‹ Histoire populaire du Canada [microforme]Chapitre 90 sur 289 · D TS · texte numérisé non relu

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que la guerre fut réellement déclarée, il décrivit la situation de l'Angleterre et du Haut-Canada, dans les termes historiques et éloquents que voici :

“La lutte glorieuse dans laquelle l'empire britannique est engagé, et le grand sacrifice que l'Angleterre offre si noblement pour assurer l'indépendance des autres nations, devraient, ce me semble, étouffer tout sentiment d'envie et de jalousie et exciter en même temps l'intérêt et provoauer l'admiration d’un peuple libre; mais, mettant en oubli ces impressions générales, le gouvernement américain, manifeste une disposition destinée à nuire à la Grande-Bretagne et à diviser ses efforts. Non seulement les ports des Etats-Unis sont interdits à l'Angleterre, tandis qu'ils offrent un abri aux croisières de son ennemie invétérée, mais l'Angleterre est même forcée de renoncer aux droits maritimes qu’elle a si longtemps exercés. Des menaces insultantes sont faites et des préparatifs hostiles sont réellement commencés ; et, bien que j'aie encore l'espoir que la réflexion calme et la voix de la justice pourront nous éviter les calamités de la guerre, je ne saurais trop insister pour recommander à votre attention immédiate, l'adoption de mesures propres à assurer la paix à l'intérieur du pays, et repousser toute agression hostile.”

Les quelques dernières lignes de ce discours contiennent une allusion à un mécontement local. Il était malheureusement trop vrai que des colons américains, dans certains districts de la province, avaient élu à la législature des hommes qui représentaient leurs vues et qui, pendant une courte période, embarrassèrent sérieusement l’action de l'Exécutif. Deux de ces prétendus législateurs et citoyens britanniques se sauvèrent plus tard dans les lignes des envahisseurs, et l’un d'eux, nommé Wilcox, mourut en combattant contre le pays de son adoption et de son allégeance. Mais Brock savait qu'il pouvait compter sur la masse du peuple dans sa province et que la fidélité des hommes de 1783 et de leurs fils

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brillerait d'un aussi vif éclat durant cette crise qu'elle avait brillée aux jours de la révolution et de la migration. Il leur dit avec vérité, dans

un appel à la legislature, que l'esprit libre d'un peuple libre ne peut

jamais périr, et ne saurait être conquis, et que la Grande-Bretagne les défendrait jusqu’à son dernier homme et son dernier canon, pour résister à la sacrilège invasion du territoire britannique.

Dans ces circonstances, lorsque Brock reçut la nouvelle de la déclaration de la guerre, par l'entremise d'agents particuliers, il savait que tout dépendrait d'une action prompte et vigoureuse. Il envoya en toute hâte quelques réguliers pour tâcher de défendre la frontière de Niagara, convoqua la législature, appela la milice sous les armes, et fit tous les préparatifs en son pouvoir en attendant la réception de l'information officielle concernant l’action des Etats-Unis. Cet avis officiel ne vint pas, mais le 11 juillet, le général Hull traversa la rivière Sainte-Cilaire de Détroit à Sandwich, avec deux mille hommes et lança une proclamation de matamore, promettant sa protection à tous les non-combattants : affirmant la certitude de la conquête, et la délivrance de la ‘tyrannie et de l'oppression anglaises,” et déclarant que si le gouvernement britannique acceptait l’aide de ses sujets indiens, pour résister à son invasion, ‘‘la destruction instantannée serait le sort de tous ceux qui pourraient être pris en combattant côte à côte avec un contingent indien. Brock répliqua par un manifeste très éloquent, très digne, et très patriotique, et le 27 juillet, il soumit à la législature une adresse qui était un modèle de sentiment et d'expression. Le 8 août, Hull était retourné au Détroit en apprenant la prise, par le capitaine Roberts, conformément aux ordres de son chef, de l’importante position américaine de Michillimakinack.

