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COLONIES ET RACES RIVALES

Avoir un titre de terre ne voulait pas dire posséder ; l’on s’en aperçut bientôt à Fort-Royal; ou eût pu d'ailleurs facilement s’en convaincre de suite par les conditions insérées dans les chartes françaises lesquelles embrassaient les établissements anglais de la Virginie et du Maine. La société de Jésus contrôlait nominalement tout le

continent, par le moyen de ses partisans et en autant que le decret

d'un roi français pouvait le permettre. En Acadie le père Fléché fut bientôt aidé des pères Biard et Massé; ils portèrent l'étendard de leur foi de tous côtés parmi les sauvages. En 1613, madame de Guercheville envoya une nouvelle expédition avec approvisionnements ; deux prêtres Jésuites, Quentin et ?)1 Thet, en faisaient partie. Ils établirent un poste sur la côte de la N ouvelle-Angleterre auquel on donna le nom de Saint-Sauveur. Cette action avait eu lieu en dépit des réclamations de l'Angleterre, ou par indifférences à cellesci, mais la difficulté ne dura pas longtemps. Un jour du printemps suivant, un vaisseau fortement armé entra à pleines voiles dans un havre naturel caché de la vue des Français mais que les Sauvages avaient fait connaître au capitaine anglais, et se trouva dansles limites territoriales réclamées par le pavillon qui flottait à son grand mât. Le commandant eut bientôt enlevé le poste français. Plus tard, ce commandant fut le riche et notoire sir Samuel Argall, en tout temps et partout l'ennemi implacable des Français. Il continua, en attaquant Port-Royal où il ne rencontra point de résistance, vu que Biencourt— le brave fils de Poutrincourt—qui avait la direction de cet endroit, était parti en expédition contre les sauvages. La place fut pillée et rasée par le feu, les récoltes riême furent détruites. Argall revint triomphant en Virginie et les maiheureux Français, durant l'hiver qui suivit, combattirent la faim en se nourrissant de racines ; ils furent aussi aidés par des Sauvages, qui eux-mêmes pourtant souffraient de la famine. Peu après cet événement, Poutirincourt mourut en France, en défendant une ville. Son fils qui avait hérité de l’habileté et de l'énergie du père, obtint le grade de vice-amiral. Il resta en Acadie, s'occupant

de la chasse, de la pêche et du commerce, et surveillant ce qui restait de l'établissement auquel il était attaché. Finalement, il rebâtit Port- Royal avec l’aide d'un jeune huguenot de la noblesse—Charles de la Tour—qui lui fut également utile dans ses courses aventureuses.

Ce dernier était appelé à jouer un rôle important dans les guerres et la colonisation.

Dans l'intervalle, la Grande-Bretagne profitant des succès d’Argall, pressa sa réclamation au sujet de l'Amérique du Nord, s’appuyant sur les découvertes de Cabot. Par droit d'établissement la majeure partie des côtes de l'Atlantique, depuis l’Acadie en descendant, appartenait aux Anglais. Par droit de découverte et malgré les mérites qui distinguent les Français et honorent leur énergie et leur esprit d'entreprise sous le rapport de la colonisation et de l'exploration, on réclama à Londres tout le territoire du Canada actuel comme durant près d’un siècle par la suite sous le nom d'Amérique Britannique. Pendant les guerres entre la France et l'Angleterre, cette réclamation, fut renouvelée avec plus de vigueur sous la forme d'invasions ou d'expéditions militaires de la part des anglais. Lorsque la paix semblait régner, il y eut trop souvent dans le but de faire reconnaitre cette réclamation, des incursions coloniales et des attaques venant de la Nouvelle-Angleterre, lesquelles étaient suivies ou précédées d’expéditions françaises d'un genre non moins arbitraire.

En 1614, le roi Jacques 1* accorda, à une association de Plymouth, toutes les terres comprises entre les parallèles 45 et 48 et on donna à cette région le nom de Nouvelle-Angle’erre. Il existait déjà une Nouvelle-France ; une Nouvelle-Espagne était à s'emparer largement de la partie sud du continent. Sir William Alexander, qui devint par après le comte de Sterling et vicomte du Canada, un homme de lettres et un Ecossais patriotique, résolut de créer une Nouvelle- Ecosse. Il reçut du roi, en 1621, l'octroi de toutes les terres de l’Acadie, sous le nom de Nouvelle-Ecosse, comprenant aujourd’hui les provinces maritimes. Il commença par élever un petit établissement puis envoya des vaisseaux annuellement avec des marchands et des explorateurs. Le jeune Poutrincourt était alors commandant en

