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LE DESTIN, APPARAIT SOUS UN NOUVEAU JOUR

Charnisay, comme les méchants de l’Ecriture, prospéra durant les quelques années qui suivirent, autant qu'il l’espérait. Ce traître, ce meurtrier, ce parjure, jouissait de la suprématie en Acadie, avait pleine confiance dans les faveurs de la cour, était aimable de parole et d'arrangements avec la Nouvelle-Angleterre, amassait des richesses

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par le commerce de fourrures, ayant réussi à écraser son dernier rival—Nicolas Denys, qui avait été son ami et son compagnon de classe. Ce dernier était devenu riche et fort dans l’île du Cap Breton. Charnisay, dans ces conditions semblait être satisfait de lui-même et consacra une bonne partie de son temps à christianiser les sauvages. Comme si le destin eut voulu se moquer des espérances et des brillants succès que cet homme se promettait pour l'avenir, il tomba en 1650 dans une petite rivière à Port-Royal, où il fut noyé comme unrat. D'un autre côté de la Tour avait été traité avec les égards qu'il méritait, dans toute la Nouvelle-Angleterre et le continent où il avait passé cinq années de sa vie errante. Il put retourner en France, réfuter les mensonges de son ennemi et recevoir la plus complète réparation qu'il était possible au roi d'accorder.

If fut nommé gouverneur de l’Acadie; le monopole du com-

merce des fourrures tomba entre ses mains; afin d'assurer la per-

manence de sa fortune, il épousa la veuve de Charnisay; il prit sous sa protection les enfants de son rival. L'on comprend facilement que pour un homme de son caractère rien ne pouvait compenser son bonheur disparu, la mort de ses braves compagnons qui l'avaient aidé à conserver sa fortune primitive. Néanmoins le destin avait encore un surprise en réserve pour le gouverneur et ses administrés. L’Angleterre était alors gouvernée avec vigueur et succès par Cromwell. Une expédition avait été envoyée pour capturer les établissements hollandais sur l’Hudson, mais la paix entre l'Angleterre et la Hollande fut précipitamment conclue et l'on dirigea cette expédition sans avis aucun, sur l’Acadie, Sous de telles circonstances, de la Tour étant impuissant, l’Acadie fut envahie. Boston et la Nouvelle- Angleterre jouaient un rôle dans ce nouveau mouvement ; Cromwell, qui semble avoir compris la tournure des événements dûs aux disputes mesquines des établissements rivaux, refusa d'intervenir ou de rendre l’Acadie à la France. De la Tour, une fois de plus, parut

être écrasé et ruiné, mais il ne se comptait pas battu avant que de faire un effort suprême, Il se rendit en Angleterre, et ayant vu Cromwell, celui-ci fut for: impressionné par les arguments et le mérite de son visiteur. Le Protecteur se laissa appaiser et céda toute la région comprise jusqu'au centre de ce qui est à présent l'Etat du Maine, à une compagnie composée, entre autres, de de la Tour et de sir Thomas Temple. Ce dernier devint gouverneur et de la Tour eut bientôt vendu ses intérêts dans les terres concédées. Fatigué de courir après la fortune, il se retira dans l'obscurité de la vie privée, avec ses économies.

Jusqu'en 1667 lorsque Charles IT. rendit l’'Acadie à la France par la traité de Breda, une tranquillité assez générale régna dans le pays. De cette date, jusqu’en 1710, alors que le destin renversa encore l'etat des choses et fit de l’Acadie, ou de la Nouvelle-Ecosse, comme on l’appelait en Angleterre, une possession de ce royaume, plusieurs gouverneurs se succédèrent, mais aucun d'eux ne fut remarquable par son prestige personnel. Quoique l’Acadie tienne une place éminente dans l’histoire, sa population blanche durant cette période ne comptait que par centaines, et n'atteignit un millier qu'à la faveur d’une faible immigration vers la fin du dix-huitième siècle. Le personnage le plus remarquable des dernières années du règnè français fut le baron de Saint-Castin. C'était un chasseur et un coureur de bois. un batailleur contre la loi, pour établir la loi et l'ordre à sa façon; il était aussi renomnié dans les marais de la Penobscot, l'ami des sauvages et le protecteur du territoire acadien contre les attaques des anglais. Saint-Castin avoir épousé un Sauvagesse et amassé de l’aisance dans le commerce des fourrures; son prestige à Port-Royal est dû à son influence sur les sauvages; c'est une personnalité hors ligne, présentant toutes les conditions voulues pour l'inspiration du romancier et de la fiction historique.

Le province eut sa part des succès et des insuccès de la rivalité et des combats coloniaux. L'attaque de sir William Phipps et de ses Bostoniens, en 1600, ainsi que celle des soldats du fort William Henry, à Pemaquid, la secouèrent rudement ; elle eut aussi à souffrir des formes changeantes des actions des Sauvages, et des attaques de ces derniers de côté et autre. Saint-Castin prit part à'ces divers combats et souvent s'en retira triomphant ; mais en 1692 Le Moyne d’Iberville l'audacieux, le favori de l’histoire des Canadiens-Français, dirigea ses voiles dans la baie de Fundy, et après une bataille rangée contre les Anglais, il s'empara du fort de Pemaquid. La fin de l’Acadie, comme colonie française, arriva en 1710, alors que le colonel Nicholson, avec des vaisseaux anglais et des soldats coloniaux se dirigeant vers Québec, pour s’en emparer, maîtrisèrent la petite garnison de Port-Royal

et envahirent la province. En l’honneur de la reine Anne, l’on donna

le nom de Annapolis à la forteresse démantelée. Quoique Saint-Castin et ses sauvages eussent fait de leur mieux, après le départ de Nicholson, pour reprendre Pemaquid au nom de la France, leurs efforts furent inutiles.