Une semaine plus tard, Brock, avec trois cents réguliers et quatre cents miliciens d’'York et de Lincoln, aidés du brave chef indien Tecumseh, et d'environ 600 Sauvages, traversait la rivière Sainte- Claire à la poursuite de son ennemi. Hull avait été étonné d'abord

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par une sommation d'avoir à se rendre, et plus tard, en voyant la petite armée britannique traverser la rivière—le général Brock, ‘debout dans son canot conduisant ses soldats au combat,” ainsi que Tecumseh en son style imagé d’Indien, racontait la chose plus tard. Cependant, avant qu’on put donner l'assaut, Hullet tout son effectif de 2,500 hommes, y compris le 4iéme des Etats-Unis avec son drapeau, se rendirent. La capitulation comprenait tout le territoire du Michigan; la ville et le port du Détroit, qui commandait virtuellement tout le Canada occidental; le brigantin de guerre Adams, un grand nombre de faisceaux d'armes; une grand quantité de matériel de guerre dont on avait grand besoin, trente-trois pièces de canon, et les caisses militaires. C'était une action hardie et aventureuse de la part de Brock, et le résultat de ce coup de main affecta presque toute la lutte. Il encouragea les miliciens dans toute l'étendue des provinces ; il démontra à un . grand nombre de ceux qui avaient des tendances déloyales, qu’il valait mieux pour eux conserver au moins les apparences de la fidélité; il électrisa les masses, et leur inspira un nouveau courage.

A la suite de cette action d'éclat Brock rencontra des difficultés plus sérieuses que celles qui étaient offertes par l'ennemi sur le champ de bataille. Il eut à lutter contre la faiblesse et les tergiversations de sir George Prévost qui, en sa qualité de gouverneur-général et de commandant des forces, dirigeait, de Québec, les affaires comme s'il eut su que les hostilités devaient cesser prochainement, et comme s’il eut été convaincu que le ministère anglais désirait que l’on ne fit rien de nature à augmenter les embarras de la situation. Un armistice, arrangé'par Prévost, neutralisa un grand nombre des advartages provenant de la prise du Détroit; des ordres partis de la même source empêchèrent Brock de détruire la marine américaine sur les lacs, marine que l’on était en train de construire, et qu'il pressentait devoir mettre en péril le contrôle de cette partie très vitale de la situation ; des ordres furent même lancés pour l'évacuation du Détroit,

Heureusement qu'il fut possible de les éluder. Les documents et les ordres généraux écrits par Prévost produisaient un effet décourageant, et leur rédaction était malheureuse.

Mais Brock tourna son attention vers la milice et, bien qu'on lui déniât le droit de se livrer à une action agressive qui aurait pu changer le cours des événemenits, il établit un système d'organisation qui rendit son effectif volontaire l’égal sous le rapport de la santé, de l'esprit, de l'instruction militaire &c., des troupes régulières les mieux disciplinées et aguerries. Et grâce au procédé sommaire d'emprisonnement, ou d’exil virtuel de ceux qui montraient trop de sympathies envers les Américains, —tout cela joint à l'influence magnétique de sa propre per sonalité et à la confiance qu'il avait dans le résultat du conflit—il obtint le contrôle absolu du peuple, de même que celui de la législature.

Il fit tous ses efforts pour donner aux volontaires l’occasion d’engranger leurs récoltes, et, dans toute la province, les femmes mêmes aidèrent aux travaux des champs. Pendant toute la durée de lalutte, l'insigne dévouement de nobles femmes aida puissamment aux hommes qui se consacraient à la défense glorieuse du pays. L'acte héroïque de Laura Secord, qui parcourut des milles de distance à travers des savanes infestées de serpents et à travers de sombres forêts, pour avertir un détachement britannique de l'approche de l'ennemi était loin d’être un exemple exceptionnel de dévouement. Le 18 septembre, pendant qu'il était encore à faire ses préparatifs, Brock écrivit à son frère qu'avant peu il entendrait parler d’une bataille décisive, et il ajoutait : “Si je suis battu, la province est perdue.” Cette allus'on à la concentration de dix mille soldats américains sur la frontière, pour envahir le pays, par Niagara, démontre l'importance majeure de la bataille alors prochaine de Queenston Heights. Leur intention était de prendre ct de garder cette forte position comme camp retranché, et de se répandre de là sur la province avec des troupes amenées à

LA GUERRE DE 1812-15 20ÿ

loisir des immenses réserves qui étaient en arrière. En même temps, le général Dearborn, avec un fort détachement, devait menacer Montréal en venant de l'Etat de New-York par le lac Champlain. Le général Harrison devait partir du Michigan pour envahir la province supérieure avec six mille hommes et le commodore Chauncey devait amener une armée à travers le lac Ontario.

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