Acadie, au nom du roi de France, il avait avec lui La Tour; et ces b

deux personnages rendirent la tâche de l’ardent Ecossais un peu embarrassante en se servant des armes de la diplomatie ou de celles de la guerre. Mais ce dernier était un homine de resscurces et s’il eut été appuyé de l’aide matériel et du patronage de la couronne, il aurait définitivement réussi à établir un fort noyau de population écossaise. Charles 1° renouveia sa charte en 1625 et donna son approbation à une entreprise qui depuis a été critiquée par des gens ignorants ou injustes, ne connaissant pas l'esprit qui existait en ce temps là; ils formaient leur jugements d’après le sentiment démocratique et quelque peu mercenaire de nos jours. On institua l’ordre des chevaliersbaronnets de la Nouvelle-Ecosse; chaque membre qui en faisait partie recevait de la Couronne un octroi de terre de 18 milles carrés en récompense d’une souscription généreuse aux fonds de la colonisation, mais il était tenu d'établir des colons sur le terrain ainsi accordé. Beaucoup de faveurs semblables ont été faites pour de moindres services rendus à l'Etat, ou même des services en perspective. Considérant le choix judicieux des personnes auxquelles on conféra cet ordre, il est difficile de découvrir coinment il se fait que l’initiateur de cette entreprise ait été la victime de tant d'outrages et de moqueries. A peu près vers le même temps, le rusé Richelieu créait dans la Nouvelle-France l’organisation des Cent-Associés, dont le but était identique, quoique les détails fussent quelque peu différents. On agit néanmoins d’après le plan de sir William Alexander: un certain nombre de terres ainsi figurèrent sur les cartes géographiques anglaises

de la Nouvelle-Ecosse, mais il est fort douteux que les cartes françaises de l’Acadie les aient indiquées, Les endroits ainsi colonisés s'agrandirent à peine malgré le nombre d’émigrants qui s’y rendirent durant la guerre qui éclata de nouveau entre l'Angleterre et la France. Lorsque l'amiral Kirke eut pris Québec il s'empara de Port- Royal, et déclara que tout le pays passait sous le contrôle et la gouverne de la compagnie ou de l’ordre dont sir William Alexander

était le fondateur. Le jeune Poutrincourt était mort depuis quelques années, mais en 1629 Charles de la Tour, au fort Saint-Louis, près du cap Sable, occupait une forte position. Il1se retrancha à cet endroit et défia les Anglais, quoique son père Claude de la Tour, apportant des approvisionnements et des armes, à Port-Royal eut été fait prisonnier et enfermé dans une prison anglaise. Ces survivants de l'aristocratie huguenote de France sont des figures très remarquables dans l’histoire du nouveau continent, Le père était un commerçant de profession et probablement de goût. Il était loin de posséder les grandes qualités patriotiques et de bravoure qui distinguaient son fils. Cependent à la cour de Londres en vue des intérêts d'Etat anglais, l'on considérait comme très importante la capture de Claude de la Tour. Le prestige de cet*e ‘amille en À adie était bien connu, seulement on ne savait pas qu’il reposait presque entièrement dans la personne du fils et non du père,

En Angieterre, Claude de la Tour fut parivuüt faté. Il épousa une dame de la Cour, fut fait chevalier-baronnet de la Msuvelle- Ecosse, reçut un octroi de 4500 milles carrés ue territoire sur les côtes de l'Atlantique, et graduellement se mit à favoriser la cause de l'Angleterre. Il promit aussi le concours de son fils, lequel avait été mentionné lors de l'octroi des terres. Cependant, il avait entrepris une tâche trop grande pour ses forces ; lorsqu'il arriva au fort Saint- Louis en 1630, avec des vaisseaux anglais et des colons, en sus de l'assurance qu'il avait d'être aidé dans ses projets, toutes ses négociations échouèrent. Après l'assaut qu’iltenta contre le fort il fut obligé de se retirer à Port-Royal, avec son épouse qui avait nourri l’espérance d’une entrée triomphale dans ses nouvelles et immenses possessions, les ajoutant aux territoires de la couronne d'Angleterre. Elle resta fidèle à son mari, que les nouvelles fussent bonnes ou mauvaises, que les jours apportassent le succès ou l’infortune. Les jours de malheur prédominaient ; lorsque deux ans plus tard la paix

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