Quoique l'expédition contre Québec fut manquée la position de l'Angleterre était tellement forte en Europe qu'elle pouvait dicter ses conditions ; et par le traité d’'Utrecht, en 1713, elle retint l’Acadie tout en ne cédant à la France que les îles du Cap-Breton et de Prince-Edouard ; plus certains privilèges de pêche sur les côtés de Terreneuve.

Ici s'ouvre la première page dans la question romantique et regretable de l’Acadie, Pendant les années qui suivent, la population française augmenta fortement et on peut dire que ses sentiments de loyauté envers la France ne diminuèrent certainement pas. Leur mère-patrie fortifiait sa position sur le golfe Saint-Laurent dans le but futur de reconquerir l’Acadie. Le plan des fortifications de Louisbourg fut préparé par Vauban; leur construction sur l'île du

Cap Breton entraîna de grandes dépenses. Cet endroit devint le centre du pouvoir et des prétentions françaises sur l'Atlantique, le rendez-vous des corsaires francais, et la Mecque des espérances acadiennes. Les Acadiens y trouvèrent un marché pour leurs produits en même temps qu'ils se rapprochaient des sympathies et des aspirations françaises et des complots qui s'y tramaient, le tout ensemble contribuant à les empêcher d'accepter paisiblement la domination anglaise. CONDUITE ET CARACTERE DES ACADIENS.

Ils declarèrent leur neutralité, ne prêtant le serment d’allégeance qu’à la condition qu'ils n'auraient pas à porter les armes contre la France. Ils devinrent les victimes des émissaires de Quebec dont l’intention était de fomenter les troubles. Ils s’allièrent souvent aux sauvages ennemis de l'Angleterre et se faisaient les espions naturels de la garnison de Louisbourg. Le pays ressentit ensuite les effets d’une guerre européenne. En 1745, après un siège des plus mémorables dans l’histoire, les Français tentèrent de s'emparer d’Annapolis, mais la puissante forteresse de Louisbourg, sentinelle et gardienne des français sur l'Atlantique tomba entre les mains de William Pepperell et de ses vaillants soldats de la Nouvelle-Angleterre. Trois ans plus tard, Louisbourg fut remis à la France ; et durant les huit années qui suivirent, le pouvoir anglais dans la Nouvelle-Ecosse (l’Acadie d’auparavant) fut continuellement ébranlé. Sur les limites de cette région vaguement définie, les Français de Québec maintenaient leurs pretentions et leur minutieux système d'irritation. Ils étaient aidés des acadiens manifestant une volc té sotte et têtue ; ils recevaient en tout temps de cette population mixte de Francais et de sauvages les renseignements voulus.

Après la fondation de Halifax, en 1749, alors que les immigrants anglais et écossais affluèrent en nombre, il fut décidé de prendre un parti au sujet des Acadiens, lesquels ne voulaient ni quitter le pays pour rejoindre leurs amis, ni rester en Acadie pour y vivre en fidèles

sujets. Ils désiraient vivre en paix et en possession de leurs biens, et jouir du privilège d'agir comme des ennemis de la suprématie anglaise, lorsqu'ils le voudraient. Telle était la signification réelle de “neutralité.” En 1749 le gouverneur Cornwallis voulut traiter avec les chefs de ce mouvement, mais ils ne se rendirent point à ses instances : on les avertit du danger mais sans succès. Quelque-uns, cependant, montrèrent assez de bons sens pour prêter le serinent et s'y conformer. La majorité était disposée tout autrement et demeura sous l'influence des machinations des autorités françaises ou des plans de certains prêtres comme le notoire Le Loutre. Ce dernier, vrai type de l'état agité du pays et imbu d’un fanatisme pareil à celui de ses partisans parmi les Micmacs, était le centre des mécontents, de ceux qui menaient la guerre de frontière, qui encourageaient les coups des Sauvages et les surprises de nuit. L'abbé noir, ainsi qu’on l’appelait, gouvernait les gens loyaux ou déloyaux également—les uns par la terreur et les autres par son objet visible qui était la restauration du pouvoir français.

Le massacre des Anglais de Dartmouth par les Sauvages qui le suivaient; la construction du fort Beauséjour sur l’isthme de Chignecto par des Acadiens travaillant sous ses ordres quoique malgré eux ; le meurtre du capitaine Howe, près du fort Lawrence, alors qu'il portait un pavillon parlementaire, et qui fut exécuté par des Sauvages connus pour être sous les ordres de Le Loutre—tout cela constitue autant de pages diverses dans la vie dramatique de ce personnage ex ‘inahe. Mais on allait voir finir ce régime. En 1754 le gouver ..ur français de Québec releva les Acadiens de leur allégeance envers la Grande-Bretagne et déclara qu'ils devaient se joindre à la milice de la Nouvelle-France contre l'ennemi commun. Le colonel Lawrence, gouverneur de la Noüvelie-Ecosse, répondit naturellement que tout Acadien qui avait prêté le serment et qui serait pris combattant contre la couronne britannique serait fusillé

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