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LES HAUTES CLASSES RESTENT FIDELES

Les hautes classes étaient loyales, selon le terme anglais, ou fidèles, d’après l’expre-sion française—elles restèrent ainsi et devinrent la charpente, les muscles et les os de la population de langue anglaise en Canada et en Acadie. Les masses, originairement composées en bonne partie d'émigrants qui avaient quitté leur pays par diverses raisons de mécontentements—tels que les Quakers de la Pennsylvanie et les Puritains de la Nouvelle-Angleterre—avaient apporté avec eux un esprit républicain inné, aussi bien qu’une certaine dose de mépris pour la forme de gouvernement sous lequel on admet qu'ils souffrirent beaucoup avant que de se décider à passer en Amérique. Ajoutons à cela l'habitude d’avoir confiance en soimême résultant de la vie du pionnier, et la pratique d’une conversation libre sur les matières du jour, il n’en faut pas plus pour

attiser le feu sous la cendre, allumer la torche de l'agitation, faire éclater la révolte. Néanmoins on doit dire que, malgré ces causes accumulées et en tenant compte des griefs admis que proféraient les colons ; malgré l'Acte du Timbre et les taxes arbitraires: en dépit de l'arrogance des officiers anglais et de l'incapacité des hommes d'Etat

du Royaume-Uni et de leurs généraux, il ne se rencontrait pas en 1775 une majorité clairement prononcée en faveur de la guerre. Une forte minorité s’ y opposait, à part la section des indifférents ; et même après la déclaration d'indépendance, plus d’une fois les Anglais, avec de l’habileté diplomatique et du talent militaire, auraient pu réduire à une proportion insignifiante le nombre des insurgés. Mais beaucoup de ceux-ci étaient animés de profondes convictions, ils avaient un chef éminent en la personne de Washington, et ils étaient entrainés par la chaude éloquence d’un Patrick Henry, propriétaire d'esclaves du sud qui lançait au ciel ce cri : ‘“ Donnez-moi la liberté ou donnezmoi la mort.”

Cependant la révolution se fit, déterminant des conséquences importantes pour la grande province de Québec, laquelle avait été récemment agrandie et réorganisée par l’Acte de Québec de 1774. Cette mesure législative avait étendu les bornes de la province de manière à lui aire comprendre les colons et les établissements français sur les bords des Grands Lacs, entre le lac Erié et la rivière Ohio, et depuis ce point et le lac Michigan jusqu’à la Rivière-Rouge et au lac Winnipeg, dans la province actuelle de Manitoba. Cette politique souleva de vives protestations de la part des colonies anglaises, comme le fit également cette partie de la loi qui établit la liberté des cultes en faveur des Canadiens-français catholiques. Ce ne fut certes pas le moindre des griefs invoqués par le Congrès continental de 1774 que cet établissement d'une province catholique-romaine au nord, et son extension vers le sud.

Le fanatisme protestant de la Nouvelle-Angleterre s'insurgea. Les ressentiments produits par un siècle de luttes très vives avec les Français sur le Saint-Laurent et les Grands Lacs, furent éveillés et se traduisirent dans l'adresse au peuple anglais voté par les Congrès à Philadelphie, le 5 septembre 1774 Après avoir signalé le régime arbitraire dont les Canadiens-français d’après eux auraient été les

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victimes (régime de liberté sans frein si on le compare à l'ancien régime français), les auteurs du protêt s'exprimaient en ces termes : “ Nous ne pouvons non plus taire notre surprise de voir un parlement anglais permettre l'établissement en ce pays d’une religion qui a noyé votre île dans le sang et propagé l’impiété, les superstitions, la persécution, le meurtre et la rebellion dans toutes les parties du monde.” Ainsi donc à cause de l’inimitié traditionelle et de l’antagonisme religieux des deux races, il était naturel que l'appel aux armes de l’année suivante laissât indifférents les Français de Quebec et de l'Acadie. Le nouveau Congrès continental fit de son mieux pour atténuer le mauvais effet des invectives lancées contre la religion catholique, et publia un appel aux habitants de la province de Québec, les invitant à se joindre aux colons anglais pour mettre fin à la tyrannie de l’Angleterre et établir les principes de la véritable liberté sur ce continent. Ce document, ainsi que d’autres écrits envenimés, fut

traduit en français et disséminé parmi les Habitants ; de la même manière que les publications révolutionnaires et les dénonciations

anti-britanniques de démagogues sans scrupules comme Thomas Paine, avaient pu circuler librement et virtuellement sans avoir été réfutées dans toute l'étendue des treize colonies.

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