WASHINGTON FAIT APPEL AUX CANADIENS-FRANÇAIS
Le 25 septembre 1775, George Washington signa et lança un appel spécial aux Canadiens-français conçu sur le même plan que celui du Congrès. Ce document qui, étudié de nos jours, ne paraît guère à la hauteur de l'esprit démocratique généralement digne du général américain, s'etend sur les luttes des “libres enfants de l'Amérique,” sur les bienfaits de la liberté et les misères de l'esclavage, sur “la simplicité et la bassesse d’esprit”’ de ceux qui voudraient contrecarrer ce mouvement insurrectionnel à la veille de dégénérer en révolution ; sur ‘ les desseins cruels et perfides de ceux qui seraient prêts à rougir le sol du sang des femmes et des enfants” ; sur “les
instruments du despotisme” en Angleterre et “la sujétion, la corruption et le pouvoir despotique”” qui seraient la conséquence du triomphe de sa propre mère-patrie dans la lutte qui s'engageait.
De tels arguments à l'heure actuelle ne souffrent pas l'examen ; mais leur constante répétition à cette époque devait naturellement avoir quelque effet sur des Français qui depuis des siècles sur le continent et dans la colonie avaient été les ennemis de l'Angleterre, que ses propres enfants dénonçaient alors d’une manière si brutale, Heureusement, le gouvernement de Québec était confié à un de ces hommes qui méritent pleinement le nom de “grand” et dont le caractère et les talents commandent l'admiration des générations. Si le général sir Guy Carleton avait eu carte blanche dans les colonies anglaises il aurait probablement pu détourner la guerre. S'il avait eu le commandement au ‘eu de sir William Howe, il aurait très probablement supprimé l'insurrection et fait Washington prisonnier dans l'hiver de privations et de misère qu’il passa à Valley Forge. Mais le destin le voulait autrement; cela ne devait pas être. Bien plus, Carleton se trouva constamment gêné par le mauvais vouloir persistant de l’incapable secrétaire des Colonies, lord George Germaine, plus tard lord Sackville ; et il fut quelque temps remplacé par le pompeux et malheureux Burgoyne. Toutefois, de 1768 à 1778, il fut gouverneur en chef et chargé du commandement des troupes laissées à Québec.* Grâce à l'énergie et aux aptitudes qu’il manifesta alors, le Canada est encore aujourd’hui un pays distinct et ses habitants une population britannique. Tout surprenant que cela puisse sembler, Carleton n'avait que quelques centaines de réguliers sous ses ordres lorsque le mécontentement des Treize colonies éclata en dénonciations et que leurs soulèvements prirent l'allure d’une
révolution. Et lorsque, en 1775, il envoya demander des secours à
RE ER CAT UE Se PAU EN TR Pr ES *La Nouvelle-France devint officiellement la province de Québec en 1763, et après la division du territoire en a7gt1, fut ésignée sous le nom de Bas-Canada,
sir William Howe, celui-ci ne put lui en fournir parceque l'amiral Graves refusa d’accorder les navire pour le transport des soldats, exemple assez topique de la mauvaise administration et de l’inca-
pacité courantes,
Le gouverneur de la province de Québec n’avait guère à compter sur ses administrés. Les colons anglais n'étaient qu'une poignée, et peu satisfaits naturellement des dispositions de l’Acte de Québec. Les Canadiens-français pouvaient tout au plus être considérés comme neutres, et en beaucoup d'endroits par suite des fausses représentations d'agitateurs étrangers, menaçaient de se soulever. Et pourtant ces agitateurs étrangers, s'ils étaient parvenus à leurs fins n'auraient eu rien de plus pressé que d’abolir les libertés et les immunités religieuses que le gouvernement britannique avait accordées aux Canadiens-français, et dont il était le gardien.