CHAPITRE IX La Guerre de
INSI que dans plusieurs conflits relatés par l’histoire, les causes, A apparentes de la guerre de 1812entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis n'étaient pas les plus véritables. Le decret de Berlin de Napoléon Bonaparte et l'orde-en-conseil de représailles du gouvernement britannique, par lesquels chaque pouvoir cherchait à bloquer les côtes de son adversaire et gêner son commerce et ses industries, n’affectaient naturellement que très peu les puissances neutres. Ceci était particulièrement le cas pour la république américaine qui en était arrivée à monopoliser presque tout le transport des marchandises du globe durant le longue suite de luttes de l'Angleterre contre la France. En ce qui concerne ce dernier pays, le blocus n’existait que sur le papier, mais du côté de l'Angleterre, munie de son immense et formidable marine, les ordres-en-conseil devenaient une dure réalité et n'étaient pas peu préjudiciables aux intérêts americains. CAUSES DE LA GUERRE
Pourtant, la conduite de l'Angleterre était juste en elle-même,
et aussi à l'égard de sa propre défense. S'il y avait eu dans les Etats- Unis quelque chose approchant d’un sens amical généralement répandu, ou un sentiment de parenté, pour ne rien dire de la sympathie que méri it l'Angleterre pendant sa longue résistance en faveur des libertés de l'Europe, la politique des ordres-en-conseil eut été reçue avec patience, ou modifiée sur des représentations courtoises, Mais, excepté dans quelques endroits de la Nouvelle-Angleterre, et certains cas isolés sur d'autres points, ce désir n'existait pas, et l'irritation qui languissait depuis les jours de la révolution, prit de la force et
activa sa flamme en présence de l'effet malheureux produit sur le commerce américain.
Il en était de même du droit de recherche des déserteurs sur les navires neutres, en pleine mer. Au point de vue des Etats-Unis d'alors, et comprenant bien la tournure d'esprit naturelle à une jeune et fière nation, exaltée par les circonstances, il est aisée aujourd’hui de se figurer combien la saisie de ses navires et l'enlèvement forcée des matelots suspects ont dû l’offenser. Néanmoins, sans l'existence des anciens mécontentements et d'une hostilité préconçue, le côté raisonnable de la position prise par l'Angleterre, d’après la manière de voir qui lui était imposée, eut été bien plus généralement admis.