald à Washington en 1870, de Sir Charles Tupper au même endroit en 1888, de Sir John Thompson à Paris in 1893. Il révèle encore la permission accordée au Canada de faire ses propres traités de commerce, sauf
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approbation du gouvernement britannique, ce que demontrait les visites des chefs canadiens à Washington en 1869, en 1874, en 1892 et en 1897.
Il indique, plus récemment, de la part de la Grande-Bretagne une croissance lente, mais continue, de son appréciation de la loyauté canadienne et de la valeur du territoire canadien. La différence entre les termes, le caractère et les résultats des négociations anglaises de 1818, de 1842, de 1846 et de 1870, et ceux des années 1888 et suivantes, indique un changement surprenant de l'ignorance et de l'indifférence premières à la connaissance des faits et à la concession d'un support dévoué. Sion compare la complaisance dont fit preuve le comte de Grey, à Washington, en 1870, en livrant en masse le territoire et les pêcheries du Canada, avec la déclaration de lord Salisbury, en 1887, disant que de nouvelles saisies de navires canadiens sur les côtes de l'Atlantique seraient regardées comme un casus belli, on verra un revirement d'opinion aussi frappant que celui dont fit preuve sir Richard Cartwright, en préconisant une politique commerciale différentielle contre l'Angleterre et en faveur des Etats-Unis en 1887, puis en 1897 favorisant l'Angleterre au détriment des Etats-Unis. Cela démontre, indirectement, la force du sentiment de loyauté des Canadiens et de leur allégeance à la Couronne, lesquels pouvaient grandir, braver et même vaincre les sentiments naturels et inévitables que ces sacrifices des intérêts coloniauux devaient faire surgir.