LES ESPERANCES DES AMERICAINS
La Grande-Bretagne combattait pour son existence nationale, et celle-ci dépendait de sa flotte que les désertions décimaient continuellement—ses matelots prenaient refuge sur les navires américains. Elle exerçait donc le droit de recherche, qui n'avait jamais été mis en doute d'une façon sérieuse par aucune puissance et, à cause des circonstances du moment, on aurait pu espérer que ces démarches fussent acceptées avec conciliation. Dans ces conditions d'extrême gravité, si l'on eut refusé de recevoir, ou si l’on eut aidé la capture des déserteurs d’un pouvoir ami, un pareil acte eut été juste et raisonnable. Mais il ne semble pas qu'on y ait pensé, et l’infortunée saisie de la Chesapeake par le navire anglais Zéopard, qui amena des déserteurs, ou prétendus tels à Halifax, où ils furent jugés et condamnés, comnliqua davantage le malentendu, qui resta vivace, en dépit des excuses .Amédiates formulées par le gouvernement britannique, et suivies du rappel des officiers incriminés dans cette affaire. Ensuite survint la destruction du Zz#/e Bell, sans provocation, par une frégate américaine, en 1811. Et puis, comme pour continuer, Jefferson plaça l'embargo sur les bâtiments anglais—mais l'acte fut rappelé lorsque l'on s’aperçut de l'impossibilité de le mettre en opération. De la
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sorte le malaise allait augmentant sur ces deux motifs ou prétextes mis en jeu ostensiblement, et l’on marchait à la guerre ouverte.
D'abord, les véritables raisons de la guerre avaient des racines plus profondes. Il y avait l'hostilité encore latente des jours de la révolution aux Etats-Unis. Il y avait de plus la sympathie naturelle du peuple américain envers la France, son Æi8tenne alliée contre l'Angleterre, en dépit de l’inconséquence apparente d’une république appuyant les ambitions d’une autocratie militaire. Il y avait aussi un désir ardent d’arrondir le pays par l'acquisition de l’Amérique- Britannique ; et la ferme croyance populaire que ce serait chose facile, advenant une guerre. (Citons encore la politique inévitable des partis pour la faveur publique, et enfin, le spectacle du président Madison acceptant la nomination à un nouveau terme (et son élection éventuelle) sur la promesse réelle de déclarer la guerre contre la Grande-Bretagne.
Telles furent les causes réelles du conflit L’Angleterre ne désirait pas la lutte. Elle avait tout intérêt à avoir la paix et elle fit tous les efforts possibles pour la conserver. De fait, le Canada souffrit durant le commencement de la guerre par suite des instructions du gouverneur-général, sir George Prévost, enjoignant aux gens de rester calmes dans l'espoir que l’on en arriverait à un arrangement propre à soulager les épaules fatiguées du soldat, du marin et du contribuable anglais du fardeau d’un nouveau conflit. A cette époque, Wellington guerroyait encore en Espagne, Napoléon se voyait à l'apogée de sa puissance, et l'or anglais était répandu comme de l’eau, pour prévenir la ruine totale des nations alliées d'Europe. C'était réellement le moment critique de la longue lutte britannique avec un grand capitaine qui semblait avoir un continent à ses pieds et quatre cent mille hommes de plus belles troupes que jamais le génie de la conquête eut exercées, prêtes à obéir à ses ordres. Son seul danger, le seul échec à ses ambitions colossales lui vint du petit pays de l’autre,
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