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les vieillards, promener pendant plusieurs mois la torche et le tomahawk sur tout le gouvernement de Montréal, ne se retirer qu'après avoir ruiné une vaste étendue du pays, et massacré près d’un dixième de la population européenne du Canada.
“ Et qui avait porté les Iroquois à entreprendre cette guerre d’extermination ? Qui leur avait mis les armes à la main et leur avait fourni les moyens de porter la dévastation dans l’île de Montréal ?
“ Les Français du Canada le savaient ; ils en avaient été informés par les amis qui leur restaient dans les cinq cantons. Derrière les Iroquois se tenaient les magistrats de la Nouvelle-York et de la Nouvelle-Angleterre. Les premiers avaient publiquement examiné dans leurs assemblées, et consigné dans leurs régistres le compte des dépenses encourues pour fournir des armes et des provisions aux bandes envahissantes des Iroquois. Quand le conseil des cinq nations avait paru lassé de la guerre, ils avaient envoyé vers lui trois députés chargés de le détourner de songer à la paix ou même à une trève.”
Ces terribles incursions des Français créèrent dans la Nouvelle-Angleterre une indignation facile à comprendre. Des assemblées publiques eurent lieu ; et l’on décida, d’un commun accord, de
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frapper un grand coup, et de conquérir la Nouvelle- France.
Les Anglais commencèrent par s'emparer de presque tous les postes français de l’Acadie, et lancèrent contre le Canada pas moins de deux armées. La première, forte de 3,000 hommes—anglais et iroquois——sous les ordres du général Winthrop, se dirigea sur Montréal; la seconde, composée de 2000 hommes, fut embarquée sur une flotte de 35 voiles, commandée par l'amiral Phipps, avec ordre de s'emparer de Québec.
L'armée de Winthrop ne put parvenir à sa destination. La petite vérole ayant fait périr, en quelques jours, trois cents iroquois, l’armée entière ne tarda pas à se débander.
Phipps, avec ses trente-cinq vaisseaux, jeta l'ancre devant Québec, le 16 octobre 1690, sur les dix heures du matin. L'arrivée de cette flotte avait été annoncée à Québec depuis quelques jours, et on avait fait les plus grands efforts pour mettre la place en état de défense.
Bientôt, une chaloupe se détacha du vaisseau
amiral. Au pavillon blanc qu'elle portait, on reconnut qu’elle amenait un parlementaire. De Frontenac envoya à sa rencontre un officier de son ordonnance. Celui-ci fit bander les yeux de l'officier
anglais, et le conduisit au palais du gouvernement, en lui faisant faire maints détours dans les rues de la ville où il y avait le plus d'activité et de mouvement. Cette promenade, durant laquelle l’envoyé anglais ne vit rien, mais entendit beaucoup de bruit et de tapage, lui donna une haute idée des moyens de défense qu'on était à préparer.
Rendu dans la grande salle du palais, l'envoyé anglais fut débarrassé de son bandeau. Grande fut sa surprise, lorsqu'il se vit en présence du gouverneur, de l’évêque, et d’une foule de jeunes officiers français, dont la bonne humeur annonçait qu’enfin leurs vœux étaient accomplis, puisqu'ils allaient avoir la bonne fortune de se mesurer corps-àcorps avec de vrais soldats anglais, en chair et en os, eux qui n'avaient eu à faire, jusque-là, qu’à des bandes de sauvages indisciplinés.
Tout tremblant, le parlementaire présenta la sommation de l'amiral Phipps.
On y lisait, entre autres choses : “que les ravages et les cruautés exercés par les Français et par les sauvages contre les sujets paisibles des colonies anglaises de l'Amérique avaient obligé Leurs Très-Excellentes Majestés, Guillaume et Marie, d'armer pour se rendre maîtres du Canada,
afin de pourvoir à la sûreté des provinces de leur
obéissance, et qu'on eût à lui remettre dans une heure le fort avec toute sa garnison, la ville avec tous ses habitants et leurs biens quelconques.
