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du Canada et de le désigner à Aymar de Chastes, gouverneur de Dieppe à qui il accordait le privilège de reprendre l'œuvre de
colonisation dans le Nouveau-Monde, Champlain accepta avec em-
pressement et, en 1603, accompagné de Pontgravé le célèbre trafi-
quant de fourrures, il arma deux coquilles de noix de douze et quinze
tonneaux, se lança à travers les brouillards et les assauts de l'Atlan-
tique, entra dans le Saint-Laurent, vit le poste désert de Tadoussac,
l'emplacement vide du village de Stadacona, les ruines des construc-
tions de Cartier au cap Rouge, et s'arrêta sur le plateau inoccupé où
existait jadis la ville d'Hochelaga. Ni les rochers sourcilleux de Qué-
| bec, ni les flancs majestueux du Mont Royal n'abritaient plus les ca-
à banes ou les demeures des Sauvages d’autrefois-—ces peuples étaient
: disparus. L'expédition se borna à recueillir force pelleteries ; à leur retour, les deux explorateurs apprirent qu'ils avaient fait une perte sérieuse dans la personne du généreux de Chastes, et que, pour ce qui était du roi, il avait en ce moment plusieurs autres projets dans la tête.
Champlain resta in an en France et partit avec de Monts et Poutrincourt pour essayer un établissement en Acadie, la contrée des glaces et de la neige en hiver, un paradis terrestre en été—toutes conditions changeantes que les premiers colons ne comprirent pas et qui, cependant, les avertissaient des soins et précautions à prendre. Alors survinrent les hauts et les bas qui marquent, durant plusieurs années, la fondation de Port Royale et sa capture par les Anglais qui } s'étaient déjà établis fortement en Virginie, comme ils le firent un peu plus tard à Terreneuve et tentèrent de s'assurer les bords de la baie d'Hudson. L’infortuné marin qui donna son nom à cette vaste mer intérieure perdit la vie dans cette exploration mais laissa pour le } compte de l'Angleterre un droit sur ces régions, par le fait de ses services rendus sous le pavillon du monarque anglais. Avant que P} tout ceci n'eut eu lieu, Champlain, fatigué des complots et des complications de la colonie acadienne, était passé sous le patronage du
sieur de Monts et, de concert avec Pontgravé, tournait de nouveau son attention vers le Saint-Laurent—sur l'œuvre principale de sa vie.
En 1608 donc, le colonisateur tenace et le traiteur infatigable partirent ensemble pour remonter le Saint-Laurent jusqu’ à l'endroit où Stadacona avait existé. Au pieds des rocs qui devaient par la suite porter une forteresse, Champlain posa les fondations de la ville de Québec. Le n'était qu'un village, de forme carrée, construit en bois, entouré d'une palissade, avec fossé, fortifié par des bastions et de l'artillerie. Mais cela suffisait pour le moment, de même que pour l’homme qui roulait dans sa tête des desseins d'empire et de gouvêérnement. Bientôt après, il découvrit et punit avec sévérité les auteurs d'un complot formé parmi les gens de la traite des pelleteries pour se défaire de sa personne, se débarrasser des réglements qu'il imposait et s'en tenir au seul commerce des peaux de bêtes, au lieu de l’établissement d’une colonie. Le chef des conspirateurs fut pendu sans délai et les autres envoyés en France les fers aux pieds et aux mains, d'autres condamnés aux galères.