ARRET
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aussi que leur genre de patriotisme leur faisait entrevoir la possibilité de nouvelles humiliations du côté des Français d'où ils retireraient profit, s'ils ne mettaient pas trop tôt un terme à cette guerre de rivalité De la Tour se mit à fortifier ses défenses et à rétablir ses ressources. Sa brave épouse, dont la conduite avait été si héroïque durant le siège, son évasion et son voyage à Boston, partit pour la France dans le but de se faire aider par ses amis huguenots à la Rochelle, En même temps, Charnisay se rendait à Paris ayant en vue de faire arrêter pour trahison l'épouse de son rival. Cependant, elle lui échappa, arriva en Angleterre, et après douze mois d'aventures périlleuses, rentra au fort La Tour.
Elle avait réussi à obtenir du secours et son mari alla à Boston pour en avoir davantage ; leur intention formelle, était d'en finir une fois pour toute avec leur ennemi. Charnisay ayant appris le départ de la Tour, lança ses vaisseaux et ses hommes contre le fort de son rival ; il en fit le siège. La courageuse femme, en l'absence de son mari, le remplaça avec honneur. Les provisions manquèrent et des traîtres furent decouverts. Au lieu de les pendre, on les expulsa du fort, et par eux Charnisay apprit dans quel état se trouvait la garnison. L'attaque commença par les bâtiments mais on y répondit si vigoureusement et avec tant de persistance qu'un des vaisseaux fut détruit et nombre d'hommes tués. Pendant deux mois, cette héroïque garnison commandée par une femme sans peur, défia le blocus, se moquant ouvertement d'un assaut que Charnisay semblait craindre de livrer. De la Tour était revenu de Boston ; il croisait aussi près que possible de la scène des opérations, mais son unique vaisseau n'était pas de force à se mesurer avec la flotte de son ennemi. Un sc'r du mois d'avril, Charnisay reprit courage et tenta le sort de la guerre contre cette femme qui semblait pouvoir résister à tous les hommes et les vaisseaux dirigés contre elle. Cette lutte dura trois jours : on attaqua tous les remparts en même temps, et chaque endroit faible de
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la garnison paraissait être connu de l'ennemi. Quoique décimée et affaiblie par les privations, la garnison, affamée, s'inspirait du courage de son chef, Ces gens combattaient avec fortitude, maisils voyaient aussi les chances pencher du côté de l'ennemi ; ils se dévouaient pour une femme digne de leur loyauté et du sacrifice de leurs vies.
Enfin un mercenaire suisse trahit la garnison et ouvrit les portes à l'ennemi. Charnisay entra en triomphe, mais personne ne savait mieux que lui que la partie n’était pas encore gagnée. C'est ici où se dévoile le plus noir et infâme fait dans l’histoire du nord du continent. Charnisay, craignant cette femme, craignant d’être encore repoussé dans les combats qu'elle dirigerait hissa le drapeau blanc et offrit des conditions honorables de reddition. Madame de la Tour, guidée par le désir naturel d'une femme de protéger ses compagnons de défense, consentit et accepta les conditions formellement posées pour la capitulation. Cet homme dégradé, se voyant maître de la forteresse, et la chatelaine à sa merci, déchira le document, répudia ses obligations et son honneur. 11 mit une corde au cou de cette femme qui lui avait livré une bataille honorable, et la força à être témoin oculaire de la mort de ses braves soldats, lesquels furent, l’un après l’autre, pendus sur les remparts. Le conquérant amena cette héroïne en Acadie où elle mourut, le cœur brisé, après trois longues semaines d’ennui. La fin prématurée de cette femme est due, 1 n’y a pas à en douter, à ce que son esprit se troubla devant le spectacle de son foyer détr'it, de ses serviteurs morts dans une boucherie, et à la pensée de son mari devenu un aventurier errant sur la terre.