“ Dès qu'on eut achevé la lecture de cet écrit, dit Laverdière, l'officier anglais tira de sa poche une montre, la présenta au gouverneur, et lui dit qu’il était dix heures, et qu'il ne pouvait attendre sa réponse que jusqu'à onze. Un cri d’indignation s'éleva du milieu des officiers français qui voulaient qu'on traitât cet insolent comme l'envoyé d'un corsaire. M. de Frontenac, quoique piqué au vif, témoigna plus de modération, et se contenta de lui répondre de vive voix : “que le roi Guillaume était un usurpateur.... et qu'il ne pouvait se fier à la parole de Phipps après sa trahison envers M. de Manneval, gouverneur de l'Acadie, qu'il avait retenu prisonnier contre le droit des gens.”
Le parlementaire demanda cette réponse par écrit :....“ C'est par la bouche de mes canons et à coups de fusil que je répondrai à votre général” reprit Frontenac “ ce n'est pas de la sorte qu'on fait sommer un homme comme moi.”
L'envoyé anglais fut reconduit à sa chaloupe comme il était venu, c’est-à-dire, les yeux bandés.
L'instant d’après, les batteries de la basse-ville
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ouvrirent le feu : le premier coup de canon, pointé | par: le brave Saint-Hélène, abattit le pavillon \ amiral. Quelques canadiens témoins de ce bon Al coup, allèrent enlever ce pavillon à la nage, sous
| le feu même de l'ennemi ; ce glorieux trophée a été suspendu à la voûte de la cathérale de Québec jusqu'à la conquête.
Phipps bombarda la ville pendant quatre jours, mais sans succès. “ Nos batteries, dit Garneau, ripostèrent avec ardeur jusqu'à la nuit, offrant le
{ spectacle grandiose d'un combat d'artillerie dans Fu le magnifique bassin de Québec. Les détonations | retentissaient de montagne en montagne, d'un | côté, jusqu’à la cîme des Alleganys, et de l’autre, 1 jusqu’à celles des Laurentides, au milieu des éclairs | et des nuages de fumée qui roulaient sur la surface du fleuve et le long des flancs escarpés de la
Nr A ville.”
A plusieurs reprises les troupes anglaises firent | des descentes infructueuses sur les grèves de fl k Beauport. Une fois, entre autres, pas moins de | | k | 1500 de leurs soldats débarquèrent et se rangèrent
en ordre de bataille sur le rivage de la Canardière. | M. de Frontenac envoya à leur rencontre 300 Le. canadiens des milices de Montréal et des Trois-
TU Rivières. Ces miliciens se contentèrent de les
harceler, tourbillonnant autour d'eux, en se cachant au milieu des broussailles, et faisant un feu continuel et efficace sur ces troupes disciplinées à l'européenne qui se tenaient en bataillons serrés. Dans une de ces escarmouches, le brave Sainte- Hélène fut blessé mortellement.
Finslement, après plusieurs échecs successifs, Phipps fut forcé d'abandonner le siège, et, le 23, sa flotte leva l’ancre. Phipps perdit, devant Québec, plusieurs centaines d'hommes, et pour comble de malheur, en redescendant le fleuve, une grande partie de ses vaisseaux se perdit dans les brouillards et les tempêtes.
Les colons de la Nouvelle-Angleterre furent grandement humiliés, en voyant arriver les débris de leurs deux armées. Ils avaient compté sur le butin fait au Canada pour subvenir aux frais de la guerre ; mais, bien contre leur attente, ils furent obligés, pour solder la dette de leurs troupes, d'établir un impôt, et de recourir au papier-monnaie.
“ Ainsi, dit Garneau, le Canada, avec ses 1 1,000 habitants, avait repoussé l'invasion, et épuisé les ressources financières de provinces infiniment plus
riches et vingt fois plus populeuses que lui. ”
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